Samedi 08 nov 08
à 18 h 48
Je ne suis pas d'accord avec l'idée que l'auteur n'aurait pas pris conscience des enjeux posés par la question de la capote; venant d'un très probable futur thésard en philosophie, normalien, cela me semble un peu usurpé. Relire l'ouvrage, sans doute, permettrait au critique de se rendre compte de la justesse de certains propos.
Je soupçonne un faux-procès sur le fond ( les autres commentaires sont tout bonnement ridicules, notamment le faux débat sur l'importance de poser des acteurs du réel dans une fiction sous couvert d'honnêteté : on s'en fout, clairement ) qui dissimulerait un énervement quant aux libertés littéraires prises par l'écrivain; au diable les conservatismes !
Vendredi 28 nov 08
à 17 h 09
Mardi 13 oct 09
à 01 h 11
On l'aura deviné, j'ai lu La meilleure part des hommes, et je suis d'accord avec l'auteur de cet article.
L'écriture est au mieux indigente, au pire analphabète. On constate de nombreuses fautes de français indignes d'un élève de terminal - que dire lorsqu'elles viennent d'un normalien ? Je ne peux qu'espérer qu'ils s'agissent là de fautes de correction lors du travail des éditeurs.
Pour citer et commenter un peu notre ami Keeko à propos du couvert d'honnêteté, "on s'en fout, clairement, tu vois", je dirais que je suis d'accord. Mais je trouve quand même amusant qu'un livre s'inspirant de personnes réelles, mentionnant que "personnes et personnages n'agissent pas autrement", qu'un tel livre soit aussi peu capable de donner vie à ses personnages. Quelques biographies mal écrites, quelques tics de langages, est-ce là tout le contenu de l'humanité narrative pour M. Garcia ? Nous sommes en tout cas bien loin de trembler et d'entendre la locomotive de Malraux gronder au loin.
On le voit dès les premières pages ; il n'y a pas là l'ambition technique du Nouveau Roman. Qu'en est-il de l'intrigue, alors ? Je l'ai trouvée aussi pauvre qu'inintéressante. Le livre patauge et peine à installer ses acteurs, tente de manière pathétique - on nage en pleine série B - une acmé tragique vers la 285ème page... Parmi les lecteurs impliqués que nous sommes, certains voudraient haïr Willie, d'autres voudraient larmoyer compatissant sur son sort grec - mais il faut se l'avouer, ces personnages en pain d'épice ne prennent jamais vraiment vie, pas plus qu'ils ne laissent, la dernière page tournée, la moindre saveur en bouche.
Et mon cher Bartleby, belle analyse - la narration est prise en charge par un personnage, pourquoi donc n'y avions nous pas pensé !
Heureusement, depuis sa naissance, les écrivains, les vrais, n'ont eu de cesse de jouer avec les différents types de discours. Et si l'on considère le volume réservé aux monologues de Willie, entre autres, le discours ici fait souvent office de narration, n'est-ce pas ? qu'il soit direct, indirectement rapporté par la narratrice, ou librement rapporté à travers son discours même :
"Dominique stigmatisait la [...] jouissance puérile de la mort. Ensuite, les types comprennent leur connerie et ils viennent pleurer dans les associations."
voire tout simplement narrativisé.
Tout cela pour dire, très cher Bartleby, que l'oralité a certes une place dans la narration, puisque comme je l'illustrais à l'instant, celle-ci se fait souvent de manière rapportée. Mais qu'en est-il du discours de la narratrice même ? C'est votre amie, au café du coin, qui vous parle ? Aurait-il été indigne de rédiger correctement son propos ?
L'auteur lui-même, et c'est là l'ironie, a bien vu la faiblesse de ce style relâché, qu'il redresse d'ailleurs un peu (dans un mouvement contraire à celui de la chute de Willie, chose qui eut été intéressante à étudier si l'oeuvre avait eu une quelconque valeur stylistique) dans les derniers pages, plus sombres et tragiques.
Lorsque Willie constate qu'"oublier" et "publier" ne diffèrent que d'une lettre, la narratrice s'amuse de lui, disant qu'"il jouait comme un gosse". L'auteur semble partager ce point de vue sur les mots, leur travail, qui est le style - et c'est bien dommage. Parce que ce n'est pas avec des idées, mais avec des mots, qu'on fait un roman - ou une poésie. Comme dirait l'autre. Car n'est pas un jeu de gosse, c'est un travail semblable à celui de l'artiste qui prépare ses couleurs, du musicien qui accorde son instrument. Or something like that. Le chiasme n'est pas juste une pénible figure qui entrave la clarté du discours ; mais je ne ferai pas ce procès à un auteur qui, de toute évidence, ne s'est jamais posé la question de la clarté de son propos, celui-ci étant noyé dans un français horrible, aussi pauvre lexicalement qu'atroce syntaxiquement. Tu vois.
Que dire enfin du dernier chapitre tout simplement affligeant ? Un discours creux venant d'un personnage si creux qu'il ne parvient même pas à faire caisse de résonance, je pense qu'il résume bien l'ensemble de l'ouvrage. (Je n'aborderai pas les nombreux discours-manifestes absolument répugnant, particulièrement venant de Willie, e.g. p159,). Ensemble de l'ouvrage qui sonne faux.
La grande faiblesse de ce livre, je crois, c'est n'avoir pas pleinement plongé dans la parodie, voire la satire caustique qui semblait l'appeler. Lisant, on ignore si ces personnages à la fois stéréotypiques et clichés doivent être pris au sérieux ; peut-être aurait-il fallu moins de monologues zénervants, et développer une vision plus critique, digne d'un philosophe ? Car faire le portrait d'une société et d'une époque, cela ne me semble pas signifier tomber dans l'apathie amorphe d'un élève citant quelques passages d'une encyclopédie médicale, changeant de ci de là quelques noms par fantaisie.
Pour conclure si une note un peu moins négative, c'est vrai que tout ici n'est pas bon à jeter. Il y aurait des choses à dire, oui. Sur l'utilisation de certaines descriptions, qui parfois, derrière leur masque de carton chat mouillé semblent vouloir s'envoler sans jamais y parvenir. Sur certains parallèles adroits créés entre les époques par - mon Dieu - un peu d'écriture ; amusant que Willie malade et Willie enfant pissent, l'un comme l'autre, au lit - et Leibowitz nous dira surement qu'il était ses parents.


















Samedi 27 sep 08
à 17 h 43
Il me semble que la narration, dans ce roman, est prise en charge par un personnage, lequel a sa voix, sans doute ici confondue avec celle de l'auteur par votre critique. Ceci me rappelle a contrario ce que disait un tout autre critique lisant Molière : ?Il eût écrit moins bien, s?il avait mieux écrit.?