Brèves de blog, Pierre Assouline
Ainsi que l'a justement noté François Bon, sur Tiers livre, « la couverture du livre d’Assouline ressemble à la couverture d’un livre 'normal'. Sauf, juste, une petite flèche de souris qui se promène sous le titre, et aussi sur la tranche du livre » et la quatrième de couv'. Voilà comment l'on entre dans le numérique : en copiant ses représentations les plus élémentaires. Voilà donc aussi comment M. Assouline entend donner au lecteur une vision plus high-tech de ces « Brèves », style rarement associé à la haute littérature, et qui renvoie plus traditionnellement aux (bons ?) mots de comptoir, bistrot, etc.

En se rendant sur le blog La République des livres, on sera frappé par un élément : l'implication des « intervenautes » qui commentent les articles publiés. Cette présence et cette envie de prendre part, d'intervenir dans les billets se a établi La République comme blog le plus sollicité dans la catégorie littérature. Et si notre sujet a été rédigé en juillet, nul doute qu'il soit toujours d'actualité.

Ainsi, M. Assouline a-t-il décidé de redonner la parole à ses lecteurs, en piochant çà et là des commentaires, classés par la suite en fonction de thématiques (Addiction, Bernanos, Critique, Heidegger, Pascal, Roman, Traduction, et j'en passe...). Établir une sélection sur 150.000 interventions, voilà de quoi ne pas se sentir « très bien ». Et c'est en préface que l'on trouvera tout à la fois, les éléments historiques de la création de ce site, l'évolution, et le sens de cette démarche. Bref, qui fait réellement La République des livres ? Mais ce retrait humble de M. Assouline, qui laisse le prestige à ses « intervenautes » dissimulera assez peu ou assez mal toute la fierté d'en être l'orchestrateur.


J'ai en mémoire une des Chronique de la haine ordinaire de Pierre Desproges : il expliquait comment un auditeur lui proposait de réaliser un recueil de textes piochés dans ses spectacles, à lui, Pierre, ainsi qu'à d'autres, et de l'éditer. Bien sûr la participation de Pierre serait gracieuse, pour ne pas dire bénévole.

Et pour ne pas le dire, il y a une certaine vanité dans l'exercice de ces Brèves. Car d'une part voilà un livre qu'on ne lit pas, du moins pas en entier, sinon c'est l'indigestion de commentaires auto-référencés et d'allusion au microcosme républicain. D'autre part, si l'on ne trouve ces commentaires que sur Internet, effectivement, cette rareté ne leur octroie pas de fait une valeur intrinsèque. Je ne publierais jamais la correspondance de mon grand-père avec son banquier, pourtant, Dieu sait que peu de personnes y ont eu accès, et quelle fut la profondeur de leurs échanges.

En fait, ces Brèves, on les feuillette. Et l'on tombe sur des bons mots. Des piques bien lancées, aussi. Des réflexions agréables, appréciables, qui, même quand elles deviennent désagréables, gardent souvent quelque chose de pertinent. Et c'est fort de l'autorité et sous couvert d'être apparues dans La République qu'elles prendraient toute leur valeur ? Ah... avec tout le respect dû, sûrement pas.

Car voilà, un éditeur m'a dit : « Toi, tu ne le sais pas, mais mon boulot, c'est de savoir à qui je vais vendre ton livre. » Certes, cette optique a fait que nous n'avons pu collaborer ; elle pose pourtant la question. Qui achètera ce livre ? Personnellement, je ne le conseille ni ne le déconseille. En dépit de la pertinence que M. Assouline a pu déployer jour après jour dans son traitement de l'actualité littéraire, ou ici, dans le choix des commentaires, cela reste un vase clos et assez peu intéressant.

Seule la préface a une certaine valeur, en ce qu'elle dresse un bref tableau de l'internet, ses coutumes, ses moeurs. Alors qui pour l'acheter ? Les lecteurs de la République ? Les commentateurs ? Et d'abord, pourquoi a-t-il été écrit ? La République est-elle devenue garante de la réflexion sur les livres au point de disposer de sa Bible, sinon de son abécédaire ?

Là encore, avec l'humilité de notre jeunesse face à un site qui a su fédérer et faire ses preuves... bof. Et au-delà de la simplicité éditoriale que représente un tel livre, j'ai tourné autour, comme le sage de Brassens autour du tombeau, mais impossible de dire à quoi cela peut servir...


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Rédigé par Clément S., le mardi 30 septembre 2008
Editeur : Les arènes

Prix éditeur : 21 €
Nombre de pages : 417 pages

ISBN : 9782352040682



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