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'La politique exige toujours des compromis personnels'
Par Adrien Aszerman, le mardi 23 août 2011 à 09:05:02 - 0 commentaire
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ActuaLitté : Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?
Lord Michael Dobbs : J’ai la conviction que les évènements sont décidés par les gens, pas par la fatalité. La société se construit par l'interaction des égaux, de ce que nous nous disons, de qui nous sommes et de la façon dont nous interagissons. Avant d'écrire sur Churchill, je voulais savoir qui il était, quels étaient ses goûts, de quoi il pouvait avoir peur, pour le connaître en tant que personne avant de le connaître comme politicien.
Je pense que l'on ne peut pas comprendre ce qui s'est passé à Yalta, ni comment la Seconde Guerre mondiale s’est achevée, sans s’attacher à la psychologie des dirigeants qui ont été les principaux acteurs de la résolution du conflit. Il est ainsi possible de mieux appréhender la façon dont on fait l’Histoire au travers d’un roman.
Vous optez pourtant, à maintes reprises dans le livre, pour des passages de pure fiction ?
Chacun souhaiterait savoir à 100% ce qui s'est passé là-bas, mais ce n'est pas possible. Même ici, à la Chambre des Lords, on pourrait penser que les registres officiels donnent la véritable version de ce qui s'est dit entre les participants. Ce n'est pas le cas.
Pourtant l'Histoire se bâtit sur ces documents. Même lorsque vous êtes à l’époque, dans la pièce, au milieu des discussions, vous savez que la traduction n’est pas exacte, que la retranscription est erronée du fait de raccourcis nécessairement employés. Il y a donc une part de fiction y compris dans les documents officiels. Si j’ai choisi d’intégrer le personnage de Nowak au livre, c’est parce que je voulais un fil conducteur parallèle à l’histoire officielle et aux négociations. Je voulais traiter de la Pologne et d'un personnage qui incarne ce qui arrivait à ce pays. De manière à ce que les gens comprennent que Yalta n'était pas juste un traité, mais que ces négociations allaient avoir des répercussions dans la vie concrète de millions de gens.
Winston Churchill apparaît dans le roman comme le principal artisan de la paix. Est-ce un parti pris ?
Il y a une présomption dans ce pays [l’Angleterre, NDLR] en vertu de laquelle Churchill était un véritable héros. Mais nous avons tendance à oublier qu'il était avant tout un homme de chair, avec toutes sortes de problèmes. A mon avis, sa grandeur - car je pense qu'il était grand - ne vient pas de ce que tous ses choix étaient blancs - car il a pu faire des erreurs grossières -, ni de ce qu'il était toujours gentil et poli - car très souvent il ne l’était pas. Cela vient des challenges personnels auxquels il a dû faire face, et de la façon dont il a géré cela en public. Je pense qu'il ne faut pas le considérer comme un homme à deux dimensions, publique et personnelle, mais comme un homme dans son unicité. II faut tenter de comprendre un homme avec ses peurs et ses angoisses, pour véritablement appréhender ce qu'il a accompli.
Pourquoi avoir placé la Pologne au centre de l’histoire ?Yalta a été un désastre pour l'Ouest, pour les Etats-unis et la Grande-Bretagne. Pour quelles raisons ? Je pense qu'il faut d’abord se référer à la personnalité de Roosevelt, qui, dans une position de grande faiblesse, voulait absolument la paix sans forcément vouloir gagner la guerre. Churchill, droit, voyait exactement ce qui se passait et voulait l’empêcher désespérément ; mais il était en position de faiblesse. Il s'est battu face aux deux autres, mais sa bataille était concentrée sur l’Europe et il a dû laisser sacrifier la Pologne comme Staline et Roosevelt le lui ont demandé. Il n’a pu qu’éviter que tout soit perdu pour l’Europe lorsque la Pologne tomberait sous le joug soviétique.
Pour moi, il n’avait peut-être pas conscience de l’intégralité des enjeux, mais il avait éminemment conscience de ce qui se passait globalement. Il a aussi réalisé combien a été gâché à Yalta et combien Roosevelt, pourtant son ami, l’a trahi, à force de subterfuges et d’artifices. Ce qui explique pourquoi il a refusé d’aller à l’enterrement de Roosevelt seulement six semaines plus tard.
Aujourd’hui sénateur, vous avez-vous-même suivi une carrière politique. Quel regard cela vous a-t-il apporté sur l’histoire ?
La politique est très imparfaite. On peut avoir beaucoup de principes et d’ambition et ne jamais les réaliser, car elle exige toujours des compromis personnels. C’est pourquoi il est si difficile d'écrire l'Histoire. Il y a peu de vrais leaders dans le monde et ils sont ceux capables de véritablement appréhender les événements tels qu'ils adviennent, de les saisir et les remodeler à leur volonté. Voilà pourquoi Churchill était un vrai leader et sans doute le plus grand que ce pays ait jamais eu. S’il était décédé à la fin 1938 ou début 1939, il ne serait sans doute pas entré dans la légende. Mais ce qu’il a fait à partir de 1940 et pendant toute la Seconde Guerre mondiale, je pense qu’aucun autre chef politique n’aurait pu le faire. C’est là, à mon sens, que réside sa grandeur : d’avoir fait fléchir le cours de l’Histoire alors que les autres politiciens n’ont fait qu’influer sur lui.
Avez-vous déjà le sujet de votre prochain ouvrage ?
Je travaille sur ma cinquième pièce de théâtre, qui portera sur... Winston Churchill [rires]. L’intrigue se passe en 1938, alors qu'il était au plus bas, prêt a renoncer, et personne n'imaginait qu'il reviendrait au gouvernement un an plus tard pour mener le pays au travers de la guerre. Il s’agit donc d’une facette inconnue du personnage, obscure et privée, d'un homme qui a presque tout perdu, loin du côté public et lumineux que l’on connaît.
[Ce que l’on a pensé du livre :
Un ouvrage brillant, érudit, qui pénètre les arcanes d’un épisode déterminant de l’Histoire. La plume de Lord Michael Dobbs est celle d’un grand écrivain, qui sait tout aussi bien manier l’humour, le dialogue et la description, sans craindre d’appréhender la nature humaine dans ses plus noirs aspects.
Un seul reproche : il n’est pas Français.]
(*L'entretien a été mené en anglais)
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Par Adrien Aszerman, le mardi 23 août 2011 à 09:05:02 - 0 commentaire
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