Cipriano Parodi est un jeune Vénitien dont les origines plongent dans la tradition des maîtres verriers et lui permettent de vivre sa vie sans avoir vraiment besoin de la gagner.
Devenu tôt orphelin, il a été élevé par les deux sœurs de son père aussi différentes qu’il est possible de l’être.
Ayant ainsi grandi entre deux éducations aux antipodes l’une de l’autre, dans des maisons aux murs couverts des miroirs issus de l’industrie familiale, Cipriano a développé une tendance quasi maladive à travestir la vérité, à inventer des histoires, des personnages et des situations romanesques ; autant de marques de l’ambiguïté de sa nature.
C’est à l’occasion d’une fête, organisée par l’une de ses tantes, que la comtesse Zobenigo, une lointaine cousine, a aperçu, dans les lignes de sa main, une bête, un ennemi qui « l’attend au tournant ». Quelque chose d'imprécis contre laquelle la vieille sorcière n’a pas de talisman.
Ce qui ne l’empêche pas de relativiser l’événement, sans pour autant l’oublier, et, quelques années plus tard, de devenir l’auteur d’un roman où toute sa verve et tous ses penchants de fabulation trouveront un exutoire qui rencontrera quelque écho dans la critique.
Un an après ce petit succès arrivera une longue enveloppe bleu pâle, aux bords caractéristiques des envois par courrier aérien, affranchie d’un Benjamin Franklin de l’US Postal et contenant une invitation de Caspar Jacobi à le rencontrer à New York.
LE CASPAR JACOBI !? L’immense écrivain à succès !? Qui aurait eu connaissance des modestes (malgré tout) écrits de Cipriano !?
En peu de temps et, en fait, totalement par hasard, c’est le deuxième livre d’Alberto ONGARO qu’il m’est donné de lire.
Comme le premier, il fait partie de ces ouvrages dont je tourne les pages à toute vitesse, dévorant le texte quasi sans interruption pour tenter ensuite de ralentir le rythme en arrivant aux trois quarts de l’histoire afin d’essayer de la faire durer encore et de retarder le plus longtemps possible d’en voir la fin.
Car, comme dans « La Taverne du Doge Loredan » (que je vous invite également à découvrir : même éditeur, même auteur, même ambiance, mais rien à voir cependant) , il y a une plume, il y a un sens de l’écriture, du roman, de l’histoire, du mystère… tout à fait remarquable.
Vous pouvez effectivement vous fier à la quatrième de couverture de ce livre lorsqu’il y est fait état d’un « monde littéraire qui… semble vivre sa propre vie ».
Et c’est bien de cela qu’il s’agit : un livre dans lequel il est difficile de discerner auteur, narrateur et personnages, dans lequel la création littéraire et l’appropriation des idées passent rapidement d’un personnage à l’autre. Où l’imagination déborde à chaque page. Où le scénario passe d’un rebondissement à l’autre en entraînant autant d’histoires parallèles avec une question déroutante : qui, en fait, est l’auteur ? Qui, en fait est le héros ? Qui, en fait, tire les ficelles ?
Écrit sur un rythme endiablé (Caspar Jacobi n’est-il pas décrit comme un nouvel Alexandre Dumas !), ce livre se lit avec une merveilleuse facilité dans un style enjoué où le lecteur est régulièrement pris à parti (pour faire partie du scénario lui aussi ?). Venise, New York ne sont que des prétextes ! Les rôles, eux, son taillés sur mesure, ciselés, imbriqués dans une comédie où la marionnette semble parfois tenir les ficelles au bout desquelles s’agite le marionnettiste….
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Prix : 17,00 €uros
ISBN : 9782914777452
Pages : 270 pages
Editeur : Anacharsis
