Cabaret mystique, Alexandro Jodorowsky
Qu’est-ce que la sagesse populaire ? Cet ensemble de réflexions et d’adages, de sentences préconçues, pré-établies dans les esprits et la culture qui se ressassent à l’envi, pour ne jamais perdre de leur véracité. C’est cette répétition qui leur donne force de loi. Et dans cette cour des miracles d’une philosophie brute, Alexandro Jodorowsky, scénariste de BD telles que la Caste des Méta Barons, pour n’en cite qu’une, s’est penché sur les blagues. Ces petites anecdotes qu’on partage entre amis, pour faire connaissance, pour plaisanter.Mais voilà. Derrière toute histoire, un enseignement ; derrière toute fable, une morale ; derrière tout conte, un apprentissage. Pourquoi en serait-il différemment avec les histoires drôles ? Ainsi, on traiterait des blagues comme si elles disposaient d’un fonds culturel, d’un savoir et qui sait, d’une philosophie spirituelle, peut-être ?
Nous voici alors entrant de plain-pied dans un recueil de blagues. Les meilleures histoires drôles qui parlent indirectement ou directement de Dieu (« Un touriste américain veut se moquer d’un jeune mendiant assis sur les marches d’une église. ‘Je te donne 1 $ si tu me dis où est Dieu’, lance-t-il. Et le jeune garçon de répondre : ‘Je vous en donne 2 $ si vous me dites où il n’est pas’. »). Amusant, non ? Comment croire qu’il se cache, en filigrane, une toute puissante vérité, chargée de valeurs ? C’est en apparence la croyance en une divinité omniprésente, dogme monothéiste essentiel. Ou bien peut-être l’aveu d’un Dieu intérieur, qui serait partie de nous-mêmes ?
Interviendra alors à plusieurs reprises Mulla Nasrudin, un sage fou, un idiot philosophe (idiot est le nom commun) qui apportera à la démonstration nombre d’anecdotes piquantes et fines, pour illustrer tous les propos. Et d’ailleurs, vous connaissez l’histoire du rabbin qui repeint son plafond ? Celle de l’imam qui voulait vider la mer avec une cuillère ? Du prêtre qui rencontre Saint-Pierre ?« Cherche et tu trouveras », prétend la sagesse populaire. Si l’on ne précise pas quoi chercher, il est clair que l’on finira dans tous les cas par trouver quelque chose. Que l’on s’appuie sur tout ou n’importe quoi, la réflexion, quand elle est appliquée quelque part finit par obtenir ce qu’elle veut. Comment ne pas croire alors qu’il existe quatre énergies fondamentales qui incarnent le moi personnel : la corporelle, la libidinale, l’émotionnelle et l’intellectuelle ? Et si c’est un réseau de blagues qui doit nous l’apprendre, alors pourquoi pas…
Il n’est pas assuré que M. Descartes eut approuvé la rigueur ni l’application de la raison telle que la mène Alexandro. Avec une pointe de cynisme, on hésitera à peine à considérer tout ce livre comme de la philosophie… de comptoir. Mais l’époque nous pousse à des retranchements, nous accule, et les prophètes menaçant d’une mort de la culture sont légion. Pas forcément à tort, mais légion. Comment dénigrer un livre qui livre avec facilité une réflexion, et qui la fait ingérer sans peine à un adolescent de 17 ans ? C’est ainsi… La force d’un cabaret mystique, c’est que les femmes y sont passablement dénudées et que l’attention des spectateurs, tout entière aux danses lascives, permet de leur glisser à l’oreille quelques pensées pas bien profondes, mais qui sortent de l’ordinaire. Expliquer Dieu, l’âme et ses saints, la spiritualité et ses quêtes avec des blagues ? Pourquoi pas ? C’est toujours moins rébarbatif qu’un Évangile et plus distrayant qu’un séminaire.
Et puis, c’est Jodorowsky… Sur la plage, ça doit aider à se faire des amis… À défaut, ça donnera
Rédigé par Nicolas.G, le lundi 21 juillet 2008
Editeur : Albin Michel
Prix éditeur : 20 €
Prix éditeur : 20 €
Nombre de pages : 324 pages
ISBN : 9782226182906
ISBN : 9782226182906
Interventions













