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Amazon m'a tuer ?, par Vincent Monadé, président du MOTif
Par Vincent Monadé, le mardi 13 septembre 2011 à 15:00:01 - 9 commentaires
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Au cœur d’une rentrée littéraire ni plus ni moins convenue que celles des années précédentes, deux voix d’éditeurs, Olivier Bétourné et Jean-Marc Roberts, viennent de le rappeler.
En juin, une étude du Syndicat de la Librairie Française a mis en avant le recul de plus de 5% du Chiffre d’affaires des librairies entre 2003 et 2010. Depuis janvier 2011, le constat s’aggrave : en Ile-de-France, des librairies importantes ont mis la clé sous la porte.
Olivier Bétourné ne défend pas son pré carré : ses propositions conduiraient les éditeurs à réduire leurs marges. Comme Jérôme Lindon au début des années 1980, ceux qui défendent la librairie et interpellent les pouvoirs publics, font le constat que celle-ci demeure le lieu de diffusion et de vente d’une littérature complexe et exigeante et d’une pensée atypique et novatrice.
Ils ne défendent pas la survie d’un commerce, mais celle de la pensée. L’étude du MOTif (observatoire du livre et de l’écrit de la Région Ile-de-France), /Qui vend Quoi ?*/, a montré que la librairie demeurait le lieu de vente des livres exigeants. C’est la passion du libraire qui a permis à Michon, Modiano, Le Clézio ou Echenoz de frayer un chemin vers les lecteurs ; c’est elle qui construira, demain, la carrière d’autres auteurs.
Elle sert à cela, la librairie : donner du temps à l’auteur, le faire connaître de dix, puis de cent, puis de mille lecteurs, asseoir sa notoriété pour bâtir son succès. Amazon et la Fnac ont vendu des centaines de milliers d’exemplaires de /l’Elégance du Hérisson/ parce qu’il avait, d’abord, été repéré par des libraires. La librairie crée un son dont la grande distribution n’est que l’écho.Elle a toujours été un commerce fragile, raison pour laquelle les vocations y sont plus rares qu’en pharmacie.
Les libraires pratiquent avec passion. S’ils avouent que les temps sont durs, ils refusent le défaitisme. Ils se battent, d’animations en lectures, pour faire vivre une autre idée de la littérature que «les internautes qui ont acheté ce livre ont aussi acheté une friteuse Actifry». Depuis des années, certains éditeurs, de Jérôme Lindon à Antoine Gallimard, sont à leurs côtés. Aujourd’hui, les propositions d’Olivier Bétourné comme l’action de l’Association pour la Défense de la Librairie de Création (ADELC), association d’éditeurs qui finance l’ouverture et l’extension de librairies indépendantes, forgent les maillons d’une solidarité entre acteurs de la chaine du livre.
Sans angélisme aucun, les éditeurs agissant aussi dans leur intérêt commercial bien compris, force est de constater que cette solidarité du secteur devrait être accompagnée d’une action déterminée des pouvoirs publics.
Un lobbying intense des acteurs de la chaine du livre a conduit le gouvernement à promulguer, une loi sur le prix unique du livre numérique et à décider, à compter de 2012, d’une baisse de la TVA sur ces mêmes livres. Si ces mesures paraissent essentielles pour que les libraires existent dans l’environnement numérique, elles ne suffiront pas à enrayer une baisse du chiffre d’affaires de la vente en magasin liée notamment à l’explosion de la vente en ligne.
Le constat fait par le MOTif dans son enquête sur la librairie indépendante ne surprendra pas les connaisseurs du secteur : les charges patronales et les loyers pèsent lourdement dans la gestion d’une librairie, et c’est là, sans doute, que sont les leviers qui permettraient d’agir.
Alors que s’ouvre le débat de la présidentielle, trois mesures paraissent, dès juin 2012, pouvoir être de nature à permettre le maintien et de le développement de la librairie :
- une exonération partielle ou totale des charges des employeurs des librairies indépendantes de référence négociée en contrepartie d’une hausse soutenable des salaires;
- la mise en œuvre par les Régions d’un fonds de garantie qui permette de cautionner les libraires auprès des banques afin qu’ils puissent accéder à l’emprunt ;
- la création d’une aide au loyer pour les libraires indépendants par la mise à disposition par les communes de locaux commerciaux à loyers protégés et la constitution d’un fonds de garantie des loyers des libraires par les Régions (pour ceux qui relèvent du domaine privé).
Vincent Monadé
Directeur du MOTif
* disponible sur lemotif.fr
Tribune originellement publiée sur Libération.
Par Vincent Monadé, le mardi 13 septembre 2011 à 15:00:01 - 9 commentaires
Mots clés :
defense -
librairie -
independante -
societe
Publié par Bibliosurf
Je ne vois pas l'intérêt de ce titre.
Publié par karine papillaud
les choses sont clairement posées. Mais le titre n'est pas forcément de très bon goût ni très relié.
Publié par François Baudez
Bonjour.
L'arbre ne cacherait-il pas la forêt ? Plutôt que de dresser le vrai bilan de la loi Lang, les professions (éditeurs, diffuseurs, distributeurs, libraires) demandent un renforcement de la loi Lang, une extension de mesures d'exception.
Il y a 30 ans, le prix du livre était calqué sur celui d'un billet d'entrée en salle de cinéma. Aujourd'hui, près du triple. L'essentiel des grandes sorties de roman s'adresse à un public restreint, plutôt intellectuel, et qui, aujourd'hui, ne lit presque plus. Le fonds de librairie a quasi disparu, laissant au secteur du livre de poche de donner l'illusion qu'il existe encore. L'interdiction faite aux librairies de boycotter les publications ( je l'ai été pour la sortie d'un livre "Des dépenses de bouche des époux Chirac". Leur refus, à plus de 50%, de répondre à des commandes unitaires de leurs clients... Côté distribution, le refus de se remettre en question : comment un livre, sortie des presses à 1 ?, finit à 25 ? sur la table des libraires...
Aujourd'hui, certains grands groupes d'édition proposent d'étaler les créances des librairies sur un an. Ce qui aidera sûrement les petits éditeurs à ne plus les concurrencer.
Pire encore, les grandes maisons se gargarisent de projets de vente de fichiers numériques... Aujourd'hui, sur les 600 nouveautés de la rentrée littéraire, vous en trouvez plus de 300 gratuitement sur le net... Sans compter les 30.000 livres libres de droits mis gratuitement et légalement à la disposition du public.
Il est temps que la profession s'interroge. Les français lisent des livres (via les bibliothèques sans doute), mais pas nécessairement ceux qui sont publiés. Comment réduire le prix de vente des livres ? Pourquoi la qualité physique des livres est-elle en chute libre : mauvais papiers, impressions de beaux livres qu'on aurait tous refusé il y a 10 ans ?
On pourrait même se poser la question : la loi Lang ne plombe-t-elle pas aujourd'hui l'ensemble de la filière qui n'a plus d'autre solution, croit-elle, que le recours à la loi.
Publié par Vincent Monadé
S'agissant du titre, chacun reste libre de l'apprécier ou non. Pour moi, j'oppose encore sereinement la librairie indépendante de quartier, dont j'admire parfois le travail, aux multinationales du web. Il se trouve, en outre, que la VPC du livre papier est aujourd'hui en forte hausse, en opposition à un commerce de détail, de choix et de goûts affirmés.
Je pense, en effet, que les éditeurs doivent faire des efforts en matière de marge pour les libraires (le papier de Didier Bénévent, publié en même temps que le mien par Libé, le montre bien) mais constate que cela relève de la sphère contractuelle privée.
J'ai la conviction que les pouvoirs publics doivent et peuvent faire plus pour la librairie, qui n'est pas un commerce d'épicerie, mais une activité certes privée et devant être rentable mais particulière. Je crois que la loi Lang a sauvé la librairie, sans avoir d'autres preuves que celle de la disparition de la librairie dans les pays qui n'ont pas de loi sur le prix du livre.
Le débat sur le prix du livre va être reposé, assez vite je le crois, par le numérique.
Mon propos est d'attirer l'attention, comme d'autres, sur la situation de la librairie qui traverse une crise importante.
Publié par Ponche
Du blabla pour défendre sa corporation et demander à l'état des avantages, au détriment comme d'habitude du consommateur, on est bien en France.
Publié par Manu
Ah mais oui, il est bien sur que défendre sa corpo n'est fait que pour entuber le consommateur (sic) de livres. Il est certain que si la librairie disparaissait, si la loi Lang n'était plus là, de nombreux ouvrages verrait leur prix chuter. Le Goncourt, les Mussos, Levy, et autres succès de chez Hachette ou parfois Gallimard verraient leur prix tomber. Par contre, n'espérez plus voir de petites maisons d'éditions rééditer des ouvrages rare, difficiles, intéressants ou non conforme. Pourquoi prendre des livres difficilement vendable alors qu'il est possible de vendre des palettes de certains ouvrages ?
Non, c'est sur, le "consommateur" à tout à perdre des demandes corporatiste des libraires.
Publié par Ponche
Rendre illégal de proposer un prix plus bas, en effet, on voit bien les avantages pour le client.
Et ce ne sont pas des fantasmes de livres rares qui ne seraient plus publiés (et pourquoi ça ?) qui y changent quoi que ce soit.
Publié par Moggio
(Je tente de publier mon petit commentaire ici car je ne suis pas parvenu à le faire publier il y a quelques jours sur le site du MOTif qui a publié lui aussi cette tribune... Peut-être devrais-je réessayer ?...)
Nos économies de marché (vraisemblablement préférables, avec le recul historique, à toute autre forme d'organisation collective ou sociale), même mixtes, "récompensent" les personnes en fonction de leur capacité à produire des choses que d'autres personnes sont disposées à payer. À lire cette tribune plutôt larmoyante, en 2011, le ou les services proposés par la librairie dite indépendante semblent trop peu valorisés par les consommateurs pris dans leur ensemble, sinon une telle tribune n'aurait jamais vu le jour. Autrement dit, la librairie dite indépendante n'est pas capable aujourd'hui de produire un service que suffisamment de personnes valorisent pour que celle-ci attire suffisamment de clients qui acceptent -- librement, volontairement, sans contraintes -- de payer pour ce service, permettant ainsi à la librairie dite indépendante de perdurer. Alors que fait-on ? On évoque un soi-disant "choix de société", même un "choix de civilisation" (rien que ça !) et on en appelle, comme d'habitude et sans assumer, au pouvoir coercitif des pouvoirs publics pour obliger le contribuable à payer pour trois nouvelles mesures d'intervention publique ayant, bien sûr..., pour seul objectif principal l'intérêt général, pas du tout la somme d'intérêts particuliers de commerçants désappointés... Comme l'a bien dit au début des années 1980 l'économiste américain de gauche Robert M. Solow : "Be a little cynical when you see any group, whether it's bankers, or businessmen, or trade unionists, or college professors, advocating their own self-interest on the grounds that it will be good for society"...
Publié par Moggio
(Eh bien, comme il m'est difficile de publier mon petit commentaire (ci-dessous) de cet article, que ce soit sur le site du MOTif
(http://www.lemotif.fr/blog/index.php?post/2011/09/13/Amazon-m%E2%80%99a-tuer
; toujours pas réussi après deux tentatives à quelques jours d'intervalle ; devrais-je essayer une troisième fois ?!) ou sur le présent site ActuaLitté dont la toute nouvelle présentation a entraîné malheureusement la disparition des commentaires de cet article dont le mien d'il y a quelques jours (pas de chance !). Allez, je réessaie...)
Nos économies de marché (vraisemblablement préférables, avec le recul historique, à toute autre forme d'organisation collective ou sociale), même mixtes, "récompensent" les personnes en fonction de leur capacité à
produire des choses que d'autres personnes sont disposées à payer. À lire cette tribune plutôt larmoyante, en 2011, le ou les services
proposés par la librairie dite indépendante semblent trop peu valorisés par les consommateurs pris dans leur ensemble, sinon une telle tribune n'aurait jamais vu le jour. Autrement dit, la librairie dite indépendante n'est pas capable aujourd'hui de produire un service que suffisamment de personnes valorisent pour que celle-ci attire suffisamment de clients qui acceptent -- librement, volontairement, sans contraintes -- de payer pour ce service, permettant ainsi à la librairie dite indépendante de perdurer. Alors que fait-on ? On invoque un soi-disant "choix de société", même un "choix de civilisation" (rien que ça !) et on en appelle, comme d'habitude et sans assumer, au pouvoir coercitif des pouvoirs publics pour obliger le contribuable à payer pour trois nouvelles mesures d'intervention publique ayant, bien sûr..., pour seul objectif principal l'intérêt général, pas du tout la somme d'intérêts particuliers de commerçants désappointés... Comme l'a bien dit au début des années 1980 l'économiste américain de gauche Robert M. Solow : "Be a little cynical when you see any group, whether it's bankers, or businessmen, or trade unionists, or college professors, advocating their own self-interest on the grounds that it will be good
for society"...
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