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		<title>Actualitté - Une page de caractère</title>
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		<description>La dimension humoristique - Actualitté - Une page de caractère</description>
		<language>fr</language>
		<copyright>Copyright 2013 Actualitte. Tous droits réservés.</copyright>
		<managingEditor>contact@actualitte.com (contact actualitte)</managingEditor>
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		<pubDate>Thu, 23 May 2013 05:57:57 +0200</pubDate>
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			<title>Actualitté - Une page de caractère</title>
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				<title>Books émissaire #4 : le Hurlement obscène de Ginsberg</title>
				<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Il y a d'un côté le monde connu, de l'autre tout un univers inconnu, et quelque part entre les deux sont restés à jamais perchés les mythes de la Beat Generation. Cette semaine, le claviériste Ray Manzarek, cofondateur du groupe The Doors, s'en est allé rejoindre feu sa majesté le lézard dans le fin fond du cosmos. A titre d'hommage, notre book émissaire hebdomadaire se mue quant à lui en beatnik, personnifié par un poète trop libertaire au goût du FBI, le pape Allen Ginsberg. Que l'on soit monté dans le bus de la révolution psychédélique, ou pas, le prochain décollage est imminent. Destination les 50's américaines, décennie de la parution du recueil <em>Howl et autres poèmes</em>, monument controversé de la mythologie Beatnik.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">« <em>J'ai vu les plus grands esprits de ma génération détruite par la folie, affamés hystériques nus, se traînant à l'aube dans les rues nègres à la recherche d'une furieuse piqûre…</em> » Ainsi débuta la récitation d'Allen Ginsberg, 29 ans, binoclard en costume sobre un tantinet froissé, parmi les volutes de fumée de cigarettes au milieu desquelles se pressait un jeune auditoire. On était alors le 13 octobre 1955, au sein de la Six Gallery de San Francisco. Son discours poétique, mugissement enragé, syncopé à la manière d'une improvisation de Jazz, fit l'effet d'une piqûre aux fesses de l'inquisition bien-pensante. Comme contaminé d'un poison annonciateur d'une génération qui tournerait le dos au Rêve américain.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">En ce temps où la seconde guerre mondiale laissait sa place à la croissance des trente glorieuses, les Américains retournaient à leur conquête de l'Ouest vers une Californie florissante, tandis qu'apparaissait également le mouvement de la Beat Generation. Celui à la bannière multicolore et fluorescente, inspiré notamment par la rencontre de trois âmes errantes. Ginsberg et son <em>Hurlement</em>, Kerouac, le plus souvent <em>Sur la route</em>, et autre Burroughs attablé à son <em>Festin nu</em>. Des artistes inspirés par les drogues et le bouddhisme, en quête d'un nouveau sens à donner à l'existence. Ils furent bientôt placés sous surveillance des autorités, mais allaient néanmoins être soutenus par l'éditeur et propriétaire du City Lights Bookshop : Lawrence Ferlinghetti.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://3.bp.blogspot.com/_eI6pmXswYeE/TEoDfwSL1BI/AAAAAAAAAyw/Hflq7Kj5zeQ/s1600/dex25.jpg" alt="" width="486" height="380" /></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Tout au long de son existence, le poète célébra la sexualité libérée et sans tabous, prenant notamment la défense des homosexuels. Comme ses pairs fondateur du mouvement, il fréquentait assidûment les bars glauques et autres bas-quartiers. Et au fil de sa bourlingue incessante, il multiplia colloques et conférences, en promouvant la légalisation des drogues dites douces et l'expérimentation des hallucinogènes comme le LSD. Militant en outre contre les régimes totalitaires mais aussi la guerre du Vietnam, il faisait figure de révolutionnaire de son temps.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><em>Howl</em>, publication majeure dans l'œuvre de monsieur Ginsberg et dont le titre pourrait se traduire par <em>Hurlement</em>, prend la forme d'un long poème en prose. Une œuvre composée au cours de l'année 1955, par le biais d'une écriture quasi-spontanée, sur un ton aussi cru qu'explicite, et qui allait donner plus tard à l'auteur son sulfureux ticket pour le Panthéon hippie.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">En véritable scandale littéraire, le livre se retrouva bien vite condamné par la censure, interdit à la publication au motif d'obscénité en 1956. Avant de devenir plus tard une référence, dans le cœur des défenseurs du premier amendement de la Constitution américaine. Il devint, par ailleurs, une véritable bible pour les hippies qui allaient prendre le relais des beatniks au cours des années 1960 et 1970.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://2.bp.blogspot.com/-NfeXLan19OM/TYcup0tJS8I/AAAAAAAAC6I/1eyaicDg7ZU/s1600/howl.gif" alt="" width="332" height="420" /> </p>
<p style="text-align: justify;">Publié à l'automne 1956 par l'audacieux éditeur, bravant la loi, sous son label City Lights Books, le recueil d'Allen Ginsberg ne quitta pas le collimateur de la censure et fut retiré de la sphère publique. Le complice Ferlinguetti se trouva quant à lui arrêté, et on le fit comparaître devant la justice. Il fut finalement inculpé au cours de cette longue procédure restée célèbre sous le nom de Howl Trial. La Cour lui reprochait une vente à caractère obscène. Police et service de douane de San Francisco se saisirent la publication.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les arguments invoqués par le procureur au cours du procès, se trouvaient reprochés : un caractère explicite mentionnant les désillusions sociétales aux Etats-Unis, des mentions à la sexualité et l'homosexualité en particulier, un langage trop cru, mais encore une construction littéraire volontairement décousue. Or en ce temps-là, l'homosexualité était encore considérée comme un crime dans tous les Etats américains. Mais poètes et professeurs ont témoigné leur soutien à l'auteur, tandis que la jeunesse protestait dans les rues de San Francisco.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: center;"> Le poème récité par son auteur, pour les anglophones</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Mais un autre procès eût lieu, le 3 octobre 1957. Au cours duquel la défense allait replacer l'ouvrage comme un manifeste pour la sincérité. L'avocat de l'éditeur plaida : « <em>Ce n'est pas à nous de choisir ses mots. M. Ginsberg raconte son histoire telle qu'il la voit. […] La guerre de la censure ne s'achèvera pas dans ce tribunal. Mais votre décision renforcera la pensée libérale ou elle attisera le feu de l'ignorance. Que la lumière soit. Que l'honnêteté l'emporte.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Et le juge Clayton W. Horn, rendit finalement son arrêt contraire au précédent. Une décision qui permit finalement à la diffusion de l'ouvrage d'être poursuivie. Le poème quant à lui, faisait désormais partie de la légende des générations Beat et Hippie, comme un emblême de la lutte pour les libertés de l'esprit et de l'expression.</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaire-4-le-hurlement-obscene-de-ginsberg-2009.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 22 May 2013 20:50:26 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Livres du lundi #4 : Les Lettres en musique</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Cette semaine, on fait un petit tour du côté de la musique et ses grandes icônes. Tout d'abord avec le très bon polar de Stéphane Michaka, <em>Elvis sur Seine</em> (Pocket), et ensuite avec un recueil de poésie un peu particulier puisqu'il ne s'agit que de textes qui ont été mis en musique par de célèbres chanteurs. </strong></p>
<p> </p>
<p><em>Elvis sur Seine</em> n'est pas à strictement parler une nouveauté. Le livre est paru pour la première fois en janvier 2011 chez La Tengo Éditions, et c'est avec plaisir qu'on le retrouve en format poche (chez Pocket). Il s'agit d'une enquête de Mona Cabriole, jeune journaliste chez <em>Parisnews</em> qui a le don de se retrouver dans des situations loufoques. La collection donne la parole à différents auteurs, toujours autour du thème du Rock. </p>
<p> </p>
<p>Elvis était donc tout indiqué. Car Mona se retrouve, sous la plume de Michaka, sur les traces du King, et ce, de façon très littérale. En effet, l'affaire commence avec un meurtre maquillé par la police. Mais très vite, notre journaliste intrépide se retrouve à enquêter sur un certain Monsieur Aron qui pourrait bien être Elvis Presley. Face à un tel scoop, inutile de dire que Mademoiselle Cabriole utilise toute son énergie pour aller au fond des choses. Bien sûr, les choses en tardent pas se compliquer en cours de route.</p>
<p>  </p>
<p>La grande réussite de ce livre tient à deux choses. L'auteur respecte les codes du polar, il ne cherche pas à faire dans le méta-polar. Du coup, on retrouve tous les ingrédients nécessaires, et la lecture est des plus plaisantes ; on tombe vite sous le charme de l'écriture sobre et efficace de Michaka. En revanche, et c'est là la vraie réussite du livre, la personne du King est traitée avec sérieux. </p>
<p> </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1" style="text-align: center;"><img src="http://farm9.staticflickr.com/8224/8341828429_7c7391d60e.jpg" alt="Elvis Presley" width="500" height="500" /></p>
<p class="p2" style="text-align: center;">Brett Jordan,<strong class="username"> </strong><span>CC BY 2.0</span></p>
<p class="p1" style="text-align: center;"> </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Le livre regorge d'informations sur le personnage mythique, et au fil des pages, le lecteur est invité à parcourir les grands morceaux du répertoire d'Elvis. Avec citations à l'appui. Ainsi, à la fin du livre, on entend résonner les paroles de "Devil in Disguise" : « <em>You look like an angel / Walk like an angel / Talk like an angel / But I got wise</em>... ».</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p2"></p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p2"> </p>
<p>Qu'on soit fan du King ou pas, un livre qui vaut assurément le détour. </p>
<p> </p>
<p>Dans un autre genre, mais toujours sous le signe des grands musiciens et interprètes, Gallimard vient de publier une anthologie de poésie fort utile. Sophie Nauleau a réuni une belle collection des poèmes français mis en chansons. Personne n'ignorait que la littérature « classique » a servi au fil des années comme un formidable réservoir pour les chanteurs français. </p>
<p> </p>
<p>On pense immédiatement à Gainsbourg, Ferré ou encore Montand, qui ont tous donné un nouveau souffle à des poèmes trop souvent confinés aux salles de classe. D'ailleurs, le chanteur a parfois éclipsé le compositeur original de la chanson. Il est clair que le grand public est plus sensible au nom de Georges Brassens qu'à celui de Francis Jammes. </p>
<p> </p>
<p>Mais il n'est pas seulement question de rendre à César ce qui appartient à César. Cette anthologie est autant une célébration de la rencontre entre deux artistes qu'invitation à prendre la mesure de la force de la parole poétique. Une manière aussi de rappeler que la chanson est un genre noble et pas uniquement des paroles en l'air destinées à saturer la bande FM. </p>
<p> </p>
<p>C'est en somme ce que dit Sophe Nauleau dans son avant-propos : « <em>Car les chansons ne sont pas des sornettes, balivernes et autres bagatelles. Elles coupent à coeur et mettent droit dans le mille. Au centre de l'être. Elles soufflent les sentiments, par ciels radieux ou sombres</em>. » On ne saurait mieux dire. </p>
<p> </p>
<p>Et voici un peu d'Yves Montand/Jacques Prévert pour finir. </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"></p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><strong>Elvis sur Seine, Une enquête de Mona Cabriole</strong>, de Stéphane Michaka, Pocket, 221 pages, 3,90 euros. </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><strong>Je voudrais tant que tu te souviennes, Poèmes mis en chansons de Rutebeuf à Boris Vian</strong>, Edition de Sophie Nauleau, Poésie/Gallimard, 272 pages, 6,90 euros. </p>
<p class="p2"> </p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/livres-du-lundi-4-les-lettres-en-musique-2006.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Mon, 20 May 2013 16:27:15 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>« Pour que vive la littérature… », Par Alain Mala</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Les Éditions de la Différence sont aujourd'hui heureuses de donner la plume à Alain Mala, fondateur il y a plus de trente ans <a href="http://www.editions-cenomane.fr/f/index.php">des Éditions Cénomane</a>. </strong><strong>Alain Mala explique le sens de la ligne éditoriale et du rythme annuel qu'il a choisi de donner à sa production. Il exprime aussi les raisons de sa décision de rejoindre la diffusion des Éditions de la Différence. Il présente enfin les cinq nouveautés que Cénomane publiera en septembre, octobre et novembre prochains.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong><strong><img src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" width="336" height="98" /></strong><br /></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Tous ceux qui connaissent le catalogue de La Différence comprendront à la lecture de cette tribune d'Alain Mala, pourquoi nous l'avons accueilli avec le sentiment profond d'inscrire la diversité des publications dans l'homogénéité et la cohérence des sensibilités et des approches.</strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span><strong>« Pour que vive la littérature… »</strong></span></p>
<p><span><strong>Par Alain Mala</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>Depuis bientôt trente ans, les Éditions Cénomane ont constitué un catalogue fondé sur l'exigence des choix éditoriaux et l'accompagnement des auteurs dans la durée. Exigence et inscription dans la durée, c'est-à-dire ne publier que ce que l'on juge nécessaire, ce qui sous-entend une singularité, un lieu où se glisse le désir. Celui d'une littérature qui met des mots et des formes sur notre part d'ombre. Une littérature qui est en soi un acte de résistance par le simple fait d'exister. Face au monde, face à la normalisation des pensées et des affects, face à l'autre et à soi-même, face à la mort.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Cette exigence suppose pour les Éditions Cénomane de travailler avec une structure éditoriale légère qui n'implique pas l'obligation économique d'éditer : c'est donc au rythme de six à sept livres par an que s'est constitué le catalogue. Une structure qui implique, en revanche, le désir et la nécessité de créer les liens qui permettent à ces livres-là de rencontrer leurs lecteurs. C'est pourquoi, pour cette rentrée littéraire, les Éditions Cénomane vont rejoindre la diffusion des Éditions de la Différence (distribution Volumen). </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>C'est, dans le contexte actuel, en compagnonnage avec une maison dont la richesse et l'exigence du catalogue, la conception du métier d'éditeur et l'engagement sont essentiels, construire les bases d'un espace de propositions communes, cohérentes et nécessaires. S'appuyant sur la librairie de création, ce n'est pas seulement intégrer une structure de diffusion, mais mettre en acte un vivre ensemble doué de sens et de volonté de transformation : remettre les contenus au cœur du « commerce », ouvrir des espaces de réflexion, de plaisir, de liberté. Parce que des lecteurs désirent ces livres-là, et que le simple fait que ces lecteurs existent et que ces livres existent, est la preuve de leur nécessité. Un coin enfoncé dans un système destructeur qui souhaite que rien ne lui échappe.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>C'est dans cette perspective que s'est développée depuis près de quinze ans la collection « &amp; Littérature », qui réunit des auteurs de langue suédoise ou same (Suède, Finlande), de langue espagnole (Espagne, Salvador, Argentine) ou française. Nombre d'entre eux ont été publiés pour la première fois en France dans cette collection. Rendons hommage au passage, ce n'est pas si courant, au travail inlassable des traducteurs, premiers vrais découvreurs de ces écrivains qui font la richesse d'un catalogue.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Paraîtront ainsi en octobre et novembre 2013, quatre nouveaux titres. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Tout d'abord, le premier tome des cinq volumes qui constituent le « cycle mexicain » de Rafael Menjívar Ochoa, écrivain salvadorien décédé en 2011, considéré comme le chef de file de ceux que l'on a appelé la génération désabusée, en Amérique centrale. <em>Les Années flétries</em> (<em>De certaines façons de mourir, T. 1</em>) se présente au premier abord comme un roman « noir » aux résonances politiques. Mais, comme le dit son traducteur Thierry Davo, à propos de <em>Treize,</em> ce qui préoccupe l'auteur comme ses personnages, c'est de « savoir vivre, ne pas savoir vivre, savoir mourir, ne pas savoir mourir, savoir ne pas mourir »… Le cycle se rattache en cela subtilement à l'œuvre plus directement littéraire de l'auteur dont les Éditions Cénomane ont déjà publié six titres.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<div>{CARROUSEL}</div>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Ensuite, <em>Invasion</em> de Fernando Marías. Quatrième livre de l'auteur traduit en français (les trois précédents également parus aux Éditions Cénomane), ce roman, fondé sur une critique de l'engagement d'un contingent espagnol en Irak, explore ce qu'il advient d'un type « bien » quand les circonstances font de lui un assassin. Thématique centrale chez Marías que celle du bien et du mal, poussée jusqu'à ses terribles extrémités, comme dans <em>L'Enfant des colonel</em>s qui ressortira en poche (Babel, Actes Sud) à la même période.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>S'ajouteront à ces deux titres, en novembre, le premier des quatre volumes du « cycle Minelli » (le personnage récurrent de la série, confronté aux errances d'une mémoire douloureuse et d'une réalité fuyante), Composition de lieu, de l'écrivain argentin Juan Martini et un recueil d'une centaine des textes poétiques, inédits en français, du prix Nobel 1974, le Suédois Harry Martinson :<em> Le livre des cent poèmes.</em></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Enfin, dès fin septembre, sortira le huitième titre de la collection « mots-nambules » : Entre soi de Sylvain Coher, sidérant travail poétique auquel font suite les textes de l'atelier d'écriture qu'il a mené avec des personnes éloignées du livre et de la lecture.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Pour que vive la littérature…</span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/pour-que-vive-la-litterature-par-alain-mala-2002.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 16 May 2013 13:06:01 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Books émissaires #3 : Mystères et diableries au Parlement de Paris</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>D'une certaine manière, notre dernière chronique hebdomadaire n'avait rien à envier à une tragédie grecque, et paissaient ses jeunes pousses avec un appétit dionysiaque. Mais en cette nouvelle semaine de l'an de grâce 2013, nous nous pencherons sur une affaire de censure qui s'est jouée sur les planches d'un tout autre registre, celui bien moyenâgeux des « Mystères ». D'un côté les Théâtres dramatiques à la mode antique, ou bien sadique, tendaient sans détour vers leur apogée cathartique. En revanche, celui impulsé par l'Église romaine dans l'Occident médiéval, avant que le Parlement de Paris ne lui attribue ses cornes diaboliques des Books Emissaires, puisait quant à lui son inspiration dans la veine religieuse.</strong></p>
<p><strong>  </strong></p>
<p>Les Mystères sont apparus à la fin du Moyen Âge, probablement au 13e siècle, à l'origine sur les parvis des églises. Le genre consistait en des représentations théâtrales inspirées initialement par la Passion du Christ. Des pièces fort coûteuses, étalées parfois sur plusieurs journées festives, et qui évoquaient à la manière de feuilletons divisés en de nombreux tableaux : ces miracles et autres impétueux moulinets de glaive qui ont sculpté l'Histoire. Bien que ces aventures épiques se destinaient avant tout à la scène, une part d'entre elles a fait l'objet de publications manuscrites ou imprimées. Le tout bien souvent rédigé en vers, ce qui leur donnait des airs d'œuvres poétiques interminables.</p>
<p> </p>
<p>Ces représentations évoquaient le plus souvent les vies des saints, vulgarisées à destination des populations illettrées, et à renfort d'effets spéciaux bien baroques. Du grand spectacle pour l'époque, en somme, avec ses scènes de crucifixion et autres martyrs, feux d'artifices, et gerbes de flammes comme de faux sang. Et déjà en ce temps-là, le public raffolait de ces moments où les diables sortaient de leurs boîtes et où les bouffons s'adonnaient à l'art de l'injure.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://idata.over-blog.com/3/80/72/03/mistere2_appoline.gif" alt="" width="462" height="362" /></p>
<p style="text-align: center;"> Illustration du Mystère de Sainte Appoline</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Seules de grandes fortunes pouvaient se permettre de financer pareilles distractions, et celles-ci trouvaient la plupart du temps pour mécènes de riches seigneurs locaux. Ainsi le très controversé maréchal de France et compagnon de Jeanne d'Arc, Gilles de Rais, aurait été un véritable amateur du genre. Un homme qui aimait à s'y mettre lui-même en scène, dans son propre rôle, et ce, au point d'y dépenser des fortunes tellement déraisonnables que sa propre famille lui aurait intenté procès. Ses parents l'empêchèrent finalement de mettre l'héritage familial en péril, à force de revendre ses lopins de terre les uns après les autres. Sans compter que la légende veut que la cheminée du donjon de Machecoul ne fût pas bien classée en termes d'économie de combustibles.</p>
<p> </p>
<p>Mais ce mélange improbable de piété et d'impiété, de divin et de profane, cette dangereuse manie d'introduire du vulgaire au cœur même de la sacro-sainte vie christique, allait finalement conduire l'Église à sonner les cloches. Dans la capitale des Francs, le glas sonna pour les Mystères, en plein siècle des Réformes, quand le Parlement de Paris décida en 1548 d'en interdire toutes formes de représentations. Le registre se voyait subitement jugé comme indigne de l'homme cultivé, et banni avec le célèbre manifeste de Du Bellay.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Extrait d'un compte-rendu de Mystère joué à Seurre, en 1496</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Aussitôt tout le monde se rendit vers les estrades et les acteurs à leur place, et alors ils furent mis en ordre par le dit Maistre Andrieu qui avait le registre, et ils se disposèrent au bruit des trompettes, des clairons, des buccins, des orgues, des harpes, des tambours, et d'autres instruments hauts et bas qui jouaient tout autour d'eux, jusqu'au dit lieu de représentation où ils se sont mis en cercle comme il est de coutume. Cela était un arrangement si magnifique et somptueux que cela dépassait l'esprit de l'homme pour décrire une chose aussi fine et splendide. Ceci fait, chacun se retira à l'endroit marqué pour lui et les deux messagers ouvrirent la représentation comme il est écrit ci-dessus dans ce registre. <br />Alors Lucifer commença à parler et pendant son discours le costume de l'homme qui jouait Satan et se préparait à entrer par la trappe depuis son souterrain pris feu autour de ses fesses de sorte qu'il fut gravement brulé. Mais il fut si vivement secouru, dépouillé de ses vêtements et rhabillé sans donner aucun signe de douleur qu'il joua son rôle, puis se retira à sa maison.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p>Le Parlement de Paris, en ce temps-là sous le règne de Charles VII, celui que l'Histoire a retenu comme le Victorieux et qui était lui-même un héros du registre théâtral, était une sorte de section judiciaire locale, issue de la Cour royale. Pratiquement au sommet des juridictions, ses prérogatives dépassaient possiblement le seul cadre de la justice, comme semble le démontrer ici son autorité en matière d'affaires morales et ecclésiastiques, et seul le Conseil du roi était en mesure de casser les arrêts qu'elle rendait.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: center;"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4b/Parlement-Paris-Charles7.jpg/584px-Parlement-Paris-Charles7.jpg" alt="" width="428" height="440" /><span>Lit de justice de Charles VII, au Parlement de Paris</span></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Edit fut prononcé et les Mystères interdits sur les planches d'Île-de-France, mais ces pièces purent néanmoins continuer d'être jouées dans les provinces françaises placées sous d'autres juridictions souveraines. On continua de représenter cette forme de théâtre religieux pendant longtemps encore dans certaines régions, et notamment jusqu'en 1805 à Giaglione, sur les terres ultramontaines de Savoie.</p>
<p> </p>
<p>Jamais la justice française n'a eu l'occasion de revenir sur cette décision du Parlement de Paris, probablement en raison du fait que l'effet de mode avait eu le temps de disparaître. Lorsqu'avec l'imprimerie on réédita soudainement les chefs d'œuvre antiques, ceux-ci allaient s'attirer les préférences des élites culturelles. Ces miracles médiévaux, qualifiés entre-temps de diableries, ont terminé leur parcours méprisé comme de vulgaires farces…</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaires-3-mysteres-et-diableries-au-parlement-de-paris-2000.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaires-3-mysteres-et-diableries-au-parlement-de-paris-2000.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 15 May 2013 18:53:10 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Juke-Books #28 : The FoxyLadyProject, guitares au gabarit</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Le Juke-Books a trouvé un adversaire à sa mesure : The FoxyLadyProject, comme son nom peut le laisser deviner, évoque les belles courbes et les vibrations inimitables... D'un instrument bien connu mais encore très jeune, la guitare électrique. L'ouvrage présente les photographies de plus d'une soixantaine d'instruments, taille réelle.</strong></p>
<p> </p>
<p> « <em>Pas forcément les guitares les plus chères, ni celles qui sonnent le mieux, mais celles qui ont une histoire...</em> » explique Tomás Gubitsch, guitariste, chef d'orchestre et collaborateur du FoxyLadyProject. De son propre aveu, le résultat a largement dépassé ses attentes, en qualité et... en taille. En effet, l'ouvrage s'étale sur 47 x 109 cm, pour 130 pages et 12 kilos sur la balance.</p>
<p> </p>
<p>Le livre le plus grand jamais imprimé, un titre pas usurpé puisque Maxime Ruiz assure qu'« <em>[i]l n'existe pas de machine qui puisse relier des livres plus grand, d'ailleurs la raison pour laquelle nous n'avons pas pu mettre de basses dans ce livre, car elles sont un peu plus grandes que les guitares</em> ».Un soin tout particulier a été accordé aux photographies, prises à l'aide d'un appareil photo à chambre.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span>{CARROUSEL}</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Et chacune des guitare est d'ailleurs accordée, « <em>une sorte de manie qui fait que les clés ne sont pas alignées sur les photos</em> », explique Ruiz. Des flash codes, imprimés au-dessus des descriptions qui s'affichent sur la page de gauche, permettant d'accèder à des vidéos de démonstration. « Derrière ce livre, il y l'idée de présenter la plus belle collection de guitares, en trompe-l'oeil. Je n'avais pas conscience que c'était si compliqué » se souvient Maxime Ruiz, à l'origine du concept.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/Double_Page_National_Newport.jpg" alt="" width="500" height="565" /></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: left;">Sur les 2500 exemplaires produits pour le monde, presque la moitié s'est déjà écoulée, surtout en France. Pourtant, la note est salée, puisqu'il faut compter 610 € pour s'offrir le livre. « <em>On peut dormir dessus</em> », avance Maxime Ruiz. Mais il suffira d'un accord pour vous réveiller...</p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-28-the-foxyladyproject-guitares-au-gabarit-1996.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 10 May 2013 18:06:51 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>On a brûlé Régine Deforges, comme on a brûlé Jeanne D'arc</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>À l'occasion de la sortie en librairie du livre Les Filles du cahier volé, dans lequel Régine Deforges s'exprime pour la première fois sur un traumatisme subi pendant son adolescence et qui l'empêchera longtemps d'écrire, les Éditions de la Différence donnent la parole au photographe Leonardo Marcos, qui a interviewé Régine et son amie Manon, sur leur relation amoureuse qui déclencha le scandale. Les mentalités ont-elles aujourd'hui tellement évolué, quand on voit la persistance et la violence de certaines manifestations homophobes ?</strong></p>
<p> </p>
<p style="text-align: right;"><span> </span></p>
<p><strong><img style="float: right;" src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" width="336" height="98" /></strong></p>
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<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>  </p>
<p><span><strong>Peut-être Jeanne d'Arc était-elle trop belle pour les Anglais…</strong></span></p>
<p><span><strong>Par Leonardo Marcos</strong></span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Une des raisons qui m'a motivé à écrire avec <a href="http://www.ladifference.fr/Filles-du-cahier-vole.html?indextitre=4&amp;titre=F#livre2900">Régine Deforges <em>Les Filles du cahier volé</em>,</a> est qu'on a voulu la tuer pour sa beauté.</p>
<p><span> </span></p>
<p><span>La beauté fascine autant qu'elle fait peur. On l'adule dans les magazines féminins mais au quotidien on déteste une fille qui est trop belle. Elle est convoitée, sujette aux rivalités des autres femmes, si bien qu'on l'écarte, surtout dans un contexte professionnel. On aime sa présence, en soirée, en vacances, ou quand elle est une actrice célèbre, un mannequin, une chanteuse, bref, quand elle est payée pour être belle, rien que belle sinon elles est maudite. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Au travail, on accepte les jolies filles quand elles ont un caractère dominant, adoptent des comportements de « mâle », maltraitent leur entourage professionnel, et surtout les hommes. Certaines s'efforcent même à devenir des femmes monstrueuses dans l'unique but d'être acceptées et de se protéger. Froides, hautaines, voire cruelles, elles s'intègrent car elles ont perdu l'essence même de leur féminité.  </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> La beauté des femmes est l'une des discriminations les plus secrètes, les plus tues.  Appelons de nos vœux un militantisme qui conduirait les jolies femmes à se regrouper pour mieux se défendre. Imaginez, des visages gracieux et des corps sublimes manifestant dans Paris, hurlant : « <em>Hollande t'es foutu, les beautés sont dans la rue !</em> » Le 1er mai, elles défileraient avec les syndicats ouvriers et les salariés du service public.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Malheureusement, la beauté est condamnée à la solitude, au repli sur soi, à l'indifférence sociale. « <em>Pourtant, que Marianne était jolie, quand elle chantait dans les rues de Paris, en criant de vive voix : « ça ira ! »</em>…. »  On reste sans voix quand on mesure à quel point la féminité, qui inspire les artistes, séduit les hommes et les femmes, est rejetée par la société.  Pour quelle raison lui en veut-elle ? Parce qu'elle provoque la séduction, et la séduction… c'est le Mal. Les femmes belles sont associées au diable car elles déclenchent le désir.  Elles sont dotées d'un pouvoir maléfique. Mais celui qui les condamne, au final, condamne son propre désir, son propre phantasme.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/les_filles_du_cahier_vole_desforges.jpg" alt="" width="267" height="216" /></span></p>
<p><span> </span></p>
<p> </p>
<p><span>  Régine a été au cœur d'une terrible histoire qui l'a marquée à vie.  Adolescente à Montmorillon, petite ville au cœur du Poitou, elle est au lendemain de la deuxième guerre mondiale, l'objet de tous les regards, car sa beauté est triomphante. Rousse aux formes généreuses, elle ne cache pas son corps, le met même en avant. Elle excite l'attention de son entourage, jeunes hommes, adultes et aussi les femmes. Elle ne s'offre à personne,  reste en retrait. Belle, insaisissable, fière et rebelle, elle est perçue comme une diablesse par les habitants de cette ville de province qui n'attendent que l'occasion pour qu'elle devienne leur proie.  La relation amoureuse avec une autre jeune fille de son âge sera le détonateur pour qu'enfin ils puissent l'attaquer et la mettre à terre.  La vierge rouge, couleur de ses cheveux, va subir la haine, la furie, la violence. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>La mèche est le cahier où elle écrit son journal intime. Elle y décrit la relation avec son amie. Sa petite sœur le chaparde pour le donner à un des prétendants malheureux dont Régine ne veut pas comme fiancé.  Le cahier entre ses mains, il le lit à ses amis, qui se moquent de la belle rousse. Les parents du jeune homme, apprenant l'existence de ce journal, s'en emparent. Ils s'en servent comme pièce à conviction pour la dénoncer à la police. Les deux adolescentes sont accusées d'outrage aux mœurs. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Mais seule Régine sera la cible, et non son amie, nullement inquiétée, alors même qu'elle est connue pour ses penchants homosexuels. Ses parents sont d'un milieu aisé, son père, un homme éclairé, protecteur et bienveillant qui n'accepte pas que l'on s'en prenne à sa fille.  Les parents de Régine, eux, sont issus d'un milieu modeste et sont peu armés pour la défendre. Ainsi, pour avoir écrit quelques mots d'amour dans un cahier, la belle jeune fille va être brisée par toute une société. On l'expulse de son collège catholique et aucun autre établissement, même public, ne l'accepte… Pendant une année entière, elle ne peut sortir de chez elle sans être injuriée, sans recevoir des jets de pierre, des coups.  On l'oblige à brûler son cahier devant ses accusateurs. Résultat de ce drame, pas une ligne écrite par Régine pendant des décennies… </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Aujourd'hui, l'une et l'autre témoignent dans Les Filles du cahier volé, qui restitue la vérité de cette histoire.  Tant d'années après,  elles en parlent encore avec émotion.  La beauté a été souillée doublement : celle de Régine et celle de l'amour qui liait ces deux adolescentes. </span></p>
<p><span>En tant que photographe, c'est cela que j'ai voulu montrer : la grâce, dans sa splendeur, qui fut la cause essentielle de cet opprobre. En brulant ce cahier, c'est la beauté que l'on a voulu jeter aux flammes. </span></p>
<p> </p>
<p><span>On a brûlé Régine Deforges, comme on a brûlé Jeanne D'arc. Peut-être Jeanne D'Arc était-elle trop belle pour les Anglais…</span></p>
<p><span> </span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/on-a-brule-regine-deforges-comme-on-a-brule-jeanne-d-arc-1995.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/on-a-brule-regine-deforges-comme-on-a-brule-jeanne-d-arc-1995.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 09 May 2013 16:24:10 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Books émissaires #2 : Sade, le Divin Marquis, et vicieux infortuné</title>
				<description><![CDATA[<p class="p1"><strong>S'il est un spécimen, parmi nos Books Emissaires, qui ne se laisse pas approcher sans laisser quelques cicatrices, il s'agit sûrement de l'objet du second opus de ces chroniques de la censure. Une bête littéraire jugée indomptable, un incontinent de la plume insatiable et féroce, dont le pedigree semble davantage tenir du lion solitaire que du cornu de troupeau.</strong></p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Le Marquis François-Donatien de Sade, et ses plus de 120 nuances de tortures, ont de quoi faire passer les <em>Fifty Shades</em> pour du petit lait dans le registre mordillant de la pornographie sado-masochiste. Et en cette veille de l'Ascension, pourquoi ne pas s'intéresser de plus près à une figure que certains critiques considèrent aujourd'hui encore comme une incarnation de l'Antéchrist ?</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Rousseau se fit promeneur à l'air libre du Siècle des Lumières, quand l'autre solitaire contemporain de la Révolution française, Sade, passa partie de son temps à l'Ombre, à tourner en rond comme un fauve derrière des barreaux de cages. Emprisonné tour à tour dans les geôles et asiles, sous les régimes de la monarchie, de la république, du consulat et de l'empire, totalisant 27 années de détention sur les 74 au cours desquelles s'étale son existence.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Autant d'épisodes frustrants que le passionné de théâtre qualifiait lui-même d'entractes parsemant sa vie. Bien malgré que la plupart de ses œuvres durent longtemps être publiées dans la clandestinité, comme la première dont il se rendit coupable, <em>Justine ou les infortunes de la vertu</em>, celles-ci allaient créer le mythe, léguant pour héritage posthume le néologisme de sadisme aux dictionnaires de nombreuses langues vivantes de notre temps.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://img.over-blog.com/220x223/3/77/25/05/220px-Sade_-van_Loo-.png" alt="" width="220" height="224" /></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p class="p1">Perdu quelque part entre grandeur et décadence, le Divin Marquis semble avoir été à l'image de la noblesse d'ancien régime sous l'ère des grincements de guillotine. Héritier d'une ancienne lignée de Provence, né à Paris le 2 juin 1740, Sade reçut une éducation des plus aristocratiques au sein de l'hôtel de Condé, puis chez un de ses oncles, un abbé en amitié avec le couple que formaient alors Voltaire et Émilie du Châtelet. S'ensuivirent des études ainsi qu'une carrière militaire, avec des états de service attestant d'aptitudes au courage autant qu'une forte inclinaison à la débauche. Si bien que sa famille tenta vite de le caser par le biais d'épousailles arrangées.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Au bout de quatre mois, à peine, l'incorrigible vert galant fut enfermé une première fois au donjon de Vincennes. L'ordre émanait de la justice du roi, des suites de la plainte d'une damoiselle qui l'accusait de vilains traitements, sur fond d'assouvissement de pulsions sexuelles violentes. Il fut libéré et assigné à résidence, placé sous surveillance, rejugé pour d'autres faits similaires, protégé, un temps, par le seul poids que pesait sa famille noble sur l'échiquier politique.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Libertin dépensier autant que déviant sexuel, il replongea notamment en détention pour ses dettes, retrouvant l'air libre avant que n'éclate un nouveau scandale. Voulant se servir de pastilles assaisonnées à l'indigeste cantharide, en guise d'aphrodisiaque, Sade aurait rendu malades quatre jeunes filles, et fut condamné à mort au motif d'empoisonnement et sodomie. Après une cavale, sa famille réussit à sauver sa tête, mais il allait bientôt retrouver le donjon de Vincennes, passant en outre par la tour Liberté de la Bastille et encore l'hospice de malades mentaux de Charenton.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://lastucealoreille.unblog.fr/files/2010/05/infortunesvertumarquissadel1.jpeg" alt="" width="288" height="404" /> </p>
<p> </p>
<p class="p1">C'est au cours de ces années d'emprisonnement que l'écrivain allait se révéler le plus productif, et commencer à plancher sur les aventures de la candide <em>Justine</em>, dont il retravaillerait les moutures sa vie durant. L'histoire d'une orpheline qui subit tous les tracas d'une existence passée à se battre pour une vertu chimérique, serrant pieusement les dents en attendant un éventuel salut post-mortem.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Un récit qu'il allait opposer plus tard aux péripéties de la sœur de l'héroïne, <em>Juliette</em>, la mauvaise libertine qui jouit de l'existence en se prêtant plus volontiers au vice. On serait assez facilement tenté de voir en ce diptyque un univers irréligieux à souhait, à contre-pied des morales admises au cours du siècle, et ce, qu'il s'agisse de celle de l'Église comme de celle des Lumières.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Sade, le penseur, semble avoir manifesté bien souvent une attitude aristocratique et révolutionnaire à la fois. Cassant les codes avec violence, l'écrivain ne cessa de revendiquer la singularité de sa conduite ainsi que son refus d'abandonner sa manière de vivre au profit de la morale d'autrui. Et d'une certaine manière, son écrit ressemble à un <em>foutoir</em> qui lui aurait permis de se décharger de toutes ses frustrations d'homme incompris ainsi que de libertin entravé par les barreaux.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/68/Sade_1.jpeg/300px-Sade_1.jpeg" alt="" width="300" height="260" /></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p class="p1">Le premier manuscrit évoquant le récit de Justine, sous le titre <em>Les infortunes de la vertu</em>, ressemble à un conte. Rédigée au sein de la Bastille en 1787, en l'espace de quelques jours à peine, cet embryon ne fut néanmoins jamais publié du vivant de son auteur. Lui-même le reniera comme il en fait part à son avocat, lui écrivant alors : «<em> On imprime actuellement un roman de moi, mais trop immoral pour être envoyé à un homme aussi pieux, aussi décent que vous. J'avais besoin d'argent, mon éditeur me le demandait bien poivré, et je lui ai fait capable d'empester le diable. Brûlez-le et ne le lisez point s'il tombe entre vos mains : je le renie.</em> »</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Il le transforma ensuite en roman, intitulé <em>Justine ou les malheurs de la vertu</em>, publié au cours de l'année 1791, avant d'en publier une ultime version, <em>La nouvelle Justine suivie de l'histoire de Juliette</em>, parue à renfort d'une centaine de gravures pornographiques courant 1799 bien qu'antidatée de 1797. Au fil des enrichissements, la forme narrative évolue en termes de points de vue, et les dissertations philosophiques comme le caractère obscène du récit s'en trouvent renforcés. Produit par l'éditeur Girouard, basé à Paris, le livre ne porte pourtant ni mention de son nom ni de celui de l'auteur. Simplement celle indiquant : « <em>Hollande, chez les Libraires associés</em> ».</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Certaines des premières critiques auraient été plutôt indulgentes avec cette œuvre tout en s'inquiétant des effets que pourraient causer une mauvaise lecture, accordant crédit à la dédicace recopiée ci-dessous. D'autres en revanche, dénonçaient de l'indécence, de la monstruosité, évoquaient un sentiment de dégoût et d'indignation, pour un ouvrage parfois considéré comme un véritable « <em>poison</em> ».</p>
<blockquote>
<p><br /><em><strong>Dédicace anonyme de Sade sur l'édition de 1791</strong></em></p>
<p><em>Le dessein de ce roman est nouveau sans doute ; l'ascendant de la Vertu sur le Vice, la récompense du bien, la punition du mal, voilà la marche ordinaire de tous les ouvrages de cette espèce ; ne devrait-on pas en être rebattu ! </em></p>
<p><em>Mais offrir partout le Vice triomphant et la Vertu victime de ses sacrifices, montrer une infortunée errante de malheurs en malheurs, jouet de la scélératesse ; plastron de toutes les débauches ; en butte aux goûts les plus barbares et les plus monstrueux ; (…) n'ayant pour opposer à tant de revers, à tant de fléaux, pour repousser tant de corruption, qu'une âme sensible, un esprit naturel et beaucoup de courage ; hasarder en un mot les peintures les plus hardies, les situations les plus extraordinaires, les maximes les plus effrayantes, les coups de pinceau les plus énergiques, dans la seule vue d'obtenir de tout cela l'une des plus sublimes leçons de morale que l'homme ait encore reçue ; c'était, on en conviendra, parvenir au but par une route peu frayée jusqu'à présent. </em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p class="p1">Sous le règne de Napoléon, en 1810, alors interné parmi les fous au sein de l'asile de Charenton, le Marquis et ses idées restaient craints du pouvoir, si bien qu'on finit par le confiner à l'isolement, lui interdisant tout usage de matériau d'écriture. Il décéda finalement en 1814, et son livre suscitant la polémique allait circuler clandestinement et voir ses rééditions se multiplier à partir du Second Empire. Si bien que l'ouvrage, même échangé sous le manteau, allait influencer des grands noms de la littérature comme Théophile Gautier, Baudelaire, Flaubert et Apollinaire, ou encore le critique Charles-Augustin Sainte-Beuve…</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Si certaines œuvres officielles du Marquis de Sade ont été publiées au grand jour et parfois sans heurt, les plus sulfureuses durent attendre jusqu'à la fin des années 1950 pour être officiellement réhabilitées. En 1957 encore, l'éditeur Jean-Jacques Pauvert, qui avait entrepris d'éditer <em>Les malheurs de Justine</em>, au sein de l'audacieuse première version des <em>Œuvres intégrales de Sade</em>, fut condamné par la chambre correctionnelle de Paris. Celle-ci ordonnait la saisie et la destruction des exemplaires imprimés, tandis que l'éditeur risquait en outre une peine de prison.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Aujourd'hui, ces œuvres de l'ombre ont trouvé digne place à la lumière, parmi des titres phares de la littérature, au sein des éditions de la Pléiade.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><a href="http://bibliotheque.actualitte.com/recherche/sade.htm?filtre_tous=Sade&amp;filtre_langue=fr&amp;filtre_auteur=Donatien+Sade&amp;filtre_livre=free-ebooks&amp;filtre_tri=relevance&amp;filtre_type=books&amp;filtre_epub=1&amp;filtre_image=1&amp;filtre=1a1b6aa4d03851cc68b0a3f4fb3e11f4d8ffa6b3"><span style="color: #993300;"><strong>Retrouver dans notre bibliothèque numérique les oeuvres du Marquis de Sade</strong></span></a></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaires-2-sade-le-divin-marquis-et-vicieux-infortune-1993.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 08 May 2013 08:56:41 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Tes vieux livres poussiéreux, on les a emportés pour les vendre</title>
				<description><![CDATA[<p><strong><span>ActuaLitté diffuse aujourd'hui un courrier adressé à la Sofia par Lilian Bathelot. Une lettre pleine de bonne volonté, une déclaration d'amour, et plus encore. A lire, avec délectation, pour comprendre une fois de plus, les enjeux de l'exploitation numérique des oeuvres indisponibles du XXe siècle. Ce courrier n'a pour l'heure pas reçu de reponse..</span>.</strong>  </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: right;">Chère Sofia,</p>
<p> </p>
<p>Je suis l'un de tes membres, ou sociétaires, ou adhérents peu importe... Je veux juste dire que je suis l'un de ceux qui cotisent chaque année depuis ta naissance pour te permettre d'exister et de faire ton travail.</p>
<p>Oh, à aucun moment je t'en voulu de n'avoir jamais songé à me remercier pour cela, car je comprends bien que, prélevant directement ta part avant même de me transmettre la mienne, tu n'as sans doute pas conscience que la somme que tu gardes pour toi provient réellement de ma poche.</p>
<p>Et après tout, moi non plus je ne t'ai jamais remerciée de collecter en mon nom l'argent qui me revient du droit de prêt en bibliothèque, en te payant sur la bête.</p>
<p> </p>
<p>Mais ton histoire de ReLIRE, je trouve qu'elle dépasse les bornes.</p>
<p>Car j'ai bien reçu ta dernière lettre...</p>
<p> </p>
<p>Tu viens donc m'annoncer, la bouche en cœur et l'air dégagé, que quelqu'un de tes amis vient de me faire les poches pour en prélever le contenu dans l'intention de le revendre bientôt...<br />C'est bien ça?</p>
<p> </p>
<p>Et maintenant, si je ne veux pas que mon bien soit utilisé à des fins que je n'ai pas choisies, c'est à moi de démontrer que ce que tes amis ont pris dans mes poches et menacent de revendre bientôt donc, j'en suis bien le vrai propriétaire... Attester sur l'honneur et tout ça, présenter mes papiers d'identité comme un suspect pris en faute...</p>
<p><br />Mais !... Chère Sofia, chacun de ces objets est parfaitement étiqueté à mon nom, même que c'est comme ça que tu as su que j'étais concerné par ce coup tordu de ReLIRE, parce que tu as vu mon nom sur les étiquettes...</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/relire_ursula_le_guin.JPG" alt="" width="550" height="413" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Par dessus le marché, je dois demander gentiment qu'on veuille bien me rendre ce qu'on m'a pris sans me le dire et dans l'intention de le revendre... <br />(Note bien que j'ai dit "<em>pris sans me le dire et dans l'intention de le revendre</em>" et pas "<em>volé</em>" car je ne veux pas te faire de peine, et que j'ai bien noté qu'il est prévu qu'une part du butin que tu partageras avec tes acolytes après la revente me reviendrait sans doute, une part que je n'aurais pas choisie ni même acceptée comme juste évidemment, sans doute un détail sans importance.)</p>
<p> </p>
<p>Et, cerise sur le gâteau, en réponse à la demande de restitution que je viens de faire, je me vois répondre froidement que "<em>ma demande va être examinée</em>", comme si c'était moi qui étais pris en faute, demandeur d'une grâce particulière.</p>
<p> </p>
<p>C'est pas un peu fort de café, ça, chère Sofia? Et ça tombe pile au moment où je commençais à m'habituer à toi depuis toutes ces années... Pour un peu, je me serais presque trouvé en confiance.</p>
<p><br />Et là, patatras, tu vas tout fiche par terre?<br />Non, je veux pas le croire, ce serait trop bête.</p>
<p> </p>
<p>Dis-moi que tu vas les envoyer paître, tes mauvaises fréquentations, ces marlous qui agitent des gros billets sous ton nez jusqu'à t'en faire tourner la tête.<br />Dis-le moi s'il te plait...<br />J'aimerais bien le croire.</p>
<p> </p>
<p>Lilian</p>
<p>membre du collectif <em>Le Droit du serf</em></p>
<p>____________</p>
<p> </p>
<p><strong>PS</strong> Juste un petit exemple pour te faire comprendre ce que je ressens... (si, si, tu comprends ce dernier mot, j'en suis sûr) </p>
<p>Imagine, chère Sofia, qu'une bande de malandrins se soient introduits dans ta bibliothèque pendant que tu faisais la sieste.</p>
<p>Ils ont emporté tous les livres que tu n'as pas ouverts depuis des lustres, tu sais, ceux qui sont en haut des étagères. Ensuite, les malandrins ont stocké tes livres dans leur caverne d'Ali Baba, au milieu du butin de leur dernière razzia. Quelque temps après, tu reçois une lettre, une lettre qui dit à peu près cela:</p>
<p> </p>
<p><br /><em>Huhu, chère Sofia,</em></p>
<p>il y avait des livres qui ne te servaient manifestement guère dans ta bibliothèque... <br />Tu ne les avais pas utilisés depuis belle lurette, ils étaient très hauts perchés et pleins de poussière. Ils dormaient depuis si longtemps que c'est un peu comme si tu ne les avais pas, en quelques sorte, comme s'ils n'étaient pas à toi.</p>
<p>Alors on a eu l'idée de les emporter pour les revendre.</p>
<p>Oh, ne t'en fais pas. Tu auras une part du produit de cette vente. Bon, on sait pas encore trop combien, faut dire, mais c'est un détail technique...</p>
<p> </p>
<p>En fait, cela dépend surtout de ce qui restera lorsque les escamoteurs qui ont pris les livres, les receleurs qui les ont conservés, les nettoyeurs qui les ont dépoussiérés, les revendeurs qui les ont mis en vitrine, auront été payés de leur dur labeur à ton service.</p>
<p>Mais il restera sans doute un petit quelque chose, ne te fais pas de bile...</p>
<p>Si tu ne dis rien, si tu ne réponds pas à cette lettre, on considèrera que tu es d'accord avec cette aubaine.</p>
<p> </p>
<p>Et si par extraordinaire tu ne comptais pas te débarrasser de tes livres à si bon compte, si pour une raison mystérieuse, tu tenais à conserver précieusement tous ces livres de gosse qui ne te servent pourtant plus à rien depuis si longtemps par exemple, et ceux que tu tiens de ta mère ou de ton grand père, eh bien, tu pourrais t'opposer à cette vente.</p>
<p><br />Dans notre grande bonté, nous t'accordons ce droit.</p>
<p>Il faudrait alors que tu te présentes au guichetier des <em>Escamoteurs associés</em> avec tes papiers d'identité en règle. </p>
<p>Il t'autoriserait alors à fouiller à ton aise dans les rayonnages de notre caverne d'Ali Baba pour repérer tes livres au milieu de tous les autres.</p>
<p><br />Une fois les livres repérés, il faudrait que tu remplisses un formulaire pour attester sur l'honneur que ces objets étaient bien tiens avant qu'on les escamote.<br />Il te resterait encore à garnir un formulaire de demande de restitution. </p>
<p><br />Par la suite, une commission des Escamoteurs associés examinerait ta demande de restitution, statuerait pour savoir si elle est conforme, et tu serais tenue au courant de la suite de la procédure... On t'écrirait.</p>
<p><br />Tu vois, c'est très simple, nous sommes bons avec toi.</p>
<p> </p>
<p>Ah, tiens, pendant que j'y pense!... Il y avait aussi quelques lingots d'or qui dormaient dans ton coffre... <br />Et comme eux non plus n'avaient pas été utilisés depuis des lustres, nos déménageurs les ont emportés au même titre que tes livres, pour les mêmes raisons évidentes et selon la même méthode...</p>
<p> </p>
<p>Alors... Tu ne dis pas merci, veinarde?</p>
<p> </p>
<p><a href="http://lilian.bathelot.free.fr/index.html">Lilan Bathelot, site personnel</a></p>
<p><a href="https://www.facebook.com/LilianBathelotpageauteur">Lilian Bathelot, page auteur sur Facebook</a></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/tes-vieux-livres-poussiereux-on-les-a-emportes-pour-les-vendre-1992.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 07 May 2013 13:00:45 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Livres du lundi #2 : Redécouvrir W. Somerset Maugham</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Écrivain prolifique, mais qu'on aurait tendance à oublier, l'actualité éditoriale nous rappelle au bon souvenir de W. Somerset Maugham. Deux de ses romans refont surface en poche dans la collection « la petite vermillon », et une biographie sous la forme de graphic-novel, aux éditions de la Table Ronde, revient sur une vie pas comme les autres. </strong></p>
<p> </p>
<p>En son temps, cet écrivain a conquis un très large public, et comptait parmi ses amis les grands de ce monde. Plusieurs acteurs mythiques ont donné vie à ses personnages. En 1934, Greta Garbo figurait sans l'adaptation de son roman le voile des illusions. </p>
<p> </p>
<p>Pourtant, force est de reconnaître qu'il fait désormais partie de ces écrivains qu'on qualifierait volontiers de « vieillis ». En France en tout cas. Dans l'imaginaire des lecteurs, son style précis et piquant, ainsi que son esprit acéré et ironique, a laissé la place aux écrivains plus expérimentaux et plus audacieux sur le plan formel. </p>
<p> </p>
<p>Dommage, car ses livres regorgent de qualités insoupçonnées. Prenons, au hasard (sic), <em>il suffit d'une nuit</em>, qui a tout d'une banale histoire d'amour, flirtant avec les romans à l'eau de rose. Tous les ingrédients y sont : une jeune veuve, Mary, une ville romantique, à savoir Florence, et une foule de prétendants. Ajoutons à cela un univers où l'oisiveté est le maître mot, et c'est bon, il n'y a plus qu'à enterrer le roman.</p>
<p> </p>
<p>C'est d'ailleurs le sentiment qui nous prend en lisant les premières pages. Au début, tout paraît couru d'avance : Mary est demandée en mariage par Edgar, un homme de près de trente ans son aîné, mais dont la réputation de gentleman est connue de tous. Il fait figure de mari idéal, mais Mary hésite, et pour cause elle ne l'aime pas. Maugham non plus d'ailleurs : « <em>C'est un grand homme posant au grand homme. (...). C'est comme si Charlie Chaplin incarnait Charlie Chaplin</em> ».</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><a title="W. SOMERSET MAUGHAM, SUCCESS DESPITE MANY OBSTACLES de roberthuffstutter, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/huffstutterrobertl/6922396211/"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://farm8.staticflickr.com/7178/6922396211_8e59907ab8.jpg" alt="W. SOMERSET MAUGHAM, SUCCESS DESPITE MANY OBSTACLES" width="393" height="500" /></a></p>
<p class="p2" style="text-align: center;">W. Somerset Maugham,</p>
<p class="p2" style="text-align: center;">roberthuffstutter,<strong class="username"> </strong><span style="font-size: x-small;">CC BY 2.0</span></p>
<p class="p2" style="text-align: center;"><strong id="yui_3_7_3_3_1367687027130_1205" class="username"></strong> </p>
<p class="p2"> </p>
<p>Le soir même de cette demande, elle se rend à une fête dans la haute société locale. Un certain Rowley, à la réputation des plus douteuses (« <em>Les gens qui ne l'aimaient pas disaient qu'il avait l'air faux. Ses meilleurs amis admettaient qu'on ne pouvait pas se fier à lui</em> »), tente de la séduire... et la demande aussi en mariage. Elle refuse. Décidément. Mais voilà que sur le chemin du retour elle fait la rencontre d'un jeune réfugié autrichien. </p>
<p> </p>
<p>Et c'est là que le romancier prend un malin plaisir à détruire toutes les attentes du lecteur, en faisant preuve d'une ironie et d'une acuité psychologique des plus jouissives. Quand ce jeune homme finit par se suicider devant ses yeux, la belle Mary est bien obligée de prendre son destin en main. </p>
<p> </p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Une biographie sous forme de <em>graphic-novel</em></strong></span></p>
<p> </p>
<p>L'ironie dont fait preuve le narrateur n'est pas sans rappeler celle de l'auteur lui-même, que l'on découvre en lisant la biographie réalisée par Floc'h et Rivière, intitulée <em>Villa Mauresque</em>. Sous la forme d'un <em>graphic novel</em>, la vie de Somerset Maugham nous est racontée par le prisme de la maison qu'il possédait entre Nice et Monaco, la Villa Mauresque. </p>
<p> </p>
<p>Un lieu que l'écrivain aimait par-dessus tout. C'est là d'ailleurs qu'il meurt en 1965, après y avoir passé de nombreuses années et composé de nombreux livres. Cette demeure offre donc la trame idéale pour une biographie. Et celle écrite par François Rivière et illustrée par Floc'h vaut largement le détour. Déjà, c'est une lecture des plus agréables, loin des biographies touffues et parfois, il faut le dire, assommante que l'on consacre d'habitude aux écrivains. </p>
<p> </p>
<p>Et puis parce que ce livre donne une bonne idée de l'état d'esprit du personnage, Rivière ayant fait le choix de lui donner la parole. On (re)découvre l'esprit mordant d'un homme qui savait s'entourer — la villa a vu passer Churchill et H.G. Wells, entre autres — sans pour autant renoncer à vivre comme bon lui semblait. C'est pour cette raison qu'il avait élu domicile sur la Côte d'Azur, loin de la très puritaine Albion. </p>
<p> </p>
<p>Deux lectures fortement recommandées alors que le beau temps revient. Rien de mieux qu'un roman de Maugham pour lire tranquillement à l'ombre d'un parc ensoleillé, comme l'auteur qui écrivait ses livres dans son bureau donnant sur la terrasse de sa « Villa mauresque ». </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1"><strong>Il suffit d'une nuit</strong>, de W. Somerset Maugham, la petite vermillion, 250 pages, 8,70 euros.</p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1"><strong>Villa Mauresque</strong>, de Floc'h &amp; Rivière, La Table Ronde, 150 pages, 20 euros. </p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/livres-du-lundi-2-redecouvrir-w-somerset-maugham-1990.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Mon, 06 May 2013 17:34:22 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Juke-Books #27 : Call Him Burroughs (et écoutez)</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>On le connaît surtout grâce à ses textes, toujours précédés d'une réputation et d'une légère odeur de souffre (ou de stupéfiants, plutôt) : William S. Burroughs s'est pourtant illustré dans le domaine de la musique, souvent aussi... underground que sa littérature. Petit tour d'horizon, logiquement aussi décharné et rugueux que les personnages du <em>Festin nu</em>... En espérant que le gusse soit plus doué en mélodies qu'au tir au pistolet.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Évoluant de près ou de loin avec les écrivains de la Beat Generation, nul doute que les oreilles de Burroughs auront entendu bien des airs, et on oublie bien souvent que celui qui sortait de la bouche de l'écrivain n'était pas seulement vicié par l'héroïne. En effet, l'auteur mort en 1997 à l'âge de 83 ans aura eu le temps de se constituer une impressionnante discographie.</p>
<p> </p>
<p>Et puisqu'il n'y a rien de mieux que de se présenter avant de se faire connaître, le beat poet sort en 1965 <em>Call me Burroughs</em>, un album de <em>spoken word</em> sur lequel William S. Burroughs récite des poèmes. Rien de bien méchant, en apparence, mais il faut savoir que l'album était littéralement vénéré par chacun des Beatles, qui avaient tous leur propre copie. La raison pour laquelle le poète se retrouve sur la pochette de <em>Sgt. Pepper's Lonley Hearts Club Band</em>...</p>
<p> </p>
<p>McCartney a même débauché le producteur de l'album, Ian Sommerville, pour enregistrer quelques pistes sous sa direction, tant le disque faisait figure de « <em>médaillon du cool dans le Greenwich Village du milieu des années 60</em> », d'après le critique musical Greil Marcus.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Même si ce n'est clairement pas son champ d'action principal, Burroughs poursuit sa quête musicale avec une apparition sur l'album de Dashiell Hedayat, en fait le pseudonyme d'un poète beat français, Jack-Alain Léger. La participation de Burroughs est en fin de morceau, et voir Zelda Fitzgerald comme destinataire de la chanson n'est pas interdit.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Au fil des années, son oeuvre accédant à un public plus large, William S. Burroughs apparaît sur des productions de plus en plus nombreuses. Si la plupart font encore partie d'un milieu <em>underground</em> assez restreint, l'auteur se paye parfois un bon coup de projecteur, souvent à son propre insu. </p>
<p> </p>
<p>En 1985, il participe ainsi à un album réalisé avec l'un des réalisateurs américains les plus underground de l'époque, Gus Van Sant. Encore loin de la Palme d'Or, celui-ci vient de réaliser son premier film, <em>Mala Noche</em>, et traîne dans les milieux où les aiguilles ne servent pas qu'à lire des vinyles.</p>
<p> </p>
<p>Pour cet album, Gus Van Sant ajoute des basses aux récitations de Burroughs, pour un EP de 4 titres intitulé <em>The Elvis of Letters</em>.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Enfin, autre collaboration qui fait figure de jalon dans la carrière musicale de Burroughs, sa rencontre avec Kurt Cobain en 1993. Les deux larrons viennent d'enregistrer ensemble un titre, <em>The "Priest" They Called Him</em>, en s'envoyant les bandes par voie postale. Et, en octobre, Cobain rencontre finalement son idole. Laquelle explique à son assistant : « <em>Il y a quelque chose qui cloche chez ce garçon. Il fronce les sourcils pour un rien</em> », rappelle <a href="http://realitystudio.org/biography/william-s-burroughs-and-kurt-cobain-a-dossier/" target="_blank">Reality Studio</a>.</p>
<p> </p>
<p>Quelques mois plus tard, le leader de Nirvana se suicide, et Burroughs jugera l'acte comme un abandon : « <em>Pour moi, il était déjà mort</em> », se souviendra-t-il. <em>Call him bastard</em> ?</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-27-call-him-burroughs-et-ecoutez-1989.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 03 May 2013 20:23:29 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Être nulle part n'est-il pas le luxe et la définition même de l'utopie ?</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Le tourisme de masse est devenu l'un des phénomènes sociétaux de ces dernières décennies. Même si l'on essaie de l'analyser dans ses dimensions sociologiques – l'allongement spectaculaire de la durée de vie en est l'une d'elles, qui explique notamment le nombre de plus en plus conséquent de personnes du troisième et même du quatrième âge à le pratiquer – il n'en reste pas moins vrai qu'il exprime aussi, et peut-être surtout, une fuite en avant dont on espère qu'elle permettra d'échapper à l'ennui et à « la mornitude ». Au-delà de l'horizon,  la solution à la frustration de ne pas trouver en soi-même le courage d'imposer au gouvernement de son pays une politique qui procurerait le ressourcement, la revitalisation, la découverte d'une perspective, l'implication dans un projet.</strong></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><strong><img style="float: right;" src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" width="336" height="98" /></strong></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><strong>Or les Éditions de la Différence viennent de publier un livre de Denis Langlois, l'un de leurs nouveaux auteurs, <em>La Maison de Marie Belland</em>, qui lui a été inspiré par une expérience personnelle, vécue avec sa femme, « <em>dans une petite ferme de la montagne auvergnate</em> ».</strong></p>
<p><strong><br /> Denis Langlois conserve de cette période un éblouissement, en même temps que l'appel du mystère, que, par discrétion, il traduit en exotisme. C'est ce mystère, revisité par une nostalgie qui se transforme en une « mythologie des lieux », selon le titre de l'une des collections des Éditions de la Différence, qui permet au lecteur de s'élever à la recherche jamais abandonnée d'un lointain que l'on refuse de juger inaccessible.</strong></p>
<p><span>                     </span></p>
<p> </p>
<p><span>Notre époque recherche l'exotisme, le dépaysement à tout prix. Ceux qui disposent d'argent vont le plus loin possible. Ils ont l'impression de vivre une aventure exceptionnelle. Le plus souvent, même s'ils ne l'avouent pas, ils sont déçus, car ils rencontrent d'abord leurs semblables recherchant eux aussi l'exotisme aventureux. L'aventure des tours operators perd beaucoup de son attrait. Il devient une quête collective perdue d'avance.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Le cours de la vie a voulu que, pendant une douzaine d'années, ma femme, Chantal Dupuy-Dunier, et moi, avons vécu dans une petite ferme de la montagne auvergnate. Comme Karen Blixen, mais en plus modeste, nous avions notre « ferme africaine ». Cela s'appelait Cronce et le mot rocailleux signifiait bien son isolement. Écrivains tous deux, nous y avons vécu une sorte de résidence d'auteurs ou plutôt de retraite d'auteurs. Nous étions en grande partie coupés du reste du monde. En hiver, la neige nous bloquait pendant des semaines entières.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Notre maison sommaire était cependant confortable. Mais nous avons commencé à nous poser des questions quand les rares amis égarés dans les parages s'étonnaient : « <em>Vous vivez là toute l'année !</em> », «<em> Vous ne vous ennuyez pas ! </em>», « <em>Vous n'avez pas peur !</em> ».</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>En fait, nous étions, malgré l'isolement, en parfaite sécurité. Jamais ou presque de passage en dehors de la factrice et de l'épicier ambulant. L'intrusion de quelques vipères se réglait à coups de bâtons, pas le temps de leur demander si leur espèce était officiellement protégée. Les cerfs, les biches, les renards, les sangliers ou des animaux plus petits comme les loirs ou les lérots étaient les plus assidus de nos visiteurs.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Nous nous trouvions en surplomb d'un village à peu près déserté par ses habitants, quelques vacanciers l'été. Depuis le bourg, on ne voyait pas notre maison. Nous y descendions de temps en temps et nous avions conscience d'être autrement. Pas supérieurs ou inférieurs, mais autrement.</span></p>
<p><span>Avec le recul, nous savons que nous n'avons pas compris la vie des autochtones. Nous l'avons pourtant cru. Mais le dicton « Si vous pensez avoir compris l'Auvergne, c'est qu'on vous l'a mal expliquée » était plus que jamais valable.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/denis_langlois.jpg" alt="" width="500" height="375" /></span></p>
<p style="text-align: center;"> <a style="text-align: center;" href="http://www.ladifference.fr/+-Langlois-+.html?index=1&amp;titre=L">Denis Langlois</a></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Et eux, ont-ils compris qui nous étions ? Ont-ils été plus perspicaces ? Pour la plupart, c'est peu probable. Nous avons cohabité, mais un fossé existait que nous n'avons certainement jamais comblé.</p>
<p><span>Au moment de devoir quitter ces lieux exceptionnels, en tant qu'écrivain je me suis dit prétentieusement « Il faut que je tire quelque chose de cette expérience afin de mieux la conserver en moi » et j'ai cherché à imaginer de quelle façon les habitants de Cronce nous avaient perçus pendant ces douze années.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p>Cela a donné un roman <em>La Maison de Marie Belland</em> que je publie aujourd'hui aux éditions de la Différence. Marie Belland était le nom de la personne qui nous avait précédés dans cette petite ferme et nous ne savions pas grand-chose d'elle. Les questions que nous posions à son sujet n'amenaient que des réponses vagues. Visiblement, comme nous, les gens de Cronce ignoraient qui était exactement Marie Belland, pour la bonne raison qu'elle était venue elle aussi de l'extérieur, d'un village voisin. Étrange étrangère. Cela nous rapprochait. </p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Marie Belland avait peu d'existence, sa maison pas plus et nous, ses successeurs, pas davantage. Mais nous nous sommes aperçus que ces inexistences prenaient paradoxalement de l'importance, car elles étaient du domaine de l'inconnu, impossibles à localiser, mais aussi à dater. La relativité n'avait jamais été aussi présente et pressante.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Curieuse impression de n'avoir de place ni dans l'espace ni dans le temps. Être au milieu de l'incertitude la plus complète. Ne s'agit-il pas du véritable exotisme, du véritable dépaysement ? Être nulle part n'est-il pas le luxe et la définition même de l'utopie ?</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>L'exotisme est dans le pré ou si l'on veut dans la montagne, à la fois proche et lointaine.</span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/etre-nulle-part-n-est-il-pas-le-luxe-et-la-definition-meme-de-l-utopie-1987.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 02 May 2013 10:12:33 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Books émissaires #1 : Baudelaire et ses fleurs du Mal, en quarantaine</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Aux âmes indolentes les avenues balisées. En revanche cette nouvelle chronique hebdomadaire entend bien se faufiler par des sentiers plus sauvages et tortueux, le temps de passer à la tondeuse la laine fétide des plus fertiles Books Emissaires. Ces animaux littéraires qui ont la dangereuse habitude de brouter là où les ronces de la censure voudraient le leur interdire. Et puisqu'au moment où je tape ces lignes on doit s'offrir du muguet dans certaines chaumières de l'Hexagone, ce sont les <em>Fleurs du mal</em> de Charles Baudelaire qui donneront à la chronique son ton printanier. Au risque de se lancer avec une originalité quelque peu fanée.</strong></p>
<p>  </p>
<p>« <em>Et que par les écrits le mal ressuscité infectera les mœurs de la postérité.</em> » Ces mots figurent parmi ceux, empruntés au poète Théodore Agrippa d'Aubigné et qui introduisent, si justement, la première édition des <em>Fleurs du mal</em> de Baudelaire. Une publication qui irrita tant la susceptibilité des inquisiteurs du verbe, qu'elle s'en trouva longtemps amputée de six poèmes. Et ce, bien malgré la fièvre révolutionnaire qui avait poussé les Parisiens aux barricades quelques temps plus tôt, en 1848, et allait contribuer à la promulgation de la loi sur liberté de la presse en France d'ici 1881. C'est donc en vers, et contre tous, que les écrits étouffés ont finalement su retrouver depuis le chemin de la postérité.</p>
<p> </p>
<p>Du temps de la parution de son ouvrage vénéneux, dont la centaine d'exemplaires fut livrée avec la complicité de son ami l'éditeur Auguste Poulet-Malassis, et si mal assis d'ailleurs que de Paris il alla bientôt s'exiler à Bruxelles, Charles Baudelaire jouissait déjà quant à lui d'une certaine notoriété. Même si celle-ci ne s'accompagnait pas vraiment de revenus à la hauteur de son talent. Il avait publié quelques textes dans les colonnes des journaux et revues de l'époque, ou encore poussé la voix à l'occasion de quelques déclamations de ses propres vers en public.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://referentiel.nouvelobs.com/file/2840529-baudelaire-le-grand-charles.jpg" alt="" width="529" height="262" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Ainsi, bien que l'écrivain eût annoncé depuis plusieurs années la parution à venir d'un recueil de poèmes, ce ne fut qu'en juin 1857 que le papier passa véritablement à l'imprimerie. Et avec la mauvaise presse qui allait défrayer la chronique. L'édition du 5 juillet du Figaro n'y alla pas de main morte, notamment, et ce, par la plume cinglante de Gustave Bourdin qui accabla : «<em> L'odieux y côtoie l'ignoble, le repoussant s'y allie à l'infect. […] Il y a des moments où l'on doute de l'état mental de M. Baudelaire, il y en a où l'on en doute plus.</em> »</p>
<p> </p>
<p>Parmi les thèmes abordés au fil de ce recueil, qui regroupe l'essentiel de la production du poète depuis les années 1840, se trouve en bonne place celui de la femme, tantôt idolâtrée comme une déesse aimante, parfois appréhendée à l'opposée comme une diablesse ensorceleuse. Les réalités les plus sordides de l'existence même y sont l'occasion d'autant d'élans de poésie que la beauté d'un absolu tout hypothétique. Son auteur y évoque avec ambiguïté des plaisirs comme les paradis artificiels, l'amour et le sexe, jusqu'aux douloureux contrecoups inhérents ainsi qu'à la mort, en passant par le spleen et l'ennui qu'il redoutait. Une quête de l'élévation spirituelle, à la mode romantique dans le fond et parnassienne dans la forme, qui se trouve sans cesse contrariée par les tentations et la débauche.</p>
<p>  </p>
<p>En ce temps-là, le ministère de l'Intérieur de Louis-Napoléon, sous la houlette de son féal ministre Persigny, entendait encore s'immiscer dans le journalisme et la culture. À peine un peu plus d'un mois après que la publication ne soit parvenue sur les étagères des libraires parisiens, le gouvernement du Second Empire, par l'intermédiaire du procureur général Ernest Pinard et de son réquisitoire au flot aussi ferme qu'acerbe, réclamant saisie en alléguant d'un « <em>outrage aux bonnes mœurs</em> », allait intenter son action en justice contre le poète et sa maison d'édition. Si Baudelaire ne manqua pas de faire son éloge au vin, ce Pinard-là fut sans doute celui qui lui passa le plus en travers du gosier.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://baudelairestvincent.wikispaces.com/file/view/poulet_malassis_baudelaire_150_ans_couverture_fleurs_du_mal_fac_simile.jpg/208719248/poulet_malassis_baudelaire_150_ans_couverture_fleurs_du_mal_fac_simile.jpg" alt="" width="413" height="626" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Le verdict rendu par la Cour, le 20 août, autorisa finalement la publication, en condamnant néanmoins l'auteur à une amende de 300 francs, et exigeant que soient retirés des <em>Fleurs du mal</em> les six poèmes suivants : <em>Lesbos</em>, <em>Les femmes damnées</em>, <em>Le Léthé</em>, <em>A celle qui est trop gaie</em>, <em>Les bijoux</em>, et <em>Les métamorphoses du vampire</em>. Autant de textes sulfureux qui allaient devoir attendre jusqu'en 1866 pour se voir publiés dans <em>Les épaves</em>, et ce, hors de la juridiction française depuis Bruxelles. Ce qui n'empêcha pas le Tribunal correctionnel de Lille de condamner la nouvelle publication, le 6 mai de cette même année. Les vers trop fleuris ne seraient officiellement réhabilités qu'en 1949, mais au final, la première édition de l'ouvrage profita si bien de cette publicité à sensations que son tirage fut épuisé en l'espace d'un seul été.</p>
<p> </p>
<blockquote>
<p><strong>Les Métamorphoses du vampire</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>La femme cependant, de sa bouche de fraise,<br />En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise, <br />Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc, <br />Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc: <br />— «Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science <br />De perdre au fond d'un lit l'antique conscience. <br />Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants, <br />Et fais rire les vieux du rire des enfants. <br />Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles, <br />La lune, le soleil, le ciel et les étoiles! <br />Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés, <br />Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés, <br />Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste, <br />Timide et libertine, et fragile et robuste, <br />Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi, <br />Les anges impuissants se damneraient pour moi!» </p>
<p> </p>
<p>Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle, <br />Et que languissamment je me tournai vers elle <br />Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus <br />Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus! <br />Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante, <br />Et quand je les rouvris à la clarté vivante, <br />À mes côtés, au lieu du mannequin puissant <br />Qui semblait avoir fait provision de sang, <br />Tremblaient confusément des débris de squelette, <br />Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette <br />Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer, <br />Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.</p>
</blockquote>
<p> </p>
<p>Tout comme son éditeur, le poète criblé de dettes n'allait plus tarder à quitter la France pour la Belgique, en 1864. Exil au cours duquel il rencontra l'illustrateur Félicien Rops, artiste qui prêta son talent à l'illustration de certaines éditions de ces Fleurs au parfum de scandale. L'écrivain maudit, succomba finalement de la syphilis, le 31 août 1867, alors qu'il était de retour à Paris. Et la version définitive qu'il entendait encore donner à son chef d'œuvre ne vit jamais le jour.</p>
<p> </p>
<p>Une première demande de réhabilitation juridique de l'œuvre fut introduite en 1929, par Louis Barthou. Mais la procédure de révision des condamnations d'œuvres littéraires pour outrage aux bonnes mœurs, à la demande de la Société des gens de lettres, ne fut instituée qu'en 1946. Le 31 mai 1949, la Chambre criminelle de la Cour de cassation réhabilita enfin les <em>Fleurs du mal</em>. Et voilà bouclée l'inévitable boucle annoncée par le biais des emprunts à Théodore Agrippa d'Aubigné.</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaires-1-baudelaire-et-ses-fleurs-du-mal-en-quarantaine-1986.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 02 May 2013 08:05:19 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Livres du lundi #1 : Le crime dans tous ses états, de Michael Siefner à Denis Lehane </title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Voici deux livres qui explorent à leur façon les différentes dimensions que peuvent prendre le genre policier et le roman noir. Le premier est une fausse biographie, signée Michael Siefner (Serge Safran, 19 euros) et le second un recueil de nouvelles publié chez Rivages sous le haut patronage de Dennis Lehane. </strong></p>
<p><strong> </strong> </p>
<p>Dans un roman fort bien construit, mais qui n'en est pas moins déroutant, l'Allemand Michael Siefner, reconstitue la vie d'Albert Dunkel, écrivain dans le civil qui sombre dans la folie. N'allez pas chercher sur Internet pour savoir qui est ce Dunkel, vous ne trouverez rien, et pour cause, il est entièrement issu de l'imagination de l'auteur. </p>
<p> </p>
<p>L'auteur est donc libre de dire ce qu'il veut. Rien de très original en somme, si ce n'est que Siefner a composé son roman comme s'il s'agissait d'une personne réelle à laquelle il consacrerait une biographie dans les règles. Lettres, témoignages, extraits de l'oeuvre de cet écrivain imaginaire (on trouve même une bibliographie très précise à la fin de l'ouvrage), parsèment ce livre tout à fait étonnant. </p>
<p> </p>
<p>L'illusion fonctionne et on a bel et bien l'impression que l'écrivain Alert Dunkel (1958-1988) a réellement existé. Et heureusement pour nous, sa vie n'est pas des plus banales : personnage sombre et solitaire, il n'accède à la célébrité que lorsqu'il est reconnu coupable d'une série de meurtres. </p>
<p> </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1" style="text-align: center;"><strong><a title="Boston à l'heure bleue de Manu_H, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/ensh/4769294947/"><img src="http://farm5.staticflickr.com/4123/4769294947_299e2e3fa7.jpg" alt="Boston à l'heure bleue" width="550" height="344" /></a></strong></p>
<p class="p2" style="text-align: center;">Vue de Boston la nuit,</p>
<p class="p2" style="text-align: center;">Manu_H,<strong class="username"> </strong><span>CC BY 2.0</span></p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Au-delà de l'aspect sordide du personnage, c'est la relation entre folie et génie créateur qui est le véritable thème du livre et à ce compte Siefner s'en sort plutôt bien. </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Denis Lehane et la "nouvelle noire"</strong></span></p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Dans un tout autre genre, on remarquera la parution d'un recueil de nouvelles introduit par Dennis Lehane, dont le dernier roman est sorti (<em>Ils vivent la nuit</em>, toujours chez Rivages) est sorti le mois dernier. Le recueil, qui s'intitule sobrement <em>Boston Noir,</em> rassemble des nouvelles autour de la ville américaine. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">C'est donc une petite anthologie qui regroupe des nouvelles de dix auteurs différents. En prime, on trouve également une nouvelle de Lehane, Sauve qui peut. Le format de ces récits est environ d'une trentaine de pages, et Lehane les a fait précéder d'une introduction qui traite du roman noir et de la ville de Boston. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Cette mise au point de sa part est la bienvenue. En effet, dès le début, il prend soin de préciser que « <em>le roman noir n'est pas un genre défini les borsalinos, les volutes de fumée bleutée, les femmes fatales à la beauté vénéneuse</em>. »</p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Non, effectivement, le roman noir est plus que ça. C'est ce que confirment ces textes. On est loin de l'archétype du genre, avec le détective dur à cuire comme ceux que l'on trouve dans les romans de Dashiell Hammett. Ici, les personnages sont plutôt des gens ordinaires, dont le quotidien est perturbé par un événement inattendu : des contes de la vie urbaine en somme. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Dans l'une des nouvelles, un artiste en mal de succès kidnappe un enfant ; dans une autre, c'est un homme blessé par balle qui fait irruption au milieu de la nuit. On est loin des clichés du genre. Il est moins question d'enquêtes policières que de récits où le quotidien prend un tour inattendu. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Par ailleurs, Lehane rappelle la dimension sociale de ces romans, dimension que l'on retrouve dans plusieurs des nouvelles, ainsi que la dimension tragique de ce genre littéraire, trop souvent considéré avec mépris par certains. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Enfin, en ce qui concerne la qualité des nouvelles retenues, rien à redire. Il faut dire que les Américains sont devenus les spécialistes de genre bref. Des exemples de concision et d'efficacité, les deux marques d'une nouvelle policière réussie. Et l'atmosphère noire, elle aussi, est toujours au rendez-vous.</p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1"><em><strong>Albert Dunkel, écrivain de génie, tueur en série</strong></em>, Michael Siefner, 240 pages, 19 euros.  </p>
<p class="p1"><em><strong>Boston Noir (présentation Denis Lehane)</strong>,</em> Rivages/Noir, 341 pages, 9,15 euros.</p>
<p class="p2"> </p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/livres-du-lundi-1-le-crime-dans-tous-ses-etats-de-michael-siefner-a-denis-lehane-1983.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Mon, 29 Apr 2013 14:45:51 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Juke-Books #26 : Jay-Z le Magnifique fait danser Fitzgerald</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Bientôt, le Juke-Books s'installera devant un écran géant pour se faire une idée de l'adaptation du <em>Gatsby le Magnifique</em> de Francis Scott Fitzgerald réalisée par Baz Luhrmann, mais également prêter l'oreille au son de tout une époque. Attention toutefois, pas de ragtime ni de jazz pour cette version : le réalisateur a confié la production de la bande originale au rappeur Jay-Z, qui a choisi des artistes issus de la scène indépendante US pour animer les fêtes du millionnaire.</strong></p>
<p> </p>
<p>Depuis des années que Baz Luhrmann est sur le projet d'une adaptation d'un des plus célèbres romans de la littérature américaine, la pression a eu le temps de monter autour du film, dont la sortie a même été repoussée, au grand dam de la moitié de la planète. </p>
<p> </p>
<p>Alors, il fallait bien les épaules du rappeur le plus riche de la planète, à peu de choses près : Jay-Z aurait lui-même consacré près de deux années entières à l'enregistrement de la bande originale du film, travaillant avec des artistes qu'il connaît bien, comme will.i.am, André 3000 (d'Outkast) ou son épouse Beyoncé, et d'autres plus inattendus comme The xx ou Nero.</p>
<p> </p>
<p>Un communiqué de presse exclusivement réservé à la bande originale a même été produit par Interscope Records, expliquant que la BO « <em>transcrit l'ambiance de l'Âge d'Or du Jazz du roman de F.S. Fitzgerald en équivalents musicaux de notre époque, à travers un mélange de hip hop, de jazz traditionnel et d'autres textures musicales contemporaines</em> ».</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><a title="Jay-Z de Adam Glanzman, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/adamglanzman/8168270248/"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://farm8.staticflickr.com/7134/8168270248_a8945b662f.jpg" alt="Jay-Z" width="500" height="332" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Jay-Z lors d'un concert pour Obama, en 2012 (Adam Glanzman, CC BY 2.0)</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>« Hov' » s'est réservé la première place sur l'album de 14 pistes, avec <a href="http://www.youtube.com/watch?v=zws0JuN1G_c" target="_blank">100$ Bill</a>, un titre dans la pure tradition du MC ex-vendeur de crack, flow à l'appui. La deuxième place, ex-aequo, revient à Beyoncé et André 3000, qui fournissent tout deux une version modernisée du hit récent d'Amy Winehouse, <em>Back to Black</em>, que l'on peut entendre dans le dernier trailer, en bas de cette page.</p>
<p> </p>
<p> Celui qui est également producteur du film de Luhrmann n'a pas hésité à faire appel à des artistes plus éloignés de sa sphère d'action habituelle, même si le rappeur est plutôt éclectique dans ses inspirations musicales.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Si The xx ou <a href="https://soundcloud.com/igamusic/florence-the-machine-over-the" target="_blank">Florence + The Machine</a> ont composé des chansons originales pour Gatsby le Magnifique, d'autres formations réinterprètent des classiques, ce qui n'est pas sans rappeler les reprises plutôt marquantes de <em>Moulin Rouge !</em>. Si certains titres font preuve d'un rythme jazzy indéniable, d'autres prennent un parti résolument électronique, promettant de belles confrontations entre costumes d'époque et danses contemporaines.</p>
<p> </p>
<p>Ainsi, Jack White reprend U2, Emeli Sande et le Brian Ferry Orchestra proposent leur version du Crazy in Love de Beyoncé et Brian Ferry, encore, revisite le Love is the Drug de son ancien groupe Roxy Music.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Tous semblent en tout cas avoir pris leur pied pendant la création de la BO : « <em>Dès que j'ai parlé avec Baz et Leonardo, j'ai su que c'était le bon projet. Gatsby le Magnifique est l'une de ces histoires typiquement américaines où quelqu'un découvre l'extravagance, la décadence et les illusions. Elle est prête pour l'expérimentation et une approche moderne. L'imagination de Baz a fait de Moulin Rouge ! un chef d'oeuvre, et la BO de Romeo + Juliette n'était pas seulement de la musique de fond, mais un personnage à part entière</em> » <a href="http://www.hiphopdx.com/index/news/id.23211/title.jay-z-to-executive-produce-record-music-for-the-great-gatsby-soundtrack" target="_blank">assure Jay-Z</a> en promettant un spectacle épique.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>La bande originale (<a href="http://music-mix.ew.com/2013/04/04/great-gatsby-soundtrack/" target="_blank">tracklist par ici</a>) sera disponible à l'achat dès le 7 mai prochain, tandis que le film sera sur les écrans français dès le 15 mai.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-26-jay-z-le-magnifique-fait-danser-fitzgerald-1982.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 26 Apr 2013 19:12:16 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Dans le ghetto de Theresienstadt, visite d'une fabrique à mensonge</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Les Éditions L'Arachnéen sont diffusées par les Éditions de la Différence depuis le 1<sup>er</sup> mars 2013. <em>Le Mur de Lisa Pomenka</em>, de Otto B. Kraus, est sorti en librairie le 22 du même mois. Pour la première fois, il est fait état dans un camp d'enfants juifs voués à l'extermination mais destiné à tromper, pour un temps, l'opinion internationale. Ce qui est narré dans ce livre dépasse, en cynisme et en horreur, la plupart des récits sur la Shoah. </strong></p>
<p><strong>Ce roman, tiré de faits réels, doit être lu.</strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong><img style="float: right;" src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" width="336" height="98" /></strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><a href="http://www.editions-arachneen.fr/Kraus_Coquio_presentation.html"><em>Le Mur de Lisa Pomenka</em></a>, </strong>suivi de<strong><em> Le leurre et l'espoir.</em> De Theresienstadt au block des enfants de Birkenau. </strong>L'Arachnéen, 2013. <em>Ouvrage traduit et publié avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et du Centre national du livre.</em></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span>En septembre 1943, en vue de démentir la rumeur de l'anéantissement des Juifs d'Europe, Adolf Eichmann invita la Croix-Rouge internationale à visiter le ghetto de Theresienstadt (Terezín en tchèque) et un « camp pénitentiaire » familial à Birkenau. À cet effet, il organisa le « nettoyage » du ghetto et déporta plusieurs milliers de ses détenus à Birkenau, où avait été créé un Camp des familles tchèques. Terezín fut visitée le 23 juin 1944 ; la Croix-Rouge n'y trouva rien à redire. La visite à Birkenau, elle, n'eut pas lieu, et ce camp fut « liquidé » le mois suivant.</span></p>
<p><span> <br /> <strong><em>Le Mur de Lisa Pomnenka</em></strong>, roman et témoignage, transpose une histoire réelle dont l'auteur, l'écrivain tchèque Otto B. Kraus, fut à la fois le témoin, la victime et l'acteur : celle d'un groupe d'enfants et de jeunes gens juifs, tchèques pour la plupart, qui, envoyés de Terezín au Camp des familles de Birkenau en décembre 1943, vécurent six mois dans le « block des enfants »<em>, </em>créé par un jeune juif d'origine allemande, Fredy Hirsch, avec l'approbation d'Adolf Eichmann et sous le contrôle direct de Josef Mengele. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Les enfants y passaient leurs journées auprès de jeunes <em>madrichim</em> (« guides » en hébreu) désignés parmi les détenus qui, tout en se sachant condamnés, leur proposaient des activités éducatives, sportives et artistiques. Otto B. Kraus fut l'un de ces éducateurs ; il fit partie du convoi venu de Terezín en décembre 1943. <strong><em>Le Mur de Lisa Pomnenka</em></strong> témoigne de cette expérience et porte sur les derniers mois du Camp des familles avant sa liquidation en juillet 1944.</span></p>
<p><span> <br /> Le roman mêle des personnages semi-fictifs et des événements réels, tels que la mort de Fredy Hirsch, l'envoi à la chambre à gaz en mars 1944 des déportés du premier convoi de septembre 1943, le soulèvement avorté, les expériences de Mengele… Sur ce fond d'horreur, le récit d'Otto B. Kraus raconte la survie des désirs et de l'espoir, et la tentative des éducateurs de faire du block un îlot de « faux-semblants » dans l'espoir de protéger les enfants de la hantise de la mort. </span></p>
<p><span><br /> <em>Le Mur de Lisa Pomnenka</em> est suivi d'un essai de Catherine Coquio qui replace les événements du Block des enfants dans la continuité de ceux du ghetto de Teresienstadt, en insistant sur la vie culturelle et sur le rôle décisif qu'y jouèrent les mouvements de jeunesse sionistes de gauche. À Birkenau comme à Theresienstadt les éducateurs engagèrent les enfants dans des jeux de fortune, des pièces de théâtre, des chants, des concours de poésie, des rudiments d'enseignement et des exercices physiques. Le mur peint de « Lisa Pomnenka », une jeune déportée, est à l'image de «  la vraie vie introuvable qu'était devenu le monde humain ». </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Catherine Coquio dégage également du roman les ambiguïtés du « mensonge protecteur », les angoisses des éducateurs devant la clairvoyance des enfants et à l'idée de leur sort dans le cas d'un soulèvement ; elle évoque la mutation des formes messianiques et politiques de l'espoir : toute projection dans l'avenir devenant impossible, c'est dans un pur présent que s'affirment les gestes de l'art et de la création, à la manière de rituels et de valeurs absolues.</span></p>
<p> </p>
<p><span>Les deux textes composent ainsi une méditation exceptionnelle sur le rapport différent des enfants et des adultes à la vérité, à l'espoir et à la mort, sur les pouvoirs et les limites de l'idée d'« éducation », enfin sur le sens moral et la valeur pratique des gestes artistiques à l'échelle individuelle et collective. </span></p>
<p><span> </span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/dans-le-ghetto-de-theresienstadt-visite-d-une-fabrique-a-mensonge-1981.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/dans-le-ghetto-de-theresienstadt-visite-d-une-fabrique-a-mensonge-1981.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 26 Apr 2013 11:45:56 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Droit d'auteur : de Beaumarchais à la numérisation des indisponibles</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>De nombreux auteurs ont exprimé leur avis sur la loi concernant la numérisation des oeuvres indisponibles du XXe siècle. Certains, même, y seraient plutôt favorables, mais ne se font guère entendre. <a href="https://www.facebook.com/jeanphilippe.jaworski">Jean-Philippe Jaworski</a>, écrivain de fantasy, a récemment publié un texte mettant en perspective l'ensemble de cette législation, confrontée avec l'avènement du droit d'auteur, tel que Beaumarchais l'avait conçu. </strong></p>
<p> </p>
<p><strong>Avec son aimable autorisation, nous publions aujourd'hui ce texte.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>De l'écrivain plumé sous l'Ancien Régime</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong> </strong></span></p>
<p>Des siècles durant, les écrivains furent dépendants. Économiquement dépendants : jusqu'à la Révolution française, le droit d'auteur n'existant point, un homme de lettres ne pouvait quasiment pas vivre de sa plume. En règle générale, l'écrivain vendait ses manuscrits au forfait à un libraire-imprimeur, ce corps de métiers ayant, à l'époque, le monopole de la diffusion. Une fois l'œuvre publiée, n'importe quel libraire pouvait la reprendre, la réimprimer et la vendre sans reverser un sou à l'auteur. Les troupes de théâtre reversaient théoriquement des droits aux dramaturges, mais les spoliaient dans les faits.</p>
<p> </p>
<p>Au XVIIIe siècle, la Comédie française avait ainsi des privilèges exorbitants. D'une part, elle exerçait un monopole : toute pièce en vers devait lui être proposée ; de plus, elle récupérait la propriété d'une pièce de théâtre qu'elle représentait si les recettes baissaient en dessous d'un montant de 800 livres l'été et de 1200 livres l'hiver. Il suffisait de ne pas communiquer le montant des recettes à un dramaturge pour l'escroquer, en prétendant que les recettes avaient été mauvaises : non seulement sa pièce ne lui rapportait presque rien, mais il perdait la propriété de son œuvre.</p>
<p> </p>
<p>L'absence de droit d'auteur induisait donc, sous l'Ancien Régime, des effets pervers. On ne pouvait écrire librement (et je laisse de côté le problème de la Librairie royale, c'est-à-dire de la censure) qu'à deux conditions : soit si l'on était riche, soit si l'on était disposé à crever de faim. Parmi les chanceux, citons Montaigne et Montesquieu, tous deux gentilshommes et magistrats, ou Pascal et Voltaire, tous deux riches héritiers. Parmi les gueux, citons Diderot et Rousseau. Jean-Jacques Rousseau, auteur de best-sellers européens, était réduit à copier des partitions de musique pour vivre très chichement. Quant à Diderot, il exerça divers petits métiers (dont rédacteur de sermons, ce qui est très cocasse de la part d'un écrivain anticlérical) et vécut quelques années dans une grande obscurité, avant d'être finalement protégé par l'impératrice Catherine II de Russie.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><a title="PARIS: statue de Beaumarchais de fredpanassac, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/10699036@N08/2185249791/"><img src="http://farm3.staticflickr.com/2293/2185249791_db6cda3150.jpg" alt="PARIS: statue de Beaumarchais" width="375" height="500" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Statue de Beaumarchais</p>
<p style="text-align: center;">fredparnasse, (CC BYS-SA 2.0)</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Car c'est là le pire danger de la carence du droit d'auteur : faute de revenus réguliers,l'artiste va souvent chercher des mécènes. Ainsi verra-t-on Molière faire sa cour au prince de Conti, à Monsieur et enfin à Louis XIV. Il va sans dire qu'un écrivain qui bénéficie ainsi de la protection d'un puissant n'est plus indépendant, ni financièrement, ni littérairement. Denis Diderot nous en donne l'illustration. De son vivant, il ne publia pas certaines de ses œuvres, par crainte de la police royale et de la prison ; comme Catherine II de Russie, pour lui donner les moyens de vivre, avait acheté sa bibliothèque en viager, après la mort du philosophe, tous les manuscrits de Diderot partirent dans la bibliothèque des Romanov. Or ceci rendit l'accès aux inédits particulièrement difficile, et certains textes de Diderot ne</p>
<p>parurent qu'au XIXe siècle.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong>Beaumarchais et le droit d'auteur</strong></span></p>
<p><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong> </strong></span></p>
<p>Là-dessus, à la fin du XVIII<span><sup>e </sup></span>siècle, arrive Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais. En 1775, la Comédie française, usant du stratagème évoqué plus haut, essaie de lui barboter la propriété du Barbier de Séville après lui avoir versé des dividendes médiocres. Mais M. de Beaumarchais n'est pas seulement un brillant auteur de comédie : c'est surtout un homme d'affaires. Le procédé le scandalise. Il proteste, mène campagne de presse et fonde la Société des Auteurs dramatiques en 1777. Cette société rassemble une vingtaine d'auteurs de théâtre dont les œuvres ont été monopolisées par la Comédie française, dans le but de récupérer des droits sur leurs pièces.</p>
<p> </p>
<p>L'affaire, portée devant le Conseil d'État en 1780, donne raison à la Société des Auteurs dramatiques. C'est l'apparition du droit d'auteur, même s'il ne s'applique à l'époque qu'à un champ d'application très réduit. Le principe est néanmoins posé : les auteurs dramatiques conservent la propriété de leur œuvre, que la Comédie française ne peut confisquer, et ils doivent en conséquence percevoir des droits sur l'exploitation de leurs pièces, quel que soit le montant des recettes.</p>
<p> </p>
<p>Ce principe sera étendu à l'ensemble des œuvres au cours de la Révolution française. Les lois de 1791 et surtout de 1793 accordent à tous les auteurs le droit exclusif d'autoriser la reproduction de leurs œuvres. C'est, à proprement parler, la naissance de la propriété intellectuelle.</p>
<p> </p>
<p>Grâce à ce droit, la littérature française sera florissante au XIXeet au XXe<span style="font-size: xx-small;"> </span>siècles. Des jeunes gens issus de milieux ruinés (comme Victor Hugo ou Guy de Maupassant) pourront mener des carrières purement littéraires grâce aux revenus rapportés par leurs droits. Je ne ne veux pas dire que sans le droit d'auteur, ces écrivains n'auraient pas écrit ; mais il y a fort à parier qu'ils auraient moins produit. Tant que Maupassant est fonctionnaire dans différents ministères, il écrit très peu. C'est à partir du moment où il démissionne parce que sa plume lui apporte un revenu suffisant qu'il devient un écrivain prolifique. Et il est loin d'être un cas isolé. Le droit d'auteur, en protégeant la propriété intellectuelle, a donc contribué assez largement à l'épanouissement culturel français.</p>
<p> </p>
<p><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong>De l'écrivain plumé au XXI</strong><strong>e </strong><strong>siècle : la loi du 1</strong><strong>er</strong><strong>mars 2012</strong></span></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Arrive, au XXIe siècle, la difficile problématique de l'adaptation de l'édition au numérique. Les éditeurs peinent à s'adapter tandis que certaines grosses multinationales, comme Google pour ne pas la citer, numérisent à tout va et entrent en conflit avec les gouvernements dont les législations sont violées.</p>
<p> </p>
<p>Là-dessus, le gouvernement Fillon fait voter en catimini une loi qui ouvre une brèche substantielle dans le droit d'auteur : <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.docidTexte=JORFTEXT000025422700">la LOI n° 2012-287 du 1er mars 2012</a> relative à l'exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle.</p>
<p> </p>
<p>Il s'agit d'une loi qui autorise la BNF à numériser et à diffuser en libre accès tous les livres du XXe siècle dits indisponibles. Ou bien, dans des conditions un peu obscures, à recommercialiser ces œuvres en se passant de l'accord de l'auteur. Vous allez me dire : c'est très bien, c'est un vrai service public. Certes. Mais c'est oublier un peu vite les auteurs…</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/rue_du_retrait_paris.jpg" alt="" width="579" height="387" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Un auteur vit de ses livres. Un livre est un produit à revenu différé : ce n'est pas parce qu'il est indisponible aujourd'hui qu'il ne sera pas commercialisé à nouveau demain. Il arrive, plus fréquemment qu'on ne croit, que le livre n'est plus commercialisé parce que l'éditeur choisit de ne plus faire un nouveau tirage. Dans ce cas, tout contrat d'édition stipule qu'au bout d'un délai donné, l'auteur récupère ses droits sur l'œuvre et peut les renégocier avec un autre éditeur pour une nouvelle diffusion. Si, entre temps, le livre est numérisé et diffusé librement, vous imaginez bien que l'auteur peut dire adieu à tout espoir d'en tirer un nouveau contrat.</p>
<p> </p>
<p>Certes, la loi donne un droit d'opposition aux auteurs. Mais il est très restrictif. D'abord, l'auteur n'est pas officiellement averti que son livre va être numérisé. C'est à lui de se renseigner, sur <a href="http://relire.bnf.fr">le Registre de la BNF</a>. De plus, il n'a que six mois pour faire opposition. Après, bernique ! Tant pis pour lui. De plus, s'il fait opposition, il doit faire la preuve, par courrier et non par e-mail, qu'il est bien l'auteur de son propre livre, à l'aide d'une déclaration sur l'honneur assortie d'une photocopie d'une pièce d'identité. En plus, il ne peut pas faire opposition globalement à tous les projets de numérisation de ses livres : il doit refaire la même démarche pour chacun des titres que la BNF lui barbote. (Et certains des auteurs concernés ont des dizaines de titres confisqués.)</p>
<p> </p>
<p>C'est purement et simplement un premier coup porté au droit d'auteur. L'écrivain, de son vivant, n'est plus maître de son œuvre, sauf vigilance exacerbée. Plus douteux encore : les droits de ses titres confisqués et numérisés se retrouvent d'office gérés par une mystérieuse « <em>société de perception et de répartition des droits </em>» (a priori, la SOFIA), qui a le droit de les commercialiser, moyennant une rétribution à l'auteur. Or l'auteur n'aura signé aucun contrat avec cette société. Il n'aura pas décidé de lui céder un droit de diffusion, on aura décidé pour lui. Pis encore : qu'en sera-t-il de la négociation sur les droits ? De la transparence des comptes ?</p>
<p> </p>
<p>En fait, la loi du 1er mars 2012 recrée ce que l'Assemblée Constituante avait aboli sous la Révolution : un monopole sur l'exploitation des œuvres numérisées, comparable au monopole qu'exerçait la Comédie française sur les œuvres en vers sous l'Ancien régime ! Nous voici revenus trois siècles en arrière. Pour être écrivain, il faut à nouveau être héritier, vendu ou crève-la-faim. </p>
<p> </p>
<p>Vive la République ! Vive M. de Beaumarchais !</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/droit-d-auteur-de-beaumarchais-a-la-numerisation-des-indisponibles-1980.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 23 Apr 2013 18:58:50 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Livres numériques et indisponibles : de quelques idées (mal) reçues</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Dans la bataille ReLIRE, il y a les Contre, qui se font assez largement entendre, et il y a des Pour, que l'on a parfois du mal à trouver - et donc à entendre. Du moins, est-il compliqué d'avoir d'autres voix que celles des institutions impliquées, des syndicats engagés, etc. Mathias Lair Liaudet a pourtant pris son courage à deux mains, et sollicité ActuaLitté, « lassé des çonneries » que nous pouvons publier. « <em>Ce n'est pas aider les auteurs ni les éditeurs que de laisser les seuls gueulards envahir vos écrans</em> », nous explique-t-il. </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Ainsi, il nous a proposé un billet, que nous publions ici dans son intégralité, sous la forme d'une tribune. « <em>Je l'ai écrit à mon titre personnel d'écrivain, et non pas au nom de quelque organisation que ce soit (comme ce fut le cas d'autres fois). Après tout, l'auteur est à lui seul une personne morale, au même titre qu'un éditeur ! </em>»</strong></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Livres numériques et indisponibles : de quelques idées (mal) reçues</strong></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Étonnant de voir comme de jeunes éditeurs comme </span><span>ActuSF, Mnémos, Les Moutons électriques (cités par Actualitté) </span><span>attrapent vite la mentalité du propriétaire : rappelons qu'un éditeur ne « possède » pas les œuvres, comme ils semblent l'entendre. Ils ne font qu'en détenir les droits d'exploitation, trop souvent pour une durée de 70 ans après la mort de l'auteur. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Par ailleurs, les éditeurs ne détiennent généralement pas les droits numériques sur les œuvres antérieures à 2000, sauf à avoir fait récemment signer un avenant à leurs auteurs  </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Rappelons également que l'étrange catégorie de ces livres qui ne sont ni morts ni vivants mais indisponibles est le produit d'une double faute :</span></p>
<ul>
<li><span>le manquement des éditeurs qui, contrairement à leur engagement contractuel, n'exploitent plus l'œuvre ;</span></li>
<li><span>l'insouciance des auteurs qui n'ont pas récupéré leurs droits sur leurs œuvres en déshérence. </span></li>
</ul>
<p><span>C'est dire qu'un éditeur qui fait son boulot, c'est-à-dire qui commercialise une œuvre jusqu'à ce qu'elle tombe dans le domaine public ne s'en voit jamais « dépossédé »… mais quel est l'éditeur qui respecte entièrement cet engagement contractuel d'exploitation qu'il défend pourtant becs et ongles ? Aucun ! </span></p>
<p><span>Comment, dès lors l'éditeur peut-il clamer des « exigences » à propos d'un catalogue qu'il a délaissé au mépris des lois, en l'occurrence, de celle du CPI  (Code de la propriété intellectuelle) ?   </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Donc : <em>il aurait suffi que les éditeurs aient été honnêtes, c'est-à-dire qu'ils aient honoré leurs engagements contractuels, pour qu'il n'y ait pas de livres indisponibles ! </em></span></p>
<p><em> </em></p>
<p><span>Ce à quoi l'accord SNE/CPE sur le livre numérique du 20 mars 2013 (qui fera l'objet d'une modification du CPI à la fin de l'année) va les contraindre : </span></p>
<ul>
<li><span>en cas de non exploitation numérique l'auteur peut reprendre automatiquement ses droits, après simple mise en demeure ;</span></li>
<li><span>en cas de non remise de la reddition des comptes par l'éditeur,<em> et cela concerne le papier comme le numérique,</em> l'auteur peut reprendre ses droits, là aussi sur simple mise en demeure. Il n'est plus besoin à l'auteur de démontrer que l'éditeur n'exploite plus son œuvre, ce qui était difficile. </span></li>
</ul>
<p><span>… Si l'auteur ne le fait pas, il ne pourra s'en prendre qu'à lui-même !</span></p>
<p><span> </span></p>
<table border="2" cellpadding="2" align="right">
<tbody>
<tr>
<td>
<p><img src="http://actualitte.com/images/actualites/Mathias_Lair_Liaudet.jpg" alt="" width="206" height="264" /></p>
<p style="text-align: right;">Mathias Lair Liaudet</p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><span>Ces jeunes éditeurs (<em>ActuSF, Mnémos, Les Moutons électriques</em>, donc) ont vite appris la chanson du « dialogue entre éditeurs et auteurs » : qu'on ne nous dérange pas, disent-ils, nous faisons ensemble un si beau pas de deux… si bien que les négociations sur le numérique duraient depuis quatre ans… et dureraient encore si l'État n'était pas intervenu. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Pour une fois l'État a répondu à l'appel des auteurs : il a protégé le faible contre le fort, comme c'est son devoir régalien : est-ce cela qui gêne ? </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Il me semblait nécessaire de relever ces quelques çonneries parmi d'autres – qui sonnent le faux au nom d'une liberté qui se révèle néo-libérale plutôt que républicaine. Un dernier exemple : on peut lire sur l'écran d'Actualitté ce propos de Baptiste Marcel, secrétaire du Parti Pirate : « </span><span><em>Se réveiller un matin, aller sur internet, voir un éditeur avec qui on a coupé les ponts depuis 30 ans faire de la pub pour votre livre, et apprendre qu'on ne peut rien y faire</em> » </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Comment peut-on publier de telles fausses vérités sans les mettre au moins en perspective ? Car si l'auteur a coupé les ponts, c'est-à-dire s'il a pris la peine de récupérer ses droits, une telle chose est impossible. Et il peut « y faire » : il lui suffit de déclarer sur l'honneur qu'il est auteur de son livre et d'accompagner sa demande de la copie de sa carte d'identité pour voir son œuvre retirée de la liste des livres indisponibles à numériser.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> Quelle oppressante bureaucratie, n'est-ce pas ?    </span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: right;"><span>Mathias Lair Liaudet, écrivain</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Mathias Lair Liaudet est écrivain. C'est en son nom propre qu'il publie cette tribune, mais afin que les lecteurs de ActuaLitté puisse comprendre d'où vient sa voix, nous publions cette brève biographie :</em></p>
<ul>
<li><span>Publie nouvelles et poèmes sous le nom de Mathias Lair : dernièrement, <em>Oublis d'Ebloui</em> (Ed. L'échappée belle), <em>Enfin </em> (Ed. Gros textes)</span></li>
<li><span>Publie des essais sous le nom de J.-Cl. Liaudet : récemment, <em>Telle homme quelle mère ?</em> (Ed L'Archipel), <em>La névrose française</em> (Ed. Odile Jacob), <em>Paroles de fragilité</em> (Ed. Albin Michel) </span></li>
<li><span>Anciennement secrétaire de l'<em>Union des Écrivains</em>, Mathias Lair Liaudet est actuellement administrateur du <em>MOTif</em> et de la <em>SGDL</em>, et président du Conseil de gestion des artistes auteurs de l'<em>AFDAS</em> (fonds de formation continue). Il est également secrétaire général de l'<em>Union des poètes &amp; Cie. </em></span></li>
<li>A participé un temps aux négociations avec le SNE sur le numérique, au titre de représentant du <em>Conseil permanent des écrivains</em>. </li>
</ul>
<p><span> </span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/livres-numeriques-et-indisponibles-de-quelques-idees-mal-recues-1976.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Sat, 20 Apr 2013 13:44:11 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Juke-Books #25 : The Electrifying Mojo, techno poétique</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Le Juke-Books s'est payé quelques vacances cosmiques, mais ne revient pas les mains vides : il a croisé sur sa route The Electrifying Mojo, un DJ, programmateur radiophonique, qui s'appropriait les ondes à la vitesse de la lumière. Un authentique extraterrestre, si passionné de musique qu'il tenta d'en faire un mode de vie freak et politique. L'interrupteur de la Mental Machine est sur « On ».</strong></p>
<p> </p>
<p>Début 1970, Detroit. La « <em>Motor City</em> » est bientôt à sec : les usines ferment, même celles à tubes. <span>Tamla Motown, label légendaire de la soul, met la clé sous la porte, et les rues de la ville du Mid-Ouest s'enfoncent dans une morne indifférence. Quand, soudain, une voix modifiée s'élève : «<em> Ici Electrifying Mojo. Je voyage dans l'espace et le temps...</em> ». Contactée par ActuaLitté, Jacqueline Caux, documentariste,traductrice et spécialiste techno, relate ses souvenirs.<br /></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>« <em>Lorsque je suis arrivé à Détroit c'était encore comme l'apartheid, même les radios étaient séparatistes, et les musiques aussi étaient compartimentées, séparées ; j'ai voulu casser tout ça</em> » explique <a href="http://www.jacquelinecaux.com/jacqueline/fr/documentaire-cycles-mental-machine-symphonie.php" target="_blank">l'homme à</a> la réalisatrice du documentaire <em>Cycles of the Mental Machine</em>, consacré à l'histoire musicale de Motor City.</span></p>
<p><span><span> </span></span></p>
<p><span>Chacun des shows radiophoniques du DJ est un spectacle sonore, saupoudré de poussières cosmiques façon Funkadelic ou Sun Ra : Charles Johnson, de son vrai nom, s'est choisi un personnage qu'il suit comme son ombre. Si bien que son émission <a href="http://www.detroittechnomilitia.com/main/index.php/techno-history/biographies/119-detroit-history-the-electrifying-mojo" target="_blank">suit un parcours précis</a> : à 22 heures, le Vaisseau-Mère se pose, une heure plus tard, Mojo diffuse des groupes locaux, et ainsi de suite jusque 1h ou 2h du matin. À minuit, un segment de l'émission ne change jamais : le DJ enchaîne pendant une heure Parliament, Zapp, The Gap Band, et autres grandes formations du genre. Les adolescents de la ville ouvrière se font des appels de phare lorsque l'émission débute, et la programmation de Mojo sonorise toute la ville.</span></p>
<p><span><span> </span></span></p>
<p><span><span> </span></span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Autant de musiciens qui accompagnent leurs compositions d'une pensée puissante, qu'elle soit politique, civique ou artistique. The Electrifying Mojo lui-même a accompagné sa programmation effrénée d'un ouvrage imposant, <em>The Mental Machine</em>, son unique publication, presque introuvable. Oeuvre composite au même titre que la techno ou le turntablism, <em>The Mental Machine</em> rassemble en 536 pages près de 85 poèmes, une centaine de dessins et quelque 60 photographies.</p>
<blockquote>
<p><span>If you let me I will take you to live where love is King</span></p>
</blockquote>
<p><span><span>« <em>L'ouvrage s'avère maintenant plutôt difficile à trouver car l'édition originale est épuisée depuis longtemps. The Mental Machine a été publié chez J-Stone Audio Books en édition limitée en 1995, au Canada</em> » nous explique Jacqueline Caux, réalisatrice du film <a href="http://www.amazon.fr/Cycles-Mental-Machine-Jacqueline-Caux/dp/B001TLWR8M/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;qid=1298145465&amp;sr=1-1" target="_blank"><em>The Cycles of The Mental Machine</em></a>. « </span></span><em>Les textes sont en effet associés à une bande audio fantastique, mais qui est encore plus difficile à trouver, qui pourrait être un magnifique Prix Italia ! Sa pièce sonore reprend ses poèmes avec un traitement vraiment intéressant.</em> »</p>
<p> </p>
<p><strong><br /></strong><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/the_mental_machine_electrifying_mojo.jpg" alt="" width="500" height="500" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Les textes signés Mojo mélangent volontiers pensées positives à la Zulu Nation, et revendications concrète, notamment à travers « <em>l'adversité que rencontrent les hommes noirs américains : la misère, la drogue, la prison, la violence, les morts prématurées, la douleur des mères... mais aussi l'importance de la résistance et de la liberté spirituelle</em> », résume Jacqueline Caux par mail. Une citation en 4e de couverture évoque d'ailleurs les belles heures du <em>flower power</em> :</p>
<blockquote>
<p><span>When words truly become flowers. exclamation points truly become birds of paradise. Periods become rosebuds. Question marks become philodendrons. One day, I would like to write a book from a complete </span><span>state of Nirvana... Blessed be the day. Blessed be the day.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Quand les mots deviennent vraiment des fleurs, les points d'exclamation deviennent vraiment des oiseaux du paradis. Les pauses deviennent des boutons de rose. Les points d'interrogation deviennent des philodendrons. Un jour, j'aimerais écrire un livre dans un état semblable au Nirvana... Que ce jour soit béni. Que ce jour soit béni.</span></p>
</blockquote>
<p>Et Mojo ne rédige pas pour le seul bonheur d'être lu, et sa musique soutient ses mots : « <em>Mojo a eu un impact majeur sur la scène techno, du fait qu'il a très tôt mixé - sans être lui-même DJ - des musiques très différentes : blanches et noires, savantes et populaires, sans aucune ségrégation d'aucune sorte, et qu'il a été le premier a faire écouter les disques de Juan Atkins [DJ originaire de Detroit] et ensuite des autres jeunes DJ qui étaient alors des adolescents...</em> », affirme Jacqueline Caux, qui a rencontré le mystérieux Mojo pour son film.</p>
<p> </p>
<p>Jacqueline Caux a traduit les poèmes de The Electrifying Mojo, traduction plus que délicate mais que la réalisatrice - rompue au blues, au jazz et à la techno - a effectuée avec passion. Cette dernière n'a pas été publiée, et seuls Mojo lui-même et « Mad » Mike Banks, autre personnalité éminente de la scène techno de Détroit, ont en leur possession la traduction française...</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-25-the-electrifying-mojo-techno-poetique-1943.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-25-the-electrifying-mojo-techno-poetique-1943.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 19 Apr 2013 18:00:47 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Madagascar : L'Etat sens dessus dessous « depuis depuis », comme on dit ici</title>
				<description><![CDATA[<p><a href="http://www.ladifference.fr/+-ben-ares-+.html?index=1&amp;titre=B">Ben Arès</a> est l'auteur aux Éditions de la Différence de deux recueils de poésie, <em>Rien à perdre</em>, paru en 2007, <em>Cœur à rebours, </em>en 2009 et d'un roman, <em>Ne pas digérer, </em>en 2008. Parti à Madagascar à la recherche d'un enfant qu'il avait adopté et qui mourut en Belgique où il résidait avec lui, il nous fait part de la situation financière déplorable de l'état de l'enseignement dans ce pays et  du désengagement de la France.</p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: right;"><span><strong><img src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" width="336" height="98" /></strong></span></p>
<p><span> </span></p>
<p> </p>
<p><span>Toliara, capitale du Sud de Madagascar – où le pourcentage de la population vivant avec moins de un euro par jour s'élève à 68% – est vouée à l'on ne sait plus quel saint. Les usines ne tournent plus. Les hôtels et restaurants sont déserts. Les Etrangers, de plus en plus rares, qui y résident, et « sévissent », de préférence au bord de mer, sont pour la plupart des retraités, fiers de leurs charmes et de leurs « gains ». Et puis, il y a les écoles ; et parmi elles, Le Collège Français, un des 480 établissements de l'AEFE dans le monde qui prône – le prix des écolages aidant – un enseignement de qualité ! La lettre ouverte qui suit témoigne de la logique éducative d'une « multinationale » qui n'a pas peur des maux…             </span></p>
<p> </p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Toliara, le 9 avril 2013,</span></p>
<p><span>Madame La Directrice de l'<strong>AEFE </strong>(<strong>A</strong>gence de l'<strong>E</strong>nseignement du <strong>F</strong>rançais à l'<strong>E</strong>tranger),</span></p>
<p><span>Monsieur Le Conseiller de Coopération et d'Actions Culturelles,</span></p>
<p><span>Monsieur Le Coordonnateur AEFE-REFM,</span></p>
<p><span>Monsieur Le Président de l'<strong>APE</strong> (<strong>A</strong>ssociation des <strong>P</strong>arents d'<strong>E</strong>lèves) du Collège français de Toliara, </span></p>
<p><span>Monsieur Le Principal du Collège français de Toliara,</span></p>
<p> </p>
<p><span>   Un autre cyclone nous tombe dessus à Toliara, au Collège Etienne de Flacourt ! On a décidé tout simplement de réviser les exonérations des écolages des enfants des personnels en contrats locaux. Pour rappel, deux types de « contrats locaux » existent : </span></p>
<ul>
<li><span>ceux avec diplômes malgaches (majoritaires). </span></li>
<li><span>ceux avec diplômes français. </span></li>
</ul>
<p><span>Les salaires varient selon les « catégories » et selon l'ancienneté. Il y aussi, bien sûr, les personnels <strong>ATOS</strong> (<strong>A</strong>gents <strong>T</strong>echniques et <strong>O</strong>uvriers de <strong>S</strong>ervice) et les personnels en « contrat de résidant ou d'expatrié ». </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Le système des calculs de ces salaires est incohérent, est ainsi fait, et conduit à toutes sortes de justifications honnêtes ou injustes. Mais citons quelques chiffres en ariary convertis en euros (au taux approximatif de 3000 ariary pour un euro) : </span></p>
<ul>
<li><span>de 170000 ariary, soit 60 euros par mois (le plus bas) à 24 millions d'ariary, soit 8000 euros* par mois (le plus haut) </span></li>
<li><span>de 464000 ariary, soit 155 euros par mois à 2100000 ariary, soit 700 euros par mois (quatre cas, à peine, entre 450 et 700 euros) entre les différents « contrats locaux ». </span></li>
</ul>
<p><span>La moyenne de ces derniers s'élève grosso modo à <strong>250 euros par mois</strong>. </span></p>
<p><span>Le taux de l'exonération était depuis plusieurs années à 90%, proposé jadis par « la direction » et le comité de gestion pour motiver l'engagement des parents enseignants. Et ce taux vient finalement d'être fixé très sèchement à 30% le lundi 25 mars (par la majorité au conseil de gestion) pour la rentrée 2013 ! </span></p>
<p><span>   </span></p>
<p><span>En phase de négociation, nous n'avons trouvé aucun arrangement, le « gouffre » entre les taux proposés par les deux parties étant trop conséquent !  Nous serions donc forcés de payer, dès septembre, en moyenne et par enfant, environ 350000 ariary par mois, soit près de <strong>115</strong> <strong>euros</strong>. Notons aussi qu'au Collège, 24 élèves sont touchés des toutes petites sections à la troisième. Dit autrement, 16 parents d'élèves sont concernés ! Et concrètement, cela signifie désormais que nous n'aurions plus les moyens – à l'une ou l'autre exception près  – de réinscrire nos enfants au sein de l'établissement où nous enseignons !</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Les raisons ? Il s'agissait « d'équilibrer le budget » et dans un premier temps, de revoir ces « avantages qui n'étaient pas des acquis », dans l'intérêt de la subsistance de « l'entreprise » ! Sans cette première révision, ce ne serait plus tenable, au vu du contexte politique, économique désastreux dans lequel nous nous trouvons à Toliara, au vu du nombre d'effectifs en forte baisse depuis trois ans (80 enfants en moins) et du nombre minimal de boursiers. En quelques mots : le Collège n'est plus rentable !</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><img style="float: right;" src="http://actualitte.com/images/actualites/ares.jpg" alt="" width="184" height="284" />Depuis le 11 mars 2013, durant près de deux semaines, des réactions humaines, avec tous les états d'âmes imaginables ont déferlé. Le 25 mars, l'épée de Damoclès est malgré tout tombée ! Les conséquences que ces directives entraînent sont lourdes : l'avenir de nos enfants est frappé puisque ces derniers se voient exclus à jamais de recevoir une instruction sans commune mesure avec celles données dans d'autres établissements de la ville ; eux et nous ne pourrons plus jouir non plus des mêmes périodes de vacances ; notre disponibilité et notre « productivité à venir » seront remises en cause, pour des raisons morales et pratiques ! </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Bien sûr, pour justifier cette « révision », on a cherché des arguments ! </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Il nous a été dit que nous subissions les frais des « erreurs de jugements et de gestions du passé ». Et nous avons répondu que nous n'avions pas à être les bouc-émissaires de ces soi-disant bévues.  </span></p>
<p> </p>
<p>On a tenté aussi de nous museler en nous rappelant que nous n'avons pas à nous plaindre, vu que notre salaire est bien supérieur à celui d'un enseignant d'un autre établissement. Et nous avons rétorqué que cette remarque est juste en théorie, mais qu'elle est fausse dans la réalité puisqu'un enseignant d'un autre établissement n'est nullement soumis aux mêmes exigences et qu'il est tout à fait en situation de se permettre le cumul de plusieurs revenus, chose pratiquement impossible pour nous, qui ne lésinons pas à faire des heures supplémentaires non rémunérées pour répondre à la demande d'un « enseignement de qualité » ! </p>
<p> </p>
<p><span>On a tenté volontairement ou involontairement de semer la zizanie entre les différents types de contrats. En d'autres mots, on a tenté de « diviser pour régner ».  C'est que nous sommes aussi tenus, nous l'ensemble des personnels, d'anticiper, de réfléchir aux répartitions des heures de cours de l'année prochaine, à l'une ou l'autre fermeture d'un poste de résident, d'envisager la possibilité plus que probable de fermer des classes… de faire sauter des postes ! Mais au final, il nous a été dit qu'aucune intention de fermer l'établissement dans l'avenir n'était entrevue actuellement, qu'il fallait juste « serrer la ceinture », « assainir » pour « sauver l'embarcation » ! </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Il nous a été dit aussi « de cesser de penser à nos enfants », qu'il était nécessaire de « pérenniser le Collège ». Pérenniser qui ? Pérenniser quoi ?… En définitive,  nous nous sommes dits tout à fait légitimement, que ce ne serait plus seulement une question de chiffres cette révision de l'exonération mais une question de principe ou de politique, en vue de mettre en état de fonctionnement la mécanique de la destruction ! </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Mais ne nous égarons-pas ! Et abordons dès à présent l'essentiel, jamais mentionné depuis le mardi 11 mars 2013 ! A côté des chiffres et de l'humain, au cœur de cette façon vieille comme le monde de « trancher dans les vaches maigres » nous, les « contrats locaux », souhaiterions soulever d'autres questions : </span></p>
<ul>
<li><span>Madagascar, certes, traverse une période douloureuse. L'Etat est sens dessus dessous « depuis depuis », comme on dit ici ! Nous n'allons pas vous donner un cours d'histoire ! Nous n'allons pas reparler de 1947, de 1960, 1971 et des erreurs qui ont suivi ! Mais qu'on ne se méprenne pas ! Les responsables de cette déconfiture ne sont pas au sein du Collège Etienne de Flacourt ! Nous ne pouvons accepter d'être pris entre le marteau (le réel du pays) et l'enclume (le réel de l'AEFE ou de la France). Nous refusons en bloc d'être victimes. Nous avons de la valeur ! Cela compte tout de même !   </span></li>
<li><span>On nous fournit de superbes manuels avec des pages illustrées sur la littérature engagée, des Lumières, du XIX° et XX°, des pages sur des critiques de la Révolution industrielle, les colonies, la mondialisation et la délocalisation, le développement durable, les inégalités entre les pays développés et les pays les moins avancés trop souvent redevables d'une dette morale et financière, des pages sur l'éducation civique basée sur les valeurs françaises (un modèle ?!) de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme ! Si nous transmettons ces notions et valeurs et qu'on y croit, sans pour autant verser dans le prosélytisme, comment peut-on agir de la sorte ?! Quelles sont réellement les valeurs que défendrait l'AEFE ? Quelle crédibilité ? Allons-y de go : utilise-t-on en réalité les meilleurs moyens de « soigner » l'image de marque de « l'entreprise » ? Et puis on s'étonnerait encore que les élites du Pays qu'on aurait formées manipulent à tour de bras, ne suivent que « le modèle » qu'on leur aurait transmis sans le vouloir ? Et puis on s'étonnerait encore que la situation actuelle engendre des besoins, des abus et dérives sur l'Ile de tant de maux dont « la vieille République », une nouvelle fois, se laverait les mains ? Vous parlez d'un enseignement ! </span></li>
</ul>
<p><span>   Au-delà de nos 24 enfants, qui sont, avec les rares non-boursiers, les « têtes de classe » de notre établissement, nous, les personnes concernées, soutenues par l'ensemble du personnel (autres contrats locaux non concernés, agents et titulaires) pensons bien sûr aux autres élèves scolarisés ! Nous pensons bien sûr à toutes ces victimes innocentes qui épongent les dysfonctionnements d'une « entreprise » ! Et nous jugeons que c'est malheureux - un euphémisme ! - d'en arriver là pour des questions budgétaires ou « d'assainissement » qui se trament en hauts-lieux et qui nous éloignent de la fonction première d'éduquer ! Qu'on ne nous fasse pas porter le chapeau ! Ces dernières directives, si elles sont appliquées, véhiculeront « une image dégradante » des écoles françaises à Madagascar, qu'on le veuille ou non ! Et ce n'est pas ce que nous voulons !</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>   </span><span>Devant l'impossibilité pour nous d'accepter un autre compromis que celui proposé à l'APE sous le couvert du Principal (aux taux échelonnés à 90%, 85% et 70% en fonction des revenus et du nombre d'enfants par foyer), dans l'attente d'une réelle solution ou d'une autre proposition, dans l'attente d'une réflexion plus profonde ou d'une réponse digne de la Pensée, nous nous mobilisons ce <strong>9 avril 2013</strong> au nom de nos enfants, de tous les enfants, au nom des valeurs humaines, des valeurs intellectuelles pour lesquelles nous nous battons.</span></p>
<p> </p>
<p><span>Les personnels grévistes </span></p>
<p><span>(30 personnes : 19 recrutés locaux, 4 vacataires, 6 en contrat de résident et 1 en contrat d'expatriée)</span></p>
<p> </p>
<p><span>* De source sûre, le montant du Principal est plus élevé encore mais nous n'avons pas une idée précise du montant. Ça ne manque pas de sens et justifie dignement l'exécution des ordres et des sales besognes !</span></p>
<p><span> </span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/madagascar-l-etat-sens-dessus-dessous-depuis-depuis-comme-on-dit-ici-1975.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 18 Apr 2013 18:35:45 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Gaspillage et bureaucratie : "Relire avive les tensions du monde littéraire"</title>
				<description><![CDATA[<p>Il n'y a pas que les auteurs qui s'opposent au dispositif ReLire mis en place suite à la loi dite des indisponibles, il y a aussi des éditeurs.</p>
<p> </p>
<p>Le collectif "Les Indés de l'Imaginaire", réunissant trois éditeurs des littératures de l'imaginaire (ActuSF, Mnémos, Les Moutons électriques), s'associe pleinement à la démarche de rejet et de lutte des auteurs concernant le dispositif ReLire et la loi sur les Indisponibles.</p>
<p> </p>
<p>Nous réaffirmons une évidence : les œuvres publiées ou déjà signées par nos maisons sont partie prenante de notre catalogue et de notre identité éditoriale. Ces titres sont caractéristiques d'une prise de risque, d'une découverte, d'une tentative littéraire propre à des maisons d'édition comme les nôtres. S'en voir dépossédé constitue une ingérence intolérable dans nos entreprises et plus largement, le dispositif ReLire nous semble remettre gravement en question tout notre travail.</p>
<p><br />Nous dénonçons le système dit d'Opt-out, c'est-à-dire de la charge à l'éditeur de devoir faire la preuve qu'il est détenteur des droits d'exploitation de l'œuvre rentrée dans le registre ReLire, sous peine de voir celle-ci exploitée par le dispositif. L'Op-out, outre le fait qu'il soit à charge et donc renverse la logique de propriété intellectuelle, est trop contraignant d'un point de vue bureaucratique, trop coûteux également. Nous n'avons pas besoin de ce gaspillage de temps supplémentaire.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/relire_ursula_le_guin.JPG" alt="" width="550" height="413" /></p>
<p> </p>
<p><br />En se substituant au dialogue entre éditeurs et auteurs pour les droits numériques, Relire avive les tensions dans le monde littéraire, alors que discussion et négociation devraient être la norme.<br />Par son existence, Relire remet en cause notre travail de réédition et de redécouverte, rendant plus complexe une partie de notre activité.</p>
<p><br />Parce qu'il prévoit la mise en ligne de milliers d'ebook, Relire sera également nuisible au marché du livre numérique, en provoquant une véritable surproduction, qui noiera nos parutions. Nous nous battons chaque jour pour proposer des livres numériques de qualité. Comment pourront-ils exister alors qu'en quelques mois le nombre de parutions numérique explosera littéralement avec ce dispositif ?</p>
<p> </p>
<p>Plus généralement, nous soutenons les revendications et les demandes des auteurs opposés par le dispositif ReLire.</p>
<p> </p>
<p>Par conséquent :</p>
<p>Nous exigeons pour chaque éditeur qui le souhaite la possibilité de pouvoir retirer du dispositif ReLire toutes les œuvres appartenant à son catalogue et dont il a les droits numériques, sans possibilité d'opposition par la partie adverse et ceci en une fois par un courrier ou un email simple signé par le représentant légal de la maison d'édition. Ce serait un choc de simplification bienvenu.</p>
<p><br />Nous exigeons la suspension du dispositif ReLire tel qu'il a été mis en place, tant qu'il n'y pas une nouvelle concertation avec TOUS les représentants des auteurs et des éditeurs.</p>
<p><br />Nous demandons un nouvel examen par le Parlement de la loi dite des « Indisponibles », ou bien par le Conseil constitutionnel, car cette loi porte en elle des contradictions importantes avec le cadre général du code de la propriété intellectuelle.</p>
<p> </p>
<p><a href="https://www.facebook.com/LesIndesDeLImaginaire/posts/181894258628638">Voir l'appel des Indés de l'Imaginaire sur Facebook</a></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/gaspillage-et-bureaucratie-relire-avive-les-tensions-du-monde-litteraire-1974.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/gaspillage-et-bureaucratie-relire-avive-les-tensions-du-monde-litteraire-1974.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 17 Apr 2013 11:56:19 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Juke-Books #24 : Simon Reynolds, la tactique du critique</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Une tournée promo digne d'une rock star ? Après tout, le Salon du Livre vaut bien un Stade de France : affaibli par la crève, mais vaillant et passionné, le critique musical britannique Simon Reynolds a accordé un entretien au Juke-Books. L'occasion de revenir sur ses 20 ans de carrière, de dépoussiérer quelques vinyles et de faire péter le son.</strong></p>
<p> </p>
<p>Simon Reynolds fait partie de ceux qui choisissent d'écrire sur la musique : un choix qu'il a rendu logique avec pragmatisme. <em>Melody Maker</em>, <em>The New York Times</em>, <em>Village Voice</em>, <em>The Guardian</em>, <em>Rolling Stone</em>, <em>The Wire</em>, <em>Mojo</em>... Du généraliste à la musique en passant par l'art contemporain, du britannique et de l'américain, deux décennies et un petit regard en arrière. Pour réécouter le son d'une époque, évidemment.</p>
<p> </p>
<p><em>Bring the Noise</em>, recueil d'articles (1985-2009), doit son existence à une première idée, un livre inédit qui traiterait des différences et des croisements entre <em>white music</em> et <em>black music</em> : <em>White on Black</em>. « <em>Le sujet a déjà largement été abordé : beaucoup d'articles, de travaux universitaires, de théories... Sur un sujet assez sensible, qui s'approche vite des stéréotypes...</em> » Craignant un livre timide ou « <em>aride</em> », Reynolds a préféré se replonger dans ses archives.</p>
<p> </p>
<p>Et en tirer les articles qui incarnent le plus précisément le son d'une époque : « <em>Ils me paraissaient plus pertinents, parce qu'ils étaient écrits pour ce moment précis, à cette fin précise, pour des musiques que j'ai appréciées ou détestées.</em> » Et l'évolution d'une pensée, que Reynolds juge a posteriori avec un retour sur chaque texte. Avec quelques corrections au passage, comme sur cet article consacré à Sub Pop, scène de grunge américaine qui donnera naissance à Nirvana. L'article est paru dans <em>Melody Maker</em>, en janvier 1989 :</p>
<blockquote>
<p>Une autre « erreur de jugement » - mais, tout comme pour mon commentaire disant que la house était un canard boiteux quelques années plus tôt, à ce moment-là je n'avais pas tort : le son de Seattle était vraiment une régression après My Bloody Valentine, Sonic Youth, etc.</p>
</blockquote>
<p>Bon, les critiques sont généralement très obstinés... </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/Simon_Reynolds_by_Michel_Meeuwissen.jpg" alt="" width="500" height="333" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>« <em>Au moment de l'écriture, j'étais souvent dans un combat avec quelqu'un d'un autre magazine ou contre un certain genre de musique...</em> » Les erreurs, le bon critique les assume, parce qu'il sait qu'il a la sincérité de son jugement d'alors à ses côtés : « <em>Quand je suis parti à Manhattan </em>[en 1994, en tant que journaliste indépendant, NdR]<em>, j'ai découvert que les Américains avaient une approche de la musique bien plus </em>live <em>que les Britanniques</em> », explique-t-il.</p>
<p> </p>
<p>« <em>J'ai alors découvert une forme de reportage très proche du travail d'un anthropologue, on regarde comment les gens s'habillent, la façon dont ils réagissent à la musique et aux autres...</em>» Le critique ramène également le rythme de son Londres natal : « <em>Mon écriture journalistique reste bizarre : il y a un peu du manifeste, de l'interview, des observations...</em> » Et pour cause : </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Outre ces préférences dans la discipline de la critique musicale, Simon Reynolds apprécie particulièrement les approches sociologiques du 4e art : Simon Frith, Dick Hebdige (<a href="http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Sous_culture___le_sens_du_style-9782355220005.html" target="_blank"><em>Sous-cultures: le Sens du Style</em></a>, en 1979) font partie de son panthéon. « <em>On retrouvait là l'influence de Roland Barthes, comme celle de Marx. C'était une sorte de tradition de gauche, observer les cultures jeunes et populaires, en termes de lutte des classes à travers les vêtements, la musique ou les rituels...</em> »</p>
<p> </p>
<p>À côté des ses études, Reynolds se frotte à la French Theory : Barthes, donc, mais aussi Michel Foucault, Julia Kristeva, Georges Bataille ou encore Jean-François Lyotard... Il en tire quelques concepts qu'il conserve, mais aussi « <em>le style, puisque les Français abordent comme un exercice littéraire tout autant qu'intellectuel la critique ou l'analyse</em> ».</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/Disquaire_Democratie_Paris_boulevard_Saint-Michel.JPG" alt="" width="500" height="333" /></p>
<p style="text-align: center;"> Le record shop Démocratie. Au fond, derrière le comptoir, le disquaire Valentin</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>En ce lundi matin pas encore très avancé, le record shop Démocratie, qui nous accueille pour l'entretien, n'est pas encore noir de monde : l'occasion d'interroger Reynolds sur la situation de Virgin et de HMV dans son pays natal. « <em>Même si je n'y étais pas spécialement attaché, pour un amateur de musique, c'était le paradis : il y avait tellement d'enregistrements de toutes les sortes, dans un seul endroit... Au Virgin d'Oxford Street comme chez Tower Records, il y avait tout ce qu'on pouvait espérer trouver</em> », se souvient le critique et gros consommateur de sons.</p>
<p> </p>
<p>Mais Reynolds de relativiser : « <em>Ce n'est pas comme si on ne pouvait plus accéder à la musique, on </em></p>
<table border="0" align="right">
<tbody>
<tr>
<td><img src="http://actualitte.com/images/actualites/BringtheNoisebySimonReynolds.jpg" alt="" width="180" height="271" /></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><em>peut l'acheter en ligne, sur Amazon ou Boomkat pour les genres plus indés, ou encore eMusic...</em> » Pas trop fort, malheureux ! Les préoccupations sont toutefois les mêmes, d'un côté de l'Atlantique comme de l'autre : « <em>Ce qui m'inquiète plus, ce sont les petits magasins indépendants qui mettent la clé sous la porte. Ils sont plus spécialisés, les vinyles sont bien choisis et il y a une atmosphère bien particulière, ils sont bien agencés</em> (curated). » Le terme n'est pas très vieux, d'après Reynolds, mais il a tendance à se généraliser : les disquaires sont "<em>curated</em>", « <em>on sent qu'une personnalité à organisé le tout</em> ».</p>
<p> </p>
<p>Bring the Noise : une petite musique nostalgique donc, mais plus généralement le mouvement d'une pensée que le critique a lui-même "<em>curated</em>" avec plaisir. Pour retrouver cette dernière, toujours agitée, les articles et publications de Reynolds (en anglais, <em>of course</em>) peuvent être retrouvés via son blog, le <a href="http://blissout.blogspot.fr/" target="_blank">Blissblog</a>.</p>
<p> </p>
<p>Entretien réalisé le lundi 25 mars 2013 à Paris</p>
<p>Merci au Café de l'Odéon et au record shop <a href="https://www.facebook.com/democratie.paris" target="_blank">Démocratie</a></p>
<p> </p>
<p><a href="http://coupdoreille.fr/index.php/long-read/101-simon-reynolds-apologie-du-bruit" target="_blank">Lire la partie « Musique » de l'entretien sur Coup d'Oreille</a></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-24-simon-reynolds-la-tactique-du-critique-1968.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-24-simon-reynolds-la-tactique-du-critique-1968.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 12 Apr 2013 16:51:06 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>"La nécessité d'une nouvelle édition de Pantagruel" (Peter Gilman)</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Peter Gilman, dont le livre <em>L'Énigme Pantagruel</em> sort aujourd'hui en librairies, expose ici les motifs qui l'ont amené à vouloir décrypter les personnages qui habitent l'œuvre rabelaisienne. </strong><strong>Jean-Paul Savignac, qui a publié de nombreux livres sur l'histoire et la culture gauloises – y compris la langue –, dont <em>Alésia</em>, paru récemment à La Différence, fait quant à lui bénéficier de ses capacités aiguës d'analyse l'essai de Peter Gilman.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" width="336" height="98" /></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p> </p>
<p><span style="font-size: small; color: #993300;"><strong>« La nécessité d'une nouvelle édition de Pantagruel », par Peter Gilman </strong></span></p>
<p> </p>
<p>Dans son premier livre, Pantagruel, François Rabelais a présenté au monde trois grandes énigmes, « Pantagruel le fils de Gargantua », « Les grandes et inestimables Chronicques de l'énorme géant Gargantua » et « Panurge ». Les contemporains de Rabelais étaient cordialement (quoique un peu indirectement) invités à tenter de résoudre ces trois énigmes, autrement dit d'enlever ces trois masques, en cherchant la véritable identité de « Pantagruel » (=X), le véritable titre visé à travers le faux titre, Les Grandes Chronicques (=Y), et la véritable identité de « Panurge » (=Z).</p>
<p> </p>
<p>Malheureusement, depuis la première moitié du XVIe siècle, l'existence de ces énigmes est devenue quasi-invisible, si bien qu'aucune édition de Pantagruel ou de Gargantua ou des œuvres complètes de Rabelais ne nous en parle.</p>
<p> </p>
<p>C'est dommage, non ? Des dizaines et des dizaines d'éditions de Pantagruel depuis le XVIe siècle et on ne sait toujours pas qui est le héros de cet ouvrage qui, selon la formule de Chateaubriand, a fondé les lettres françaises, ni pourquoi son auteur l'a écrit !</p>
<p> </p>
<p style="text-align: justify;">Dans L'Énigme Pantagruel le lecteur découvrira, d'abord, l'existence et la nature des énigmes en</p>
<table border="0" align="right">
<tbody>
<tr>
<td style="text-align: right;">
<p><img src="http://actualitte.com/images/actualites/peter_gilman.jpg" alt="" width="160" height="200" /></p>
<p style="text-align: left;"><span style="font-size: small;"><strong>Peter Gilman</strong></span></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>question, ensuite – parfois en même temps – les indices donnés par Rabelais pour les résoudre, et enfin les solutions proposées par l'auteur du livre présent. Dans cet ordre-là, bien sûr, et pas autrement : afin de donner à tout lecteur qui le souhaite la possibilité de chercher et éventuellement trouver les solutions desdites énigmes par lui-même.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: left;">Et chemin faisant il y aura d'autres révélations concernant, par exemple, des questions comme : pourquoi Rabelais a-t-il écrit Pantagruel ? ; pourquoi a-t-il écrit Gargantua après Pantagruel ? ; qu'est-ce que cette fameuse « sustantificque mouelle » dont il est question dans le prologue de Gargantua ?...</p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;">Après quoi, il n'y aura qu'à établir une nouvelle édition de Pantagruel – et des œuvres complètes de Rabelais aussi, sans doute. Comme quoi <em>ars longa, vita brevis</em>, et mieux vaut tard que jamais !</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><strong><span style="font-size: small;">« L'Énigme Pantagruel, un travail attrayant et convaincant », par Jean-Paul Savignac </span></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Peter Gilman annonce la visée de son ouvrage à travers la question suivante, qui intrigue tout de suite et « accroche » l'attention du lecteur : Pourquoi Rabelais a-t-il donné le nom d'un petit diable, connu du folklore français, au fils du « grand géant Gargantua » (c'est moi qui souligne), dont Les Grandes Chroniques, un petit livre de colportage publié anonymement, racontait les prouesses ? Afin de souligner la bizarrerie de la filiation inventée par Rabelais, Peter Gilman propose cet amusant équivalent moderne : Pourquoi, aujourd'hui, écrirait-on un Astérix, Roi des Gaulois, fils du grand King-Kong ?</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">C'est qu'il y a anguille sous roche. Démêlant l'écheveau fil à fil, Peter Gilman montre que Rabelais, masqué sous le pseudonyme d'Alcofrybas Nasier, a masqué son Pantagruel, masqué aussi Les Grandes Chroniques. En publiant en second lieu son Gargantua au lieu des aventures de Pantagruel qu'il avait promises, le Chinonais convie ses lecteurs à relire le prologue de son premier ouvrage et à deviner que les Grandes Chroniques sont la parodie d'un livre dont il se moque, et dont il dénonce l'auteur, connu de ses contemporains, qui lui paraît exercer une influence néfaste.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Tout au long de son enquête minutieuse qui enchaîne des développements nécessaires à la révélation finale, l'auteur, avec une verve qui ne se dément à aucun moment, n'hésite pas à rappeler au lecteur le point où il en est de sa démarche, le convie à relire tel passage qu'il vient de citer pour découvrir le détail révélateur qui lui aura échappé, et lui propose, juste après, de faire une pause. Ce dialogue empreint de bonhomie crée une agréable complicité.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Peter Gilman ne néglige pas non plus d'interroger certains aspects graphiques, par exemple la page de titre de la première édition de Pantagruel (elle figure p. 64), où les deux colonnes qui encadrent le titre et la disposition des mots par rapport aux trois vignettes qui l'illustrent font sens et confortent son hypothèse. Prolongeant l'attente du lecteur avec un art consommé du suspense, Peter Gilman, tenant sa promesse, dévoile in fine le nom du personnage raillé par le maître Rieur, résout les unes après les autres les questions qu'il a soulevées (l'on apprend quels prestigieux personnages sont Pantagruel et Panurge) et fournit toutes les explications, littéraires, politiques et historiques, propres à satisfaire le lecteur qu'il récompense ainsi — et remercie — de sa patience.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Ce travail d'historien, attrayant et convaincant, fruit d'une thèse universitaire soutenue aux États-Unis, s'appuie constamment sur le texte original de Rabelais et sur les travaux de « rabelaisants » qui font autorité.</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/la-necessite-d-une-nouvelle-edition-de-pantagruel-peter-gilman-1969.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/la-necessite-d-une-nouvelle-edition-de-pantagruel-peter-gilman-1969.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 11 Apr 2013 17:07:46 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Après les auteurs, les éditeurs découvrent le hold-up ReLIRE</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Rappelons quelques données de base : il y a un peu plus de 1200 éditeurs déclarés en France, si vous avez des chiffres plus exacts je suis preneur. Les 4 premiers font environ 60 % du chiffre global, et les 1000 derniers à peu près 2 % de ce chiffre. Seulement, une large part de la création, la prise de risque, l'exploration, est le fait de cette constellation d'éditeurs artisans – voir là-dessus l'incroyable archive que constitue le <em>Matricule des Anges</em> (qui n'a jamais parlé de publie.net, sigh...), ouvrant mensuellement son journal à l'un d'eux.</strong></p>
<p> </p>
<p>Cette situation se reproduit dans la numérisation. Le SNE rassemble 400 éditeurs environ, et réserve sa direction, comme la direction de ses principales commissions (numérique en l'occurrence) à ses plus gros membres. Ils bénéficient déjà, et depuis plusieurs années, d'aides conséquentes (des centaines de milliers d'euros) à la numérisation de leurs fonds, aides attribuées par l'État via canal spécifique du CNL, et bien sûr le SNE est représenté dans cette commission. Ceux-là, <em>ReLire</em> n'y touche pas.</p>
<p> </p>
<p>J'ajoute que les plus gros bénéficiaires de ces aides publiques à la numérisation ne se sentent pas pour autant obligés de commercialiser les epubs réalisés : merci de m'aider à préciser les chiffres, mais Gallimard par exemple a déclaré il me semble avoir 20 000 titres numérisés pour 2000 commercialisés – la notion de <em>disponible</em>, lorsque la numérisation est faite sur fonds publics, ça commencerait là. Et chacun dans le métier sourit (vert) au nom de maison parisienne qui a encaissé l'an dernier 300 K€ pour numérisation de ses fonds et n'a rien fait. Cet argent réservé à ce tout petit noyau de gros bénéficiaires des aides CNL, qui n'en font pas bénéficier en retour l'offre publique, il aurait été simple de le diviser en deux, et d'en proposer une des moitiés aux petits éditeurs pillés, en avance sur droits de commercialisation, on n'en serait pas là...</p>
<p> </p>
<p>Le projet <a href="http://relire.bnf.fr/"><span>ReLIRE</span></a>, c'est la constitution d'un registre inaccessible (même s'il a été piraté et reconstitué en fichier Excel à la disposition publique, mais hors BNF) incluant 60 000 titres, essentiellement des <em>ragnagnas</em>, c'est-à-dire des titres relevant de productions secondaires, travaux de commandes, publications ensuite reprises dans d'autres titres, sans l'avis des auteurs, et avec un dispositif inique pour demander le retrait : formulaire avec déclaration <em>sur l'honneur</em> qu'on est bien l'auteur de ses propres textes, carte d'identité, autant de fois qu'il y a de titres, moyennant quoi vous recevez une réponse comme quoi votre dossier est en <em>instruction</em> et sera traité... dans les 3 mois. Un dispositif inique de commercialisation, confiant à l'opaque SOFIA une part des sommes encaissées, sans aucune garantie ni précision quant à ce qui sera reversé aux auteurs en bout de chaîne, avec numérisation à la moulinette et beaucoup de bricolage (par exemple, le <em>registre</em> BNF n'est même pas capable d'intégrer les auteurs de livres collectifs...).</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/relire_bnf_oeuvres_indisponibles.jpg" alt="" width="550" height="416" /></p>
<p style="text-align: center;">En version officielle</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Je reviens sur un point, qui pour moi est très douloureux, encore ce soir après 2 jours à l'Escale du Livre de Bordeaux, croisé plein d'amis auteurs qui tous avaient lu mon point de vue sur les <em>indisponibles</em> mais n'ont jamais fait un pas, de leur côté, pour une implication numérique que je considère vitale. Si dans <em>ReLIRE</em> nous avons recensé tous les auteurs de notre petite galaxie publie.net, si un des scandales de <em>ReLIRE</em> c'est de voir apparaître dans ce <em>registre</em> des titres que nous avons artisanalement et amoureusement remis nous-même en édition, et donc parfaitement <em>disponibles</em>, des dizaines ou centaines d'auteurs qui restent à l'écart du web ne sauront jamais que leur possession intime, la plus haute, ce qu'ils ont écrit, est bradé au nom de l'édition d'État.</p>
<p> </p>
<p>J'ai aussi relevé le scandale de ces auteurs majeurs de notre pays, qu'on va contraindre à la même paperasserie : Henri Maldiney, Henri Maldiney lui-même, 99 ans, notre maître des plus respectés, <a class="spip_out" href="http://relire.bnf.fr/recherche?search=maldiney" rel="external">se voit volé de 2 livres</a>, son Ponge, et son<em>Avènement de l'oeuvre</em>. J'ai utilisé le mot de goujaterie, je le maintiens. Deux textes d'Yves Bonnefoy, 94 ans : mais quand, QUAND Yves Bonnefoy aurait manifesté à quiconque qu'il ne décidait pas lui-même du destin de ses textes et à qui il les confie ? C'est rien, pour vous, Bonnefoy ? Moi il m'aide à vivre. Et je peux tenir la liste.</p>
<p> </p>
<p>Admirons d'ailleurs l'hypocrisie : ça aurait demandé combien de temps, un script qui examine si les titres spoliés n'étaient pas déjà en circulation numérique ? Réponse : ils se sont servi de la base Électre... <em>qui n'a jamais référencé la production numérique</em>, se met tout juste à ce chantier, en se limitant pour l'instant aux livres simultanément papier et numérique. C'était d'ailleurs un des motifs du coulage (immense gâchis de fonds publics aussi) de 1001Libraires.</p>
<p> </p>
<p>J'en viens au motif de ce billet : la non-implication web des auteurs me désole, même si je m'en console parce que du coup c'est place libre à la génération neuve. Mais la situation pour les <em>petits</em> éditeurs est symétrique : ils n'ont pas numérisé leur fonds, n'ont pas accès aux dispositifs de financement lourds mis en place, et, malgré les difficultés et l'érosion, ont choisi une politique de qualité, papier, typo, graphisme que nous rejoindre dans la diffusion epub. Ils savent se servir du web, à longueur de journée, de mails, de bases libraires. Si c'est un choix que je trouve incroyablement dommageable, leur non-engagement dans le numérique est une décision relevant de leur intime choix artistique, parce que ce n'est pas une profession seulement commerciale.</p>
<p> </p>
<p>Et c'est là que ReLIRE a fait passer sa moissonneuse-batteuse. Alors ces éditeurs, qui ne se sont pas mobilisés au moment de l'élaboration et du vote de cette loi, opaque et confuse, découvrent quelques jours après nous l'étendue du pillage.</p>
<p> </p>
<p>Pour les éditeurs (pas le SNE, les autres), la réaction est la même que celle des auteurs : un, ça nous appartient en propre, parce que c'est le meilleur de notre vie. Et la liberté de diffuser ou pas, nous appartient aussi. On ne vient pas piquer dans vos journaux intimes en disant : c'est écrit, ça doit être diffusé. Deux, le processus d'appropriation, et la lourdeur bureaucratique de l'<em>opt-out</em> est inadmissible. Je ne suis pas militant, j'ai assez donné merci, il y a longtemps. <em>Convaincre est infécond</em>, c'est l'axiome de Walter Benjamin que j'ai fait mien depuis longtemps, mes copains de publie.net me le reprocheraient assez d'ailleurs... C'est eux, les éditeurs, qui sont venus me parler, à l'Escale du Livre : tous venaient de faire, dans les tous derniers jours, la liste de leurs spoliations.</p>
<p> </p>
<p>Et ça ne passe pas. Ce samedi soir, la <em>loi sur les indisponibles</em> a du plomb dans l'aile, parce que ce n'est plus une révolte d'auteurs, mais une levée de boucliers de ceux qui font ce métier, les centaines d'éditeurs qui ont en charge la création de littérature.</p>
<p> </p>
<p>Moi je passe le relais. Mais je ne m'attendais pas à une réaction aussi forte. M'en a témoigné dans les premiers Jean-Paul Michel, 40 ans d'édition dans le légendaire <a class="spip_out" href="http://www.editions-william-blake-and-co.com/" rel="external">William Blake</a> : 9 livres spoliés, dont un Kenneth White, et les entretiens avec Pierre Bergounioux, Pierre qui a d'autres soucis que ces bassesses, mais qui m'avait demandé, toutes ces 5 années, de le laisser à l'écart du livre numérique. Eh bien c'est réglé, on va faire 5 titres ensemble, parce que l'amour que William Blake porte à ses ouvrages doit être la règle aussi pour le numérique. M'en a témoigné pareillement Colette Olive, fondatrice de Verdier : <a class="spip_out" href="http://relire.bnf.fr/recherche?champsTitre=&amp;champsAuteur=&amp;champsEditeur=verdier&amp;champsDate=&amp;typer=a" rel="external">15 livres</a> spoliés, dont Bernard Simeone, ami et grand poète, grand traducteur, décédé il y a une dizaine d'années mais dont le frère, et quelques proches de l'ENS Lyon, préparent livre d'hommage et rééditions – la BNF mâche les morts et les recrache, sans aucun respect à leurs proches. Dont Armand Gatti, notre immense Gatti qui a connu un autre <em>registre</em>, celui d'Auschwitz. Les flics il y a 3 ans, le <a class="spip_in" href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1839">11 juillet 2009</a>, ont bousillé au taser l'oeil de son petit-fils Joachim, l'État revient et prend l'oeuvre-centre, <em>La parole errante</em>, comme il lui prend <em>Le chant d'amour des Alphabets d'Auschwitz</em>, comme si cette oeuvre était <em>indisponible</em> alors que les Gatti sont sans cesse à travailler, construire, porter. Et Gatti a 89 ans...</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/registre_relire_bay_team_alexandriz.jpg" alt="" width="550" height="406" /></p>
<p style="text-align: center;">Mais en réalité...</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Même réaction pour Michel Valensi de <a class="spip_out" href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3447#forum8817">L'Éclat</a>, mais on vole un titre de James Sacré à un de nos plus fabuleux artisans de la typo manuelle, Djamel Meskache de<a class="spip_out" href="http://relire.bnf.fr/recherche?champsTitre=&amp;champsAuteur=&amp;champsEditeur=tarabuste&amp;champsDate=&amp;typer=a" rel="external">Tarabuste</a> (et <a class="spip_out" href="http://www.laboutiquedetarabuste.com/" rel="external">son site</a>), on dépouille <a class="spip_out" href="http://relire.bnf.fr/recherche?champsTitre=&amp;champsAuteur=&amp;champsEditeur=farrago&amp;champsDate=&amp;typer=a" rel="external">farrago</a>, qui depuis une faillite injuste se bat inlassablement pour la reprise d'un catalogue majeur, tant pis pour son môme au collège. Et quelle nullité, quand un de ces titres c'est le <em>Koltès</em> de Christophe Bident, dont une nouvelle édition est en préparation. Sans compter qu'avant <em>farrago</em> il y avait eu <a class="spip_out" href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3464">Fourbis</a> et là c'est 55 titres dont André du Bouchet, Jean Daive, Calaferte, Emaz encore, Didier Cahen, Jacques Dupin à peine enterré, Esteban, Marmande, Albiach, Juliet, Beck, Collobert, Jabès, Leiris, Risset, Kojève : on bafoue la situation sociale d'un éditeur contraint au chômage par trop de risque pris, on l'écrase en lui marchant sur le corps... Vous n'auriez pas eu l'idée ou la gentillesse, pour le vol par effraction, sur les centaines de milliers d'euros octroyés pour la numérisation des gros du SNE, de faire porter un panier repas à Jean-Pierre ?</p>
<p> </p>
<p>Idem on dépouille de 12 livres <a class="spip_out" href="http://relire.bnf.fr/recherche?champsAuteur=&amp;champsTitre=&amp;champsEditeur=cadex&amp;champsDate=&amp;n=10&amp;page=1" rel="external">Cadex</a>, dont la directrice se bat pieds et mains, depuis quelques mois, pour la création d'un café littéraire dans son village du Languedoc, avec des textes de Claude Minière, Lionel Bourg, Serge Pey qui sont le tissu vivant de la création poétique.</p>
<p> </p>
<p>Ou plus de 80 titres pris au <a class="spip_out" href="http://relire.bnf.fr/recherche?champsTitre=&amp;champsAuteur=&amp;champsEditeur=d%C3%A9+bleu&amp;champsDate=&amp;typer=a" rel="external">Dé Bleu</a>, dont Pinson, Piquet, Piccamiglio, Vercey, Josse, Sacré encore, Dreyfus qui depuis que Louis Dubost a pris il y a 2 ans sa retraite d'enseignant et d'éditeur, ont tous repris leurs droits et la liberté de republier ces oeuvres <em>dont ils ont besoin parce qu'elles sont leur vie</em>. Et accessoirement, on mutile le courageux Cadex, qui a repris une part des livres en stock pour assurer la continuité du travail de Louis.</p>
<p> </p>
<p>Et pareil pour <a class="spip_out" href="http://relire.bnf.fr/recherche?champsTitre=&amp;champsAuteur=&amp;champsEditeur=deyrolle&amp;champsDate=&amp;typer=a" rel="external">Deyrolle</a>, alors que François-Marie est en pleine recréation d'une nouvelle structure autour d'art et poésie, à qui on coupe l'herbe sous les pieds (29 titres, dont Emaz, Barnaud, Claude Louis-Combet, Klossowski même, et un texte à moi... depuis longtemps dispo sur mon site).</p>
<p> </p>
<p>J'arrête, ça suffit. Chacun maintenant est allé vérifier les siens. Personne, il y a une semaine encore, ne se rendait compte de la portée du hold-up : eh bien c'est fait, et désormais la révolte va être portée par eux, qui savent ce qu'est un sou en fin de mois, le prix d'une rame de papier et d'un envoi de livre à la Poste.</p>
<p> </p>
<p>À un éditeur comme <a class="spip_out" href="http://relire.bnf.fr/recherche?champsTitre=&amp;champsAuteur=&amp;champsEditeur=POL&amp;champsDate=&amp;typer=a" rel="external">POL</a>, propriété Gallimard, en revanche on ne prend que 4 titres seulement, et sans doute vite 3, parce que j'imagine mal Olivier Cadiot accepter la spoliation de son <em>Art Poetic'</em> – sans compter qu'un epub de l'<em>Art Poetic‘</em> sera un véritable massacre vu la mise en place typo.</p>
<p> </p>
<p>Et conclusion optimiste : dans 3 mois, si cette horreur n'est pas fichue en l'air, ce sera encore 60 000 titres (ils veulent aller à 500 000) et il faudra recommencer la paperasserie. Recommencer de regarder horrifié le pillage des livres d'Henri Maldiney et des autres...</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="margin-left: 30px;"><strong>note initiale, samedi 6 avril, 21h</strong><br /><img class="puce" src="http://www.tierslivre.net/spip/squelettes-dist/puce.gif" alt="-" width="8" height="11" /> je rappelle mon billet initial <a class="spip_in" href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3447">auteurs, contre l'État voleur, réclamez vos droits</a>, la contribution de Didier Daeninckx, <a class="spip_in" href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3450">je refuse d'être diffusé par un éditeur que je n'ai pas choisi</a>, et la très importante réponse de Lionel Maurel, blog S.I.Lex à François Gèze, membre du soi-disant <em>conseil scientifique</em> nommé à titre rétrospectif, et dirigeant du SNE : <a class="spip_out" href="http://www.actualitte.com/les-maisons/relire-ce-processus-ne-peut-maintenant-conduire-qu-a-une-catastrophe-41500.htm" rel="external">ReLIRE : ce processus ne peut maintenant conduire qu'à une catastrophe</a>.<br /><img class="puce" src="http://www.tierslivre.net/spip/squelettes-dist/puce.gif" alt="-" width="8" height="11" /> ce samedi 6 avril, nouvelle escalade, c'est à nous auteurs qu'on s'en prend, avec toutes les invectives possibles, comme s'il aurait fallu se faire voler sans rien dire – mais c'est simplement parce qu'une clé nouvelle advient...</p>
<p> </p>
<p style="margin-left: 30px;"><strong>complément, dimanche 7 avril, les intouchables</strong><br /><img class="puce" src="http://www.tierslivre.net/spip/squelettes-dist/puce.gif" alt="-" width="8" height="11" /> je rappelle idée force de ce billet : l'État consacre des centaines de milliers d'euros à la numérisation des fonds des gros éditeurs – mais ce n'est assorti d'aucune condition de commercialisation de ces fichiers, qui restent dans le coffre-fort des éditeurs pour maintenir l'offre légale dans un état d'insuffisance qui la déprécie – pour moi la notion de <em>disponible</em>ce serait d'abord de contraindre Gallimard, Editis et les autres à proposer en librairie les numérisations faites sur fonds publics ;<br /><img class="puce" src="http://www.tierslivre.net/spip/squelettes-dist/puce.gif" alt="-" width="8" height="11" /> autre idée importante : on nous dit qu'il ne tient qu'à nous de <em>sortir</em> du dispositif (« opt-out »), mais la démarche est infiniment contraignante – à nous d'en faire la preuve, et de le faire auteur + éditeur –, et si on ne le fait pas, le prestataire choisi par la BNF (sur nos sous, et donc payé 2 fois) aura exclusivité de 10 ans sur notre travail ;<br /><img class="puce" src="http://www.tierslivre.net/spip/squelettes-dist/puce.gif" alt="-" width="8" height="11" /> autre chose que je n'avais pas explorée hier en rédigeant ce billet : un autre volet ragoûtant de l'opération #ReLIRE, État + BNF avec soutien SNE + SGDL, c'est qu'on ne touche pas aux auteurs sous droits, qui seraient pourtant les plus importants à <em>libérer</em> compte tenu de l'intérêt pédagogique ou patrimonial : <a class="spip_out" href="http://relire.bnf.fr/" rel="external">cherchez</a> à Boris Vian, à Pévert, à Henri Michaux, à Louis-Ferdinand Céline, dès lors qu'il s'agit de tire-lire vous ne trouverez RIEN. C'est aux petits qu'on prend, et seulement eux. Et on voudrait nous faire croire que ce n'est pas une histoire de gros sous concertée ?</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3464">Billet originellement écrit par François Bon, paru sur Le Tiers Livre</a></p>
<p><a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3464">(CC BY NC SA)</a></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/apres-les-auteurs-les-editeurs-decouvrent-le-hold-up-relire-1965.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Sun, 07 Apr 2013 11:54:51 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Juke-Books #23 : Michel Houellebecq, poète électrique ?</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Pour son grand retour en France, Houellebecq a choisi Libération plutôt que les ondes radiophoniques. Le Juke-Books se souvient qu'au moment de <em>La Carte et le Territoire</em>, l'écrivain n'avait pas hésité à sortir deux singles pour accompagner la parution de sa nouvelle oeuvre. Cette fois, pas d'enregistrements à l'horizon, mais cela n'empêchera pas le Juke-Books de revenir sur la discographie de l'auteur...</strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>À tout seigneur tout honneur, la discographie de Houellebecq commence lorsqu'il est approché par Bertrand Burgalat, patron du label Tricatel, dès l'année 1995 : « Libération<em> avait publié sur une pleine page un extrait d'</em>Extension du domaine de la lutte<em>, un texte assez méchant sur les femmes psychanalysées. Cela m'avait attiré, le ton était acide, assez inclassable, sans être néo-hussard de droite, et le livre était pareil</em> » explique le musicien, chanteur et producteur à <a href="http://gonzai.com/michel-houellebecq-prsence-humaine-ten-years-after-premier-acte/" target="_blank">Gonzai</a> en prélude à un long entretien.</p>
<p> </p>
<p> La rencontre est fulgurante entre musicien et poète, qui s'accordent presque immédiatement malgré l'absence de formation de l'un d'entre eux : «<em> Puisqu'il ne pouvait pas compter en mesures, il se calait sur la trotteuse de l'horloge chez Tricatel pour commencer à chanter</em> », se souvient encore Houellebecq. Si, à l'époque, les prestations live ne recueillent pas vraiment les suffrages, l'album bénéficie de la musique d'Eiffel et des arrangements d'un Burgalat, proches de son propre travail avec AS Dragon. Normal, puisque le groupe est même créé spécialement pour accompagner Houellebecq en live.</p>
<p> </p>
<p>Drucker achète, en tout cas. Entre Michel, on se comprend.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Le chanteur poursuit sa carrière, avec bien plus de succès du côté de l'écriture, indéniablement : si bien que pour son 17e album solo, le lézard Iggy Pop s'inspire de <em>La Possibilité d'une île</em>. Il fait référence au roman de l'écrivain français dans un bon nombre de chansons, avec entre autres <em>King of the Dogs</em>, qui fait intervenir le chien Fox, <em>How Insensitive</em> ou encore <em>A Machine for Loving</em>.</p>
<p> </p>
<p>Plus qu'une inspiration, un quasi support d'écriture, et une bible pour le rocker, <a href="http://www.actualitte.com/societe/iggy-pop-parle-de-la-possibilite-d-une-ile-de-houellebecq-10803.htm">au moins le temps de composer l'album</a> : « <em>Je me reconnais vraiment dans ce livre. Peut-être parce que je suis obsédé par le sexe, la mort et la fin de l'espèce humaine. Comme Daniel, la protagoniste du livre, j'ai fini par me lasser d'une carrière d'artiste et je souhaite une nouvelle vie</em> » expliquait-il au <em>Billboard</em> lors de la promotion de <em>Préliminaires</em>, sorti en 2009.</p>
<p> </p>
<p>Les morceaux ont été utilisés pour le documentaire <em>Last Words</em>, qui raconte le périple de l'écrivain pour adapter sa propre oeuvre au cinéma. Rappelons d'ailleurs que <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9liminaires" target="_blank">la pochette</a> est signée Marjane Satrapi, et que l'enregistrement est le plus bizarre de la carrière du chanteur selon <em>Rolling Stone</em>. Voilà ce que c'est de traîner avec Houellebecq.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/houellebecq_liberation_2013.JPG" alt="" width="400" height="533" /></p>
<p style="text-align: center;">Michel Houellebecq en Une de Libération, mardi 2 avril 2013</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Une façon de faire le lien entre Iggy Pop et Carla Bruni : c'est aussi cela, l'écrivain français le plus célèbre. En effet, la mannequin-chanteuse a fait appel à l'écrivain pour la deuxième chanson de son troisième album, <em>Comme si de rien n'était</em> (2008). <em>La possibilité d'une île</em>, tout simplement, et une entente si bonne qu'elle mênera à un dîner au palais présidentiel, le 14 novembre 2010 au soir. Avec un certain gratin de l'édition française : Florian Zeller, <span>Isabelle Chazot, Teresa Cremisi ou encore David Kersan.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p>C'est tout de même à l'étranger que Houellebecq a encore le plus de succès : des groupes indépendants américains revendiquent son influence sur leur écriture, comme <a href="http://www.cdbaby.com/cd/ultravioleteye" target="_blank">Ultraviolet Eye</a>, qui fait du rock expérimental teinté d'électronica depuis New York, et qui titre notamment <em>Michel Houellebecq : Ordinary Guys </em>pour la 8e piste de leur album.</p>
<p> </p>
<p>Dans le cadre du projet Ball of Wax, qui propose à des musiciens de composer autour d'un document donné, R. Barrett a hérité de La Possibilité d'une île, un cadeau qu'il a exploité en trois titres, présents sur le volume 25 des compilations Ball of Wax, paru l'été 2011. <em>Beatnik</em>, <em>Heart Righteous</em> et <em>They Don't Know</em> peuvent être écoutés sur la page <a href="http://ballofwax.bandcamp.com/album/ball-of-wax-25-songs-about-books" target="_blank">Bandcamp de Ball of Wax</a>.</p>
<p> </p>
<p>Mais, comme on est mieux servi que par soi-même, l'écrivain a récidivé en février 2011 avec un single nommé <a href="http://www.musicme.com/Michel-Houellebecq/albums/Le-Film-Du-Dimanche---Single-3700551712717.html" target="_blank"><em>Le film du dimanche</em></a>, fait de deux titres inédits, l'un homonyme et l'autre intitulé <em>Novembre</em>. Si l'on vous dit que c'est du bal musette, vous y croyez ?</p>
<p> </p>
<p>Sinon, pour 2013, pas de tournée en vue, vraisemblablement...</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-23-michel-houellebecq-poete-electrique-1962.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-23-michel-houellebecq-poete-electrique-1962.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 05 Apr 2013 19:42:08 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Et on voudrait que le monde change, que les inégalités reculent</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Les Éditions de la Différence donnent ici la parole à <a href="http://www.ladifference.fr/+-limet-+.html?index=1&amp;titre=L">l'auteur belge Yun Sun Limet</a>, née à Séoul et résidant en France, docteur ès lettres. </strong><strong>Il y a quelques mois,  La Différence a publié Joseph, un vibrant hommage de Yun Sun Limet à son oncle disparu. Dans Joseph, l'auteur trace aussi, en filigrane, un portrait de la Belgique, de la Seconde Guerre Mondiale aux années soixante. Un portrait retenu par la Chambre des Notaires de Moselle qui lui remettra, le 12 avril prochain, le prix Marianne à l'occasion du Festival Littérature et Journalisme de Metz.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: right;"><span><img src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" /></span></p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Comme elle l'affirme avec force et combien de justesse dans  Joseph, pour Yun Sun Limet, "<em>La fraternité doit toujours s'inventer</em>". Or, aujourd'hui, Yun Sun Limet s'interroge sur un phénomène qui se répand comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux, « les cafés en attente » (suspended coffee), ces cafés supposés être offerts par des âmes charitables à leurs congénères les plus démunis. Mais qu'en est-il réellement de cette générosité ?</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span>Cela ressemble à une nouvelle. J'ai trouvé cette curiosité sur Internet, dans mon fil d'actualités Facebook. Je le recopie tel quel, avec les maladresses et erreurs typographiques  : </span></p>
<p><span>Cette histoire vous réchauffera mieux qu'un café dans une froide journée d'hiver:<br /> Nous entrons dans un petit café avec un ami et lançons notre commande. </span></p>
<p><span>Alors que nous nous approchons de notre table deux personnes entrent à leur tour et vont vers le comptoir : « <em>Cinq cafés s'il vous plaît. Deux pour nous et trois « en attente ». Ils paient leur commande, prennent les deux cafés et partent. Je demande à mon ami : « C'est quoi ces cafés « en attente »</em> » ? Attends et tu verras, me répond-il.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>D'autres personnes entrent. Deux filles demandent chacune un café, payent et partent. </span></p>
<p><span>Ensuite trois avocats entrent, commandent 7 cafés, trois pour boire de suite et quatre en attente.</span></p>
<p><span>Alors que je me demande encore à quoi riment ces « cafés en attente », je me laisse à profiter du beau temps dehors et de la belle vue sur la place en face du café. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Soudain un homme vêtu d'habits râpés vient à la porte et demande : « Avez-vous un café en attente ? »</span></p>
<p><span>C'est simple. Les gens paient à l'avance pour prendre un café destiné à une personne qui ne peut pas se permettre une boisson chaude. La tradition des cafés en attente (suspended coffee) a commencé à Naples mais il s'est répandu partout dans le monde  et dans certains endroits, vous pouvez commander non seulement un café mais aussi un sandwich ou un repas complet. </span></p>
<p> </p>
<p><span>Touchée par la description, je commente : « Lançons des cafés en attente à Paris ! » Puis, trottant au fil de la journée, me viennent à l'esprit toute une série d'objections. La mentalité des bistrotiers de Paris. Qui acceptera une clientèle sale et peu avenante au regard des autres clients bien mis ? Lequel prendra le risque de devenir un repaire de SDF ? Puis, sur le principe : qu'est-ce que cela change, dans le fond ? </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>C'est une forme de charité comme une autre, un peu plus sophistiquée certes que la pièce de deux euros déposée au creux de la main ou dans le carton posé par terre. On ne sait pas en payant qui viendra boire le café, ni quand. Cela prend presque des allures de jeu. Revenir plus tard dans l'établissement, guetter la personne qui demandera un café en attente, l'observer. Est-ce bien éthique, charitable ? </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Et de me mettre à rêver à tout ce qui dans nos sociétés pourrait relever de ce principe du « en attente ». Auriez-vous dans cet immeuble un studio « en attente »  afin de ne pas dormir avec ma fille dans une cabine téléphonique ? Auriez-vous dans ce magasin une paire de baskets « en attente » car je n'ai pas les 30 euros qu'elles coûtent chez Décathlon, même en promotion ? Auriez-vous une semaine « en attente »  dans ce camping car voilà trois ans que nous ne sommes pas partis en vacances avec ma famille ? </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Mais qu'est-ce qu'on attend au juste ? Que tout cela ne soit plus tenable ? Que la droite extrême fasse cesser toute attente à sa terrible façon ? En attendant, un ministre du budget avoue avoir fraudé le fisc pour 600.000 euros. La faute est la même qu'un ministre de la Jeunesse et des sports qui s'avouerait pédophile, qu'une ministre de la Santé qui reconnaîtrait participer à un trafic d'organes… Et on voudrait que le monde change, que les inégalités reculent, on a voté, y croyant, n'y croyant pas. Qu'elle est longue cette attente. Trop longue. Cela n'a aucun rapport, mais j'ai très récemment découvert (merci Pierre Autin-Grenier) l'écrivain américain Brady Udall. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Dans une des nouvelles du recueil <em>Lâchons les chiens</em>, on peut lire ceci : «<em> Parfois, je me réveille l'esprit encombré de questions impossibles. Ce matin, tandis que dans le ciel froid des montgolfières survolent le désert, ce ne sont pas, contrairement à mon habitude, des questions d'ordre universel qui m'assaillent. Aujourd'hui, je me demande qui je suis. Suis-je l'homme qui répare tout, joue au basket et conduit un pick-up de cow-boy ? ou bien suis-je le type qui rédige des mémoires à l'université et aime la poésie écrite par des femmes suicidées ?</em> » </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Suis-je une femme cadre dans un grand groupe d'édition, ou une écrivaine qui relit André Gorz pour un prochain essai sur le travail ? Et aussi, parmi les questions impossibles qui m'encombrent : que peut la littérature ? </span></p>
<p><span> </span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/et-on-voudrait-que-le-monde-change-que-les-inegalites-reculent-1964.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 05 Apr 2013 10:13:59 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Manifeste : Méfiez-vous des enfants sages (Céline Coulon)</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Ce Manifeste a été imprimé à 10 000 exemplaire et tracté sur les campus de grandes villes étudiantes de France (Paris, Nantes, Rouen, Grenoble, Lyon…) à l'occasion de la sortie en poche chez Points du premier roman de Cécile Coulon (écrit à 18 ans !), <em>Méfiez-vous des enfants sages</em>. </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Ce manifeste s'accompagne d'une courte vidéo dans laquelle Cécile Coulon s'adresse à sa génération. La vidéo était notamment relayée sur les tracts (par le biais d'un flashcode) et a été diffusée largement sur Internet par les éditions Points.</strong></p>
<p><strong>  </strong></p>
<p><strong>L'opération consacrée à Cécile Coulon était intégrée à une campagne en librairie, qui mettait en avant 7 romans dans lesquels les jeunes prennent la parole. On retrouvait également dans cette sélection des romans d'Irvine Welsh (Trainspotting), Richard Milward (Pommes), Alan Warner (Les Soprano), Chip Kidd (Cheese Monkeys) et Sapphire (Push) (toute la sélection est <a href="http://www.lecerclepoints.com/page-les-jeunes-prennent-parole-dans-7-romans-manifeste-287.htm#page">à cette adresse</a>).</strong></p>
<p><span> </span></p>
<p><strong>ActuaLitté publie ici l'intégralité du Manifeste</strong></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Jamais personne ne pourra dire que nous sommes restés silencieux. </span><br /><br /><span>Puisque la lumière peut frapper le pire, en faire jaillir le meilleur, puisque personne n'épuise les forces de ceux qui n'ont rien à prouver et tant à offrir, puisque le monde regorge de beautés sordides et d'humanités divines, nous ne voulons pas baisser les yeux comme de vieux chiens fatigués d'avoir longtemps couru, nous ne pouvons pas travestir nos principes, les déguiser quand la tendance nous l'ordonne. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Nos vices sont simples, nos caresses aussi, nous savons qui nous sommes et nous saurons qui vous êtes. Quand la musique n'est plus, des voix hurlent, des cordes grincent, des vents soufflent en nous plus fort, toujours plus fort, encore plus fort, jusqu'à ce que les douleurs se taisent enfin, tranchées par des mains de fer, jetées à ceux qui ne se doutent pas que nos drapeaux se sont levés plus haut pour ne jamais redescendre. </span><br /><br /><span>Il n'est jamais trop tard pour comprendre que des pièges ont été posés à l'intérieur même de nos cages. Aujourd'hui, nos ailes sont lisses et soyeuses et refusent de se battre. Nos estomacs n'ont pas connu la faim, au contraire. Lourds et pleins, voilà ce que nous sommes devenus. Pourtant, nous avons soif, nos gueules ouvertes ont séché, nos cerveaux comprimés respirent comme des enfants malades. Nos plumes, ce sont des pierres. Longtemps, nous avons cru qu'il existait une vérité suprême ; maintenant notre unique combat ressemble à l'animal qui se dévore lui-même. </span><br /><br /><span>Assez.</span><br /><br /><span>Avant de vouloir changer le monde, épuisons-nous : ce que nous sommes capables d'accomplir dépasse notre pouvoir d'imagination. Il n'y a pas de honte à connaître ses limites, mais cessons d'appeler courage le simple fait de les franchir. La force ne suffit pas, l'amour non plus. Le désir est un moteur qui s'essouffle trop vite pour que l'on puisse s'y fier. La confiance est un instrument toujours mal accordé, l'affection un amour tiède et sans profondeur. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Nos familles explosent, nos lits sont défaits, nos draps sales et troués abritent des hommes incapables de grandir, effrayés par la vieillesse, alors qu'ils sont nés avec des rides plein les entrailles et des cadenas autour des aortes. Embourbés dans la paresse, la bouche remplie des boyaux d'idées cent fois reçues et cent fois renvoyées, ils vivent avec nous, sur nous, en nous, ils prennent la place de nos émotions, ils s'insinuent dans nos discours, ils font l'amour quand nous dormons et accouchent d'êtres monstrueux qui naissent avec un gésier à la place du cœur. </span><br /><br /><span>Puisqu'il ne suffit pas de résister pour se sentir vivant, puisque croire en l'homme ce n'est pas lui faire la guerre mais lui procurer la paix, puisque rien ne peut détruire la puissance de ce qui nous paraît juste, nous voulons boire à la source de la joie, régner avec sagesse sur nos univers intérieurs avant de donner des leçons à nos voisins. Ces mots ne demandent rien, n'inventent rien, ne proposent rien. C'est un souffle, un corps sans arme et sans défense, un point d'interrogation dont la courbe ressemble à la corde d'un pendu qu'une main bienveillante aurait dénouée.</span><br /><br /><span>Et puisque nous savons que marcher derrière ou à l'avant du troupeau ne signifie pas que nous cessons d'en faire partie, nous ne sommes sûrs de rien. Pourtant, il est hors de question que nous nous contentions d'exister : nous voulons vivre, une bonne fois pour toutes.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Un appel de Cécile Coulon</span></p>
<p><span>© Éditions Viviane Hamy, décembre 2012</span></p>
<p><a href="http://www.lecerclepoints.com/page-manifeste-enfants-sauvages-appel-cecile-coulon-275.htm"><span>Voir Le Cercle Points</span></a></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span></span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/manifeste-mefiez-vous-des-enfants-sages-celine-coulon-1963.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 04 Apr 2013 18:15:13 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Juke-Books #22 : MC Jean Gab'1, « J'ai jamais rêvé en lisant un bouquin »</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Après avoir pris le temps de parcourir de son diamant les pages du livre de MC Jean Gab'1, le Juke-Books s'est débranché le temps qu'il faut pour aller en apprendre un peu plus auprès du Fossoyeur en personne. Lequel a bien voulu l'accueillir le temps d'un de ses entraînements qu'il pratique depuis plusieurs années, parallèlement à son activité de rappeur. Lequel a déjà écrit pas mal de chefs-d'oeuvre avant d'entamer son premier livre.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><br /></strong>Être surnommé « Le Fossoyeur » par ses propres ennemis implique que la réalité ait dépassée la réputation, le rap <em>game</em>, tout ce que l'on pourra dire ou écrire sur quelqu'un. Alors c'est lui qui s'en charge : MC Jean Gab'1 a publié un premier roman chez Don Quichotte. <em>Sur la tombe de ma mère</em>, « <em>plutôt un exutoire</em> » sur les jeunes années de Charles M'Bouss (aka « <em>Charles, P'tit Charles, Leuleu, Mc Jean Gab'1, Mc Jean Radin, allez savoir pourquoi...</em> », énumère l'intro du roman), rédigé à la 1e personne.</p>
<p> </p>
<p>Jean Gab'1 et Youcef, deux coéquipiers de la Punishment Team, gravissent les Buttes-Chaumont. Direction le parc pour enfants, où une structure de jeu traversée de barres en barres constituera leur terrain pour un <em>street workout</em>. « <em>C'est ni un truc de culturiste, ni du freestyle pour se la raconter : la répétition va les tuer, et impossible de se doper parce qu'il s'agit d'efforts intenses pendant une minute</em> » explique Jean Gab'1 en saisissant les <em>handstand grips</em>, ses seuls accessoires. Puis, calmement, il retourne tout le monde :</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> <img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/Youcef_MC_Jean_Gab1_street_workout_Punishment_Team.JPG" alt="" width="300" height="399" /></p>
<p style="text-align: center;">Youcef, MC Jean Gab'1 : « Bloque les poignets ! »</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: left;">Si son maxi <em>Mec À L'Ancienne / Streetlife </em>sort en 1998, c'est avec le titre <em>J't'emmerde</em> que MC Jean Gab'1 impose son passage dans le rap français, en se mettant à dos toute la profession. <em>Clash</em> exaustif, le morceau déclenche une déferlante de réponse de la part des autres MC's, mais Jean Gab'1 est déjà loin. Il s'est payé la tête de tout le monde en 5 minutes en mélant français années 50 (« <em>poltron</em> », «<em> mirettes</em> »...), images criantes (« <em>mazouter le pingouin</em> », dont on ne précisera pas le sens) et verlan débridé, sans effort apparent : « <em>La musique, ça a été dès le début un tremplin pour le cinéma.</em> »</p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;">Le <em>emcee</em> se partage entre la France, le Cameroun, l'Allemagne, les États-Unis, a été enfant de la DDASS, séparé de ses attaches familiales, placé en foyer et rapidement en détention. Vous l'avez catégorisé ? Et bien : il n'a pas connu le Cameroun, a vécu dans le 15e et à Neuilly, et parle 4 langues, dont une apprise avec sa fiche administrative en prison. Pas d'érudition, toutefois : « <em>J'ai pas lu grand-chose pour le roman, à part Iceberg Slim et Chester Himes, qui m'ont permis de voir que je pouvais avoir une autre façon d'écrire, qui soit aussi la mienne.</em> »</p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/MC_Jean_Gab1_street_workout_3.jpg" alt="" width="500" height="375" /></p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;">Deux figures de la littérature afro-américaines : le premier, Iceberg Slim, raconte dans une autobiographie depuis devenue mythe du rap, <em>Pimp</em> (1967), sa vie de proxénète. Une des cibles de Jean Gab'1 dans <em>J't'emmerde</em>, Booba, ne l'a jamais terminé (« <em>Je n'arrive pas à lire. [...] J'ai essayé de lire Iceberg Slim mais je ne rentre pas dedans</em> », explique-t-il dans <em>Combat Rap II</em>, de Thomas Blondeau et Fred Hanak). Chester Himes, écrivain policier, a quant à lui déboulé dans le monde des lettres avec sa série de romans « <em>Ed Cercueil et Fossoyeur Jones</em> ».</p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;">« <em>Je n'ai jamais rêvé en ouvrant un livre</em> » explique MC Jean Gab'1, qui reste toujours attentif aux mots qu'il utilise : « <em>À ma sortie de prison, le français me paraissait précieux, "J't'encule" c'était pratiquement une politesse à côté de l'allemand. Tu dresses pas les tigres en leur parlant français, tu vois !</em> » </p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: center;">{CARROUSEL}</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: left;">Sa vie à la DDASS l' a rompu à l'audace : fin 2011, MC Jean Gab'1 pousse la porte de la maison Don Quichotte, sur les conseil de Faïza Guène, auteure de <em>Kiffe kiffe demain</em>. « <em>J'y suis allé au culot, parce que je n'avais pas de rendez-vous, mais aussi en hésitant, parce que je ne savais ce qu'il y avait derrière</em> » se souvient le rappeur. Il avait travaillé la moitié de son texte, sans les « <em>Eh ma gueule</em> » et autres adresses qui rythment ses chansons : « <em>Ça aurait été relou, et puis probablement illisible.</em> »</p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;">Personne ne le soupçonnera d'être plus rentré dans le <em>book game</em> que dans un rap <em>game</em> qu'il n'a jamais reconnu : lorsqu'il apparaît en salon, c'est pour In/Différences, organisé dans une librairie de Vauvert, et dirigé <a href="http://www.actualitte.com/les-maisons/in-differences-le-festival-du-livre-contre-la-discrimination-40993.htm" target="_blank">contre les discriminations et le racisme</a>. «<em> Il y a du débat comme du faux débat autour du racisme, mais le bled va devenir communautariste, chacun va rester dans son groupe pour assurer sa position, et il n'y aura plus aucun échange</em> » diagnostique le <em>emcee</em>. Lui, il a encore pu en profiter : « <em>Je revendique la culture française, la France est un beau pays, mais elle vit trop sur son Histoire, et j'irai pas crever pour un pays qui représente pas ce qu'il représente</em> » claque-t-il en imitant un tirailleur sénégalais envoyé au front par des colons français.</p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> Pendant 2 heures, Le Fossoyeur et Youcef ont enchaîné les exercices, très calmement, avec des pauses régulières mais très courtes entre chaque. Ils savent ce qu'ils font, maîtrisent leurs corps : à 46 ans, seules 2 ruptures du ligament ont amoindri les capacités de Jean Gab'1. Et sautent de la discipline à l'autodérision : « <em>J'ai pas envie d'être un autre Jean-Pierre Bacri. Y'en a déjà un, et j'ai pas la bonne couleur pour faire l'autre.</em> »</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-22-mc-jean-gab-1-j-ai-jamais-reve-en-lisant-un-bouquin-1959.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 29 Mar 2013 17:00:15 +0100</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Le flan se donne un aspect lisse, doré, utilise un arôme de démocratie</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Un système à impulsions et à interconnexions exclusivement financières s'est progressivement emparé de la planète au cours de ces trente-cinq dernières années. Ce système a créé un monstre qui attaque aujourd'hui la plus petite parcelle de vie partout dans le monde. Aucun pays n'échappe désormais à cette descente aux enfers, quelle qu'en soit la forme spécifique <em>apparente</em>. Hawa Djabali, dont les Éditions de la Différence viennent de publier <em>Noirs jasmins</em>, s'associe ici à un cri de révolte, à une colère, qui ne s'apaiseront plus. </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p> </p>
<p style="text-align: right;"><img style="float: right;" src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" /></p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p><br /><br /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Ô Flan !</span></p>
<p> </p>
<p><span>Les dérivés d'un flan insipide  ne sont pas toujours « tire-au-flanc », parfois, ils s'agitent, se passionnent… Comment coincer un centre culturel arabe qui prétend qu'il n'y a d'intégration que réciproque ? Comment faire en sorte que les gamins de « l'immigration » n'aient pas accès à la formation artistique ? Comment garder coûte que coûte des lieux de formation qui ne forment pas ? Comment se débrouiller pour que les écrivains quittent le pays ? Comment faire pour qu'un style d'expression plastique ne soit pas un choix mais le résultat d'une carence artistique ? Voici quelques uns des problèmes qui doivent hanter leurs nuits.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>En réalité, les dérivés chimiques du flan travaillent énormément ! Ils ne sont évidemment pas intelligents, ça ferait tourner le flan, mais ils sont malins ! Ils doivent se montrer très inventifs pour que l'argent dévolu à « La Culture » soit à portée de main des politiques qui s'en servent pour arroser les parts du flan de jus et de coulis de couleurs différentes (on dit  « jus de partis » mais il faut éviter de mettre un « e » à la fin du mot). </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Alors, en regardant les parts du côté gauche, on observe que le flan est rond, et tourne. On croit qu'il y a une gauche, on découvre l'illusion et on reste la bouche ouverte, comme deux ronds de flan ! Et puis il y a des noyaux de fruits qui sont restés au fond du flan, par exemple, le testament d'Adolphe qui ne voulut pas apprendre à peindre et barbouilla le monde de couleurs sales, celui de Benito qui ne savait pas que le talent littéraire venait à partir de sept ou huit heures de travail par jour, et gribouilla de vilains graffitis sur son pays… Le problème, avec le flan, c'est qu'il prête toujours le flanc à un caramel amer (on appelle vulgairement ce caramel âcre, médiocrité).  </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Recrutés avec ou sans diplômes, mais, impérativement, sans niveau culturel, du bureaucrate, du simple inspecteur au ministre, rageurs et démagogues, les dérivés du flan ont des buts à atteindre : détruire la société civile, faire les événements « <em>culturels</em> » à la place des artistes et des intellectuels et surtout, surtout, empêcher toute forme de création. La création, c'est l'ennemi. Et là, il faut bien reconnaître que c'est une vraie tradition culinaire, de Magritte à Jacques Brel en passant par Béjart,  tous genres, talents et styles confondus, le flan perd ses fluides qui se dispersent hors du plat pour survivre.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Le flan se donne pourtant un aspect lisse, doré, utilise un arôme de démocratie, d'Etat de droit, mais son goût est affreux, en vérité ! Tempêtes des groupes d'influence, chocs des piliers et « magouilles », corruption visqueuse, si peu voyante…</span></p>
<p> </p>
<p><span>Alors, que deviennent ceux qui n'ont pas envie de manger de ce flan ? Les pratiques fascisantes sont toujours de mise : mauvaise foi, mensonges, réponses hors propos, textes jamais lus, jamais compris, juridiction si molle qu'on meure avant de retrouver ses droits, et surtout harcèlement, jusque dans la vie privée.</span></p>
<p> </p>
<p><span>Les seuls symptômes de ce qui est appelé pompeusement « culture » sont les produits marchands dits « culturels », la démago-formation, les petits jeux de joyeuse colonies de vacances pour adultes encadrés. L'expression est libre : on peut s'enfoncer dans la pornographie, l'inceste, la pédophilie à loisir ! On peut parler de tout ! Sauf des tabous, sauf de politique au sens étymologique du terme, sauf de philosophie, sauf de la vie hors télévision, hors clichés.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Ecrire au cœur du flan, c'est s'exposer à la haine hiérarchique d'une médiocratie organisée. Chaque injure reçue exige que l'injurié présente des excuses.  Chaque mensonge administratif prend force de loi, de pénalité, que personne, absolument personne ne prendra le risque de démentir.</span></p>
<p> </p>
<table border="5" cellspacing="0" cellpadding="2" align="right">
<tbody>
<tr>
<td>
<p><img style="float: right;" src="http://actualitte.com/images/actualites/Hawa_Djabali.jpg" alt="" width="160" height="239" /></p>
<p style="text-align: right;"><strong><span style="font-size: medium;">Hawa Djabali</span></strong></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><span>Un flan est-il violent ? Un flan insipide peut-il être poison ?</span></p>
<p> </p>
<p><span>Et si les habitants du plat ne peuvent relever leur héritage, écrasés par le poids du flan, au nom de quoi les nouveaux venus, échoués là comme des raisins secs desséchés, portés par la cuillère de l'absurdité internationale, auraient-ils le droit à la culture ?</span></p>
<p> </p>
<p><span>Culture : communication, savoir-vivre, savoir-faire, racines, projets, mise en mots, en formes,  en couleurs, en sons, en arômes, en textures… Culture : poèmes nés de l'amour, des pleurs, de l'inconfort millénaire de la douleur de vivre. Culture : sciences, constructions, passation des acquis. Culture : projet humain. Où le bât blesse-t-il ? Quelle société, la nôtre, peut-elle produire des médiocres aussi furieux ? Ils ont mal, très mal. Ils sont très à l'étroit dans leur impuissance. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : d'une part de population châtrée, excisée. Et la machine est lancée : chaque génération renonce un peu plus et forme une génération qui renoncera davantage. Point n'est besoin de folie religieuse, le flan est mou, l'école et la télévision suffisent, les intégrismes sont même les bienvenus lorsqu'ils détournent l'opinion publique de ses propres problèmes sociaux. Et les dérivés du flan chimique sont responsables de la bonne marche des inégalités monétaires : postes importants s'il en est ! Il faut protéger le Capital si l'on veut avoir accès à une petite part de flan…</span></p>
<p> </p>
<p><span>L'impuissance est dangereuse, qu'elle soit physique ou intellectuelle, elle est privation, rupture du désir, abandon de vie. Celui qui se noie entraîne celui qui pourrait le sauver : par affolement. Qui pourrait juger et condamner ? Qui pourrait faire le procès d'un flan ?</span></p>
<p> </p>
<p><span>Alors, il faut résister dans ce flan où l'on ne peut ni nager, ni flotter, ni pédaler sous peine d'être englouti. Que faire ? Un petit tunnel jusqu' l'oxygène. En clair, si l'on écrit, écrire encore, si l'on réfléchit, réfléchir encore. Le riche peut-il imaginer que l'on ne craigne pas la pauvreté ? L'arrogant  conçoit-il qu'on ne craigne pas même de disparaître ? Quelle terreur peut venir à bout de celui qui ne craint ?</span></p>
<p> </p>
<p><span>Mais se battre à l'intérieur d'un flan sans goût, sans onctueux, sans parfum, est un sport épuisant, fut-il bien froid, assez nordique, assez riche, fut-il le cœur administratif d'une grande puissance…</span></p>
<p> </p>
<p><span>Comme des fétus de paille, les circonstances violentes de notre temps, des systèmes en cours, nous ont soulevés de nos sols et  transformés en exilés. On nous a « flanqués » n'importe où. </span>Nous, les flanqués, quel recours avons-nous contre un néo-colonialisme qui nous atteint de plein flanc aujourd'hui, que nous soyons chez nous ou chez eux ?</p>
<p> </p>
<p><span>Ô Flan ! On veut que je flâne, on veut que je flanche : je ne flâne ni ne flanche, j'écris.</span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/le-flan-se-donne-un-aspect-lisse-dore-utilise-un-arome-de-democratie-1960.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/le-flan-se-donne-un-aspect-lisse-dore-utilise-un-arome-de-democratie-1960.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 28 Mar 2013 11:12:07 +0100</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Numérisation des indisponibles : quel respect de l'intégrité des oeuvres ?</title>
				<description><![CDATA[<div class="page" title="Page 1">
<div class="layoutArea">
<div class="column">
<p><span>La Loi sur les œuvres Indisponibles du X</span><span>Xe siècle est entrée dans sa phase de </span><span>mise en œuvre (</span><span>ReLIRE</span><span>) avec la publication de la première liste d'ouvrages </span><span>destinés à entrer en gestion collective. </span>Nous avions soulevé plusieurs points qui nous paraissent contestables dans le principe même de la Loi :</p>
<p><span> </span> </p>
<p><span>– Cette Loi a été conçue comme une exception à la conception du Droit d'Auteur </span><span>français et est en contradiction avec le Code de la Propriété Intellectuelle (CPI).</span></p>
<p><span> </span></p>
<p> En adoptant une procédure d'opt-out qui exonère le gestionnaire des droits de demander son avis à l'auteur pour exploiter son œuvre, celui-ci n'ayant pour recours que d'effectuer une veille afin de faire valoir ses droits s'il s'y oppose, c'est toute la conception du Droit d'auteur qu'on inverse.</p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Sans compter que dans les formalités d'opposition, il incombe à l'auteur </span><span>d'apporter la preuve qu'il est bien le propriétaire de son œuvre. Ce qui, là encore, </span><span>entre en contradiction avec le CPI (l'article L111-</span><span>1 dit que l'auteur d'une œuvre </span><span>de l'esprit, par le fait de sa création, en est le propriétaire).</span></p>
<p><span> </span> </p>
<p><span>Une recherche systématique des ayant-droits par les sociétés de gestion paritaire </span><span>avait été annoncée, mais il semble qu'elle ait été pour l'instant insuffisa</span><span>nte.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span><img src="http://actualitte.com/images/actualites/Maester_numerisation_oeuvres_indisponibles_snac_BD.png" alt="" width="580" height="461" /><br /></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p> </p>
<p><span>– De plus, alors que la Loi sur les œuvres Indisponibles part du constat de l'inexploitation de l'œuvre par l'éditeur, elle le conserve à l'intérieur du système en tant qu'ayant droit et cessionnaire prioritaire des droits numériques. Se pose </span><span>la question de la légitimité d'un dispositif qui renforce les droits d'un éditeur qui </span><span>n'assurait plus son obligation d'exploitation permanente de l'œuvre</span><span>.</span></p>
<p><span> </span> </p>
</div>
</div>
<img src="file:///page1image14216" alt="page1image14216" width="42.984000" height="0.479980" /></div>
<div class="page" title="Page 2">
<div class="layoutArea">
<div class="column">
<p><span>– </span><span>Cette logique a d'ailleurs conduit à imposer une gestion paritaire : éditeurs- auteurs (la SOFIA a été rete</span><span>nue à ce titre) là où une société d'Auteurs eut été </span><span>beaucoup moins contestable. </span></p>
<p><span>Toutes ces critiques ont déjà été formulées. Mais un certain nombre de </span><span>dysfonctionnements lors de la mise en route ne peut qu'accentuer la méfiance </span><span>des auteurs.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Il semblerait </span><span>ainsi que des œuvres datant de 2001 aient été inclues dans la liste, alors que le dispositif ne devait concerner que des œuvres antérieures à </span><span>cette date.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Mais il y a aussi des problèmes spécifiques à la bande dessinée, et la première </span><span>liste d'œuvres comporte des œuvres de bande dessinée.</span></p>
<p> </p>
<p><span>Contrairement aux œuvres purement textuelles, la bande dessinée est un </span><span>médium visuel, et son sens est intrinsèquement lié à la perception et à l'objet livre (vis-à-vis, saut de page...).</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Le passage en numérique est donc périlleux et peut constituer une atteinte au </span><span>droit moral de l'auteur, et ce d'autant plus si l'œuvre est en couleur : le processus </span><span>de numérisation est de nature à modifier la couleur (passage d'un spectre CMJN à un spectre RVB, détérioration et distorsion des couleurs de l'édition originale...).</span></p>
<p> </p>
<p><span>C'est d'ailleurs pour cela que dans l'accord CPE/SNE signé jeudi dernier une </span><span>distinction a été opérée entre œuvre textuelle et œuvre illustrée : dans la cas </span><span>d'un livre numérique homothétique, le cromalin papier (ou le livre imprimé dans le cas présent) vaut pour bon à tirer, sauf dans le cas d'un livre illustré, ou une épreuve numérique distincte est obligatoire. Même si la modification du CPI n'a pas encore fait l'objet d'un projet de loi pour le rendre obligatoire, ce principe réaliste, présent dans un accord élaboré sous l'égide du Ministère de la Culture, </span><span>devrait pour le moins être appliqué dans le cas du registre des œuvres </span><span>indisponibles.</span></p>
<p> </p>
<p><span>Nous posons donc la question : quel moyen a été envisagé pour permettre aux </span><span>auteurs de vérifier s'il n'y a pas atteinte à l'intégrité de leur œuvre ?</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><strong>Mise à jour :</strong></p>
<p>Pour répondre à l'interrogation des membres du SNAC BD, ActuaLitté a pu solliciter un interlocuteur proche du dossier. Selon lui, l'intégrité des oeuvres ne court pas de risques, et les auteurs peuvent dormir sur leurs deux oreilles : toutes les précautions ont été prises : </p>
<blockquote>
<p><em>La loi du 1er mars 2012  respecte bien évidemment le droit moral des auteurs. C'est le droit commun qui s'applique (article L.121-1 du CPI) et la loi du 1er mars prévoit en plus une possibilité d'opposition à tout moment en cas d'atteinte à l'honneur et à la réputation de l'auteur. Le droit au respect de l'intégrité de l'œuvre (composante du droit moral) permettra toujours aux auteurs de s'opposer à la diffusion des livres. </em></p>
<p><em>Pas de mise à mal du droit moral, pas de polémique. Le droit moral des auteurs est préservé et il peuvent le défendre à tout moment. </em></p>
</blockquote>
<p> </p>
<p>A bon entendeur.</p>
<p><span> </span></p>
</div>
</div>
</div>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/numerisation-des-indisponibles-quel-respect-de-l-integrite-des-oeuvres-1958.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/numerisation-des-indisponibles-quel-respect-de-l-integrite-des-oeuvres-1958.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 27 Mar 2013 16:49:28 +0100</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Enterrer le livre numérique enrichi : ne pas penser 'livre', mais 'histoires'</title>
				<description><![CDATA[<p>Dès lors qu'on parle de <em>« livre enrichi »</em>, les passions se déchaînent, les têtes s'échauffent et les mots dépassent quelquefois la pensée.</p>
<p> </p>
<p style="margin-left: 60px;">Le livre enrichi tel qu'il est aujourd'hui imaginé n'est ni plus ni moins que du web, qui lui-même a succédé aux premières applications interactives et hypertextuelles sur CD-ROM. Parler de livre augmenté, c'est donc un truc marketing pour vendre ce qui jusque-là était diffusé gratuitement en ligne. À l'écriture graphique, on ajoute quelques add-ons des autres écritures, mais on n'invente pas une nouvelle écriture. Tirer plus loin le livre ce serait le pousser vers les jeux vidéo, le faire basculer dans un autre art.</p>
<p style="margin-left: 60px;">Pas plus qu'au livre enrichi, je ne crois au livre interactif, à la lecture non linéaire.</p>
<p style="margin-left: 60px;">Thierry Crouzet, <em><a href="http://blog.tcrouzet.com/2013/03/23/le-livre-augmente-est-une-impasse-marketing/" target="_blank">Le Livre enrichi est une impasse marketing</a></em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Partisans et détracteurs de l'enrichi se sont opposés l'espace d'une petite heure hier sur Twitter, dans une ambiance détendue mais néanmoins révélatrice du malaise ambiant. J'en profite donc pour mettre les choses au clair au sujet de ce <em>mythe</em> qu'est le livre enrichi, et de ce qu'il est censé véhiculer.</p>
<p>Pour commencer, j'ai l'impression qu'un malentendu strictement <em>lexical</em> existe. Petite explication.</p>
<p> </p>
<p><a href="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.00.44.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-2424" src="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.00.44.png" alt="Capture d'écran 2013-03-25 à 17.00.44" width="512" height="145" /></a></p>
<p> </p>
<h2>Le « livre enrichi »: peut-être une appellation erronée?</h2>
<p>Pour parler d'un concept, il faut des mots pour le définir, lui donner des limites : les américains ont choisi le terme d<em>‘enhanced ebooks</em> pour désigner ce que nous appelons "<em>livre enrichi". </em>Deux choses: d'abord, on remarquera que le <em>enhanced</em> se réfère en anglais à <strong>l'ebook </strong><em>(la publication numérique donc),</em> alors que  l'<em>enrichi</em> s'accole au <em>livre (de manière indifférente)</em>.</p>
<p> </p>
<p>Chez les anglophones, on augmente donc <em>l'ebook,</em> pas le livre en général. Et c'est une grande différence, surtout dans un pays comme la France où l'on sacralise le livre dans ce qu'il a de plus noble. Le livre, en soi, ne peut fondamentalement être « amélioré », puisque le livre est un concept vague qui englobe la bande-dessinée, le recueil de recettes de cuisine, la grande littérature en passant par toutes sortes de subtilités jusqu'au codex, l'incunable ou le <em>volumen</em>.</p>
<p> </p>
<p>Soyons clairs sur un point: de la même manière que je vois pas comment on peut améliorer « le bois », je ne vois pas comment on peut améliorer « le livre ». Le livre est une constante : l'ebook en est une variation.</p>
<p> </p>
<p>Donc petit aparté linguistique: il semblerait un peu plus cohérent de parler d'ebook enrichi, plutôt que de livre enrichi…</p>
<p> </p>
<p>Car d'autre part, en anglais, <em>« enhanced »</em> a deux sens: il peut signifier<em>« amélioré »</em>, mais aussi <em>« augmenté »…  </em>là où <em>« enrichi »</em> a peut-être une connotation qualitative trop marquée. Ajouter une préface, une explication de texte, des notes, c'est déjà du <em>« enhanced »</em>… et nous le faisons depuis des années, sans avoir attendu le numérique.</p>
<p>Fin de l'intermède traduction. Peut-être la mésentente sur le mot, plutôt que sur le fond, peut expliquer quelques réticences.</p>
<p>Car l'ebook<span> enrichi ne prétend pas </span><em>améliorer</em><span> Shakespeare ou rendre la pensée de Nietzsche plus puissante. Ces auteurs s'auto-suffisent, ainsi que beaucoup d'autres.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Mais doit-on pour autant voir dans le livre un continent protégé et immuable? Je ne le pense pas. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><a href="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.01.06.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-2425" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.01.06.png" alt="Capture d'écran 2013-03-25 à 17.01.06" width="512" height="275" /></a></p>
<p> </p>
<h2>Le mythe de l'ebook enrichi déclinant</h2>
<p>Tous les deux jours, un article paraît sur la toile pour promettre la mort de l'ebook enrichi, un concept tué dans l'oeuf et voué à l'oubli. « <em>Sacré parmi les sacrés, le livre se suffit à lui-même et n'a pas besoin de toutes ces fanfreluches pour exister. »</em> Quoi? Insérer une vidéo au milieu de L<em>a Légende des Siècles</em>? Mais vous n'y pensez pas !</p>
<p> </p>
<p>Alors oui : Victor Hugo n'a pas besoin d'un <em>lolcat</em> pour faire briller sa puissance évocatrice. En revanche, j'invoque le manque d'imagination. Car si Corneille avait pu utiliser de la vidéo lors des représentations du <em>Cid</em>… <em>qui nous donne la certitude qu'il ne l'aurait pas fait? </em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Réduire l'ebook enrichi<em> (je déteste ce mot, et j'espère qu'il disparaîtra rapidement au profit de celui, plus généraliste, d'ebook tout simplement)</em> à mettre une vidéo entre deux chapitres, insérer un grincement de porte en fond sonore et faire joujou avec un bonhomme qui fait coucou montre de façon assez évidente combien peu de gens se sont véritablement rendu compte du potentiel de ce que, par commodité, nous appelons l'ebook enrichi.</p>
<p> </p>
<p>Non, l'ebook enrichi, ce n'est pas ça. Ce n'est pas <em>que</em> ça. Et le penser, c'est encore une fois faire preuve d'un flagrant défaut d'imagination, d'une certaine méconnaissance technique ou d'un mépris aggravé… voire des trois en même temps.</p>
<p> </p>
<p>Il est un sport français: celui de se fermer des portes que l'on n'a même pas encore pris la peine d'essayer d'ouvrir proprement.  Alors par commodité, on invoque la mort de l'ebook enrichi, là où les expérimentations en sont encore à leurs débuts et qu'à part quelques exceptions notables, rien ne sort encore vraiment du lot.</p>
<p> </p>
<p>Mais imaginez un instant qu'au motif de n'en avoir pas vendu tout de suite des centaines de milliers, Gutenberg ait décidé de mettre sa presse dans une benne à ordures de Mayence. Imaginez que Nokia se soit contenté d'essayer vaguement le concept de téléphone portable avant de décréter, 6 mois plus tard, que c'était un échec et qu'il fallait arrêter la production. Ou que seulement parce qu'on ne pouvait pas faire grand-chose de plus qu'une simple opération arithmétique avec un ordinateur au début, IBM ait jeté l'éponge et se soit contenté de faire des calculatrices.</p>
<p> </p>
<p>Une technologie, quelle qu'elle soit, demande un temps d'adaptation, de sondage, de tests. L'ebook homothétique est encore pour 90% de la population mondiale une révolution technologique sans précédent et on voudrait nous faire croire que l'ebook enrichi est à l'agonie. Ha ! Mais personne n'a encore vu 10% de ce que l'ebook nous réserve dans les prochaines années !</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.00.31.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-2423" src="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.00.31.png" alt="Capture d'écran 2013-03-25 à 17.00.31" width="509" height="149" /></a></p>
<p> </p>
<p>Il est d'ailleurs curieux de voir que les détracteurs de l'enrichi sont souvent, par ailleurs, actifs dans le domaine de l'ebook, et crient au scandale quand Frédéric Beigbeder lance diatribe sur diatribe contre les publications numériques. Mesdames et messieurs, il ne s'agit pas de reporter le mépris sur un autre secteur, et dire que l'ebook enrichi est moins<em> « noble »</em> que l'ebook homothétique. On marcherait sur la tête !</p>
<p> </p>
<p>Si l'on ne demande pas à <em>tous</em> les ebooks d'être enrichis, on peut légitimement avancer l'idée que <em>certains</em> ebooks méritent de l'être… puisque conçus ainsi dès le départ. Il y a de la place pour toutes les créations.</p>
<p> </p>
<h2>La palette des enrichissements</h2>
<p>Oui, l'enrichi est simplement un autre mot pour décrire… un vaste océan de possibilités.</p>
<p> </p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-2419" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.01.22.png" alt="Capture d'écran 2013-03-25 à 17.01.22" width="509" height="90" /></p>
<p> </p>
<p>Qu'on y réfléchisse: en soi, une image cliquable, c'est déjà de l'enrichi. Une note de bas de page reliée par une balise de lien, c'est déjà de l'enrichi… dans le sens où malgré tous nos efforts, il ne sert à rien — sur la version papier de l'ouvrage — d'appuyer sur le numéro de la note pour aller automatiquement à la page correspondante. Le lien — <em>l'hyperlink</em> — est en soi une forme d'enrichissement… et tout le monde concède que l'hyperlink est une avancée notable en matière de publication numérique. Mais l'enrichi n'est bien entendu pas cantonné aux simples liens.</p>
<p> </p>
<p>Je ne vais pas refaire le topo de l'enrichi: tout le monde le connait.</p>
<ul>
<li><span>multimédia natif, via les balises HTML5 </span></li>
<li>read-aloud, synchronisation text-to-speech</li>
<li>animations CSS3</li>
<li>implémentation du Javascript, dont les possibilités sont presque infinies en terme d'interactivité: multiversioning, langues, mini-jeux, drag n'drop, géolocalisation, contextualisation, personnalisation du contenu, etc</li>
<li>mémorisation via cookies ou <em>localstorage </em>(HTML5)</li>
</ul>
<p>Et ce n'est qu'un début, puisqu'ici nous ne faisons qu'utiliser le support « livre » pour lui <em>ajouter</em> quelque chose. Les choses deviendront beaucoup plus intéressantes lorsqu'il s'agira de publier des oeuvres <em>pensées</em> pour le numérique.</p>
<p> </p>
<p>La palette s'étoffe, comme le langage: certains mots disparaissent, d'autres apparaissent, se combinent ou tout simplement sont mis en lumière. Tout comme un peintre aura toujours besoin de nouvelles nuances de couleurs, un auteur — quel que soit le support qu'il utilise — aura toujours besoin de nouveaux mots… ou de nouvelles manières de retranscrire ses émotions.</p>
<p> </p>
<p><a href="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.01.53.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-2421" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.01.53.png" alt="Capture d'écran 2013-03-25 à 17.01.53" width="505" height="103" /></a></p>
<p> </p>
<h2>La substitution à l'imaginaire et l'écueil financier</h2>
<p>Personne ne demande aux éditeurs ou aux auteurs de devenir réalisateurs de cinéma, cascadeurs, musiciens ou artistes plasticiens. Ce n'est pas parce qu'un metteur en scène utilise la vidéo dans sa pièce du Festival Off d'Avignon que la Comédie Française doit OBLIGATOIREMENT <em>(par un effet levier dont le sens m'échapperait)</em> inclure de la vidéo dans sa prochaine représentation du <em>Malade imaginaire </em>: cela ne fonctionne pas comme cela. La création utilise plusieurs vecteurs et il n'y a qu'une vérité : la pertinence.</p>
<p> </p>
<p>A tout moment, le créateur de livre enrichi doit se poser la question : est-ce nécessaire?</p>
<p>Dois-je obligatoirement insérer cette vidéo de mon chat entre deux chapitres? Probablement pas.</p>
<p>Qui cela intéressera d'entendre le « cuicui » des oiseaux à cette page? Personne… sauf si c'est un livre destiné aux passionnés d'ornithologie, non? J'ai le souvenir d'un livre de ce genre qui avait plutôt bien fonctionné du temps où j'étais libraire, et qui proposait un CD pour accompagner la lecture des descriptions des différents oiseaux. Un livre enrichi? Bingo !</p>
<p>D'abord, donc, la pertinence.</p>
<p> </p>
<p>Nous entendons souvent l'argument de la substitution à l'imaginaire. Oui, mettre en scène le personnage de votre roman préféré dans une vidéo plaque une réalité sur une image fantasmée. Mais ce n'est pas pire qu'une couverture illustrée avec ce même visage de votre héros préféré, non? Qu'un film réalisé à partir de ce livre?</p>
<p> </p>
<p>Quoi qu'il en soit l'imaginaire l'emporte toujours. Il est plus fort que n'importe quelle image. Qui se souvient que dans le livre de Bram Stoker, Dracula porte une moustache? Pas grand-monde. L'imaginaire collectif préfère le voir autrement.</p>
<p> </p>
<p><a href="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.10.56.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-2426" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.10.56.png" alt="Capture d'écran 2013-03-25 à 17.10.56" width="507" height="81" /></a></p>
<p> </p>
<p>Comme le cinéma n'a pas remplacé le théâtre, comme les disques n'ont pas remplacé les concerts et comme la vidéo n'a pas <em>tué les radio stars</em>, les différentes formes de création peuvent coexister.</p>
<p>Fabriquer une vidéo hollywoodienne coûte cher et ne sera accessible qu'à de grosses productions. Produire des histoires multimédia demandera toujours plus d'efforts — financiers et logistiques — qu'un texte nu.</p>
<p> </p>
<p><a href="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.01.39.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-2420" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.01.39.png" alt="Capture d'écran 2013-03-25 à 17.01.39" width="509" height="87" /></a></p>
<p> </p>
<p>Mais à bien y réfléchir, avec nos ordinateurs, nos tablettes et nos liseuses… nous sommes déjà des vidéastes en puissance, des photographes amateurs, des programmeurs bidouilleurs… Personne ne vous oblige à mettre de la vidéo dans un texte. Mais si des artistes talentueux ont envie d'essayer de raconter des histoires <em>autrement</em>, pour toucher un public plus vaste ou simplement différent, pourquoi s'y opposer?</p>
<p> </p>
<p>Ce qui va dans le sens de la création originale ne peut être que bénéfique.</p>
<p> </p>
<p>Et surtout : qui vous oblige à faire de l'enrichi? Ce n'est pas <em>OBLIGATOIRE. </em>On s'est passé du multimédia pendant des centaines, voire des milliers d'années<em>(quoique ce point soit discutable)</em>. Je pense que beaucoup d'entre nous feront encore l'impasse dessus dans les prochaines années, et tant mieux. Je ne tiens à ce que le paysage littéraire devienne un feu d'artifice 24/7.</p>
<p> </p>
<p><a href="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.11.44.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-2427" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.11.44.png" alt="Capture d'écran 2013-03-25 à 17.11.44" width="507" height="82" /></a></p>
<h2>Mais laisser les portes ouvertes à la création et à l'innovation</h2>
<p>Il s'agit d'être un peu malin et de penser des solutions qui iront dans le sens d'une création riche, abondante et multi-plateformes.</p>
<p> </p>
<p>L'avenir — beaucoup s'accordent à le dire — est dans le transmédia: une histoire commence sur votre smartphone, se poursuit sur votre tablette, continue sur votre ordinateur et se synchronise avec votre position géographique tout en revenant dans votre liseuse, sans se copier, mais en se complétant. Grâce au HTML5 entre autres, la narration n'en est qu'aux débuts de sa mutation. Elle se fondra bientôt dans le web et l'enrichi perdra vite son qualificatif — son <em>ostracisation</em> — pour simplement devenir partie intégrante de la palette offerte aux créateurs d'histoires. Seront-ils écrivains, metteurs en scène, graphiste, musicien, poète? Peu importe : l'essentiel est qu'ils s'expriment sans entraves. On veut bien aller voir une exposition de Klein, mais il ne s'agirait pas de n'utiliser que du bleu pour chaque toile peinte.</p>
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<p><a href="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.13.28-1.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-2428" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.13.28-1.png" alt="Capture d'écran 2013-03-25 à 17.13.28 1" width="512" height="103" /></a></p>
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<p>Est-ce que cela veut dire que l'alexandrin disparaîtra? Non.</p>
<p>Est-ce que cela veut dire que tous les livres deviendront des jeux vidéo? Non plus.</p>
<p>Est-ce que ça veut dire que j'aurais autant de plaisir à lire un poème de Michaux dans 50 ans? Oui. Sans aucun doute possible.</p>
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<p>En conclusion, cela ne veut <em>(surtout)</em> pas dire que le texte seul est bon à mettre à la poubelle : simplement que les auteurs — les créateurs d'univers — ont gagné plusieurs cordes à leur arc avec les possibilités du numérique et de l'enrichi.  Nous attendons encore que quelqu'un nous prouve qu'on peut produire une oeuvre multi-format / multi-support / multimédia de qualité, qui soit pensée nativement pour cela et qui n'ait de sens que dans sa globalité. Mais ce n'est pas parce que cette grande oeuvre n'est pas encore été créée que tout le concept de l'enrichi est à revoir. Souvenez-vous qu'en d'autres temps, on considérait le livre de poche — de par son simple format — comme de la sous-littérature, le roman policier comme une dépravation morbide et la bande dessinée comme un passe-temps d'abrutis.</p>
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<p><a href="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.30.42.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-2434" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://blog.walrus-books.com/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-25-%C3%A0-17.30.42.png" alt="Capture d'écran 2013-03-25 à 17.30.42" width="511" height="85" /></a></p>
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<p>Ne pensez pas « livre ».</p>
<p>Pensez « histoires ». Celles que nous connaissons, bien sûr, et qui se suffisent à elles-mêmes. Mais aussi celles que <em>nous n'avons pas encore racontées. </em>En toutes choses, je prône l'imagination. Il ne faut pas fermer les portes, mais les laisser ouvertes… et voir qui les passera.</p>
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<p><a href="http://blog.walrus-books.com">Retrouver le blog du studio Walrus</a></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/enterrer-le-livre-numerique-enrichi-ne-pas-penser-livre-mais-histoires-1957.htm</link>
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				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 27 Mar 2013 13:14:17 +0100</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
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