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Une croix gammée sur la couverture suffit pour croire un livre fasciste
Par Adrien Aszerman, le jeudi 10 juin 2010 à 10:00:00 - 0 commentaire
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ActuaLitté : L’objet de l’intrigue de ton roman est le traité de Versailles. N’est-ce pas un peu poussiéreux ?ActuaLitté : Il n’a jamais mis la main dessus ?
TSP : Sur l’original, jamais. On ne sait pas ce qu’il est devenu. La version officielle affirme que le traité à été oublié à Rochecotte, puis récupéré par un émissaire français. Mais l’exemplaire récupéré était la version préparatoire. Verte, et pas blanche. L’erreur est incompréhensible. Les Allemands ont affirmé avoir mis la main sur l’original mais n’ont jamais organisé de festivité pour sa destruction, ce qu’ils auraient immanquablement fait dans la réalité. La meilleure thèse sur la question, qui explique toutes les invraisemblances sur le sujet est celle de Sophie Leurré, « La mémoire oubliée ».
ActuaLitté : Qu’as-tu voulu dire au travers de ce roman ?
TSP : J’ai voulu donner une cohérence entre l’intrigue et l’obscurité de l’histoire. Revenir sur cette époque sombre, en respectant la dureté des choix que l’on peut faire malgré soi, à cause de l’absurdité de la période. Les allers-retours dans le temps, avec le petit-fils de Heinrich qui retrouve une Madeleine vieillie permettent de mettre en relief ce rapport à la période des deux côtés du Rhin. Théo, c’est un peu Thibaut qui n'a pas beaucoup connu ses grands-parents et porte un regard interrogateur sur les Français et les Allemands de cette époque.
ActuaLitté : Lorsque tu dis « faire des choix malgré soi », est-ce à dire que la guerre déresponsabilise ?
TSP : Non. Chacun doit bien évidemment assumer ses choix peu importe le contexte. Mais je me dis : attention. Face à ces choix, comment aurions-nous agi ? Il est difficile d’y répondre de notre époque. Ainsi Heinrich n’est pas un nazi, juste un patriote qui croit à la grande Allemagne, tout comme Madeleine croit à la grandeur de la France. Leurs intérêts les opposent mais leurs convictions sont communes. En temps de guerre toutes les barrières sociales disparaissent, la nature humaine est mise à nue. C’est le fil conducteur de ce roman.

ActuaLitté : Est-il vrai que la couverture t’a causé des problèmes ?
TSP : Beaucoup. Il s’agit d’un choix de l’éditeur, mais la violence des réactions m’a surpris. Un certain nombre de libraires ont refusé le livre à cause de la première de couverture. J’ai même entendu des gens, lors d’une séance de dédicaces, se demander à l’oreille : « est-ce un vrai nazi » ? Certes, je suis blond aux yeux bleus. Mais une croix gammée sur la couverture suffit à faire penser que le livre soit fasciste ? Sans même lire le résumé de la quatrième de couverture ? Il y a une vraie peur irrationnelle sur ces sujets, alors que bien d’autres choses de la société actuelle devraient inquiéter.
ActuaLitté : En parlant de craintes, certains auteurs disent redouter le développement du livre numérique. Est-ce ton sentiment ?
TSP : Pas du tout. Les statistiques sont claires : contrairement à une croyance répandue, on n'a jamais autant lu. J’estime que l’écriture variant selon les supports, de nouveaux supports ne pourront qu’apporter de nouveaux lecteurs, sans mettre en danger le papier. Je crois énormément au numérique. Mes deux premiers romans ont trouvé peu d’écho dans la presse et c’est grâce à Internet que j’ai pu rencontrer une certaine notoriété. Sans compter l’interactivité entre l’auteur et les lecteurs, que permettent certains forums.
ActuaLitté : Le numérique a pourtant dans son sillage une réforme du droit d’auteur…
TSP : Seule une vingtaine d’auteurs, presque autant de griffes, trustent le marché et parviennent à en vivre. Ce qui rapporte à l’auteur c’est la cession de ses droits, bien plus que les droits d’auteur eux-mêmes. Un peu comme les musiciens qui vivent aujourd’hui davantage de leurs concerts et prestations que de la vente de leurs disques.
Par Adrien Aszerman, le jeudi 10 juin 2010 à 10:00:00 - 0 commentaire
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