Pour en finir avec Dieu, Richard Dawkins

Rédigé par Emilie Gaillard, le mercredi 21 octobre 2009 à 17h07

Richard Dawkins, éthologiste et théoricien de l’Évolution, père du célèbre concept de gène égoïste (The Selfish Gene, 1976) et du moins glam mais peut être plus important encore concept de phénotype étendu (The Extended Phenotype, 1982), est avant tout, et de l’avis général, un grand vulgarisateur. C’est sans doute cette dernière qualité qui lui donne le plus voix au chapitre (c’est le cas de le dire) concernant le problème de l’existence de Dieu. Ou plutôt de sa non-existence. Car c’est à cela, ni plus ni moins, qu’il s’attelle dans son ouvrage Pour en finir avec Dieu (The God Delusion, 2008). Même pas peur.

La science a son mot à dire sur la question, n’en déplaise à ceux qui se réfugient dans d’incessantes digressions théologiques (avez-vous besoin de l’avis d’un fééologiste pour décider si oui ou non les fées existent ?). La question de savoir s’il existe une intelligence surnaturelle qui a délibérément conçu et créé l’univers et tout ce qu’il contient est une question scientifique. « Ce qui importe, ce n’est pas si Dieu est réfutable (il ne l’est pas), mais si son existence est probable. C’est une tout autre chose. », nous rappelle Dawkins. L’agnosticisme pur et dur (le prudent « dans le doute je dirais 50-50 ») n’est pas de mise ici, car la science fait sérieusement pencher la balance d’un côté.

À grand coup d’Évolution et de démonstrations par l’absurde, Dawkins pulvérise un à un les arguments en faveur de Dieu pour conclure que son existence est hautement improbable, ne lui laissant que la portion congrue de la théière de Russell (je ne peux pas être sûre à 100 % de la non-existence d’une minuscule théière en porcelaine en orbite entre la Terre et Mars). Alors évidemment c’est un peu bâclé et il vaut mieux parfois ne pas regarder la logique et la cohérence d’ensemble de trop près. C’est le fameux trade-off entre quantité et qualité. Le mérite de Dawkins est surtout de faire un récapitulatif très complet sur LA question, et, comme d’habitude chez lui, ça fourmille d’anecdotes et de citations érudites dans lesquelles on piochera sans vergogne pour alimenter ses discussions métaphysiques.

Le cas de « l’hypothèse Dieu » expédié (en 200 pages), Dawkins s’attaque au gros morceau : la religion.

Anti-créationniste pugnace, anti-Intelligent Design acharné, athéiste revendicateur et rationaliste passionné, celui qu’on surnomme le Rottweiler de Darwin part en croisade. L’ambition du bonhomme est de convertir les croyants tièdes (on doute qu’il y parvienne : il a la diplomatie d’un bulldozer), mais aussi de pousser les athées au coming out (il utilise le terme). Et c’est sans doute là qu’il est le plus pertinent. Je m’explique.

Quand ils ne se cachent pas carrément (comme dans la « théocratie » des USA que Dawkins dénonce avec virulence), les athées ont tendance à montrer un respect trop prononcé envers la liberté religieuse, plus qu’envers la simple liberté d’expression. Or, pour Dawkins, la religion est néfaste et repose trop souvent sur un endoctrinement liberticide par essence. Dans le cadre de la psychologie évolutive, on peut l’envisager comme un vulgaire effet secondaire indésirable de la sélection naturelle de quelques qualités cognitives particulières, utiles par ailleurs. Il faut donc la descendre de son piédestal : « Nous devons respecter la religion de l’autre, mais seulement dans le sens et dans la mesure où nous respectons sa théorie que son épouse est belle et ses enfants intelligents. » (H.L. Mencken) (cité par R. D. p42)

Bien que se voulant humaniste, l’effacement des athées face aux religions laisse le champ libre aux fondamentalismes. L’adhésion à la théorie de la théorie de l’Évolution, quant à elle, n’est pas un fondamentalisme puisque tous ses partisans savent exactement quel type de preuves les feraient changer d’avis : « Des lapins fossiles dans le précambrien » pour reprendre le mot de J.B.S. Haldane (cité par R. D. p165). Sans le dire explicitement (et c’est dommage), Dawkins rappelle que le fait scientifique diffère par nature d’une simple croyance ou d’une opinion. Et qu’il est important de lutter contre l’hypothèse Dieu.

Athées de tous les pays unissez-vous ! Faisons circuler le mème de l’Evolution ! *

*Pour ceux qui ne connaissent pas Dawkins, un mème est l’équivalent, dans le monde des idées, d’un gène ; pour les autres…, vous ne pensiez tout de même pas qu’il allait nous épargner ses mèmes ? Ceci dit en l’occurrence le concept est assez efficient.


 

Retrouvez Pour en finir avec Dieu de Richard Dawkins, en librairie

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Prix : 11 €

ISBN : 9782262029869

Pages : 525

Editeur : Editions Perrin



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Michel

Samedi 26 sep 09
à 13 h 07


Bonne lecture. Elle a été reproduite dans ce fil de discussion consacré à ce livre : http://www.brightsfrance.org/forum/viewtopic.php?f=14
Michel

Samedi 26 sep 09
à 13 h 12


oupss... le lien n'est pas passé j'essaie de nouveau

http://www.brightsfrance.org/forum/viewtopic.php?f=14
Michel

Samedi 26 sep 09
à 13 h 15


Donc il est clair que le logiciel tronque les liens.
Pour trouver ta production, Emilie, va donc sur le lien que je te donne à la fin de ce post, puis cherche "le salon de lecture" puis cherche "des livres et des brights", puis "Dawkins : pour en finir avec dieu" ; ta lecture est reproduite à la fin de cette ligne de messages.

http://www.brightsfrance.org/forum/
Emilie Gaillard

Jeudi 01 oct 09
à 14 h 27


Merci Michel.
J'ai découvert ton site avec intérêt.
Michel THYS

Mardi 13 oct 09
à 18 h 00


J'ai lu le livre de DAWKINS. Il aurait été encore plus convaincant, me semble-t-il, s'il 'était attaché également à l'approche psycho-neuro-physio-génético-éducative du phénomène religieux.
Certes, Richard DAWKINS estime que la soumission est génétique : déjà du temps des premiers hominidés, le petit de l'homme n'aurait jamais pu survivre si l'évolution n'avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu ? ). Mais ne semble pas avoir suffisamment perçu l'influence du milieu éducatif. C?est pourtant un fait sociologique et statistique : la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers : d?abord par l?imprégnation de l?éducation religieuse familiale précoce, forcément affective puisque fondée sur l'exemple et la confiance envers les parents, ensuite par l?influence d'un milieu éducatif croyant, excluant toute alternative humaniste non aliénante. L'éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 %, la soumission y étant totale.
Les neurosciences confirment cette imprégnation :

- Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l'Université catholique de Louvain, a constaté (son successeur actuel Vassilis SAROGLOU le confirme) qu' en l'absence d'éducation religieuse, la foi n'apparaît pas spontanément, et aussi que la religiosité à l'âge adulte en dépend ( et donc l'aptitude à imaginer un "Père" protecteur, substitutif et anthropomorphique (cfr Freud !), fût-il "authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre" ...).

- Des neurophysiologistes ont constaté que les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l?âge de 2 ou 3 ans, mais que les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, tels que les comportements religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. L'IRM fonctionnelle suggère que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l'esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s'en trouvent anesthésiés, à des degrés divers, indépendamment de l'intelligence et de l'intellect, du moins dès qu'il est question de religion. Ce qui expliquerait l?imperméabilité des croyants à toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire l'impossibilité de remettre leur foi en question, sans doute pour ne pas se déstabiliser (cf le pasteur évangélique (iste ?) Philippe HUBINON à la RTBF : « S?il n?y a pas eu « Création », tout le reste s?écroule ? ! » ?

La liberté de conscience et de religion, et en particulier celle de croire ou de ne pas croire serait plus effectives que symboliques si l?on s?orientait enfin vers un système éducatif pluraliste proposant à tous une information minimale, progressive, objective et non prosélyte sur les différentes options religieuses ET sur les options laïques actuellement occultées. L?école compenserait ainsi l?influence familiale, certes légitime mais unilatérale et donc communautariste.

Bien qu'encore très partielle, l'approche neuroscientifique vise à mieux comprendre l'origine et la fréquente persistance de la foi et donc à permettre à chacun de choisir, en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, ses convictions philosophiques OU religieuses.

Certes les neurosciences ne démontrent pas l?inexistence de "Dieu" (aucune inexistence n?est démontrable), mais elles tendent à démontrer son existence imaginaire et donc illusoire.
Le droit de croire n?en restera pas moins légitime et respectable, a fortiori si cette option a été choisie plutôt qu?imposée.

Michel THYS à Waterloo michelthys@base.be
http://michel.thys.over-blog.org
Emilie Gaillard

Mercredi 21 oct 09
à 17 h 07


Michel,

J'ai trouvé moi aussi que certains points auraient pu être approfondis, en particulier la réflexion tout à fait intéressante sur les origines psycho-évolutives possibles de la croyance religieuse.

Cependant il me semble que Dawkins est très clair en ce qui concerne l'endoctrinement du à la famille ou au contexte culturel.

D'autre part, à vous lire je souhaiterais quand même rappeler que l'imagerie fonctionnelle cérébrale n'est pas une baguette magique et que, bien que nombreux, ses résultats restent partiels (comme vous le faites justement remarquer) et complexes: méfions-nous de toute interprétation "phrénologique" hâtive du type "la structure S s'allume, or on sait qu'elle sert au processus cognitif P donc le processus P est mobilisé".

Pour finir, j'avoue rester perplexe face à l'intitulé: "approche psycho-neuro-physio-génético-éducative"... sert-il à dire qu'à un moment donné il convient de faire de faire la synthèse des découvertes faites via différentes approches, ce qui est bien la moindre des chose? est-ce une explicitation du concept de "sciences cognitives", qui consiste à utiliser de concert toutes les sciences pouvant apporter leur pierre à la compréhension des mécanismes cérébraux (biologie, mathématiques, psychologie, sociologie, informatique...)? je trouve la formulation ambigüe.

Emilie Gaillard
 
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