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Polémique : le texte de Rimbaud, imposture ou véritable inédit ?
Par Clément S., le mercredi 21 mai 2008 à 17:56:56 - 1 commentaire
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« Voilà : je suis l'auteur de cette imposture qui est en train de prendre des proportions énormes. J'en frémis d'horreur. Et d'aise. Je n'en suis pas à mon coup d'essai il est vrai : j'avais déjà fabriqué des faux documents littéraires à propos de Maupassant et de Hugo, pour ne parler que des plaisanteries un peu consistantes (publiées sur support papier "authentique", donc) ...
Bien entendu mes potacheries n'avaient jamais marché, du moins pas au point de déranger les cercles officiels. Jusqu'à ce que je m'essaye à un "faux Rimbaud". Cette fois la supercherie a été prise au sérieux, trop. Beaucoup trop, à hauteur inconsidérée de la folie furieuse des médias souvent prompts à s'emballer à la moindre alarme littéraire ! »
Le dandy venu pas tout à fait de nulle part
Ce message est publié sur différents sites d'information traitant du texte inédit attribué après examen et rapidement à Rimbaud. Cet inédit donc, écrit par le jeune auteur qui souhaitait devenir journaliste pourrait être le fruit d’une imposture, orchestrée par un certain Raphaël Zacharie de Izarra, citoyen du Mans. L'homme est connu et pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur cet écrivain du net, une interview du Mague vous décrira « le dandy des dandys ». Vous trouverez la trace de ses interventions dans nos colonnes, et dans celles de notre confrères de BibliObs. ou encore chez CanalBlog, mais on en trouvera d'autres exemples. Ce dernier clame un peu partout sur le net qu’il est l’auteur dudit papier et que le poète n’y est pour rien.
La télévision s’est également empressée de raconter l’affaire de ce cinéaste marseillais, qui a découvert l’article, mais a « la frousse de la télé » et ne souhaite pas se présenter publiquement. Dans Ce soir ou jamais, Marc-Edouard Nabe voit dans ce texte « une pièce essentielle de l’architecture rimbaldienne » et n’hésite pas à le considérer comme « la découverte littéraire du début du siècle ». Car depuis 60 ans, on n’avait rien trouvé de nouveau de Rimbaud.
« la souplesse de style de Rimbaud »
Qu'en penser alors lorsqu’un spécialiste de l'affaire rimbaldienne comme Jean-Jacques Lefrère s'étonne et apprécie « la souplesse de style de Rimbaud » dans une interview publiée par nos confrères de BibliObs ? Car de fait le sieur de Izarra semble détailler un processus de fabrication digne d'un faussaire de haute voltige... ou d'un adepte de films d'espionnages... « L'imposture se trouve non dans le texte, mais dans les esprits », nous confie-t-il par téléphone. Qu'est-ce à dire ? Eh bien justement, si « la réalité dépasse la fiction », c'est parce que Raphaël entretient « la prétention de dénoncer l'imposture qui tourne autour de Rimbaud », et qu'il s'afflige de « la crédulité, la sottise, la naïveté » des gens qui reconnaissent à ce texte une filiation rimbaldienne. « La blague sera de toute façon utile : elle permettra de remettre les pendules à l'heure chez les prétendus spécialistes de Rimbaud », conclut-il.
Voilà qui est troublant et rappellerait sans peine le paradoxe du menteur crétois que l’on ne peut croire sous peine de tomber dans un cercle sans fin.
Authenticité peu ou pas discutée, parce qu'exceptionnelle
M. Lefrère estime pourtant que « la question de l'authenticité est précisément à mettre sur le compte du caractère tout à fait inattendu de cette découverte. » Mais elle ne se pose pas dans les termes qu'entend Raphaël Zacharie. « Cela paraît tellement peu croyable qu'en 2008 on puisse découvrir une prose inédite de Rimbaud, dont on a traqué pendant plus d'un siècle le moindre griffonnage, que certains vont croire à la mystification », poursuit J.-J. Lefrère. D'autant que toujours selon le spécialiste, « l'existence de cet écrit était connu par le témoignage d'Ernest Delahaye, camarade de Rimbaud à Charleville, mais on pensait qu'il n'avait jamais été publié dans ce «Progrès des Ardennes» auquel Rimbaud l'avait envoyé en dissimulant son identité sous le pseudonyme de Jean Baudry, qui est presque son patronyme inversé ». Fort de cet élément, on n’attendait finalement que de le trouver pour confirmer les paroles de Delahay…
« plus la corde est grosse, plus elle a des chances de passer »
« Justement, plus la corde est grosse, plus elle a des chances de passer. L'affirmation est énorme, les circonstances sont exceptionnellement bien réunies, aussi mon entreprise a toutes les chances de réussir », nous explique le faussaire prétendu. « D'ailleurs trouver un tel document là où précisément dans l'imaginaire collectif on est censé le trouver, c'est plus fort que fort ! » Et le doute se prolonge lorsqu'un commentaire publié sur l'Union, un internaute affirme posséder l'exemplaire du journal en question, sans parvenir à mettre la main sur « ni Bismarck ni Baudry ». Troublant, définitivement. Mais dans l’anonymat du net, comment se fier à telle ou telle parole ?
Pourtant, « je ne me considère pas comme un faussaire au sens judiciaire du terme mais comme un aimable gredin qui a ouvert sa cage à plumes que le vent médiatique a emporté plus haut que prévu ». Ce ne serait pas la première fois que le sieur Rimbaud serait le complice involontaire d'impostures ; certaines sont recensées sur ce site. Et si l'on souhaite approfondir les récriminations de Raphaël, on se penchera sur l'une de ses analyses, à cette adresse. « Il suffit qu'un recueil de baragouinages soit signé "RIMBAUD" pour que d'éminents spécialistes se persuadent de sa très haute valeur littéraire. L'auto-suggestion fonctionne à merveille. N'ayant rien à dire sur le fond, ils rédigent d'élogieuses pirouettes contribuant à donner encore plus de lustre aux "pages immortelles" qui décidément, ne les inspirent pas plus que ça... Au vide rimbaldien ils répondent par le vide de l'exégète » conclut Raphaël.
Et demain, Rimbaud...
La maison d’édition Agone annonce également qu’elle publiera dans son prochain numéro 38 et 39. Décidé à ridiculiser les critiques et les spécialistes auxquels il n’accorde aucun crédit : « Que le document soit un faux ou un vrai, le fait est anecdotique. Je suis là pour une affaire plus essentielle : ébranler certaines certitudes littéraires. » Si le Zacharie biblique resta muet pour son incrédulité devant la parole de Dieu, celui qui fait bouillir le net actuellement semble bien se jouer de la crédulité pour laisser plus tard tout le monde muet… Mais arriviste, joyeux farfelu ou authentique imposteur, rien ne permet pour le moment de trancher…
On redoutera peut-être l’appel lancé aux Ardennais à fouiller dans les greniers pour trouver d’autres textes, qui risquerait de multiplier les apparitions de textes fantômes.
Par Clément S., le mercredi 21 mai 2008 à 17:56:56 - 1 commentaire
Mots clés :
imposture -
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polemique -
Rimbaud
Publié par Jacques QUENTIN
*** Rimbaud et ses faux embrouillages ***
L'histoire pourrait sembler très complexe.
Elle est simple. Absurdement simple. On avait découvert en avril 2008 un joli texte inédit de Rimbaud dans une bouquinerie de Charleville-Mézières publié sous le pseudonyme de Jean Baudry (presque anagramme de Rimbaud). "On", c'est à dire le cinéaste Patrick Taliercio qui était justement en repérage sur les lieux où avait grandi Rimbaud pour un projet de long métrage consacré au poète. Un témoin clé que personne n'a jamais vraiment entendu puisqu'il a "une frousse bleue de la télévision"... On a donc laissé ses intermédiaires s'émerveiller de la trouvaille.
Là où l'affaire devient complexe, ou plutôt limpide, c'est lorsque dans la foulée est apparu le nom d'un certain Raphaël Zacharie de Izarra...
Qui ne connaît pas ce faussaire hors pair au culot monstre ? Dans le cercle des collectionneurs, on fuit comme la peste ce roi de l'entourloupe littéraire.
Capable du pire en allant jusqu'à élaborer des mises en scène très sophistiquées parfois préparées des années à l'avance (ce qui fut le cas pour cet inédit de Rimbaud) grâce à des complicités toujours discrètes, ce Narcisse invétéré affectionne les feux médiatiques.
Sa spécialité : ridiculiser ceux qu'il aime à définir comme les "exégètes de la cause littéraire". C'est son credo, son délire, sa folie furieuse. Chacun ses obsessions... Bref, dès que les vrais amateurs ont su qu'il était mêlé à la découverte, les enthousiasmes les plus vifs sont retombés dans des bruits d'enclumes. La "Plume" avait fait son oeuvre.
(Une "Plume" avec une majuscule, c'est ainsi que s'est auto proclamé notre Machiavel des bibliothèques).
Il faut au moins lui reconnaître ce talent inné pour débusquer les imposteurs. Mais à quel prix ?
Le personnage ne fait jamais dans la demi-mesure et même plutôt dans le char d'assaut. C'est ce que je lui reproche.
Raphaël Zacharie de Izarra a poussé la (mauvaise) plaisanterie jusqu'à laisser s'auto gonfler la baudruche médiatique, décidément très extensible, sans qu'elle n'éclate jamais.
Du moins pas encore.
Le plaisantin est si redoutable qu'entendre ne serait-ce que l'écho de son nom devant une montagne de lingots d'or, c'est l'assurance de trouver du plomb derrière une pellicule dorée. Amateur de trésors retrouvés, si vous oyez le nom de ce faussaire ou simplement entrapercevez l'ombre de ses initiales, le reflet de sa particule -dont il est particulièrement fier-, les contours de sa plume suspecte, perdez toute illusion ! Il est mouillé dans tant de tentatives ratées mais surtout d'entreprises réussies de fabrications de faux, et non des moindres, que vous pouvez êtres certains d'avoir été bernés.
Le spécialiste français de Rimbaud Jean-Jacques Lefrère qui, comme beaucoup de ses confrères a foncé tête baissé aurait dû faire preuve de plus de prudence et de professionnalisme dès lors que le nom de Raphaël Zacharie de Izarra a commencé à circuler.
L'inédit de Rimbaud est un faux. Vous voilà prévenus. Je ne m'ingénierai pas comme certains à rendre complexes des choses simples. Le faussaire est si pernicieux dans sa volonté d'embrouiller les esprits que ce serait lui faire trop d'honneur que de tenter de dénouer à grands cris ce qui s'avère n'être que du vent.
Les naïfs qui pour toute caution se réfugient derrière les ors d'une "académie verveuse" relayée par la télévision dans des émissions littéraires et adoptent encore la version rassurante pleine d'érudition d'un Jean-Jacques Lefrère imperturbable s'en mordront les doigts.
Jacques Quentin pour "Ouest France"
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