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'Moderniser la loi Lang, c'est tuer la diversité culturelle', Benoît Bougerol
Par Benoît Bougerol, le samedi 05 juillet 2008 à 07:05:04 - 0 commentaire
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Un marché ouvert à tous, sans discrimination
En effet, la loi de 1981 permet une concurrence très ouverte puisque n’importe quel détaillant peut vendre du livre sans qu’il y ait nécessité d’une autorisation, d’un diplôme, d’un contrôle à la différence de nombreuses autres professions. Cette concurrence très ouverte se fait sur le conseil, le service, le choix, la proximité, mais est régulée par une règle : le prix unique du livre. Une règle minimale est partout nécessaire sauf à laisser le plus fort écraser les autres, à laisser la loi de la jungle décider et permettre la mise en place de monopoles.
Mais d'autre part, on assiste depuis à une concurrence sur les prix très forte entre éditeurs (et non pas entre détaillants), car chaque éditeur veille à positionner au mieux le rapport qualité-prix de ses livres : la concurrence entre Larousse et Robert, entre les guides de voyages, entre livres scolaires, entre livres de cuisine, entre livres de poche et tout livre de littérature est très forte, personne ne pouvant se permettre d’éditer et de fixer un prix au-dessus de ce que fait son voisin dans une gamme équivalente
Les libraires indépendants, garants d'une diversité
À plus d'un titre, la loi Lang offre un accès au livre extraordinaire grâce à la densité des librairies indépendantes, à la présence de nombreuses grandes enseignes culturelles, à la présence de livres aussi en hyper, voire en jardinerie ou en pharmacie, et enfin grâce à plus de 50 sites Internet proposant du livre, dont ceux des grands indépendants comme decitre.fr, mollat.com, sauramps.com, librairiedialogues.fr, ombres-blanches.fr, ou encore placedeslibraires.com, et d’autres plus modestes comme le mien à Rodez, maisondulivre.com, qui présentent tous les 600 000 livres disponibles en France.
Enfin, dirai-je pour conclure, elle assure un accès facile pour tous grâce au réseau des bibliothèques où l’accès au livre et à la lecture est gratuit et est complémentaire à celles des librairies.
Tout ceci est dans un équilibre fragile, comme un funambule, et secouer le fil aurait les mêmes conséquences que couper le fil : le funambule serait tué. Donc, « moderniser » la loi serait la mort de la diversité culturelle assurée par la diversité des réseaux et la diversité des librairies indépendantes qui, par leur indépendance même, empêchent toute concentration des choix, de l’offre et donc préserve d’une best sellerisation de quelques titres au détriment de tous les autres.
LME, une loi assassine
En qualité de président du SLF, et donc représentant des libraires au sein du Conseil du Livre, je salue d'ailleurs la décision du Conseil du Livre, installé par Mme la Ministre de la Culture lundi 30 juin, de confier à M. Hervé Gaymard une mission de bilan sur la loi. Ce Conseil est un lieu où professionnels, experts du Ministère et parlementaires pourront travailler ensemble.
Reste la LME, dont l’article 6 reste un motif d'inquiétude. Ce dernier nous obligerait à payer les fournisseurs, souvent des grands groupes éditoriaux, avec des échéances réduites alors que nos stocks représentent 90 à 120 jours et que notre rôle culturel implique ces stocks larges et diversifiés avec des livres parus depuis 1, 5 ou 10 ans, et pas seulement les nouveautés du moment. La fragilité des librairies et de leur trésorerie ne peut permettre des échéances plus courtes, la plupart de nos banquiers étaient déjà peu enclins à financer les habituels découverts de fin de mois. Pour beaucoup ce serait la cessation de paiement alors même que nos fournisseurs n’ont ni besoin ni demande en ce sens. Au contraire, le SNE (éditeurs) s’est prononcé contre cette mesure qui déstabiliserait la diffusion du livre.
Pour le livre, contre la dérégulation
Mais permettez-moi de revenir sur l’appel « Pour le Livre » publié dans Le Monde, initié par le SLF, où de nombreux auteurs, éditeurs (tous les principaux éditeurs et groupes éditoriaux) et les libraires ainsi que les chaînes (Fnac, Virgin, Cultura, Privat) et les sites Internet « pure player » comme Alapage et Chapitre ont exprimé ensemble leur attachement à la liberté concurrentielle née de la loi sur le prix unique. C’est la première que se regroupent ainsi la quasi-totalité des acteurs du livre, y compris la grande distribution autrefois opposée à cette loi, car elle a constaté que les autres secteurs comme le disque ont été laminés par des discounts incessants laissant aujourd’hui une offre exsangue et une distribution restreinte à quelques enseignes sans possibilité de lancer de jeunes auteurs, compositeurs et interprètes en dehors des best-sellers annoncés et/ou fabriqués.
Par Benoît Bougerol, le samedi 05 juillet 2008 à 07:05:04 - 0 commentaire
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