Un roman français, Frédéric Beigbeder

Rédigé par Nicolas G, le vendredi 21 août 2009 à 10h00

Avoir des origines paloises ne donne pas tous les droits et ne justifie pas tout non plus. Mais enfin, quand on réécrit ce qui pourrait être la Confession d’un enfant du siècle, version XXIe siècle, on a bien le droit à quelques égards. Le motif du livre de Frédéric est connu, tant la presse en a parlé : il se fait arrêter un soir pour s'être mis une paille dans le nez et avoir sniffé de la poudre sur le capot d’une voiture. La police l’interpelle, et zou, cellule. S’ensuivront une douloureuse expérience de l’incarcération, et une véhémence terrible contre le procureur qui l’y aura maintenu, Jean-Claude Marin. Le reste n’est que littérature.

Ou plutôt, plongée dans le gouffre de souvenirs disparus. Le Beig a oublié son enfance, mais va passer le plus clair de son récit à nous la raconter. La prison a ce genre d’effets sur la mémoire parfois, particulièrement dans certaines geôles sordides. Enfance prisonnière d’un divorce inavouable, ballotté entre opulences paternelles et le cahin-caha maternel, Frédéric raconte sa lignée, ses vacances basques, son frère, un double de lumière qui aura servi à façonner le romancier de nuit…

Les deux enjeux d’une autobiographie sont respectés : responsabilité et culpabilité. Mais si l’on ne peut enlever une forte émotion qui se dégage de tout le texte, avec le verbeux çà et là du Beig, impossible de ne pas céder à ses avances. Il séduit, enjôle, cajole son lecteur, l’embarque, et pris par la main, nous voici en train d’aimer celui que l’on aime d’ordinaire détester. Et de plaindre avec lui ses douleurs d’enfants, qui l’ont fait tel qu’aujourd’hui. Un fêtard, un noceur, avide de drogues pour dépasser le monde, traquant dans la nuit l’avenir impossible du jour. Mieux, un homme cultivé – ça foisonne de références pour se refaire une discothèque années 70/90 – qui s’inspire des lettrés d’antan pour ses frasques.

On s’étonne presque de ne pas voir cité Jarry, qui, les cheveux teints en vert, proclamait que c’était l’absinthe qui provoquait cette couleur… Mais tout ne peut pas rentrer dans un livre. Et entrecoupant les Je me souviens avec des scènes tirées de ce commissariat qui rend la mémoire, c’est un aller-retour permanent, mais doucement fait, qui pose un certain rythme, et finit par nous bercer, endormir toute vigilance et nous priver de tout sens critique. Et ça marche. On a quelques secondes de compassion pour Fred en fermant le livre : « Pauvre enfant malheureux. Pauvre vie brisée. Pauvre, pauvre, pauvre… » Joli coup d’ailleurs, puisque le portrait de lui enfant, évoqué dans le texte, cercle la couverture du livre.

On s'abreuvera aussi d'une multitude d’implacables vérités générales, définissant l’homme (cet explorateur), l’enfant (ce réservoir à devenirs frustrés), le monde, la police, les cellules, les drogues, Frédéric lui-même, la société, la famille… Un mentir-vrai d’exception qui repose sur un fait simple : je me suis fait arrêter pour consommation de stupéfiant sur le capot d’une voiture. Mentir-vrai, oui, comme chez Aragon : l’autobiographie n’a plus de sens depuis ce type, et Beigbeder se met en scène avec assez de brio pour nous captiver et détourner l’attention.

Le texte aurait-il autant d’intérêt si Beig n’en était pas le sujet ? Non. Mais personne ne l’aurait écrit comme lui, avec désinvolture et gravité, comme son dernier personnage d’Octave Parangon, dans Au secours pardon. Cri d’alarme qui résonnait déjà ? Probablement. Frédéric Beigbeder est tout simplement bluffant, touchant, décadent et tendre à la fois, évoquant sa fille, son enfance et sa détention. Égocentrique, juste comme il nous a habitués à l’être, dévoilant, peut-être un nouveau personnage, mais au combien chaleureux dans ses angoisses.

Dire qu’on le recommande… on laissera à nos confrères ce plaisir : le livre nous a étonnés, et plu. Mais il faut savoir dans quoi l’on s’embarque.


 

Retrouvez Un roman français, de Frédéric Beigbeder, en librairie

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Prix : 18 €

ISBN : 9782246734116

Pages : 288 pages

Editeur : Grasset & Fasquelle



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