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Oser perdre 1,5 million $ annuel, pour lutter contre un prédateur

Une arme bien dérisoire, pour une chasse perdue d'avance...

Par Clément Solym,Le mardi 17 avril 2012 à 15:00:53 - 0 commentaire

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Depuis la plainte du ministère de la Justice, Amazon est devenu la cible des attentions. Alors qu'Apple et cinq éditeurs internationaux sont au coeur de cette poursuite pour entente sur le prix de vente des livres numériques, le cybermarchand poursuit, bonhomme, son chemin à travers la toile.

 

L'enjeu était simple : tant qu'un contrat imposait à tous les revendeurs de proposer des livres numériques à un tarif unique, avec interdiction d'exercer des remises, rien à faire pour Amazon, qui apprécie les prix bas. Mais très rapidement, la société s'est décidée à faire baisser ses prix. Pour bien des éditeurs, l'attitude est carnassière et dangereuse. Mais peu ont franchi le pas. The Educational Development Corporation a annoncé qu'il ne jouerait pas les prolongations contre Amazon. 

 

Cette politique de la terre brûlée, comme le dit le New York Times, a entraîné une décision irrévocable : EDC a décidé fin février de couper les vivres, et retirer tous ses livres de chez Amazon. Un mouvement qui va coûter 1,5 million $ de chiffre d'affaires annuel. Mais Randall White, le directeur est ferme : « Amazon écarte tout le monde de ce business. Je n'apprécie pas ces méthodes. Ils agissent tel un prédateur. Nous sommes mieux sans eux. »

 

Le pot de fer contre le pot de terre

 

Certes, la mesure est toute symbolique : EDC est valorisé en bourse à 18 millions $, lorsqu'Amazone en pèse 86 milliards $. D'autre part, ce sont 1800 livres jeunesse que Randal White a supprimés, une misère dans l'océan de l'offre d'Amazon. Mais pas question de se laisser dicter la tarification des ouvrages par un revendeur, et moins encore dans ces conditions. 

 

Les éditeurs souhaitaient en effet que cesse cette commercialisation à 9,99 $ pour les nouveautés, une application systématique, qui s'est conclue, selon eux, par une dévalorisation dans l'esprit du consommateur du prix des livres. Sauf qu'aucune fixation des prix n'existait pour les ouvrages imprimés, et qu'avec le lobbying exercé auprès de ses clients, Amazon a d'autant mieux joué son coup que les éditeurs se retrouvent avec une impasse. 

 

Les clients sont rodés à un tarif bas, et ont piqué des crises compréhensibles lorsque le contrat d'agence a été mis en place, et que les prix des livres numériques ont grimpé - de 30 % environ… 

 

T'as l'bonjour d'EDC, et des autres

 

Pour EDC, qui ne produit pas de livres numériques, la question pourrait ne pas se poser. Sauf que… Les livres étaient achetés par le biais d'un distributeur, qui effectuait des remises agressives pour Amazon. Une aubaine pour les lecteurs, certes, mais un conflit pénible pour les autres revendeurs, jaloux de cette réduction. De quoi se tirer une balle dans le pied, estime M. White. 

 

Alors, la firme de Seattle qui ne commente jamais les informations sur ses pratiques commerciales, s'explique malgré tout, un peu. Selon elle, il faut secouer le cocotier et éliminer les intermédiaires, pour que le consommateur soit bénéficiaire. Rien de plus clair, car les éditeurs qui s'accrochent encore à un ancien système sont voués à mourir. Et point barre. 

 

Pourtant, la réalisation d'un ouvrage, pour ce qu'elle peut donner l'impression d'être industrialisée, reste de l'ordre de l'artisanat, explique Curt Matthews, directeur de IGP, un distributeur qui fut largement sanctionné par Amazon. Ses 5000 titres numériques ont été désindexés du jour au lendemain, après qu'IGP a refusé de revoir ses remises. Et ce genre d'exemple se multiplie à l'envi. 

 

Autant d'exemples qui ont conforté Randall White dans sa décision. Bien décidé à ce que ce combat tourne à son avantage.

Pour approfondir

Mots clés :
Amazon - remises - distribution -



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