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Traduire sans trahir, des oeuvres littéraires de Paris à New York
Par Nicolas Gary, le mercredi 21 avril 2010 à 16:02:26 - 1 commentaire
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Avec 37.000 oeuvres littéraires - le sujet unique de l'étude, si l'on avait introduit d'autres secteurs de l'édition, les chiffres auraient été probablement différents - traduites à Paris, New York fait pâle figure, avec ses 640 traductions. Mais c'est surtout la domination américaine qui marque : 2/3 des oeuvres traduites proviennent de l'anglais, chez nous, quand 1/5e des traductions sont issues du français aux États-Unis. Facile de parle de flux asymétriques, et pourtant le français reste la deuxième langue la plus traduite.
« La moindre concentration des traductions dans l’aire anglophone est due à deux facteurs : le partage de la centralité avec le Royaume-Uni, et le fait qu’une part significative des traductions du français en anglais est réalisée au Canada, à la faveur des politiques publiques de soutien à la production québécoise. »
Des habitudes ancrées
D'autre part, il faut noter ce que l'on peut décrire comme de la littérature commerciale, qui fait particulièrement vendre, sous sa forme traduite. Logique de rentabilité, avec une grosse production et de belles pointures. En face, on privilégie une production restreinte - et l'élaboration d'un fonds de référence. Voilà les deux grandes tendances du marché US. Et forcément la première part se répercute chez nous.
En revanche, côté production de qualité, les petites maisons américaines ont tout intérêt à trouver des auteurs français, déjà installé. « Cela leur coûte moins cher d'acheter les droits d'un auteur français, déjà installé, plutôt que d'opter pour un auteur médiocre américain, mais dont l'agent va négocier des droits hors de prix », explique Gisèle Sapiro.
Le rôle essentiel de Gallimard
Alors peu de traduction du français, mais une recherche de qualité et de haut de gamme, qui vont donner une certaine image du pays. À ce titre, les presses universitaires ou encore les éditeurs à but non lucratif - un statut juridique assez répandu outre-Atlantique - jouent particulièrement le jeu. Et qui voit-on arriver en tête des maison les plus traduites ? Gallimard, qui accapare 29 % du marché. Loin devant Seuil avec 7 %, Minuit avec 5 % ou POL 4 % et Flammarion, 2 %.
Et dans ce cas, que traduit-on ? Pour un quart, des classiques, et un tiers de la littérature moderne. « Colette et Yourcenar sont très à la mode actuellement, alors qu'en parallèle, on assiste à une sous-représentation du théâtre et de la poésie », précise Gisèle Sapiro. Les écrivains contemporains représenteraient donc 40 % des traduits, mais les éditeurs new-yorkais rechignent toujours à sauter le pas. Trop cher, et pas dans les goûts du public, rétorque-t-on ? Eh bien... le public, d'un autre côté, il lit ce qu'on lui offre...
Ouvrir l'offre sur des marchés bien contrôlés
« Le problème se pose avec les très grosses chaînes, comme Borders ou Barnes & Noble. Si un livre n'est pas accepté par le chef des achats, alors il n'aura aucune existence sur l'ensemble du réseau. Et les traductions d'oeuvres françaises n'ont pas vraiment leur chance. » À ce titre, lui demande-t-on, est-ce que l'essor du livre numérique et des cyberlibraires pourrait inverser la donne ? « C'est possible, peut-être. Après tout, la logique de la vente en longue traîne donnerait une place à ces oeuvres. Mais je n'ai pas entendu parle de projets allant dans ce sens chez les petits éditeurs. Et resteraient les coûts de traduction. »
Il faut également faire face au prétendu « déclin de la culture française ». L'idée se diffuse un peu partout dans les milieux éditoriaux américains, explique Gisèle, et ce discours se propage dans bien d'autres secteurs de l'édition mondiale. « Pourtant, c'est tout juste, si, en parlant de littérature française, ces personnes sont capables de citer Houellebecq. » À voir les auteurs traduits, on peut comprendre d'ailleurs ce genre de pensée. Et dans tous les cas, les ventes restent relativement modestes, avec entre 6 et 10.000 exemplaires - rarement plus de 20.000. Malgré quelques exceptions, comme Suite française d'Irène Némirovsky, vendu à 1,5 million d'exemplaires. « L'engouement pour les traductions n'est pas spontané. On prend ce que le marché offre. Mais la découverte d'auteurs étrangers, cela passe par une pédagogie - et le déclin de l'enseignement du français en cours participe au manque d'intérêt des lecteurs, si l'on peut dire. À ce titre, les universités et les enseignants ont un rôle prescripteur essentiel, qui permet depuis longtemps, de pouvoir faire découvrir. » (retrouver l'intégralité de l'étude)
Les préconisations salutaires
Et à ce titre, on pourra prendre connaissance des préconisations du MOTif, qui plaide en faveur d'une meilleure découverte des oeuvres, à travers 5 points :
- Renforcer la présence des éditeurs indépendants dans les foires et salons à l’étranger, notamment Francfort, Bologne et Londres, pour la vente et l’achat de droits, via une aide spécifique de la région Île-de-France. Une première expérimentation est ainsi lancée par le MOTif cette année : 30 maisons d’édition franciliennes accompagnées à Francfort.
- Mettre en place un fellowship entre éditeurs franciliens et étrangers, dès le Salon du Livre de Paris 2011, dans le cadre d’un partenariat le MOTif / BIEF.
- Aider à la traduction en anglais d’extraits de livres en français afin que le détenteur des droits puisse démarcher des éditeurs avec des extraits déjà traduits.
- Mettre en place une aide régionale spécifique à l’extraduction des oeuvres françaises vers l’étranger en appui et complément des dispositifs du CNL.
- Ouvrir plus largement les résidences de la Région aux traducteurs afin de permettre la traduction de textes n’ayant pas encore trouvé d’éditeurs.
Par Nicolas Gary, le mercredi 21 avril 2010 à 16:02:26 - 1 commentaire
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