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Le parcours du combattant littéraire : au nom des livres
Par Jean-Michel Thibaux, le mercredi 12 mai 2010 à 13:31:13 - 2 commentaires
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Pauvre naïf, je me retrouvais très vite à court d’argent, mis à l’index par ma banque avec tous les interdits qui s’y attachent. Ce fut le temps des plats de pâtes et des remises en question, le temps du bonheur aussi. Dans les années 80, les auteurs avaient des relations privilégiées avec les éditeurs. Ces derniers étaient indépendants et libres de choisir leurs sujets. Certes, on entendait quelquefois parler de « coups », de « nègres » et de « stars », mais ces bruits restaient marginaux et nous étions unis, solidaires, honnêtes, vivant dans l’espoir d’être lus et de bâtir des « œuvres ». En ce temps béni, la durée de vie d’un livre était d’un an.Aujourd’hui, le nourrisson n’a pas la possibilité d’apprendre à marcher. S’il ne vagit pas sur les étals des libraires avant les deux mois qui suivent sa naissance, il est renvoyé, promis à la destruction, pilonné au nom d’une économie sans nom.
J’ai eu la chance de publier Le secret de l’abbé Saunière, adapté à la télévision sous le titre de l’Or du Diable. Ce roman m’a d’abord permis d’ouvrir un nouveau compte en banque, d’avoir un chéquier et d’être considéré auprès de quelques journalistes de Province. J’étais sauvé mais je voyais disparaître un à un mes amis écrivains qui ne parvenaient pas à vendre plus de mille exemplaires par an. Tout changeait autour de nous. De regroupement en regroupement, les éditeurs absorbés par Editis ou Hachette, vendaient leurs Maisons d’éditions. Plus précisément leurs âmes. Salariés, devenus Directeurs, ils ont à présent l’obligation de rendre des comptes à des financiers qui eux-mêmes dépendent d’actionnaires exigeant des rendements, des augmentations de bénéfices de l’ordre de 20 à 30 % par an.
Combien de fois me suis-je dit : « Tu es en train de creuser ton imagination, de passer des nuits blanches, de lutter contre le stress, pour satisfaire les besoins de luxe d’un joueur de golf à Miami ».
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| Jean-Michel Thibaux |
Dans quelques jours, je vais recevoir le prix international de la ville de Saragosse où seront présents les 44 plus grands éditeurs d’Espagne. J’aurais pour eux des propos amers. Et je redoute l’instant où je devrai serrer la main de « Monsieur Planeta » en pensant à toutes les petites librairies qui ferment leurs portes et à tous les éditeurs en redressement judiciaire, à l’un des miens en particulier : Anne Carrière, qui n’a pas su gérer le colossal succès de l’Alchimiste et en est réduit aujourd’hui à espérer « au bouche à oreille » pour ses publications.
Par Jean-Michel Thibaux, le mercredi 12 mai 2010 à 13:31:13 - 2 commentaires
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Publié par Xavier Lainé
C'est hélas un triste constat réaliste: lédition entre les mains des financiers, c'est la mort d ela littérature libre.
Publié par Anita
Enfin un article sans phôte!
Bien sûr l'incontestable, le détestable, triste constat, mais la littérature n'est pas morte!
Ah non, Monsieur! Il faut chercher des solutions à l'extérieur, voyez par exemple le travail de François Bon.
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