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Une 'situation intenable' pour les bibliothèques d'Harvard

L'achat de revues et de publications augmente... trop. Même pour Harvard.

Par Clément Solym,Le jeudi 26 avril 2012 à 12:19:59 - 0 commentaire

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Harvard, petite université de province, vient de pousser un cri de colère émanant du conseil consultatif de la faculté. Selon lui, les éditeurs scientifiques commencent à pousser le bouchon un peu loin, et la hausse récente des facturations vient d'entraîner à couper court avec les maisons.

 

C'est avec une note de service adressée aux 2100 personnes de l'université - personnel enseignant et chercheurs - que l'établissement a déterré la hache de guerre. La bibliothèque universitaire est facturée pour 3,5 millions $ chaque année, et il n'est plus possible de supporter l'augmentation tarifaire. C'est de l'une des plus riches institutions scolaires, et parmi les plus prestigieuses au monde, que vient donc la protestation. 

 

Alors qu'une grande partie des travaux scientifiques est financée par le contribuable, Harvard ne veut plus tolérer que les éditeurs poursuivent leur politique tarifaire actuelle. On vient donc de décider que les grandes maisons avaient généré une « situation intenable », tout à la fois économiquement impossible et académiquement restrictive. Et ce, alors que les éditeurs continuent de faire des bénéfices de l'ordre de 35 % ou plus. 

 

Trop, c'est trop, même à Harvard

 

Le prix d'accès à des articles en ligne a augmenté de 145 % au cours des six dernières années, avec des revues coûtant à l'établissement près de 40.000 $. Le boycott d'Elsevier, éditeur néerlandais prolifique dans le domaine, vient d'être signé par plus de 10.000 universitaires, en signe de protestation contre ces pratiques. 

 

Robert Darnton, directeur de l'établissement, s'est expliqué auprès du Guardian. « J'espère que d'autres universités prendront des mesures similaires. Nous sommes tous confrontés au même paradoxe. Nous, universitaires, réalisons les recherches, écrivons des documents, partageons les informations avec d'autres chercheurs, siégeons à des conseils de rédaction, tout cela gratuitement… et ensuite, nous rachetons les résultats de nos travaux à des prix exorbitants. »

 

C'est qu'en effet, les chercheurs proposent leurs articles à des comités de lecture, dans les publications, avant de peut-être les voir publiés. Le référencement dans les revues implique alors de faire payer quelqu'un pour que ces revues existent.

 

Assez pour trouver le système complètement absurde, et impacter sérieusement les bibliothèques universitaires, dont les budgets, même à Harvard, ne sont pas extensibles. « Nous ne pouvons pas continuer de payer ces hausses de prix aux abonnements. À long terme, la réponse sera de passer par un libre accès à des revues publiées en ligne, mais nous avons besoin d'efforts concertés pour arriver à ce point. »  Mais dans ce cas de figure, il faudra encore trouver comment rémunérer les auteurs d'articles, en vue de leur mise à disposition gracieuse. 

 

 

 

Pourtant, Elsevier estime que le conseil de Harvard en fait trop. D'abord, parce qu'un récent accord avec les bibliothèques a été signé, et qu'il donne une certaine souplesse aux établissements. « Nous ne croyons pas que les faits décrits dans la lettre se rapportent à la hausse des prix de Elsevier. Les hausses tarifaires d'Elsevier ont toujours été parmi les plus basses de l'industrie depuis plusieurs années, avec 5 % en moyenne. »

 

Mais surtout, il faut se demander ce qu'il en est pour les autres établissements du territoire : Harvard est une université richissime, et si cette dernière n'a pas les moyens de payer, qu'en est-il des autres ?

 

Timothy Gowers, mathématicien à l'université, est à l'origine de ce mouvement de protestation. Il a annoncé clairement le 21 janvier dernier qu'il ne publierait plus ses recherches dans les revues d'Elsevier. (voir son blog)

 

Des pratiques de tyran, ou presque, qui font dresser les cheveux sur la tête des chercheurs, dégoûtés d'être ainsi exploités. Au Royaume-Uni, David Prosser, directeur exécutif des bibliothèques de recherche (Research Libraries UK - RLUK), estime qu'Elsevier est bien au coeur des problèmes. Il y a toujours eu un problème avec cette question, vue comme un vrai problème dans les bibliothèques. « C'est au centre de l'éducation et de la recherche. Si vous ne pouvez pas avoir accès aux textes, la recherche prend un coup. »

 

Le problème pour l'éditeur, c'est que d'autres établissements sont susceptibles de suivre le mouvement de boycott impulsé par Harvard. Si son geste est très fort et d'autant plus symbolique qu'il s'accompagnera de mesures concrètes - comme l'arrêt de publication dans les revues - Harvard pourrait causer un très grand tort à l'éditeur Elsevier, évidemment. 

 

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