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Entre Platon, Dick et Cronenberg, le rêve et le réel, avec Inception
Par Nicolas Gary, le mardi 27 juillet 2010 à 12:48:45 - 3 commentaires
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La réalité, le rêve, les manipulations de l'esprit... des thèmes chers à la littérature de science-fiction, tout particulièrement et plus encore à des auteurs comme Philip K. Dick, pour qui l'introduction d'une réalité nouvelle ne marque pas forcément l'abandon des précédentes (voir Ubik...). Avec Inception, le cinéma hollywoodien nous gratifie d'un nouveau blockbuster, mais de talent. Celui de Leonardo DiCaprio, brillantissime, et qui pousse le bon goût jusqu'à ne pas éclipser les autres acteurs, leur laissant un véritable champ d'action...L'intrigue se résume sur un ticket de métro : ce n'est pas cela qui compte. Un homme, Léo, en l'occurrence, est engagé pour implanter une idée dans l'esprit du futur héritier d'une supra-coproration. Pour ce faire, un kidnapping et hop, on va plonger dans ses rêves pour lui faire rentrer l'idée au plus profond de lui-même. On bascule de strate en strate, toujours plus profondément dans l'inconscient, pour que l'idée – il doit dissoudre l'empire de son père – prenne racine et grandisse, jusqu'à devenir sienne. Qu'elle soit ancrée jusqu'à l'appropriation complète.
Simplissime, non ? Et pourtant, la réalisation vous en met plein les yeux. Parce qu'il faut rendre dans l'esprit du spectateur une double réalité, spatiale et temporelle, tout cela dans des séquences oniriques qui glissent, glissent, glissent... Pour faire simple : on reprend La vie est un songe de Calderon, mais qui ne joue que sur une seule strate onirique. Mais là, réalité et rêve coexistent, dans une dualité simple. Avec Inception, on s'approche définitivement de K. Dick, et du Dieu venu du Centaure, où en prenant la drogue ramenée par Palmer Eldritch, on ne sait définitivement plus quand on a quitté les mondes fantasmés pour retrouver la réalité partagée par tous.
D'autant que le recours, dans le film, à un puissant sédatif qui permet de maintenir le rêve et de garantir la réussite de l'opération, rapproche plus encore de l'usage fait des stupéfiants dans ce livre du romancier américain.
Alors évidemment, un thème pareil ramène à un Matrix, nettement moins complexe, là encore, puisque toujours dual : la Matrice d'un côté, le monde réel de l'autre. Pilule bleue contre pilule rouge. Avec Inception, tout cela prend la dimension d'une poupée russe : elles s'imbriquent parfaitement les unes dans les autres, mais révèlent toutes une nouvelle réalité... rêvée. Et c'est particulièrement bon.
Difficile de passer également à côté du mythe de la Caverne de Platon dans cette histoire. La réalité que nous prenons pour vraie, n'est que la projection d'ombres sur une paroi et prisonniers de chaînes, nous sommes incapables de nous détourner de ces apparences que nous prenons pour authentiques. Là encore, Inception dépasse ce manichéisme : un plan, dans un plan, imbriqué dans un rêve, qui lui-même fait suite à d'autres... Tout cela se concrétise plus encore dans la fin du film, où le spectateur pourra enrager de se dire qu'il n'a pas toutes les cartes en main. Et c'est tant mieux.
Enfin, sans la dimension vidéoludique du film, mais avec cette connexion qui articule les actions des rêveurs, impossible de ne pas penser à eXistenZ. La console qui relie les personnes entre elles, pour les faire entrer dans un univers de jeu inédit, dont le réalisme est frappant. L'interactivité commune, les répercutions des actes sur les autres joueurs et la perspective d'un jeu dans le jeu rejoint complètement la thématique abordée dans Inception. Avec un budget de 200 millions $ pour sa réalisation, le film place toutefois la barre encore plus haut, non pas simplement en effets spéciaux (encore que la scène en apesanteur dans un hôtel à des échos de 2001 Odyssée de l'espace vertigineux), mais bien en action dramatique.
Enfin, immanquablement, on retrouve l'ambiance de manipulation si chère à Dark City, ce monde mouvant où des extraterrestres sont à la recherche de ce que peut être l'âme humaine. Ils structurent pour ce faire tout un monde, chaque nuit modifié, avec une dimension architecturale, au sens propre comme figuré, qui n'est pas si éloignée de celle d'Inception.
Pour conclure et élargir un peu, n'hésitez pas à replonger dans Les Invisibles de Grant Morrison, le monsieur qui avait signé avec Dave McKean un exceptionnellissime Batman, L'asile d'Arkham, dans lequel la réalité n'est plus vraiment celle à laquelle on peut se raccrocher... Un titre phare de l'auteur, immanquable pour approfondir le sujet...
Passer une vie à tenter de retrouver un passé quitté précipitamment, courir après des rêves et des rêveurs, des idées à voler, tout cela pour retrouver sa place au sein d'une famille déchirée par un suicide... Inception a définitivement tout d'un grand et magnifique film. Intelligent, fin, subtil et qui dissimule sous une apparente complexité, une formidable histoire sur le remord et la culpabilité qui rongent une existence – chose manifeste, à moins d'avoir le QI d'une huître faisandée sur le sable d'un désert saharien (lien vidéo, quand on n'est pas équipé, faut pas tenter de penser...) – le film de Christopher Nolan excelle sur tous les plans.
Et bien loin de nécessiter l'ensemble des références citées, quoiqu'assez classiques, le film n'est pas un patchwork de ces oeuvres. Il a son identité propre, forte et magnifique. Après tout, ce qui importe, c'est que les rêves auxquels on tient le plus parviennent à se réaliser... quel que soit le niveau de la réalité où ils y parviennent...
Wikipédia pour plus d'informations sur le film
Bibliographie conseillée
- Philip K. Dick
- Ubik
- Le Dieu venu du Centaure
- Bruno Bettheleim
- Psychanalyse de contes de fées
- Psychanalyse de contes de fées
- Platon
- L'Allégorie de la Caverne, Livre VII de La République
- Calderon
- La vie est un songe
- Grant Morrison
- Les invisibles
- L'asile d'Arkham (rien à voir mais exceptionnel...)
- eXistenZ, par Cronenberg
- Matrix (dans l'idéal la trilogie, mais le premier volet suffira), parles frères Wachowski
- Le Festin nu, adapté librement de l'oeuvre de William Burroughs, par David Cronenberg
- 2001, Odyssée de l'Espace, de Stanley Kubrick
- Dark City, de Alex Proyas
Par Nicolas Gary, le mardi 27 juillet 2010 à 12:48:45 - 3 commentaires
Mots clés :
inception -
matrix -
ubik -
eXistenZ
Publié par Le PiXX
Total Recall
Ouvre les yeux / Vanilla Sky
Videodrome (même si Existenz n'est qu'un prolongement de cette "thèse" aussi développée par Cronenberg)
Publié par Torog
A rajouter, Total Recall, et surtout, Vanilla Sky ^^
Publié par Le PiXX
et puis, j'ai oublié le très bon "l'Échelle de Jacob" d'Adrian Line... C'est pas un rêve, mais c'est tout d emême une existence rêvée... ou cauchemardée...
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