La promenade des Russes, Véronique Olmi

Rédigé par Nicolas.G, le lundi 13 juillet 2009 à 11h17

Durant l'entre-deux-guerre, la ville de Nice, et plus globalement la région de la Côte d'Azur, connut une forte affluence de migration russe et italienne. Premier élément intéressant à prendre en compte avant la lecture de La Promenade des Russes, puisque Véronique elle-même est originaire de cette ville. Et si l'on a retenu de la cité sa promenade anglaise, il est de bon ton de ne pas oublier que l'on doit certaines pièces de son architecture, dont le château Valrose, édifié en 1867, à l'architecte David Grimm, qui travailla alors pour le compte d'un notable russe.

D'ailleurs, cette seconde moitié du XIXe siècle accueillit elle-même une colonie russe, à qui l'on doit de découvrir çà et là des églises orthodoxes. Prononcez Nizza, et soudain vous voici basculé au sein de la communauté qui a adopté la ville. Rappelons enfin qu'en 2007, la cathédrale Saint-Nicolas, à Nice, fut classée monument historique, et le tour d'horizon du roman de Véronique Olmi est achevé pour ce qui est du contexte.

Nul besoin cependant d'être russisant. Tout un chacun connaît le mystère qui plane autour de la mort d'Anastasia Nikolaïevna Romanova : morte en 1918, elle et sa famille furent assassinées par les Russes rouges, un sinistre soir de 1918. La révolution de février 17 n'avait alors pas fini de compter les morts dans les rangs de l'aristocratie. Ce bref rappel historique opéré, penchons-nous sur Sonia, l'héroïne de ce roman. Roman ? Auto-fiction ? Peu importe, prenons-le comme un récit avant tout.

Sonia vit avec sa grand-mère, Macha Sergueievna. Fille d'une mère instable et qui semble n'avoir eu d'enfant que par fatalité et d'un père inapte à en assumer la fonction, c'est par commodité qu'elle est placée en garderie chez cette babouchka tendre, mais inquiète. D'ailleurs, tendre... Mettons complice. Et si l'on n'est pas sérieux à 17 ans, Sonia en a 13, bientôt 14, et le monde se transforme d'autant plus que l'on a besoin de commencer à vivre, loin des angoisses familiales, des secrets lourdement conservés, et des amies radotantes de sa grand-mère.

Mais justement, en matière de secret, Macha en porte un particulièrement lourd, que depuis des années, elle tente de confier au directeur de la revue Historia. En dépit des lettres régulières qu'elle envoie, ce dernier n'a jamais eu la politesse de répondre. Alors, Sonia et Macha vivent leur quotidien dans le vieil appartement, empli d'habitudes et de cérémonies, de morts qui hantent les vivants, et de vivants qui ne parviennent presque pas à vivre. On sort pour une bouffée d'iode, et l'on rentre bien vite, de peur de croiser une renaissance, le bonheur qui vous attendrait à la croisée des chemins.

Véronique, (la vraie image !) je l'ai personnellement découverte un soir de théâtre et d'une représentation de Les nuits sans lune. Ce soir-là, ce fut comme une apparition.
Mais je l'ai délaissée, et voilà qu'elle resurgit pour cette sacro-sainte rentrée littéraire avec un livre troublant. « Plus tard je serai écrivain. », confie Sonia. Et d'ajouter : « Et ce que tu viens de me dire, la vérité sur Anastasia, je l'écrirai. Et ce qu'on a vécu toutes les deux, ça aussi, je l'écrirai. » Les sceptiques affirmeront qu'une formule pareille, dans un roman, n'a de valeur que rhétorique et ne confirme rien que l'auteur n'ait souhaité faire croire. Certes, mais tant pis.

Car on sent parfois le bras fatigué de Masha, vous prendre par le coude, pour la soutenir et la mener avec vous, dans une balade nostalgique et lourde de non-dit... Sonia, comme on aimerait l'entendre rire plus souvent ; une enfant de 13 ans qui ne rit pas, c'est triste. Et ces fichus Anglais, qui se sont accaparés la Promenade mériteraient une fois de plus d'être boutés hors de nos frontières, pour que Sonia et sa grand-mère soient plus tranquilles, quand elles arpentent les rues de la ville, plus légères, et moins écrasées par le poids familial.

On ne lira pas La promenade comme une biographie, même si rien n'empêche d'y croire. Le texte est un récit d'enfant, probablement et parfois trop adulte dans sa narration, mais on grandit si vite à certaines occasions, que finalement, c'en devient compréhensible. Et en fermant le livre, on se dit qu'elles vont nous manquer, ces deux femmes l'une au crépuscule de sa vie, l'autre à l'aube. Et que Sonia soit Véronique importe vraiment peu : il y a dans cette enfant quelque chose de commun à tous les autres, qui touche et rassemble.

Et si Sonia est bien un dérivé du grec Sophia, alors elle porte bien une sagesse en elle. Non pas celle imbécile d'un devoir de mémoire imposé façon Guy Moquet, ou autre implication forcenée d'un président en manque de spectacle. Non. C'est celle de la compréhension de ses ancêtres, de leurs douleurs souvent muettes, qui nous protègent de leur mémoire, et que l'on méconnaît souvent. Et si un jour, ils se sont ouverts pleinement à nous, alors, comme Sonia, avec sagesse, il faut espérer les avoir compris.


Retrouvez La promenade des Russes, sur Place des libraires

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Prix : 16,90 €

ISBN : 9782246722410

Pages : 249 pages

Editeur : Grasset



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Christian

Lundi 13 jui 09
à 11 h 17


Bonjour,
On ne prononce pas Nizza (Hh3a)mais Nitsa (Hhuua), le mot s'orthographiant en russe avec deux sons consécutifs "TSE".

Cordialement
 
dessin du jour AcuaLitté