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Paul Fournel, Le prix du texte
Par Paul Fournel, le jeudi 11 septembre 2008 à 11:00:00 - 20 commentaires
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Si vous donnez au libraire les vingt euros qu’il vous demande pour le premier livre sur la table en entrant et qui vient tout juste de sortir, l’auteur touchera dix pour cent du prix hors taxe soit un peu moins de deux euros.
Avec un peu de chance, vous devriez pouvoir trouver le même livre à moitié prix chez le bouquiniste qui revend les services de presse des critiques submergés (dans ce cas, l’auteur ne touchera rien).
Si vous pouvez patienter quelques jours, vous le trouverez d’occasion chez Gibert ou chez votre Amazon électronique préféré qui pratique désormais le bouquinisme à l’échelle planétaire. L’auteur ne touchera pas davantage.
Dans quelques mois, le livre sera en promotion dans votre club favori. Là, l'auteur partagera un petit quelque chose avec son éditeur ; et, quelques semaines plus tard, vous le trouverez soldé au quart de son prix chez Maxilivres, là, l’auteur ne touchera plus rien du tout.
Si votre livre chéri a connu le succès qu’il mérite, il paraîtra bien vite en format de poche. Il ne vous coûtera plus que 6 ou 7 euros et l’auteur n’en touchera plus que cinq pour cent, soit un peu plus de cinquante centimes.
Bien entendu, si votre impatience a été trop grande, vous l’avez déjà emprunté pour rien à la bibliothèque. Là l’auteur devrait toucher un petit quelque chose, mais très peu (quelques petits centimes) et dans longtemps.
Vous connaissant, je sais que vous l’avez déjà piqué à votre amie Mireille qui est la seule de vos copines à ne pas trouver que les livres sont chers. Elle ne parvient pourtant toujours pas à comprendre pourquoi les textes les plus fragiles, les plus jeunes, les plus fugaces coûtent cinq fois plus cher que les plus solides et les plus classiques. Elle ne comprend pas pourquoi elle peut trouver son Calvino préféré pour six euros alors qu’il lui en faut débourser vingt pour découvrir le premier roman d’un jeune homme dont elle a déjà oublié le nom et le prénom. Ce qu’elle comprendrait encore moins si on tentait de lui expliquer, c’est que si elle n’achète pas ce malheureux livre à vingt euros, elle n’a aucune chance de le trouver un jour en poche à six, puisque seuls les livres qui se sont correctement vendus dans la première édition « passent » en poche !
Heureusement que dans notre pays le livre est très sérieusement encadré par une loi qui fixe très sévèrement son « prix unique » sinon, vers quelle complexité irions-nous ?
Imaginez qu'en Angleterre où le prix du livre est « libre », on vous en donne un gratuit chaque fois que vous en achetez deux. Imaginez l'angoisse de l'auteur anglais qui se demande chaque fois qu’il entre dans une librairie si le gratuit est le sien...
Paul Fournel s'est déjà distingué dans nos colonnes pour deux livres que l'on ne peut rater : Les mains dans le ventre et Les animaux d'amour. En plus d'avoir beaucoup d'humour, au point de vivre en Angleterre, il est très sympathique et écrit fort bien.
Par Paul Fournel, le jeudi 11 septembre 2008 à 11:00:00 - 20 commentaires
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texte
Publié par Cécile
Merci pour ce texte sympa, mais vous oubliez de parler de la marge des éditeurs. Alors si l'éditeur touche plus que l'auteur, n'est-ce pas plutôt cela qu'il faut dénoncer que la réticence des
lecteurs à débourser 20 €
Dans un système de prix encadré qui tente de protèger les petits diffuseurs, il y en a quand même qui font leur beurre.
Et compte tenu de la toute petite part relative que touchent actuellement les auteurs, à combien faudrait-il vendre les livres pour que les auteurs en tirent une rémunération à hauteur de leur talent et de leur travail? Selon les modalités actuelles, à 100 € le bouquin, vous toucheriez 10 € par livre, donc avec un tirage moyen de 11 000 exemplaire pour les romans (voir CNL : http://www.centrenationaldulivre.fr/?chiffres-cles-secteur-du-livre), ça nous fait une petite rémunération de 110 000 ? pour l'auteur. A peine suffisant pour un an ou plus de travail, j'en conviens.
C'est donc tout le système qu'il faut revoir avec les éditeurs, pas avec les lecteurs...
Et que dire des à valoirs astronomiques de quelques happy few?
Le ponpon c'est quand même de stigmatiser le prêt gratuit en bibliothèque!
Anyway, merci pour vos livres (que j'ai payés!!)
Publié par tset
[quote:3]test sigle euros €[/quote]test 4
Publié par test
[quote:1] Merci pour ce texte sympa, mais vous oubliez de parler de la marge des éditeurs. Alors si l'éditeur touche plus que l'auteur, n'est-ce pas plutôt cela qu'il faut dénoncer que la réticence des
lecteurs à débourser 20 €
Dans un système de prix encadré qui tente de protèger les petits diffuseurs, il y en a quand même qui font leur beurre.
Et compte tenu de la toute petite part relative que touchent actuellement les auteurs, à combien faudrait-il vendre les livres pour que les auteurs en tirent une rémunération à hauteur de leur talent et de leur travail? Selon les modalités actuelles, à 100 € le bouquin, vous toucheriez 10 € par livre, donc avec un tirage moyen de 11 000 exemplaire pour les romans (voir CNL : http://www.centrenationaldulivre.fr/?chiffres-cles-secteur-du-livre), ça nous fait une petite rémunération de 110 000 ? pour l'auteur. A peine suffisant pour un an ou plus de travail, j'en conviens.
C'est donc tout le système qu'il faut revoir avec les éditeurs, pas avec les lecteurs...
Et que dire des à valoirs astronomiques de quelques happy few?
Le ponpon c'est quand même de stigmatiser le prêt gratuit en bibliothèque!
Anyway, merci pour vos livres (que j'ai payés!!)[/quote]
Publié par Lucie du Québec
C'est lorsqu'on se penche sur la mécanique économique derrière les livres qu'on comprend un peu mieux tous les risques encourus par chacun des protagonistes de la "chaîne" du livre.
Il faut comprendre qu'il existe une forme de "péréquation" inhérente au secteur de l'édition et de la librairie. Les "gros" titres permettent le foisonnement des autres et, surtout! l'édition de nouveaux auteurs. Idem pour les libraires où les meilleures ventes permettent la mise à disposition de titres moins connus mais qui ont intérêt à être découverts!
Je suis assez d'accord avec Cécile en ce qui concerne les à-valoir astronomiques, coutume reposant sur un star-system préjudiciable à l'ensemble de la société, au fond. Surtout si on considère que les sommes ainsi engagées
Mais il importe de bien comprendre que le prix d'un livre n'a que peu à voir avec la qualité de son contenu...ni non plus avec l'assurance de rentabilité pour chacune des parties impliquées!
Publié par Nicolas de Paris
Alors, Paul, on oublie que les magasins MaxiLivres ont disparu ? Cette édition n'existe plus qu'en hypers et en stations services et... ils rachètent des droits et... les auteurs touchent quelque chose. Cecile parle de 11000 ex de tirage moyen. Ce n'est évidemment pas le cas de la seule littérature dont le tirage (et la vente moyenne) est inférieur. Cécile oublie également que même s'il arrive à l'éditeur de gagner sa vie, les taux de rentabilité des maisons d'édition sont ridicules par rapport à l'industrie et que, somme toute, c'est l'éditeur qui prend quand même le risque financier. Plus de 600 nouveaux romans à la rentrée, au moins c'est pas comme dans le disque où seuls des stars et des niaiseries sont financées par les producteurs...
Publié par Josette Marty
pourquoi n'y aurait-il pas un partage équitable des revenus du livre entre éditeur, auteur, distributeur ? Ce serait bien plus juste; Il ne faut quand même pas oublié que ce sont les auteurs qui font vivre tout le monde de l'édition. Avec les publications des livres sur internet, les frais des éditeurs sont bien moindre que ceux qui publient uniquement sur papier.
Publié par Cecile
@ nicolas.
Les tirages moyens pour les romans sont estimés par le CNL à 11 000 tirages.
http://www.centrenationaldulivre.fr/?chiffres-cles-secteur-du-livre, ce n'est pas moi qui le dit !
Publié par Tlaciar
Bonjour,
Merci de ce texte très amusant et des commentaires qu'il a suscité.
Il me semble toutefois que l'on oublie quelque peu de signaler que l'éditeur est le seul à prendre un risque financier dans la chaîne qui va de l'auteur au lecteur.
En effet, imaginons un roman imprimé à 10 000 exemplaires, dont 9 000 sont envoyés dans les librairies et qui n'est finalement vendu qu'à 1000 exemplaires (et celà arrive très souvent).
L'éditeur doit tout de même payer le compositeur qui a réalisé la mise en page du texte, le graphiste qui a créé la couverture, l'imprimeur qui a fabrique les 10 000 ex et enfin, le distributeur/diffuseur, qui a acheminé les livres chez le libraire, demande à l'éditeur de le rembourser des sommes qu'il lui a avancé...
Au final, l'éditeur perd donc de l'argent dans cette opération (souvent et parfois beaucoup !!)...
Il a toutefois l'élégance de ne pas demander à son auteur, en qui il croyait tant, de participer au frais de l'opération...
PS : Un autre moyen de lire sans rémunérer l'auteur consiste à aller prendre directement les livres sur la chaîne de brochage... Mais il faut faire mon joli métier pour cela !!!
;-)
Publié par David
Bonjour,
Faisons la lumière sur la répartition du prix de vente d'un livre en pourcentage (il s'agit de moyennes sur lesquelles je reviendrai) :
Droits d'auteurs : 8%
Fabrication (imprimeur) : 16%
Frais de structure et bénéfices éditeur : 15%
Promotion : 4%
Diffusion : 8%
Distribution : 11%
Libraire : 33%
TVA : 5%*
*Chiffre arrondi. La TVA sur le livre est de 5,5% sur le prix hors taxe, soit 5,2% du prix TTC.
Effectivement, c'est l'éditeur, s'il ne puvblie pas à compte d'auteur, c'est-à-dire s'il ne déguise pas sa relation avec l'auteur en une simple prestation de services (je fais votre ouvrage pour XXX euros...), qui prend tous les risques.
L'éditeur, n'en déplaise à une majorité, fait un vrai travail de mise en valeur, et littéraire qui plus est. Il ne s'agit pas de retranscrire béatement la divine essence apportée sur papier, nimbée de lumière, où ils n'auraient qu'à la transmettre directement à l'imprimeur.
Ensuite, à propos du tirage moyen d'un ouvrage permettez-moi d'être en total désaccord avec le CNL : Le problème du CNL est qu'il découvre depuis à peine 5 ans, que la France est parsemée de maisons d'édition qui n'ont rien à voir avec les structures membres du Syndicat national de l'édition.
Reprenons, les chiffres : tirage moyen d'un roman en France (et là les études présentent des chiffres, pratiquement contradictoires) Entre 800 et 2000 exemplaires !!! Nous sommes très loin des 11000 ex.annoncés par le SNE puisque la vente moyenne d'un tel ouvrage en France se situe aux alentours des 1000 !
Je ne vous parle même pas de la poésie qui, dans un pays comme la France (Attention, ces chiffres ne proviennen past de pays comme la Birmanie ou la Corée du Nord tellement ils sont indigents !), atteint la moyenne de tirage de 300 exemplaires !
Attention donc. La majorité des éditeurs indépendants qui mettent en valeur de merveilleux texte n'ont strictement rien à voir avec Hachette, Flammarion, Le Seuil, Gallimard et consort.
Vous mélangez les comportements d' "industries" avec celui d'artisans.
Bien à vous,
Un jeune éditeur
Publié par Cecile
Bien sûr que vous avez raison et merci pour vos précisions sur les tirages, car lorsque l' on cherche des infos, on ne trouve pas ces chiffres mais ceux du CNL. Les éditeurs prennent des risques considérables, nous sommes bien d'accord. Mais ce qui sous-tend le texte facétieux de Paul Fournel est que le texte a une valeur (ce que personne ne conteste), que le lecteur ne doit pas rechigner à débourser 20 ? , car c'est la condition minimale pour que l'auteur touche une petite rémunération. Que finalement se procurer des textes par un autre biais tue en quelque sorte la création... C'est un peu cela que je trouvais sujet à débat.
Publié par B. Majour
Bonjour
Chiffres intéressants cités par le jeune éditeur... avec la petite précision suivante.
Le libraire, lorsqu'il vous fait 5 % de réduction, ou 9 % pour les bibliothèques, le prend sur sa part... Avec 3 % supplémentaires, dans le cas des bibliothèques pour financer la SOFIA.
Donc la part du libraire n'est pas de 33 %, mais plutôt de 25 %... Et encore.
Sans oublier qu'il finance le système par le biais des offices (livres fournis en bloc, que vous les vendiez ou non, vous devez les payer... même si vous pouvez les rendre un peu plus tard, vous aurez dû avancer l'argent ! Ce qui explique une rentabilité très faible... et un nombre décroissant de libraires, sauf pour ceux qui ont cette vocation dans les tripes.)
Le tirage moyen est 8151 exemplaires en 2006-2007
www.centrenationaldulivre.fr/IMG/pdf/Chiffres-cles_livre_2006-2007.pdf
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Mais là aussi, c'est une valeur mensongère et trompeuse.
Comment comparer un tirage de poche à 600 000 exemplaires, ou même un best-sellers au même tirage avec la majorité des tirages en gros volumes (qui vont plutôt au 1000-2000 exemplaires, hors best-sellers)
Allez, un petit exemple pour mieux comprendre le phénomène.
Nous sommes dix, votre salaire est de 500, et le mien de 600 000
9 * 500 + 600 000 = 604 500
moyenne 60 450...
Bilan, nous sommes tous riches. :-(
Maintenant, si on lit un peu plus loin les chiffres du Centre National du Livre
On s'aperçoit que 10 000 titres rapportent 50 % du chiffre d'affaires.
Pour une production de 63 761 titres.
Donc 53 761 titres se partagent 50 % du marché, et il est fort probable que les 10 000 suivants se partagent encore la moitié de ces 50 %...
Soit pour 20 000 titres, 75 % du chiffre d'affaires. (Et sans doute la même chose pour les tirages)
Bilan, il se trouve 43 761 titres qui vont se partager des clopinettes, et des tirages correspondants.
C'est un phénomène de longue traîne... (cherchez cette expression "longue traîne" sur un moteur de recherche pour visualiser la courbe si vous ne l'avez jamais vue)
Le véritable tirage moyen serait dans la médiane... et il expliquerait, de beaucoup, pourquoi il faut débourser 20 euros (qui monte de plus en plus à 23) pour découvrir un nouvel auteur. Produire à 10 000 ou à 500 exemplaires, ce n'est pas la même chose pour un imprimeur/brocheur. Question d'économie d'échelle !
Maintenant, croire que c'est l'éditeur qui engrange le plus d'argent dans l'histoire, eh bien non... Il touche 15 % du prix du livre, mais il a des employés à régler, des frais nombreux, et pour un livre publié, c'est au minimum une vingtaine qui sont lus sérieusement, et deux ou trois qui sont retravaillés avec l'auteur.
Car croire que l'auteur est capable d'écrire seul son livre, c'est un mythe.
Un livre, surtout pour un jeune auteur, c'est le résultat d'un re-travail régulier entre l'éditeur et son auteur, avec plusieurs relectures... c'est aussi aller démarcher les libraires, faire de la pub, être présents dans les salons, trouver des traducteurs, etc.
Et gérer les crises des auteurs qui se croient méprisés lorsque leurs livres ne se vendent pas, ou qui trouvent qu'ils auraient pu gagner plus d'argent tout seuls (mais ne s'y risquent pas, on se demande bien pourquoi !)
Pas si simple le métier d'éditeur... et si on cherche la rentabilité financière (comme beaucoup de grosses maisons rachetées pour faire du "chiffre"), on publiera uniquement des best-sellers, éphémères si possibles. La vie des stars du moment, par exemple, ou quelques livres politiques sans aucun intérêt au-delà d'un mois ou deux après leur sortie.
Là aussi, c'est une vocation que le métier d'éditeur. Et si on regardait, un peu, le décompte des horaires d'un éditeur, on s'apercevrait qu'il vaut mieux être auteur qu'éditeur !
Publié par B. Majour
Maintenant, je souris à l'article de Paul Fournel.
La loi Lang sur le Prix du livre unique date de 1981
Elle a permis la sauvegarde des libraires, mais rien pour les auteurs, aucune avancée.
1981, car d'après Wikipedia, Paul Fournel est né en 1947, soit 34 ans en 1981. Alors lorsqu'il parle de "complexité", je souris... à sa fausse innocence.
Sans la loi Lang, on repartira juste à la revente en "solde" des livres, pour lesquels l'auteur ne touche rien... idem pour les faillites des distributeurs qui ont tué bien des éditeurs, et spoliés nombre d'auteurs.
Et, on repartira à la destruction des derniers libraires, ces derniers garants de la diversité culturelle... on tuera les derniers passionnés, qui vivent de leurs ventes et qui apportent une vraie expertise. Ne restera plus que les bibliothécaires pour apporter cette expertise, ou les passionnés sur le Net.
Je souris encore lorsque Paul Fournel chouine sur les bouquinistes qui vous sous-vendent, ou sur les ami(e)s qui prêtent le livre, sans aucune rémunération pour l'auteur.
Il nous ferait croire que la majorité des ouvrages en surnombre n'est pas pilonné et recyclé. Et là-dessus, combien touche l'auteur ???
Zéro !
Parce que ça coûte beaucoup d'argent de stocker des livres dans les hangars... une nouvelle part prise sur celle de l'éditeur au passage. Alors il faut bien en jeter un maximum pour minimiser les coûts de stockage, mais pas trop, des fois que le livre repartirait à la vente... équilibre délicat pour l'éditeur !
Alors, qu'est-ce qui tue le livre ?
La première chose, c'est que l'auteur ne sache pas réclamer une somme fixe par page. 50 centimes d'euros, un euro, deux euros par page, par exemple. Ou alors une somme forfaitaire : 50 centimes par livres imprimés, ou autre.
Car, l'illustrateur, le traducteur, le correcteur, tous ils travaillent au forfait !
Mais pas l'auteur.
Pourquoi ?
Pourquoi ne pourrait-il pas mettre un prix à ce qu'il vend ?
Regardez n'importe quel artisan, il affiche ses prix !!!
L'auteur, non.
En plus, l'auteur doit attendre un an pour recevoir le décompte de l'argent qui va lui être versé. (et on pourrait encore parler des droits sur les traductions à l'étranger, où l'auteur reçoit de zéro à des clopinettes... mais Paul Fournel n'en parle pas.)
Alors quoi ?
L'auteur est-il innocent ?... Et en plus, il vient s'angoisser sur son livre gratuit offert en Angleterre pour deux achetés. Gag ! Comme s'il était vexant d'accompagner des auteurs de best-sellers, plutôt que de disparaître au pilon, ni vu, ni connu.
Car je dois, moi aussi, être innocent, mais il me semble que l'auteur désire avant tout être lu.
Etre lu, c'est toucher plus de monde. Toucher plus de monde, c'est vendre plus. Vendre plus c'est intéresser "plus" un éditeur, et la spirale est lancée.
Alors quand un auteur vient miauler pour des miettes, je ne peux m'empêcher de sourire. Il a les clefs en main, mais n'en fait rien.
Ce qui permet à des grigous et des escrocs de facturer aux auteurs les frais de "correction" de leurs ouvrages, s'il ne corrige pas les épreuves dans les temps...
Le monde à l'envers !
Non seulement on vous demande un travail dans les temps, mais en plus ce serait à vous de payer ! s'il n'est pas fait. Sans blague.
Croyez-moi ! Le milieu de la littérature serait bien plus clair si les auteurs exigeaient d'être payés au forfait, comme tous les autres acteurs, plus un pourcentage pour l'exploitation de leurs droits.
Et ce serait plus clair pour l'éditeur aussi : il achète ou n'achète pas au tarif indiqué. Sans oublier qu'il peut calculer le prix suivant le tirage envisagé. 50 centimes par page, ça ne représente rien sur le budget total d'un livre : 250 pages = 125 euros, une somme ridicule. Même à deux euros la page, ça ne représente rien.
500 euros... Pour un tirage de mille exemplaires, ça rajoute 0,5 euro sur le livre, 0,6 euro si on rajoute la taxe.
On reste dans le domaine du ridicule...
Mais ce ridicule, ça aide un auteur à vivre, en attendant le retour des ventes.
L'à-valoir ?
L'à-valoir n'est pas la même chose... et un à-valoir, ça peut même se rembourser en cas de mévente. L'à-valoir, c'est un versement sur les ventes futures. Et les ventes futures, ça dépend en sus de l'éditeur, de son investissement en publicité, du nombre d'autres auteurs qu'il promeut en même temps que vous.
On est loin d'une rétribution normale et logique, avec un intéressement sur les ventes.
La deuxième chose qui tue le livre, c'est la distribution. (et le système du rejet par les offices... eh oui, certains libraires n'ont même plus le temps de sortir les livres des cartons avant de les renvoyer pour récupérer l'argent investi chez l'éditeur... pour pouvoir payer les offices suivants ! Tellement il y a de titres !
Plus de 60 000 par an : on est dans de la gestion de cartons.)
En plus, la durée de vie d'un livre en librairie est passé sous les trois mois, et encore quand elle ne frôle pas le mois tout court ! Avant le retour.
Ah oui, le livre, les libraires peuvent vous le commander... si l'éditeur n'a pas envoyé la moitié du stock au pilon, faute de place dans ses entrepôts (ceci, sans le dire à l'auteur, qui espère encore vendre tout son tirage... auteur innocent ?)
Et qui se taille la part du lion ?
Auteur : 8 ? 10 %, éditeur 10 ? 15 %... total : 25 %
En supposant 25 % pour le libraire qui sait vous conseiller et vous parler des livres s'il veut survivre... ça vous donne 50 % pour la distribution, donc 4 % pour la "pub".
La pub des best-sellers, hein, faut pas confondre.
Dans un livre, on paye 50 % du prix, pour rien !!!
Si on rajoute les 25 % d'un libraire qui vendrait aussi bien des chaussettes que des livres, on passe à 75 % du prix, POUR RIEN !
Juste pour voir le livre devant soi et pour lire la quatrième de couverture, nous payons tous de 50 % à 75 % de chaque livre, pour rien !
Voilà ce qui tue le livre.
Cette chaîne du livre est une chaîne économique qui ne vend rien, à 75 % !
Ceux qui ont suivi les chiffres cités précédemment pourront m'objecter les 16 % de l'imprimeur.
Et c'est vrai.
Mais réfléchissons un peu à ces 16 %.
Si l'éditeur commande 1000 ouvrages à un imprimeur (qui travaille lui aussi au forfait, c'est tant par livre, hein), et qu'il ne s'en vend que la moitié, il lui en reste 500 sur les bras, qu'il doit faire revenir des librairies et entreposer ou pilonner.
Chaque acte lui coûte de l'argent.
Et bien sûr, lui n'est pas innocent comme l'auteur... il a déjà prévu qu'il n'en vendrait que 500, et a tout calculé en prévision. S'il s'en vend plus, c'est du bénéfice, mais le seuil de rentabilité, l'éditeur le connaît... sinon il ne survit pas longtemps.
Bilan : qui paye les 500 livres fabriqués en trop ?
Le lecteur.
Ah, si on avait fabriqué seulement 500 exemplaires ! Chacun aurait pu économiser le coût de ces 500 livres en trop... plus leur transport (au coût du pétrole !), plus leur retour d'office, plus leur pilonnage... et l'auteur aurait automatiquement su combien il allait recevoir.
Tout le monde aurait su... et ça change tout.
Quand on sait, on peut s'organiser !
Et attention, je vous rappelle qu'il ne s'agit pas de 500 livres en trop ici et là, mais de 500 * 43 761 = 21 880 500 livres... que nous, lecteurs, payons... pour RIEN !
Et personne ne s'étonne pas d'en voir la moitié partir au pilon chaque année !
Mais cet argent, c'est le nôtre qui part à la poubelle !
En même temps que celui des auteurs, qui ne seront jamais payés pour les ouvrages poubelliser.
N'a-t-on pas les moyens de lancer un système de pré-commande ? De souscriptions ?
Avant Internet, peut-être... mais de nos jours, tous les éditeurs ont un site Internet.
Tous les auteurs tapent (ou se font taper) leur manuscrits...
Alors quoi ?
Impossible de mettre les trois premiers chapitres du livre en ligne, avec une image du livre, la quatrième de couverture... pour savoir combien de personnes sont prêtes à l'acheter, ou à l'acheter en souscription... avec une baisse du prix suivant leur nombre, comme le font certains sites Internet.
Impossible ?
Ou alors c'est voulu.
Ça permet aux grosses maisons de pleurer pour recevoir encore plus d'argent public... surtout qu'en plus, elles possèdent aussi les services de distribution, plus quelques chaînes de librairies et points de ventes.
Alors pour elles, le système est tout bénéfice !
Vous l'avez compris.
Votre argent les intéresse.
Et c'est sans effort.
D'après vous, je me trompe encore quand je dis que nous payons 75 % du prix d'un livre pour rien ?
Et voilà qu'un auteur vient me parler du peu d'argent qu'il touche.
Alors qu'il est le seul à pouvoir faire quelque chose... Mais aura-t-il le cran, pour son prochain contrat, d'exiger un forfait rémunérant vraiment son travail, en plus de son pourcentage ???
Non, c'est plus facile de stigmatiser le lecteur... le brave mouton qui paye déjà du vent pour 75 %.
Sans blague, Monsieur Fournel, vous pensez vraiment que si on double le prix des livres, vous aurez le double ?
La réponse est non. Parce que comme pour tout sur terre, il y a une limite physique à ce que l'on peut dépenser. Et je n'ai qu'un salaire, ma limite physique.
Si je vous choisis vous, je laisse un autre de côté. L'équation est simple.
Mais comme je ne suis pas fâché par votre article qui reste en surface de votre propre ressenti d'auteur, votre seule bout de lorgnette, je vais vous dire un secret.
Approchez.
Plus près...
Vous voulez vraiment gagner plus ?
Vous voulez vraiment être rémunéré à votre juste valeur ?
Eh bien, c'est simple.
Sachez-le, s'ils m'intéressent, je suis prêt à acheter vos livres "Internet" en direct.
A non pas deux euros, ou quatre, mais bien à six euros !
Comme ça je pourrais vous lire trois fois au lieu d'une.
Je serai donc trois fois plus heureux, et vous aussi !!!
Et si jamais votre niveau baisse, je vous suggérerai d'être supervisé par un coach en écriture (dans le monde du livre, ça s'appelle un "éditeur")
Parce que oui, je suis prêt à payer pour les gens vraiment utiles de la chaîne du livre, mais pas à 75 % pour "nibe", "que dalle", "nada", dans une chaîne qui devient folle et stérile ! Et qui jette, plus ou moins, 21 880 500 * 20 euros * 16 % = 70 017 600 d'euros + 35 008 800 d'euros de droit d'auteurs... 105 millions d'euros à la poubelle !
Et que j'accepte de financer quand j'achète un livre neuf !
En attendant, j'essaierai de vous trouver en bibliothèque publique...
Ah mince, là aussi je paye encore le système du vide, par la cotisation annuelle et par mes impôts ! Et vous, vous toucherez des poussières de centimes, avec un peu de chance...
Mais, par chance, ce n'est pas cher du tout par rapport au prix de deux ou trois romans neufs ! qui vous tiennent à peine une semaine.
Une semaine contre une année de lecture, il n'y a pas photo !
Décidément, quand on achète un livre neuf en librairie, ce n'est plus de l'amour, c'est de l'adoration. Etre prêt à payer autant de vide pour vous lire, c'est dire combien on vous aime, vous les auteurs !
Mais vous ne pouvez pas le savoir, puisque vous n'êtes pas en contact direct avec vos lecteurs. Ce ne sera plus la même chose lorsque vous appartiendrez à mon réseau social, en plus je pourrai parler de vous à tous mes amis.
Et, si vous avez le temps, on pourra même discuter de vos livres.
L'avenir est là : dans la relation privilégiée avec ses lecteurs.
Même si c'est pas le biais d'un forum... et on comprend mieux pourquoi les éditeurs filtrent les courriers papiers : d'abord ça leur coûte de l'argent pour réceptionner les lettres qui vous sont destinées, et puis il ne faudrait pas que vous vous sentiez importants.
Trop de lecteurs, ça pourrait vous donner l'idée de réclamer le forfait dont je parlais.
Mieux vaut pour le système vous garder isolé, pour que vous puissiez écrire en paix... en étant sous-payé !
Vivement que les auteurs franchissent le rubicond de l'innocence... Nous aurons tous à y gagner.
Bien cordialement
Bernard Majour
Publié par Mizio Francis
Excellent texte, mais c'est une manière de raisonner qui fait semblant de dénoncer sans remettre en cause une situation déplorable : la part trop minime de l'auteur et le coût de la distribution qui est scandaleux. Mais Paul Fournel est sauf erreur au comité de lecture du Seuil, alors forcément il ne peut pas tout dire. Enfin, le service public n'est plus une notion très à la mode, mais ça fait des lustres que je milite pour un service public de distribution des livres, ce qui permettrait de dégager du pourcentage. Mais ça devient de l'utopie pure.
Publié par Philippe
Curieux article qui, pour défendre l'auteur (louable intention), s'en prend... au lecteur. Paradoxal. Après tout, si les écrivains ne touchent pas assez de droits d'auteurs, c'est quand même plus la faute des gens qui ne lisent pas que des gens qui lisent ;-)
Publié par nicolasdeparis
Bon,
Paul Fournel n'est plus au comité de lecture du seuil depuis un certain temps, il faut arreter de croire internet (ou plus exactement se dire qu'on y trouve aussi de vieilles infos)
Les 300 plus gros libraires indépendants de notre beau pays ont une remise supérieure à 33%. Elle est plutôt à 37-38%. Les chaines sont au moins à 40% mais elles ont souvent beaucoup de références disponibles
Le tirage moyen du CNL c'est n'importe quoi. On confond poche et grand format. Inutile.
Si les éditeurs sont là depuis le début de "la chose imprimée", c'est que ce ne sont pas juste des charognards bons à tondre la laine sur le dos des auteurs.
"Le coût de la distribution est scandaleux " dites vous Francis. Mmmh. Deux choses : d'abord, la distribution, ce n'est pas un clois qui arrive chez le libraire pas l'opération du Saint Esprit. On inclut dans le coût : le traitement des commandes, la facturation, le colisage, le transporteur (chaufeur, camion, essence), l'administration des ventes (suivi de la facturation, relance client, traitement des retours, crédit des comptes...). Mais on peut aussi se dire que le plus gros centre de profit des groupes, c'est la distribution (loin devant l'exploitation par les éditeurs au format de poche que possèdent en propre chacun de ces groupes). Mais ce sont aussi des investissements colossaux en technologie. Une technologie, une logistique qui fait qu'aujourd'hui un libraire passe une commande et l'obtient dans les deux jours s'il est à Paris, en 3 s'il est en province. Et que comme ça, il peut adapter au mieux ses commandes. Et donc, contribuer à ne pas rendre sa trésorerie exangue en ne le stockant pas inutilement.
L'auteur ? Si son livre ne marche pas, on ne lui demande rien et c'est l'éditeur qui s'assoit sur une avance sur droits éventuellement non couverte par les ventes. Et si son livre marche, il sera exploité en Poche, en club (France Loisirs, GLM...), vendu à l'étranger, etc... Des cessions de droits qui seront partagées souvent pour moitié entre l'éditeur et l'auteur. Pourquoi ? Parce-que c'est le seul moyen pour un éditeur de s'en sortir. Les 10% de livres qui marchent financent les 90% qui ne marchent pas. Un système qui fonctionne encore aujourd'hui malgré une augmentation incroyable de la production.
Ou sinon, on best sellerise le marché. On fait du Marc Lévy, du XO Editions et la création éditoriale est quasiment nulle. Une logique qui guette les marchés anglo saxons, par la dérégulation du marché (plus de prix unique, etc...) Plus personne ne veut prendre de risque...
Un dernier mot sur les éditeurs. La rentabilité d'une maison de littérature dans un grand groupe est autour de 5%. Autant dire qu'on y fait pas fortune.
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