Nous sommes tous Kafka, Nuria Amat
Un matin vous vous réveillez, Kafka est votre père. Toutes vos copines vous envient, elles ne viennent plus à la maison que pour l’approcher. Que faire d’un père si encombrant ? Nuria Amat côtoie les auteurs, les grands, et partage avec eux le quotidien le plus banal, les difficultés de la vie familiale, les migraines du matin, les engueulades des journées trop occupées par l’obsession qu’ils ont, les pauvres, à créer.

De cette familiarité de tous les instants naît une complicité très rare avec ces auteurs qui hantent sa vie, ses jours et ses nuits. Du coup, elle nous révèle, à nous pauvres amateurs de littérature qui nous échinent en ânonnant à comprendre les grands textes, des vérités qui nous sont inaccessibles :

« Pour arriver à être un écrivain, Marcel Proust a dû écrire une première lettre à sa mère et s’y plaindre qu’elle ne l’avait pas embrassé pour lui dire bonne nuit et ensuite la lui faire porter immédiatement par leur bonne Françoise depuis sa chambre jusqu’au salon de réception. Les lettres sont contagieuses. Qui passe son enfance à lire des lettres finit par faire de sa vie une lettre ».

Cette présence de tous les instants finit un peu par lui taper sur le système, à cette fille de Kafka : « Il paraît plus probable que pendant que le père est dans la chambre en train de lire et d’écrire, la fille monte et descende du grenier et délire à propos d’histoires de folles et de personnes disparues. Il paraît plus probable que la fille, la lectrice, soit, en fait, la seule dérangée et folle ».

Et elle l’est un peu cette narratrice. Pour préserver votre propre santé mentale, ne lisez de ce livre que quelques pages à la fois.

Mais Nuria Amat, qui est-elle ? De l’auteur, on apprend sur le site des éditions Allia qui osent cette traduction, 15 ans après sa parution en Espagne, qu’elle est née en 1950 à Barcelone : qu’elle « n’a pas trois ans lorsque sa mère décède. Docteur en sciences de la communication, philosophe, romancière et essayiste, elle a longuement enseigné à l’École de bibliothécaires de Barcelone ».

Je vous conseille donc, si l’espace de quelques soirées, vous voulez humer l’air que respirent les grands auteurs que vous vénérez, respirer l’esprit subtil et l’intelligence prodigieuse qui émanent de leurs conversations, et comprendre, oui, enfin comprendre « que de mémoire peut-on acquérir grâce aux livres ! On ne leur en saura jamais assez gré. Il suffit de les voir, bien tranquilles sur leurs rayonnages, et l’on se souvient. Lorsqu’on a besoin de se rappeler quelque chose, il suffit de réviser un peu », alors courrez acheter ce petit livre absolument original, génial et exigeant, qui vous rendra au centuple, les neuf malheureux euros que vous aurez dépensés à l’acquérir.

Et quand vous l’aurez terminé (ou plutôt,une première fois parcouru, car il fait partie de ces livres que l’on ne termine jamais tout à fait), vous pourrez le pendre à votre cou, car la couverture est mystérieuse et belle, comme le texte qu’elle recouvre.


Retrouvez Nous sommes tous Kafka, sur Place des libraires



Rédigé par Cecile Fonfreyde, le mardi 02 décembre 2008
Editeur : Allia

Prix éditeur : 9 €
Nombre de pages : 238 pages

ISBN : 9782844852885



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