Mon coeur à l'étroit, Marie N'Diaye
Qui n’a pas pensé, un jour où tout allait mal, un de ces jours où on a feint de ne pas voir les larmes gonfler les yeux de sa mère avec qui on venait de se disputer, un de ces jours où le remord nous étreint au point qu'on ait fait semblant de ne pas reconnaître un ami d’enfance croisé dans la rue parce qu’il était devenu vraiment trop tarte, un de ces jours aux cheveux sales, comme disent les Anglais avec leur « bad hair days » qui veut tout dire, des cheveux poisseux et collants qui nous désignent comme des renégats pour notre race, parce qu’on a voulu faire table rase d’un passé trop lourd, ou trop encombrant, ou trop gênant, ou ne collant plus de tout avec ce qu’on voulait dire de nous-mêmes... Qui donc n’a jamais craint, qu’un de ces jours-là, l’angoisse nous étreignant la gorge, que les gens se vengent et nous ignorent, se détournent de nous, dégoûtés, voire de devenir la victime d’objets malfaisants qui voudraient se venger, une porte qui se referme sur notre main, un escalier qui se dérobe sous nos pas, une ville qui s’évertue à nous perdre, un autobus qui nous ignore et ne marque pas l’arrêt.
C’est un peu ce qui arrive à Nadia, une brave institutrice bordelaise qui voit subitement son univers se lézarder puis se transformer radicalement jusqu’à ressembler aux pires cauchemars sortis de l’esprit torturé de Cronenberg celui de 'Faux Semblants' ou du 'Festin Nu' au début des années 90.
« Mais pour quelle raison ? » s’obstine-t-elle à interroger autour d'elle. Peu à peu, Nadia revient sur ses mensonges, ses trahisons, ses égoïsmes, son racisme et son orgueil ordinaires. Ceux de tout le monde. De moi, de vous aussi, sans doute.
Alors que tout le monde se détourne mystérieusement d’elle et du couple qu’elle forme avec un collègue enseignant, un nouveau voisin, auparavant détesté et superbement ignoré, fait irruption dans leur vie, les prend en charge, les gave de nourritures lourdes et terriblement grasses. Mais que donc leur fait-il avaler ? « Mais que veut-il, à la fin !» se demande Nadia dont le corps se modifie à vue d’œil, son ventre étant agité de terribles crampes mystérieuses. On suit les questionnements de ce personnage que l’on n’arrive pas à détester tout à fait, tant il nous ressemble et tant il semble sincère dans sa quête de vérité. Cette exigence douloureuse nous plonge dans un univers fantastique où le quotidien révèle sa part inquiétante de mystères.
Marie N’Diaye déploie ici comme elle l’avait déjà si bien fait dans un roman assez proche, 'Un temps de saison' ses talents de conteuse. Avec une maîtrise parfaite, elle promène le lecteur entre paranoïa et fantastique, elle nous fait pénétrer dans un univers inquiétant où tout se dérobe et où les objets et les lieux deviennent l’instrument d’une vengeance terrible.
Finalement, nous refermons le livre, les mains sales, la nausée au bord des lèvres nous demandant qui nous sommes et de qui nous sommes issus. Avons-nous nous aussi trahi nos pairs ? Avons-nous nous aussi péché par orgueil ? Quelle peine risquons-nous pour ces péchés capitaux ?
Rédigé par Cecile Fonfreyde, le vendredi 25 juillet 2008
Editeur : Gallimard (disponible en Folio)
Prix éditeur : 17,50 € / 6,80 €
Prix éditeur : 17,50 € / 6,80 €
Nombre de pages : 299 pages / 377 pages
ISBN : 9782070774579 / 978-2070357451
ISBN : 9782070774579 / 978-2070357451
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