Voleurs à la douzaine, Donald Westlake
Ah certes, Jacques Dutronc ne connut pas Dortmunder, avant que de chanter les louanges de son Gentleman cambrioleur : car le personnage qui nous intéresse aujourd'hui mériterait amplement quelques paragraphes de plus. Le personnage de Donald Westlake est un poème à lui tout seul et soutient la totalité des nouvelles, comme un vieux héros solitaire seul sait le faire. Dortmunder est un voleur professionnel. À ce titre, il ne bénéficiera pas de la sécurité sociale, ni de la retraite. Et comme tout voleur, il organise des braquages, complexes ou périlleux, mais la plupart du temps, Dortmunder se montre plutôt raisonnable. D'autres fois, ce sont les affaires qui lui tombent dessus, comme ce type qui a cru doublé son ex-épouse : il lui a refilé la copie d'une statue qui vaut des millions, et s'est gardé l'original. Problème : son ex veut donner la statue à un musée. La supercherie ne fera pas long feu : alors, comment substituer l'une à l'autre ?
La réponse ? N'est pas forcément Dortmunder, mais toute solution passe par lui. Et « méfiez-vous, c'est un truand ». Dans la ville de New York, il arrive également que deux bandes rivales se retrouvent confrontées l'une à l'autre, avec une même cible : une banque. D'un côté des débutants, de l'autre Dortmunder... Tout porte à croire que ce ne sont pas les preneurs d'otages qui s'en sortiront le mieux. Car les plans dans lesquels se retrouve fourré Dortmunder n'ont rien de banal ni de simple à démêler.
Et quand on l'accuse d'avoir piqué la caisse contenant les recettes d'un petit théâtre de campagne improvisé, alors il se change en enquêteur chevronné, talentueux et déductif, pour démasquer le véritable coupable du larcin. Après, il reste un peu caractériel, et n'apprécie pas la diffamation. Alors quand il retrouvera la caisse, il est possible qu'il en conserve le contenu, en guise de dommages et intérêts...Vous ne connaissiez pas Dortmunder ? Moi non plus. Et si c'est toujours le cas pour vous, un conseil : foncez. Westlake est un auteur brillant, à l'imagination fertile et superbement servie par la traduction de Jean Esch. D'ailleurs, et juste en passant, on parierait bien notre chemise que vous avez déjà rencontré l'auteur, ne serait-ce qu'à travers les adaptations au cinéma de ses oeuvres, la dernière en date étant bien sûr Le couperet de Costa-Gavras.
Les douze petites nouvelles que vous découvririez dans Voleurs son simplement des perles d'humour, de décalage, d'histoires rocambolesques au possible et de scénario passablement déjanté. Le tout avec beaucoup de rigueur et d'application, pour que l'on ne décroche jamais des textes. C'est succulent !
Mieux encore, les résolutions improbables de toutes les intrigues qui se nouent sont réellement épatantes : de l'inattendu, de la fraîcheur et du style, c'est tout ce dont peut rêver un amateur, non pas de romans policiers, mais d'histoire de voleurs, qui ne manient pas l'arme à feu, ne prennent pas d'otages, ne menacent pas de faire exploser un bâtiment... La grande classe, en somme. Des petits textes pleins de vie, d'énergie, à dévorer les yeux fermés, tellement ça fond sous la langue. Évidemment, le polar humoristique, c'est une grande partie de l'activité de Westlake, mais on ne tombe jamais dans la vulgarité ni la bêtise. Non, tout ce qui se passe au fil des pages se déroule comme on marche sur des oeufs : avec subtilité et intelligence. Bref du grand bonheur, qui se lit à toute vitesse – à oublier par exemple pour un trajet Paris Bordeaux, si vous lisez correctement ; passera pour un Nancy Paris.
À Dortmunder de vous faire préférer le train.
Retrouvez Voleurs à la douzaine, sur Place des libraires
Rédigé par Nicolas, le lundi 06 octobre 2008
Editeur : Payot Rivages/Thriller
Prix éditeur : 17,50 €
Prix éditeur : 17,50 €
Nombre de pages : 9782743618346
ISBN : 218 pages
ISBN : 218 pages
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