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Amazon éditeur, ou le livre enfin devenu boîte de petis pois

Et la législation qui devait nous protéger du grand vilain lui servira justement à mieux se déployer... Le diable est dans les détails.

Par Nicolas Gary,Le dimanche 23 octobre 2011 à 11:03:56 - 2 commentaires

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L'actualité de la semaine, déclenchée par le New York Times, c'est le mouvement d'Amazon vers la fonction d'éditeur. Depuis plusieurs mois, le cybermarchand a ouvert des petites maisons, qui proposent des oeuvres de genres bien spécifiques, publiées et diffusées pour le Kindle. En version numérique, donc.

Mais en prenant part à des enchères pour devenir l'éditeur de Penny Marschall, pour près de 850.000 $, Amazon a finalement fait prendre conscience à toute l'édition que son modèle était désormais de venir concurrencer les éditeurs directement sur leur terrain. En venant courtiser directement les auteurs, Amazon et son Kindle sont de véritables El Dorado pour ceux qui écrivent... (voir notre actualitté)

Mais Le Monde, dans un article sur cette évolution du marché, met, sans le vouloir, le doigt sur une tout autre réalité du marché, pour ce qui va concerner la France.

 

L'éditeur seul fixera les prix ?

« Je ne pense pas que nous ayons les compétences pour produire du contenu, expliquait-il. C'est une industrie bien fournie, pourquoi serions-nous meilleurs ? », expliquait en effet Jeff Bezos en 2008. Sauf qu'en devenant éditeur, Amazon va, partout dans le monde, fixer les prix de vente qu'il souhaite, que ce soit pour les livres papier... mais surtout pour les ouvrages numériques.

 

De quoi faire sourire, lorsque l'on se souvient combien Parlementaires et Députés en France se sont empoignés pour mettre en place un texte permettant aux éditeurs de fixer leur prix de vente pour les ebooks, interdisant donc aux revendeurs de pouvoir effectuer des remises.

Mais voilà : Amazon arrive avec une grosse machine derrière lui. 122 titres qui sortiront durant l'automne 2011. Et étant tout à la fois revendeur et éditeur, le marchand de Seattle va pouvoir faire un pied de nez à toute l'édition et la législation mise en place.

 

Politique tarifaire à surveiller


Ce qui est plus intéressant encore, c'est de voir comment Amazon jouera avec sa politique tarifaire, puisqu'il sera alors complètement maître de la chaîne d'un bout à l'autre. Mais l'ironie n'échappera à personne, en voyant combien il aura été facile de contourner la question législative.

Après avoir inventé le « prix Kindle » en France qui fait hurler le syndicat de la librairie (voir notre actualitté), Amazon pourra tout simplement apporter des oeuvres traduites dans notre petit pays, avant d'ouvrir ses propres espaces de publication et ses maisons d'édition. Et s'amuser à casser les prix de vente sur les versions numériques et papier. Il faudra alors que les marques des maisons soient fortes pour résister à l'avancée du géant américain.

 

Et qu'elles soient assurées de garder leurs auteurs dans des conditions financières qui seront tout aussi attractives que celles que proposera alors Amazon. Imaginez comment un Pennac, si fidèle soit-il à Gallimard, pourrait réagir, avec une proposition d'achat pour son prochain livre, en exclusivité Amazon, et pour lequel l'avance serait de centaine de milliers d'euros ? Hmmm ?

 

On se fera carotte, aux petits pois

 

C'est à ce moment précisément que l'on pourra commencer à craindre, à raison, pour la valeur du livre, devenu un produit manipulable et soumis aux aléas du marché, comme une boîte de petits pois - no offense, messieurs les producteurs...

Et la vanité la plus suprême de la loi sur le prix unique du livre numérique, ou PULN, ou Prisunic, s'imposera définitivement, après avoir accordé quelque temps de répit aux uns et aux autres... Protégé par cette législation, de par ce statut d'éditeur, Amazon aura les coudées franches pour imposer sa vision du marché du livre, ses conditions tarifaires et finalement, à terme, sa vision de l'industrie du livre...

Pour approfondir

Mots clés :
Amazon - Kindle - France - prix des livres



Réactions

Publié par chris

 

Attention à ne pas pleurer sur la disparition de l'édition telle qu'on la connue. La majorité des auteurs y gagnaient très mal leur vie : leurs revenus représentent 8% a 15% des ventes maximum ! ;-)

Écrit le 24/10/2011 à 10:26

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Publié par Libervitalis

en réponse à chris  

Cher chris,
En vous lisant, une remarque en forme de question me vient à l'esprit :
"Mais que savez-vous de l'édition ?"

Ouvrons le jeu : combien croyez-vous, en pourcentage, qu'un éditeur gagne sur un ouvrage?

J'attends vos réponses.
Cordialement,
Liblib

Écrit le 24/10/2011 à 14:17

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