<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom">
	<channel>
		<title>Actualitté - Une page de caractère</title>
		<link>http://www.actualitte.com/</link>
		<description>La dimension humoristique - Actualitté - Une page de caractère</description>
		<language>fr</language>
		<copyright>Copyright 2013 Actualitte. Tous droits réservés.</copyright>
		<managingEditor>contact@actualitte.com (contact actualitte)</managingEditor>
		<webMaster>contact@actualitte.com (contact actualitte)</webMaster>
		<pubDate>Thu, 23 May 2013 05:44:00 +0200</pubDate>
		<image>
			<url>http://www.actualitte.com/style/gfx/logo.png</url>
			<title>Actualitté - Une page de caractère</title>
			<link>http://www.actualitte.com/</link>
			<width>144</width>
			<height>39</height>
		</image>
		<atom:link href="http://www.actualitte.com/flux-rss-dossiers.xml" rel="self" type="application/rss+xml" />
					<item>
				<title>Books émissaire #4 : le Hurlement obscène de Ginsberg</title>
				<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Il y a d'un côté le monde connu, de l'autre tout un univers inconnu, et quelque part entre les deux sont restés à jamais perchés les mythes de la Beat Generation. Cette semaine, le claviériste Ray Manzarek, cofondateur du groupe The Doors, s'en est allé rejoindre feu sa majesté le lézard dans le fin fond du cosmos. A titre d'hommage, notre book émissaire hebdomadaire se mue quant à lui en beatnik, personnifié par un poète trop libertaire au goût du FBI, le pape Allen Ginsberg. Que l'on soit monté dans le bus de la révolution psychédélique, ou pas, le prochain décollage est imminent. Destination les 50's américaines, décennie de la parution du recueil <em>Howl et autres poèmes</em>, monument controversé de la mythologie Beatnik.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">« <em>J'ai vu les plus grands esprits de ma génération détruite par la folie, affamés hystériques nus, se traînant à l'aube dans les rues nègres à la recherche d'une furieuse piqûre…</em> » Ainsi débuta la récitation d'Allen Ginsberg, 29 ans, binoclard en costume sobre un tantinet froissé, parmi les volutes de fumée de cigarettes au milieu desquelles se pressait un jeune auditoire. On était alors le 13 octobre 1955, au sein de la Six Gallery de San Francisco. Son discours poétique, mugissement enragé, syncopé à la manière d'une improvisation de Jazz, fit l'effet d'une piqûre aux fesses de l'inquisition bien-pensante. Comme contaminé d'un poison annonciateur d'une génération qui tournerait le dos au Rêve américain.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">En ce temps où la seconde guerre mondiale laissait sa place à la croissance des trente glorieuses, les Américains retournaient à leur conquête de l'Ouest vers une Californie florissante, tandis qu'apparaissait également le mouvement de la Beat Generation. Celui à la bannière multicolore et fluorescente, inspiré notamment par la rencontre de trois âmes errantes. Ginsberg et son <em>Hurlement</em>, Kerouac, le plus souvent <em>Sur la route</em>, et autre Burroughs attablé à son <em>Festin nu</em>. Des artistes inspirés par les drogues et le bouddhisme, en quête d'un nouveau sens à donner à l'existence. Ils furent bientôt placés sous surveillance des autorités, mais allaient néanmoins être soutenus par l'éditeur et propriétaire du City Lights Bookshop : Lawrence Ferlinghetti.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://3.bp.blogspot.com/_eI6pmXswYeE/TEoDfwSL1BI/AAAAAAAAAyw/Hflq7Kj5zeQ/s1600/dex25.jpg" alt="" width="486" height="380" /></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Tout au long de son existence, le poète célébra la sexualité libérée et sans tabous, prenant notamment la défense des homosexuels. Comme ses pairs fondateur du mouvement, il fréquentait assidûment les bars glauques et autres bas-quartiers. Et au fil de sa bourlingue incessante, il multiplia colloques et conférences, en promouvant la légalisation des drogues dites douces et l'expérimentation des hallucinogènes comme le LSD. Militant en outre contre les régimes totalitaires mais aussi la guerre du Vietnam, il faisait figure de révolutionnaire de son temps.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><em>Howl</em>, publication majeure dans l'œuvre de monsieur Ginsberg et dont le titre pourrait se traduire par <em>Hurlement</em>, prend la forme d'un long poème en prose. Une œuvre composée au cours de l'année 1955, par le biais d'une écriture quasi-spontanée, sur un ton aussi cru qu'explicite, et qui allait donner plus tard à l'auteur son sulfureux ticket pour le Panthéon hippie.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">En véritable scandale littéraire, le livre se retrouva bien vite condamné par la censure, interdit à la publication au motif d'obscénité en 1956. Avant de devenir plus tard une référence, dans le cœur des défenseurs du premier amendement de la Constitution américaine. Il devint, par ailleurs, une véritable bible pour les hippies qui allaient prendre le relais des beatniks au cours des années 1960 et 1970.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://2.bp.blogspot.com/-NfeXLan19OM/TYcup0tJS8I/AAAAAAAAC6I/1eyaicDg7ZU/s1600/howl.gif" alt="" width="332" height="420" /> </p>
<p style="text-align: justify;">Publié à l'automne 1956 par l'audacieux éditeur, bravant la loi, sous son label City Lights Books, le recueil d'Allen Ginsberg ne quitta pas le collimateur de la censure et fut retiré de la sphère publique. Le complice Ferlinguetti se trouva quant à lui arrêté, et on le fit comparaître devant la justice. Il fut finalement inculpé au cours de cette longue procédure restée célèbre sous le nom de Howl Trial. La Cour lui reprochait une vente à caractère obscène. Police et service de douane de San Francisco se saisirent la publication.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les arguments invoqués par le procureur au cours du procès, se trouvaient reprochés : un caractère explicite mentionnant les désillusions sociétales aux Etats-Unis, des mentions à la sexualité et l'homosexualité en particulier, un langage trop cru, mais encore une construction littéraire volontairement décousue. Or en ce temps-là, l'homosexualité était encore considérée comme un crime dans tous les Etats américains. Mais poètes et professeurs ont témoigné leur soutien à l'auteur, tandis que la jeunesse protestait dans les rues de San Francisco.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: center;"> Le poème récité par son auteur, pour les anglophones</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Mais un autre procès eût lieu, le 3 octobre 1957. Au cours duquel la défense allait replacer l'ouvrage comme un manifeste pour la sincérité. L'avocat de l'éditeur plaida : « <em>Ce n'est pas à nous de choisir ses mots. M. Ginsberg raconte son histoire telle qu'il la voit. […] La guerre de la censure ne s'achèvera pas dans ce tribunal. Mais votre décision renforcera la pensée libérale ou elle attisera le feu de l'ignorance. Que la lumière soit. Que l'honnêteté l'emporte.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Et le juge Clayton W. Horn, rendit finalement son arrêt contraire au précédent. Une décision qui permit finalement à la diffusion de l'ouvrage d'être poursuivie. Le poème quant à lui, faisait désormais partie de la légende des générations Beat et Hippie, comme un emblême de la lutte pour les libertés de l'esprit et de l'expression.</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaire-4-le-hurlement-obscene-de-ginsberg-2009.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaire-4-le-hurlement-obscene-de-ginsberg-2009.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 22 May 2013 20:50:26 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Livre à Venir : Caviste à vieux crus littéraires</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>«<em> Nous sommes les émigrés du livre </em>», les « <em>naufragés du bouquin</em> ». Venu rencontrer le libraire spécialisé dans l'ancien et le livre rare, on tombe sur Alain, bouquiniste, dans ce que la profession a créé de situations les plus violentes.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Vingt ans dans le métier, survivant parmi les 250 derniers et des conditions toujours plus critiques : La mise en place de nouvelles boîtes à bouquins « <em>dans des matériaux qui ne permettent pas la conservation de livres</em> » , designées par « <em>des ingénieurs qui n'ont pas mis un pied dehors pour comprendre</em> », aux réglementations qui favorisent les vendeurs de camelote «<em> aux capitaux plus conséquents </em>», la situation n'est pas la même pour tous. Mais la difficulté est bien là, y compris pour ceux dont le fonds possède des collections plusieurs fois centenaires.</p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/IMG_6177.JPG" alt="" width="299" height="398" /></p>
<p>  </p>
<p>Un fond, généraliste, « <em>moyen de gamme </em>» en termes de prix, <em>le Livre à Venir</em>, rue Oberkampf propose anciennes collections et éditions originales, beau papier aussi. Derrière les statuettes africaines, et quelques vinyles de sa boutique, Jean-Jacques Pankéshon, évoque un créneau complexe. «<em> Nous sommes les plus touchés par la crise</em> ». La concurrence haut de gamme de Saint-Germain n'en est pas une.</p>
<p> </p>
<p><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong>Bouquiniste en voie de paupérisation</strong></span></p>
<p> </p>
<p>Les fonds qu'on y trouve sont issus bien plus de patrimoines de marchands et d'héritage. Le talent entrepreneurial et l'expertise ne suffisent pas à cet échelon. Le libraire qui a commencé il y a une dizaine d'années ne joue pas dans la même cour. Il y a le quartier et l'investissement. Ceux du dessus ont « <em>une clientèle très fidèle », « personnelle</em> », les plus petits sont déjà morts. Encore plus vite quand ils ont fait le choix de se consacrer au livre poche.</p>
<p> </p>
<p>Ici, aussi, on parle de passion comme dans les librairies de neuf, mais dans la discussion, le mot revient bien moins fréquemment que l'argent. Bibliophile, la clientèle spécialiste sait surtout y associer le mot d'investissement. Le libraire confie que sur des pièces d'exceptions, il n'a pas d'autres choix que de confier les ouvrages précieux à des collègues revendeurs plus importants, presque des « <em>courtiers du livre </em>» pour les écouler. Alors, l'expression ‘produit culturel' ne semble pas bien loin. La question de la lecture pour elle-même ne reviendra pas.</p>
<p> </p>
<div>{CARROUSEL}</div>
<p> </p>
<p>Bien sûr, il y a des analogies avec le marché du neuf. Dans l'occasion aussi la gestion du stock et son renouvellement sont prépondérants. «<em> Il faut que ça circule sinon la clientèle se lasse</em> ». Alors, le libraire joue sur la sortie de Goncourt, les brocantes et le rachat de bibliothèques privées. Tous les livres en rayonnages ont ceci en commun d'être le fruit d'auteurs qui ont bien traversé les décennies, les siècles aussi parfois. Pour les autres moteurs économiques, l'équation mêle sur l'intérêt, la rareté comme le vin – l'homme compare son fond à celui d'un « <em>caviste de grands crus</em> » - mais aussi la mode.</p>
<p> </p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Papier...monnaie</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong> </strong></span></p>
<p>Mais à la différence du vin, le livre ne se bonifie pas toujours : le papier vieillit mal, les modes changent et certains pans entiers de la littérature tendent à disparaître. Ainsi, le nombre d'ouvrages du XVIIe et XVIIIe se réduit drastiquement. Pour survivre, M. Pankéshon « <em>doit gigoter</em> » comme il dit, un cigarillo à la main. Tenir le pari fou de proposer « <em>des prix  moins chers que le net</em> » malgré les capacités de stocks et les frais de la boutique. Il n'en dira pas forcément plus. Mais laisse deviner qu'il faut se démener avec la manière : des volumes achetés «<em> jusqu'à 1/5 de la valeur nominale d'un livre</em> ». On flairerait une très bonne culbute qu'on ne pourrait pas mieux se tromper. Avec les ouvrages qui subissent les affres du temps, les travaux de réparation des reliures chiffrent de 400 à 1000 €.</p>
<p> </p>
<p>Au point que le prix du livre n'est pas à considérer seul. « <em>C'est vraiment un investissement</em> », rappelle le libraire. Alors, la bibliophilie donne tous les signes de laisser la place aux businessmen du patrimoine et une forme de rationnel loin du seul plaisir de la lecture sur un bel objet. Il cite les catalogues de Warhol comme une façon pour certains de « <em>dépense leur argent pour justifier leur névrose</em> », comme ce qui se fait ailleurs, dans l'art contemporain.</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/reportages/livre-a-venir-caviste-a-vieux-crus-litteraires-2003.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/reportages/livre-a-venir-caviste-a-vieux-crus-litteraires-2003.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 22 May 2013 17:40:41 +0200</pubDate>
				<category>Reportages</category>
			</item>			<item>
				<title>Fête des solidarités locales : Effervescence troque livres et DVDs</title>
				<description><![CDATA[<p><span><strong>Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donnent rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du Master et de l'association. Cette semaine, on vous parle de notre prochain événement.</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>Le 29 mai, Effervescence participera à un événement organisé par l'AFEV, l'Association de la fondation étudiante pour la ville, avec le soutien du pôle de la vie étudiante de Paris-Sorbonne.</span></p>
<p> </p>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong>La solidarité étudiante au service de l'université</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><strong> </strong></span></p>
<p><span>L'Afev organise depuis 2003 des <strong>fêtes de l'engagement solidaire</strong>, qui bénéficient du label de l'ONU « le Global Youth Service Day ». Au fil des années, ces Fêtes des solidarités locales se sont essaimées dans une quarantaine de villes en France. Elles permettent notamment la rencontre entre les milieux étudiant et universitaire et les habitants des quartiers populaires : les écoliers, les collégiens et leurs parents. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Cette année, l'Afev et l'université Paris-Sorbonne se sont associés pour organiser la <strong>Fête des solidarités locales, le mercredi 29 mai, au sein et autour du centre Clignancourt</strong>. La fête est rebaptisée pour l'occasion « Quartiers Libres à l'Université ». L'événement a pour objectifs : </span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="margin-left: 30px;"><span>- d'ouvrir les portes de l'université à des écoliers, à des collégiens et aux habitants sous la forme de parcours de visites ludiques et culturels<br /> - de permettre aux jeunes et familles issus des quartiers populaires de se projeter dans les études supérieures<br /> - de valoriser l'engagement au sein des associations étudiantes et de quartier <br /> - de valoriser les pratiques culturelles et artistiques de l'université et du quartier et de favoriser leur rencontre.</span></p>
<p> </p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Troquons !</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong> </strong></span></p>
<p><span>Conquis par ce programme, Effervescence a souhaité participer à cette journée en proposant une activité supplémentaire : un stand de <strong>troc de livres et de DVDs</strong>. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span><img src="http://actualitte.com/images/actualites/troc_association_effervescence.jpg" alt="" width="364" height="497" /><br /></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>De 14h à 18h30, dans le hall du centre universitaire de Clignancourt, vous pourrez venir sur notre stand échanger des livres et des DVDs : l'occasion de renouveler ses bibliothèque et dévédéthèque gratuitement ! Et parce qu'on ne veut pas faire de déçus, pour ceux qui n'auraient rien à échanger, il leur sera possible de <strong>gagner un livre ou un DVD en répondant à un quizz</strong>.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Nous serons également à disposition des visiteurs pour parler de notre cursus et des études qui mènent aux métiers de la culture, études souvent peu mises en lumière dans les établissements scolaires.</span></p>
<p> </p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Un partenariat ponctuel</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong> </strong></span></p>
<p><span>Pour cet événement, <strong>nous sommes soutenus par les </strong><a href="http://www.bragelonne.fr/"><span><strong>Éditions Bragelonne</strong></span></a>, qui nous fournissent une quinzaine de livres comme fonds de départ du troc. L'occasion pour eux de capter de nouveaux lecteurs en offrant notamment des premiers tomes de série.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Les Éditions Bragelonne sont spécialisées dans la littérature dite « de genre » : fantasy, fantastique, science-fiction, bit litt… Maison indépendante d'une dizaine d'années, Bragelonne a su se positionner vite et efficacement sur le marché du livre numérique, occupant souvent la première place des ventes grâce à des techniques éditoriales et commerciales remarquables : la création d'une véritable communauté de lecteurs sur le net, géré par un community manager, la suppression des DRM de leurs fichiers numériques, les promos choc qu'ils organisent régulièrement.... Il y a <strong>beaucoup à dire et à apprendre de la politique numérique de Bragelonne</strong>, qui est presque devenu un cas d'école dans ce domaine. Nous les remercions chaleureusement de leur soutien pour cet événement !</span></p>
<p> </p>
<p><span><strong>Nous vous attendons donc le 29 mai après-midi à Clignancourt, avec vos « vieux » livres et DVD ! Si vous souhaitez plus d'informations sur la Fête des solidarités locales suivez l'Afev sur </strong><a href="http://www.afev.fr/"><span><strong>leur site</strong></span></a><strong> ou </strong><a href="https://www.facebook.com/afevparis"><span><strong>leur page Facebook</strong></span></a><strong>.</strong></span></p>
<p><span><strong><br /> À la semaine prochaine !</strong></span></p>
<p><span><strong> </strong></span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/reportages/fete-des-solidarites-locales-effervescence-troque-livres-et-dvds-2008.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/reportages/fete-des-solidarites-locales-effervescence-troque-livres-et-dvds-2008.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 21 May 2013 12:55:31 +0200</pubDate>
				<category>Reportages</category>
			</item>			<item>
				<title>L'indépendance, nécessaire pour assurer la médiation du catalogue</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>L'enjeu de la vente directe n'est pas nouveau. Si les éditeurs traditionnels ne franchissent pas le gué, c'est avant tout que la librairie reste le moteur premier de la vente de livres papier. Mais pour un éditeur numérique, les acteurs susceptibles de commercialiser durablement les ouvrages ne sont pas légion. En fait, on se tourne régulièrement vers trois acteurs, plus ou moins américains : Apple, Amazon et Kobo. À ce titre, rappelons que Kobo travaille avec Fnac, dans le cadre d'une offre spéciale. </strong></p>
<p> </p>
<p>Les éditions Numeriklivres et la librairie <a href="http://www.sanspapier.com/search.php#!main">Sans Papier</a> viennent de répondre à cette question, en travaillant à <a href="http://numeriklirestore.com/search.php#!main">une librairie dédiée aux ebooks de l'éditeur</a>. «<em> Il nous a fallu du temps pour trouver le partenaire : les webapp qui permettent de créer un store n'ont souvent rien d'adapté à la vente de livres</em> », explique Jean-François Gayrard, fondateur de Numeriklivres. Depuis janvier dernier, les deux acteurs se sont donc lancés dans la construction d'une librairie en ligne. Rien de révolutionnaire, certes. Cependant, la réflexion qui sous-tend ce projet est, elle, essentielle.</p>
<p> </p>
<p>«<em> Dans la distribution, pour l'éditeur 100 % numérique que je suis, la part prise sur les ventes est de 40 % sur le prix hors taxe d'un ebook. Numeriklivres a fait le choix de passer par un agrégateur, en l'occurrence Immatériel. Cela centralise la comptabilité et sécurise les fichiers. Pour ses services, Immatériel prend 10 % du prix HT sur chaque ouvrage téléchargé. Ensuite, ce sont les ebookstores qui prennent 30 %. Numériklivres reverse ensuite 25 % à l'auteur, et dispose donc, pour assurer le fonctionnement de la structure 35 %. Quand la distribution représente 45 % pour le papier, se dire qu'elle est de 40 % pour le numérique, c'est insensé.</em> » </p>
<p> </p>
<p>Le travail sur les marges de diffusion est donc une nécessité. «<em> Notre chiffre d'affaires mensuel est de 10.000 € HT, un chiffre qui ne pourra désormais que progresser. Et pour ce faire, il faut des outils plus adaptés</em> », poursuit Jean-François Gayrard. </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/librairie_numeriklivres_sans_papier1.jpg" alt="" width="600" height="534" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Ouvrir une librairie permettait donc de récupérer une partie des sommes versées, pour assurer une meilleure rentabilité. Mais le projet est loin de se cantonner à des questions économiques. Antoine Garnier, cofondateur de Sans Papier reconnaît que la question de l'indépendance est au coeur de cette initiative. « <em>Pour Sans Papier, l'enjeu était double : d'abord, répondre aux besoins d'un éditeur, et de coller au plus près des nécessités. Ensuite, cette première expérience est un modèle qui pourra servir à d'autres éditeurs, pure players dans un premier temps. Mais la réalité, c'est qu'il est fondamental pour un éditeur que de disposer de son propre espace de vente.</em> »</p>
<p> </p>
<p>L'affaire Izneo et Apple a en effet poussé à réfléchir. « <em>Un éditeur numérique ne dispose pas de libraires pour assurer la vente de ses livres. Et il est impossible de se contenter de publier, diffuser sur les plateformes et attendre que les ventes se fassent. Pourtant, dans l'écosystème actuel, conserver son indépendance face aux acteurs monopolistiques est primordial.</em> » Ouvertement, Jean-François Gayrard explique que ses ventes se répartissent à 70 % entre Kobo, Apple (25 % chacun) et Amazon (à 20%).</p>
<p> </p>
<p>Entre 10 et 12.000 téléchargements, des ebooks de Numeriklivres sont comptabilisés chaque mois : « <em>La librairie ne sera pas une source de revenus fantastiques dès la première semaine. En tant qu'éditeur, je sais en revanche que l'avenir de mon métier passe également par la médiation autour de mon catalogue. Avec ma propre librairie, je dispose désormais d'un outil pour ce faire.</em> »</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/librairie_numeriklivres_sans_papier.jpg" alt="" width="600" height="497" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>C'est ce que souligne Antoine Garnier, de Sans Papier. « <em>Les éditeurs numériques ont besoin de défendre leur catalogue, tout en garantissant une présence permanente de leurs oeuvres.</em> » Si demain, au travers d'une application, ou dans l'iBookstore, Apple décide que le rouge est une couleur qui ne lui plaît plus, et supprim<em>e </em>tous les livres dont la couverture contiendrait cette couleur, il faut assurer une solution de replis. «<em> En outre, la librairie dispose d'un service de prescription supplémentaire, qui est le propre de la technologie développée par Sans Papier. L'offre de recommandation s'opère au travers des ouvrages du catalogue, et se concentre sur les livres et les auteurs.</em> »</p>
<p> </p>
<p>Rares sont les éditeurs traditionnels qui ont décidé d'ouvrir leur propre site, pour commercialiser des ouvrages numériques. On ne trouve cette offre, pour les grands groupes, qu'au travers de l'offre d'Editis, et de sa plateforme Interforum. Alexis Esmenard, directeur du développement numérique chez Albin Michel, expliquait à ActuaLitté : « <em>Ce n'est pas le même métier que de publier des livres, et les vendre sur internet. Chez Albin Michel, nous avons préféré faire appel à des acteurs qui s'en occupent, mais notre intention n'est pas d'ouvrir un ebookstore. Les librairies restent primordiales dans notre approche.</em> »</p>
<p> </p>
<p>Et on le comprend bien : l'éditeur numérique ne joue pas avec les mêmes armes. « <em>Pour le lecteur, l'accès à une librairie liée à un éditeur numérique est un enjeu encore mineur - à ce jour, en tout cas. En revanche, pour l'éditeur, c'est un véritable enjeu</em> », souligne Antoine Garnier. Jean-François Gayrard insiste : « <em>Il nous appartient de valoriser nos livres, de les faire découvrir. Nous avons intégré des outils de connexion et de partage des fiches de livres et des chapitres, au travers des réseaux sociaux. Mais ce n'est qu'une autre étape : il faut habituer les internautes à privilégier des plateformes qui ne sont pas celles des gros acteurs.</em> »</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/reportages/l-independance-necessaire-pour-assurer-la-mediation-du-catalogue-2007.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/reportages/l-independance-necessaire-pour-assurer-la-mediation-du-catalogue-2007.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 21 May 2013 12:45:30 +0200</pubDate>
				<category>Reportages</category>
			</item>			<item>
				<title>Livres du lundi #4 : Les Lettres en musique</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Cette semaine, on fait un petit tour du côté de la musique et ses grandes icônes. Tout d'abord avec le très bon polar de Stéphane Michaka, <em>Elvis sur Seine</em> (Pocket), et ensuite avec un recueil de poésie un peu particulier puisqu'il ne s'agit que de textes qui ont été mis en musique par de célèbres chanteurs. </strong></p>
<p> </p>
<p><em>Elvis sur Seine</em> n'est pas à strictement parler une nouveauté. Le livre est paru pour la première fois en janvier 2011 chez La Tengo Éditions, et c'est avec plaisir qu'on le retrouve en format poche (chez Pocket). Il s'agit d'une enquête de Mona Cabriole, jeune journaliste chez <em>Parisnews</em> qui a le don de se retrouver dans des situations loufoques. La collection donne la parole à différents auteurs, toujours autour du thème du Rock. </p>
<p> </p>
<p>Elvis était donc tout indiqué. Car Mona se retrouve, sous la plume de Michaka, sur les traces du King, et ce, de façon très littérale. En effet, l'affaire commence avec un meurtre maquillé par la police. Mais très vite, notre journaliste intrépide se retrouve à enquêter sur un certain Monsieur Aron qui pourrait bien être Elvis Presley. Face à un tel scoop, inutile de dire que Mademoiselle Cabriole utilise toute son énergie pour aller au fond des choses. Bien sûr, les choses en tardent pas se compliquer en cours de route.</p>
<p>  </p>
<p>La grande réussite de ce livre tient à deux choses. L'auteur respecte les codes du polar, il ne cherche pas à faire dans le méta-polar. Du coup, on retrouve tous les ingrédients nécessaires, et la lecture est des plus plaisantes ; on tombe vite sous le charme de l'écriture sobre et efficace de Michaka. En revanche, et c'est là la vraie réussite du livre, la personne du King est traitée avec sérieux. </p>
<p> </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1" style="text-align: center;"><img src="http://farm9.staticflickr.com/8224/8341828429_7c7391d60e.jpg" alt="Elvis Presley" width="500" height="500" /></p>
<p class="p2" style="text-align: center;">Brett Jordan,<strong class="username"> </strong><span>CC BY 2.0</span></p>
<p class="p1" style="text-align: center;"> </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Le livre regorge d'informations sur le personnage mythique, et au fil des pages, le lecteur est invité à parcourir les grands morceaux du répertoire d'Elvis. Avec citations à l'appui. Ainsi, à la fin du livre, on entend résonner les paroles de "Devil in Disguise" : « <em>You look like an angel / Walk like an angel / Talk like an angel / But I got wise</em>... ».</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p2"></p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p2"> </p>
<p>Qu'on soit fan du King ou pas, un livre qui vaut assurément le détour. </p>
<p> </p>
<p>Dans un autre genre, mais toujours sous le signe des grands musiciens et interprètes, Gallimard vient de publier une anthologie de poésie fort utile. Sophie Nauleau a réuni une belle collection des poèmes français mis en chansons. Personne n'ignorait que la littérature « classique » a servi au fil des années comme un formidable réservoir pour les chanteurs français. </p>
<p> </p>
<p>On pense immédiatement à Gainsbourg, Ferré ou encore Montand, qui ont tous donné un nouveau souffle à des poèmes trop souvent confinés aux salles de classe. D'ailleurs, le chanteur a parfois éclipsé le compositeur original de la chanson. Il est clair que le grand public est plus sensible au nom de Georges Brassens qu'à celui de Francis Jammes. </p>
<p> </p>
<p>Mais il n'est pas seulement question de rendre à César ce qui appartient à César. Cette anthologie est autant une célébration de la rencontre entre deux artistes qu'invitation à prendre la mesure de la force de la parole poétique. Une manière aussi de rappeler que la chanson est un genre noble et pas uniquement des paroles en l'air destinées à saturer la bande FM. </p>
<p> </p>
<p>C'est en somme ce que dit Sophe Nauleau dans son avant-propos : « <em>Car les chansons ne sont pas des sornettes, balivernes et autres bagatelles. Elles coupent à coeur et mettent droit dans le mille. Au centre de l'être. Elles soufflent les sentiments, par ciels radieux ou sombres</em>. » On ne saurait mieux dire. </p>
<p> </p>
<p>Et voici un peu d'Yves Montand/Jacques Prévert pour finir. </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"></p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><strong>Elvis sur Seine, Une enquête de Mona Cabriole</strong>, de Stéphane Michaka, Pocket, 221 pages, 3,90 euros. </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><strong>Je voudrais tant que tu te souviennes, Poèmes mis en chansons de Rutebeuf à Boris Vian</strong>, Edition de Sophie Nauleau, Poésie/Gallimard, 272 pages, 6,90 euros. </p>
<p class="p2"> </p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/livres-du-lundi-4-les-lettres-en-musique-2006.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/livres-du-lundi-4-les-lettres-en-musique-2006.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Mon, 20 May 2013 16:27:15 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Prof chez les taulards: 'Par le livre, les détenus s'échappent de la réalité carcérale'</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Après avoir passé dix ans auprès des prisonniers à enseigner les Lettres, Aude Siméon a voulu faire partager son expérience au grand public. Avec<em> Profs chez les taulards</em> (éditions Glyphe, 200 pages, 14,79 €), elle en vient à décrypter toute la complexité des relations qui se nouent entre un prof et des élèves au parcours quelque peu chaotique. Nous sommes allés à sa rencontre afin d'en savoir un peu plus...</strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>ActuaLitté : Tout d'abord, comment en êtes-vous venu à entrer dans une prison pour enseigner les Lettres ?</strong> </p>
<p><strong>Aude Siméon </strong>: <em>Par hasard et nécessité. Je recherchais des heures sup' dans mon lycée(ayant à élever avec mon seul salaire mes 3 enfants) mais il n'y en avait plus. Une amie qui enseignait à Fleury Mérogis m'a suggéré de demander des heures à la prison car il manquait un prof de Lettres. Au début j'ai enseigné à la maison d'arrêt des femmes à Versailles, puis à la Centrale de Poissy (prison pour hommes condamnés aux longues peines).</em></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong><strong>ActuaLitté : </strong>Quelles différences se présentent à vos yeux entre enseigner dans un lycée et s'adresser à des prisonniers ?</strong></p>
<p><strong>Aude Siméon </strong>: <em>J'enseignais depuis de longues années au Lycée International de St Germain en Laye. Je suis passée d'un public jeune et globalement privilégié (« l'international » correspond souvent à un niveau culturel et matériel aisé) à un public adulte et défavorisé. Mes nouveaux étudiants de la prison sont la plupart du temps issus de milieu modeste et ont eu un parcours scolaire très limité. Les étrangers du Lycée venaient essentiellement de l'Europe, de l'Amérique du Nord , voire de l'Asie, ceux de la prison sont la plupart du temps Noirs ou Maghrébins. Bref, j'ai fait 'le grand écart'. </em></p>
<p> </p>
<p><em>Les jeunes m'ont apporté leur fraîcheur, leur vitalité, leur joie de vivre, leur idéal; les détenus m'ont offert leur expérience de la vie, leur curiosité pour la 'culture', leur reconnaissance, leurs souffrances: une leçon de vie souvent forte et émouvante. Les difficultés rencontrées avec les lycéens relèvent du manque de motivation (ils sont forcés d'aller en classe) ou de maturité (les œuvres littéraires supposent un vécu pour les apprécier qu'ils n'ont pas encore). Celles rencontrées avec les détenus ne relèvent pas tant de leur absence totale de bagage 'scolaire' que de leur équilibre psychologique souvent très fragile. Enfin le nombre limité d'étudiants en milieu carcéral favorise les échanges personnalisés, souvent passionnants.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: center;"><em><img src="http://actualitte.com/images/actualites/Aude_Simeon.jpg" alt="" width="528" height="428" /><br /></em></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Aude Siméon</strong></p>
<p><em> </em></p>
<p> </p>
<p><strong><strong>ActuaLitté :</strong> Qu'est-ce qui vous a poussé à proposer au public, au travers de votre livre, votre expérience de l'enseignement au sein du milieu carcéral ?</strong></p>
<p><strong>Aude Siméon </strong>: <em>Quand on m'interrogeait sur mon travail à la prison, je répondais volontiers et on trouvait ça intéressant. Un éditeur rencontré par hasard me poussa à rédiger cette expérience. Je n'en aurais pas eu l'idée par moi-même.</em></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong><strong>ActuaLitté :</strong> Pensez-vous pouvoir faire passer ainsi un message particulier ? Changer un regard ? Ou est-ce pour vous tout d'abord un simple témoignage sur un univers peu connu ?</strong></p>
<p><strong>Aude Siméon </strong>:<em> Au départ je n'avais pas vraiment de message: je me suis contentée de partager mon expérience d' un monde mal connu. Puis, au fil de l'écriture m'est apparu le désir de changer le regard des gens 'de l'extérieur' sur ces gens 'd'entre les murs' . J'aimerais qu'on échappe un peu au manichéisme qui place d'un côté 'les gens bien'(dont nous ferions bien sûr partie ) et d'un autre 'les gens moches'.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Je voudrais qu'on comprenne que le Mal est tragique car il pollue indéfiniment la victime et ses proches, mais aussi le bourreau et sa famille. La souffrance due au mal subi provoque un nouveau mal par la vengeance ou le besoin d'être reconnu. Il y a un cercle vicieux du Mal. Enfin, je voudrais qu'on accepte de considérer la complexité de la personne et qu'on croie envers et contre tout à ses possibilités d'évolution.</em></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong><strong>ActuaLitté : </strong>Continuez-vous toujours à enseigner en milieu carcéral ? Vos<em> « élèves »</em> savent-ils que vous avez publié cet ouvrage ? </strong></p>
<p><strong>Aude Siméon :</strong> <em>Oui, je continue d'enseigner dans ce milieu auquel je me suis attachée. Mes élèves (certains se sont très bien reconnus dans quelques chapitres)ont souvent lu le livre et ont eu la gentillesse de me dire qu'ils l'appréciaient car je ne faisais pas d'eux 'des monstres'. Leur préoccupation est de garder malgré les faits commis un minimum de respect de la part des autres pour eux. Ils restent des personnes humaines, avec une sensibilité, même s'ils ont pu commettre des atrocités.</em></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong><strong>ActuaLitté :</strong> A la lumière de votre expérience, qu'est-ce que l'enseignement des Lettres peut apporter aux prisonniers ?</strong></p>
<p><strong>Aude Siméon :</strong></p>
<p><em>- Une amélioration dans leur communication. Faute de confiance dans l'interlocuteur, faute d'une bonne compréhension de la situation, faute d'un vocabulaire précis à leur portée, les étudiants détenus commettent des malentendus . Ces ratages dans la communication font qu'ils se servent davantage de leurs poings pour s'exprimer...La classe est un espace d'apaisement où chacun a droit à la parole et l'écoute respectueuse. </em></p>
<p> </p>
<p><em>- Une possibilité d'échanges. Les analyses des textes au programme suscitent des discussions qui modifient le type de rapports qu'ils entretiennent habituellement entre eux. On n'est plus dans un rapport de force mais dans un partage d'idées qui les sort de leur isolement. </em></p>
<p> </p>
<p><em>- Une réflexion approfondie sur l'existence. La rencontre des grands auteurs est l'occasion de découvrir des points de vue divers sur la vie, des choix de valeurs. Le détenu prend de la distance par rapport à son vécu, le relativise, gagne en esprit critique. </em></p>
<p> </p>
<p><em>- Une évasion. Par le livre, les détenus s'échappent un temps de la réalité carcérale, se projettent ailleurs, en d'autres époques et dans d'autres vies. C'est une soupape d'oxygène. Il est arrivé qu'on me dise: 'J'ai oublié à ce cours que j'étais en prison'. </em></p>
<p> </p>
<p><em>Bref, je crois que l'enseignement des Lettres a un sens dans ce milieu.</em></p>
<p> </p>
<p><em>Profs chez les taulards</em>, Aude Siméon (éditions Glyphe, 200 pages, 14,79 €).</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/interviews/prof-chez-les-taulards-par-le-livre-les-detenus-s-echappent-de-la-realite-carcerale-2005.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/interviews/prof-chez-les-taulards-par-le-livre-les-detenus-s-echappent-de-la-realite-carcerale-2005.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Mon, 20 May 2013 09:39:19 +0200</pubDate>
				<category>Interviews</category>
			</item>			<item>
				<title>ReLIRE : "L'Etat français se retrouverait attaqué aux États-Unis"</title>
				<description><![CDATA[<p lang="fr-FR">L'entretien qui suit a été réalisé par voilà quelques semaines par Alexis Lhour, étudiant en double cursus ITESCIA / Paris 6. Ce dernier a sollicité le blogueur Lionel Morel, auteur de S.I. Lex, dans le cadre d'un mémoire qu'il prépare sur les aspects juridiques du livre numérique. La discussion passe en revue des sujets comme la nature juridique du livre numérique, l'affaire ReLIRE, Google Books.</p>
<p lang="fr-FR"> </p>
<p lang="fr-FR">Nous reproduisons ici une partie de l'entretien, portant strictement sur la question du registre ReLIRE, la plateforme qui fait suite à la loi du 1er mars 2012, sur l'exploitation numérique des oeuvres indisponibles.</p>
<p lang="fr-FR"> </p>
<p style="text-align: right;" lang="fr-FR"><a href="http://scinfolex.wordpress.com/">Retrouver S.I.Lex </a></p>
<p lang="fr-FR"><a href="http://scinfolex.wordpress.com/"><img style="float: right;" src="http://actualitte.com/images/actualites/silex_calimaq.png" alt="" width="220" height="123" /> </a></p>
<div id="attachment_6081" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://www.flickr.com/photos/fdecomite/2146000133/sizes/z/in/photostream/"> </a></div>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong><span> </span></strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong><span> </span></strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong><span> </span></strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong><span> </span></strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong><span> </span></strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong><span> </span></strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong><span> </span></strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong><span> </span></strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong><span> </span></strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong><span id="more-6046"></span>Si on considère que le livre est un médium unique, et que ses versions papier ou numérique sont justes des supports différents, le lecteur ne devrait-il pas justement jouir des mêmes droits lorsqu'il achète un livre numérique sur une plateforme ou sa version papier en librairie – je pense notamment à la différence entre droit de propriété et droit d'usage ?</strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>On pourrait raisonner ainsi, mais en réalité, juridiquement, le livre numérique et le livre papier sont considérés comme des modes d'exploitation différents d'une même œuvre. Il y a une séparation juridique très nette qui se manifeste notamment dans les contrats d'édition. Quand un auteur cède ses droits pour une exploitation papier, il n'est pas réputé les avoir cédés pour une exploitation numérique et les juges maintiennent une distinction très nette entre les modes d'exploitation. Donc même si c'est le même medium (ou plutôt la même oeuvre), comme vous le dites dans la question, le droit déjà à la base fait une distinction assez nette entre le livre papier et le livre numérique.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Le problème que vous soulignez, en termes de conséquences pour le lecteur, c'est que les usages des deux supports ne sont pas du tout régis de la même façon. Quand vous achetez un livre papier, vous avez la possession pleine et entière du support physique. Il y a un mécanisme qui joue, appelé l'épuisement du droit d'auteur, qui fait que certaines restrictions disparaissent après la première vente du support. Quand vous achetez un livre papier, vous avez le droit de le prêter, de le donner, de le revendre, de faire tout un tas d'actes qui sont complètement libres et vous bénéficiez de la propriété du support. Par contre, vous ne pouvez pas copier le texte lui-même et le rediffuser : le droit d'auteur reste applicable à ce niveau là, parce que ces actions touchent à l'oeuvre incorporelle que le support papier véhicule. </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Ce qui se passe avec le numérique, c'est que, jusqu'à présent, le mécanisme d'épuisement des droits n'a pas été étendu à l'environnement digital, et c'est à ce niveau qu'un problème se pose pour l'utilisateur.. On vient d'ailleurs d'en avoir confirmation aux États-Unis avec un procès très important, impliquant la plateforme <em>ReDigi</em>. Ce site proposait d'organiser un système de vente d'occasion de fichiers MP3, et les juges ont considéré que l'équivalent de notre épuisement des droits aux États-Unis (la First Sale Doctrine) n'était pas applicable à ce type d'actes. Comme les droits du lecteur ne passent pas par la possession du fichier, ils sont liés à un contrat, une licence attachée à l'œuvre numérique et ce procédé fragilise énormément les droits de l'usager. Des actes comme le prêt, la revente, et la circulation de l'œuvre sont régis par cette licence. Et ça peut aller même assez loin, puisqu'on on a vu qu'Amazon s'était arrogé le droit de supprimer des livres numériques à distance à distance, alors qu'ils avaient été légitimement achetés par des utilisateurs de Kindle.<br /></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p style="text-align: center;" lang="fr-FR"><span><span><a href="http://www.flickr.com/photos/fdecomite/2146000133/sizes/z/in/photostream/"><img class=" wp-image-6081   " src="http://scinfolex.files.wordpress.com/2013/04/2146000133_9af325f7c7_z.jpg?w=518&amp;h=441" alt="Ecrans infinis. Par fdecomite. CC-BY. Source : Flickr" width="518" height="441" /></a></span></span></p>
<p class="wp-caption-text" style="text-align: center;">Ecrans infinis. Par fdecomite. CC-BY. Source : Flickr</p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Alors du coup, pour revenir à votre question, je pense que les droits des lecteurs devraient être davantage garantis, mais ce n'est pas simple à mettre en place juridiquement. Parce que si l'on étend l'épuisement des droits à l'environnement numérique, la conséquence c'est que les utilisateurs vont pouvoir faire circuler les fichiers, au moins dans le cadre d'échanges non-marchands. Et ça, évidemment, les titulaires de droits ne le veulent pas, parce que cela revient à légaliser le partage et à bouleverser en profondeur la distribution du livre numérique.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Pour consacrer avec davantage de force les droits des lecteurs, je vois deux autres solutions :</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>On peut agir sur le plan du droit commercial. Certains fournisseurs de contenus ont déjà été accusés d'abuser de la distinction entre la vente et la location. Si les plateformes indiquent aux consommateurs qu'il y a bien une vente, cela implique la reconnaissance de certains droits sur les contenus et notamment une véritable forme de propriété. L'exemple que l'on peut citer, c'est celui de <em>Steam,</em> une plateforme de vente de jeux vidéo, qui a subitement changé ses conditions d'utilisation en exigeant que les consommateurs approuvent les nouvelles conditions d'utilisation, sous peine de perdre tous les jeux qu'ils avaient achetés. Ce genre de pratiques pourrait être attaqué en justice, en faisant valoir que s'il y a bien eu vente des fichiers et pas simplement location, on ne peut pas en priver les consommateurs, sur la base de simples CGU à valeur contractuelle.<br /></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>L'autre solution, c'est celle que préconise La Quadrature du Net concernant la légalisation du partage. Leur programme de réforme positive du droit d'auteur préconise de transposer l'épuisement des droits à l'environnement numérique, mais uniquement limitée aux échanges non-marchands. Du point de vue des droits des lecteurs, une telle réforme aurait pour avantage de leur garantir une propriété sur les fichiers, avec la possibilité de les partager, ce qui est infiniment préférable du point de vue de l'usager que les oeuvres protégées par des verrous numériques (DRM) ou des modes de consultation comme le streaming.</span></span></p>
<p><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p><span><span><strong>Le projet ReLIRE de numérisation des livres indisponibles est souvent comparé à Google Books. En quoi peut-on rapprocher ou différencier les deux projets ? Et, finalement, est-ce que ReLIRE n'est pas plus désavantageux pour les auteurs puisqu'aucun accord n'est conclu avec eux ?</strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Ce n'est pas une question facile, parce qu'il y a beaucoup de points de ressemblance et de divergence entre les deux projets. La différence majeure, c'est que le règlement Google Books était un accord privé qui avait été conclu entre Google et les représentants des éditeurs et des auteurs américains. C'était un arrangement entre parties privées, qui avaient cherché une validation par la justice américaine. Ce n'est pas la même chose pour ReLIRE, parce qu'une loi a été votée à propos de la numérisation des livres indisponibles en mars 2012. Il y a donc une différence fondamentale de fondement juridique.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Ensuite, au niveau des ressemblances, la plus flagrante, c'est l'<em>opt-out </em>(procédé par lequel l'auteur d'une œuvre intégrée d'office à un système, signifie formellement sa volonté d'en être retiré, ndlr)<em>.</em>Les instigateurs de ce projet ont mis en place un <em>opt-out</em> pour ReLIRE comme l'avait fait Google. Il y a ue différence, dans la mesure où Google numérisait d'abord les livres et ne permettait qu'ensuite aux titulaires de droits de se retirer. Avec ReLIRE, les auteurs et les éditeurs sont invités invitent à se manifester pendant six mois et les ouvrages ne numériseront qu'après, s'ils n'ont pas été retirés de la base.<br /></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<div class="wp-caption aligncenter"><a href="http://www.flickr.com/photos/skoczek/2318656532/"><img class=" " style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://farm3.staticflickr.com/2093/2318656532_670eb58b26_z.jpg" alt="" width="455" height="576" /></a>
<p class="wp-caption-text" style="text-align: center;">dokładniej mi się nie chciało. Par skoczek. CC-BY-NC-ND. Source : Flickr.</p>
</div>
<p lang="fr-FR"><strong> </strong></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Mais d'autres similarités importantes sont repérables entre Google Books et le projet français. ReLIRE par exemple englobe les œuvres orphelines, c'est-à-dire les « [...] œuvres dont le titulaire des droits ne peut pas être identifié ou retrouvé, malgré des recherches diligentes, avérées et sérieuses ». (Art. L. 113-10 du code de la propriété intellectuelle, ndlr). On a beaucoup critiqué le fait que les oeuvres orphelines avaient été laissées dans Google Books. Or, par définition, quand une œuvre est orpheline, personne ne peut venir effectuer l'<em>opt-out</em>. Le système permettait à Google d'empocher les droits sur les orphelines automatiquement et c'est une des raisons qui a fait que la justice américaine a rejeté le Règlement. L'autre critique adressée à Google,  c'est qu'on a reproché à un acteur privé, par un simple contrat, de régler une question aussi importante, alors que le sort des oeuvres orphelines auraient dû être réglé par la loi. Or en France, c'est bien la loi qui est intervenue, mais on n'a pas fait autrement que l'avait fait Google : la loi n'a pas vraiment distingué le problème des oeuvres orphelines qui étaient contenus au sein du corpus des indisponibles. Les droits afférents vont donc passer </span></span><span><span><span><span>automatiquement </span></span>à la société de gestion collective.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"> </p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Au niveau des différences majeures que l'on peut relever, il n'y avait pas dans Google Books ce déséquilibre entre les auteurs et les éditeurs que l'on retrouve dans ReLIRE et qui a provoqué la réaction de certains groupes d'autreurs comme le Droit du Serf. Durant les six premiers mois, si l'auteur réagit, il peut sortir assez facilement du système. Mais s'il laisse passer ce délai, cela devient vraiment compliqué pour l'auteur, parce qu'il faut qu'il amène la preuve détient bien les droits numériques sur son oeuvre. Or une telle preuve est difficile à établir, notamment lorsque les clauses des contrats d'édition sont floues. Dans le projet Google Books, malgré les critiques qu'on a pu lui adresser, il n'y avait pas ce déséquilibre patent qu'on retrouve dans la loi sur les indisponibles à plusieurs endroits en faveur des éditeurs</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong>Toujours concernant ReLIRE, j'ai été interpelé par un commentaire de votre article dans lequel un écrivain trouvait le projet intéressant, mais qu'un de ses ouvrages, qui figure dans la liste, lui posait question. Il s'agit d'un ouvrage en science humaines pour lequel il se demande l'intérêt qu'il y a à le republier sans effectuer un travail de remise en contexte, de réactualisation, d'expliquer au moins dans une préface ce qui a pu être apporté depuis par lui ou par d'autres sur le sujet abordé.</strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>C'est une des grosses difficultés. D'ailleurs, les réactions de plusieurs auteurs qui figuraient dans le registre ont été intéressantes, parce qu'on a pu se rendre que  pour toute une frange d'auteurs, cela pose vraiment un problème que des ouvrages anciens, qui ne correspondent plus à ce qu'ils veulent, soit republiés en l'état. Cela touche à ce que l'on appelle le droit moral. Normalement, l'auteur bénéficie à ce titre du droit de divulgation : il est le seul qui peut décider si son œuvre doit être publiée ou non. Il a en outre le droit de choisir la forme de la publication, et notamment si son œuvre doit être sous forme numérique ou non.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Et là, on constate qu'un certain nombre d'auteurs avaient le projet de rééditer leurs œuvres par eux-mêmes ou avec un éditeur et ils sont furieux de voir que les ouvrages vont pouvoir être réédités en dehors de leur volontés. Ceux qui le souhaitent peuvent se retirer du système ReLIRE: ils ont six mois pour se retirer et, même après au-delà de ces premiers six mois, s'ils estiment que l'ouvrage porte atteinte à leur honneur ou à leur considération, ils pourront aussi se retirer en faisant valoir leur droit moral, même si les termes de la loi sont assez flous à ce sujet.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong>Oui c'est intéressant je n'avais pas forcément pensé à ça. On pense bien sûr au contenu quand on pense publication, mais là il y a le droit moral sur la forme que veux privilégier l'auteur qui est aussi important.</strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Oui, en droit français, le droit moral est une notion très forte. L'éditeur, après avoir signé un contrat d'édition, travaille avec l'auteur et avant la publication, il est tenu d'envoyer à l'auteur ce qu'on appelle un bon à tirer, par lequel il lui demande de faire un dernier examen et de lui certifier qu'il est d'accord avec la forme donnée l'ouvrage. L'auteur doit donner explicitement son accord et c'est à ce moment là seulement que l'éditeur peut publier le livre. Cet acte là est très important, parce que c'est le moment ou l'auteur arrête la forme de l'ouvrage en exerçant son droit moral. Après ça, l'éditeur n'a plus le droit de toucher à la forme du livre. Avec ReLIRE, on ne sait même pas quelle forme exactement va la numérisation et la publication des ouvrages et c'est ce qui inquiète bon nombre d'auteurs. </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>L'hypothèse la plus probable, c'est qu'ils scannent les ouvrages et qu'ils n'en fassent pas grand-chose de plus que ce qu'on appelle des livres homothétiques, c'est-à-dire des reproductions à l'identique. Mais le numérique permet quand même parfois de faire des choses plus en profondeur.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Il y a d'autres paramètres à propos desquels on sait peu de choses. Par exemple, est-ce que le livre va être vendu seul ou est-ce qu'il va être vendu dans un bouquet ? Normalement, l'auteur a un son mot à dire là-dessus. Ces incertitudes peuvent donc expliquer ces réactions d'auteurs qui sont en désaccord avec ReLIRE.<br /></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p style="text-align: center;" lang="fr-FR"><span><span><strong><a href="http://www.flickr.com/photos/bjornmeansbear/3438833245/"><img src="http://farm4.staticflickr.com/3664/3438833245_1937dfa361_z.jpg" alt="" width="428" height="640" /></a></strong></span></span></p>
<p class="wp-caption-text" style="text-align: center;">Sustainabilitist Graphic Design. Par bjornmeansbear. CC-BY-SA. Source : Flickr.</p>
<p style="text-align: center;" lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong>Mais donc pour les auteurs étrangers qui ont publié en France, ça va être d'autant plus compliqué, non ?<br /></strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Alors ça, je pense que ça va être le gros sujet des semaines à venir. C'était aussi une chose qu'on avait beaucoup reproché à Google. Il y a eu plusieurs versions de son Règlement et dans la première version, bien que l'accord ait été passé entre Google et les titulaires de droits américains, il prévoyait également de s'appliquer au reste du monde. Tous les livres étaient concernés par l'accord Google et un grand nombre d'Etats avaient protesté en disant qu'ils ne voyaient pas comment un simple contrat américain allait pouvoir régler le sort de tous les livres de la planète. Google avait été obligé là aussi de revenir en arrière en limitant la portée internationale du Règlement.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Or dans la Loi (du 1er mars 2012, ndlr), j'avais été vraiment surpris de voir que cette question des ouvrages étrangers n'avait pas été vraiment évacuée. La loi précise seulement qu'elle s'applique aux seuls livres publiés en France. C'est vrai que c'est déjà une garantie,  mais ça laisse dans le dispositif les livres en langue étrangère publiés en France (peu nombreux) mais surtout, le problème des traductions d'auteurs étrangers. Des articles paraissent qui montrent que des auteurs étrangers importants figurent dans ReLIRE et commencent à réagir, notamment des auteurs de science-fiction, Neil Gaiman, Ursula Le Guin – qui était une farouche opposante au projet Google –, Philip K. Dick. </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>On verra ce qu'en pense la société américaine des auteurs de science-fiction qui est un gros syndicat d'auteurs américains. Et je ne serai pas étonné qu'il y ait une intervention assez rapide des auteurs américains, qui pourraient tout à fait engager une action en justice. Alors là, ce serait énorme… [<em>update : depuis que nous avons eu cet entretien, <a href="http://www.sfwa.org/2013/05/outrageous-french-copyright-grab-relire-goes-live/">la Science Fiction Writers Association a réagi</a> pour mettre en garde ses membres contre ReLIRE, avec des mots très durs</em>].</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong>Ça médiatiserait largement l'affaire en tout cas.</strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>L'Etat français se retrouverait attaqué aux États-Unis comme Google s'était fait attaqué en France.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong>Ça ferait un effet miroir.</strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Ce serait assez dantesque.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Car j'ai oublié de vous dire une chose importante à propos du règlement Google Books. Aux États-Unis le juge a indiqué à Google que son Règlement pourrait recevoir un accueil favorable, mais à condition seulement de repasser à l'<em>opt-in</em> – l'auteur et l'éditeur doivent accepter formellement d'entrer dans le système – et, quand Google a signé des accords avec des éditeurs français (Hachette, La Martinière), les éditeurs français n'ont accepté qu'à la condition de s'en tenir à l'<em>opt-in</em>. C'est donc très paradoxal de voir que Google va devoir respecter l'<em>opt-in, </em>alors que la loi française, réputée protectrice des auteurs, a introduit un système d'<em>opt-out. C</em>'est très bizarre.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong>On voit dans les commentaires que c'est un point clé.</strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Oui c'est un point clé. Si jamais les pouvoirs publics voulaient désamorcer la crise qui se dessine, ils mettraient en place un <em>opt-in</em> et je pense que cela règlerait une grande partie du problème.<br /></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong>Oui donc, il y a une possible attaque en justice des auteurs américains, il y a aussi la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) qui est envisagée, je crois, en France. Enfin, d'un point de vue médiatique, ils n'y auraient pas intérêt.</strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Non, ils n'y ont pas intérêt, mais cette QPC qui pourrait être déposée par des auteurs est loin d'être gagnée d'avance, parce que le recours s'annonce compliqué. Il va falloir réussir à saisir le Conseil constitutionnel en passant par le Conseil d'État pour invoquer la Convention de Berne. En terme de procédure, c'est très complexe et surtout, sur le fond, il n'est pas certain que le Conseil constitutionnel annule la loi, même si on peut penser que des principes importants n'ont pas été respectés [<em>Update : depuis, le Droit du Serf a effectivement intenté un recours contre le dispositif ReLIRE devant le Conseil d'Etat, <a href="http://ledroitduserf.wordpress.com/2013/05/05/recours/">sur la base d'arguments solides</a></em>].</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span> </span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span>Pourtant il y aurait un vrai intérêt à ce que cette loi soit modifiée, sans pour autant que tout le projet s'effondre. Parce qu'une des différences majeures avec Google Books,  c'est qu'il y a de l'argent public en jeu, via les Investissements d'Avenir, dans le projet français, alors que la numérisation était financée uniquement avec les fonds de Google aux Etats-Unis. Si tout s'effondre, cet argent public sera perdu pour tout le monde. Et je ne sais pas s'il y aura beaucoup d'autres occasions de mobiliser de l'argent public sur ce genre de corpus. Mais ce n'est pas une raison pour procéder en bafouant les droit des auteurs et des lecteurs.</span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><span><strong> </strong></span></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><strong>Le reste de l'entretien est à découvrir <a href="http://scinfolex.wordpress.com/2013/05/18/ce-que-le-numerique-fait-au-livre-interview/">à cette adresse</a>.</strong></span></p>
<p lang="fr-FR"><span><strong>On y évoque les modèles alternatifs au droit d'auteur, <strong>(licence libre, </strong><strong>crowdfunding) le crowdfunding, le prix unique du livre numérique, la notion d'exception culturelle.<br /></strong></strong></span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/interviews/relire-l-etat-francais-se-retrouverait-attaque-aux-etats-unis-2004.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/interviews/relire-l-etat-francais-se-retrouverait-attaque-aux-etats-unis-2004.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Sun, 19 May 2013 11:30:09 +0200</pubDate>
				<category>Interviews</category>
			</item>			<item>
				<title>« Pour que vive la littérature… », Par Alain Mala</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Les Éditions de la Différence sont aujourd'hui heureuses de donner la plume à Alain Mala, fondateur il y a plus de trente ans <a href="http://www.editions-cenomane.fr/f/index.php">des Éditions Cénomane</a>. </strong><strong>Alain Mala explique le sens de la ligne éditoriale et du rythme annuel qu'il a choisi de donner à sa production. Il exprime aussi les raisons de sa décision de rejoindre la diffusion des Éditions de la Différence. Il présente enfin les cinq nouveautés que Cénomane publiera en septembre, octobre et novembre prochains.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong><strong><img src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" width="336" height="98" /></strong><br /></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Tous ceux qui connaissent le catalogue de La Différence comprendront à la lecture de cette tribune d'Alain Mala, pourquoi nous l'avons accueilli avec le sentiment profond d'inscrire la diversité des publications dans l'homogénéité et la cohérence des sensibilités et des approches.</strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span><strong>« Pour que vive la littérature… »</strong></span></p>
<p><span><strong>Par Alain Mala</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>Depuis bientôt trente ans, les Éditions Cénomane ont constitué un catalogue fondé sur l'exigence des choix éditoriaux et l'accompagnement des auteurs dans la durée. Exigence et inscription dans la durée, c'est-à-dire ne publier que ce que l'on juge nécessaire, ce qui sous-entend une singularité, un lieu où se glisse le désir. Celui d'une littérature qui met des mots et des formes sur notre part d'ombre. Une littérature qui est en soi un acte de résistance par le simple fait d'exister. Face au monde, face à la normalisation des pensées et des affects, face à l'autre et à soi-même, face à la mort.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Cette exigence suppose pour les Éditions Cénomane de travailler avec une structure éditoriale légère qui n'implique pas l'obligation économique d'éditer : c'est donc au rythme de six à sept livres par an que s'est constitué le catalogue. Une structure qui implique, en revanche, le désir et la nécessité de créer les liens qui permettent à ces livres-là de rencontrer leurs lecteurs. C'est pourquoi, pour cette rentrée littéraire, les Éditions Cénomane vont rejoindre la diffusion des Éditions de la Différence (distribution Volumen). </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>C'est, dans le contexte actuel, en compagnonnage avec une maison dont la richesse et l'exigence du catalogue, la conception du métier d'éditeur et l'engagement sont essentiels, construire les bases d'un espace de propositions communes, cohérentes et nécessaires. S'appuyant sur la librairie de création, ce n'est pas seulement intégrer une structure de diffusion, mais mettre en acte un vivre ensemble doué de sens et de volonté de transformation : remettre les contenus au cœur du « commerce », ouvrir des espaces de réflexion, de plaisir, de liberté. Parce que des lecteurs désirent ces livres-là, et que le simple fait que ces lecteurs existent et que ces livres existent, est la preuve de leur nécessité. Un coin enfoncé dans un système destructeur qui souhaite que rien ne lui échappe.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>C'est dans cette perspective que s'est développée depuis près de quinze ans la collection « &amp; Littérature », qui réunit des auteurs de langue suédoise ou same (Suède, Finlande), de langue espagnole (Espagne, Salvador, Argentine) ou française. Nombre d'entre eux ont été publiés pour la première fois en France dans cette collection. Rendons hommage au passage, ce n'est pas si courant, au travail inlassable des traducteurs, premiers vrais découvreurs de ces écrivains qui font la richesse d'un catalogue.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Paraîtront ainsi en octobre et novembre 2013, quatre nouveaux titres. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Tout d'abord, le premier tome des cinq volumes qui constituent le « cycle mexicain » de Rafael Menjívar Ochoa, écrivain salvadorien décédé en 2011, considéré comme le chef de file de ceux que l'on a appelé la génération désabusée, en Amérique centrale. <em>Les Années flétries</em> (<em>De certaines façons de mourir, T. 1</em>) se présente au premier abord comme un roman « noir » aux résonances politiques. Mais, comme le dit son traducteur Thierry Davo, à propos de <em>Treize,</em> ce qui préoccupe l'auteur comme ses personnages, c'est de « savoir vivre, ne pas savoir vivre, savoir mourir, ne pas savoir mourir, savoir ne pas mourir »… Le cycle se rattache en cela subtilement à l'œuvre plus directement littéraire de l'auteur dont les Éditions Cénomane ont déjà publié six titres.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<div>{CARROUSEL}</div>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Ensuite, <em>Invasion</em> de Fernando Marías. Quatrième livre de l'auteur traduit en français (les trois précédents également parus aux Éditions Cénomane), ce roman, fondé sur une critique de l'engagement d'un contingent espagnol en Irak, explore ce qu'il advient d'un type « bien » quand les circonstances font de lui un assassin. Thématique centrale chez Marías que celle du bien et du mal, poussée jusqu'à ses terribles extrémités, comme dans <em>L'Enfant des colonel</em>s qui ressortira en poche (Babel, Actes Sud) à la même période.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>S'ajouteront à ces deux titres, en novembre, le premier des quatre volumes du « cycle Minelli » (le personnage récurrent de la série, confronté aux errances d'une mémoire douloureuse et d'une réalité fuyante), Composition de lieu, de l'écrivain argentin Juan Martini et un recueil d'une centaine des textes poétiques, inédits en français, du prix Nobel 1974, le Suédois Harry Martinson :<em> Le livre des cent poèmes.</em></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Enfin, dès fin septembre, sortira le huitième titre de la collection « mots-nambules » : Entre soi de Sylvain Coher, sidérant travail poétique auquel font suite les textes de l'atelier d'écriture qu'il a mené avec des personnes éloignées du livre et de la lecture.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Pour que vive la littérature…</span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/pour-que-vive-la-litterature-par-alain-mala-2002.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/pour-que-vive-la-litterature-par-alain-mala-2002.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 16 May 2013 13:06:01 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>L'attention exigée sur internet n'est pas celle qu'un livre réclame (Éric Chevillard)</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Au cours des années 2000, de nouvelles formes de création voient le jour sur la Toile. Quand certains expérimentent les outils spécifiquement numériques, l'hypertexte et le multimédia (comme <a href="http://www.actualitte.com/acteurs-numeriques/creation-numerique-a-l-origine-etait-le-desordre-philippe-de-jonckheere-42085.htm">Philippe De Jonckheere</a>), d'autres restent fidèles au texte dans sa forme la plus traditionnelle, tout en jouant avec l'ouverture qu'apporte Internet.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><span><strong>C'est le cas d'Éric Chevillard, qui tient quotidiennement depuis plus de six ans un carnet d'écrivain sous forme de blog : <a href="http://l-autofictif.over-blog.com/">l'Autofictif</a>. Dans le cadre d'un dossier touchant aux différents aspects du livre numérique, ActuaLitté publie aujourd'hui un entretien avec <strong>Éric Chevillard</strong><strong>.</strong></strong></span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span><strong>ActuaLitté : L'<em>Autofictif</em>, c'est quoi ?</strong></span></p>
<p><span><strong>Éric Chevillard : </strong>J'ai ouvert ce blog en 2007, de façon très intuitive, pour m'affranchir de la lourde machine éditoriale, court-circuiter ses délais, me dégager de la tyrannie des formes et de mes propres manières, varier mes angles d'attaque. Il ne s'agit pas d'un récit, plutôt d'une sorte de journal. C'est un carnet d'écrivain, ni plus ni moins. Je ne m'y interdis rien. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>L'éventail est ouvert si largement que le voici tout rond. Cela dit, je ne suis pas un expérimentateur numérique, mon projet reste littéraire. Je ne crée ni images, ni sons et je n'ai rien à proposer dans ces domaines, puis j'ai toujours préféré la digression à ce que l'on appelle de façon assez confuse l'hypertexte. Ne pas lâcher le fil, plutôt l'emmêler un peu, y faire et défaire des nœuds, comme le marin qui se laisse dériver puis reprend son cap.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span><img src="http://actualitte.com/images/actualites/Eric_Chevillard.JPG" alt="" width="590" height="443" /><br /></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><strong><strong>ActuaLitté : </strong>S'agit-il d'un jeu d'écritures sous contrainte ? </strong></span></p>
<p><span><strong>Éric Chevillard : </strong>Aucune contrainte, au contraire. Juste un principe : trois notes quotidiennes. Dispositif léger qui favorise les échos internes, harmonieux ou grinçants, c'est selon, qui ne m'oblige pas à travailler spécifiquement pour ça (les notes prises à la volée dans la journée font l'affaire) et n'exige pas non plus de mon lecteur qu'il y consacre du temps. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Même les visiteurs acharnés de la blogosphère littéraire ont des habitudes de surfeurs et un requin dans leur sillage. Ils ne s'attardent pas. </span>Trop de sollicitations, trop de tentations. L'attention que l'on peut exiger sur internet n'est pas celle qu'un livre réclame, je suis convaincu de cela, même si de nombreux auteurs du web le contestent. Et je crains qu'il en soit de même de la lecture sur tablette dès le moment où le flux internet ne sera pas coupé. Si je trouvais des lettres de mes amis entre les pages des livres que je lis, rien ne pourrait m'empêcher de les ouvrir.</p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><strong><strong>ActuaLitté : </strong>Pourquoi avoir choisi de publier le contenu de votre blog ? </strong></span></p>
<p><span><strong>Éric Chevillard : </strong>Ce sont les éditions de l'Arbre vengeur qui m'ont sollicité très vite, alors que je n'en avais pas eu l'idée moi-même. Il est certain que cet accompagnement depuis bientôt six ans a donné à l'entreprise une ampleur qu'elle n'aurait peut-être pas eue sinon. Je reste un auteur de livres. C'est mon vin mis en bouteille. J'y suis très attaché. Je pense aussi à mes filles en publiant ces volumes. J'ai ouvert ce blog quand ma compagne était enceinte de la première et c'est très clairement à elle et à sa sœur que je le dédie. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Qu'adviendra-t-il de la mémoire électronique ? Nul ne le sait. Les livres ont fait la preuve de leur solidité. Enfin, il y a l'aspect économique. Je vis de mes revenus d'auteur et l'édition électronique ne nourrit pas encore son homme. Chose amusante : Tous mes romans publiés chez Minuit ont été numérisés et, paradoxalement, <em>L'Autofictif,</em> né sur la Toile, ne l'est pas. J'aime les paradoxes et celui-ci reflète la situation dans laquelle nous sommes, cet entre-deux, cette époque d'hésitation avant le grand transfert vraisemblable de nos habitudes et de nos pratiques vers le numérique.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><strong><strong>ActuaLitté : </strong>Vous supprimez le contenu du blog au fur et à mesure de la parution des livres. Pourquoi ? </strong></span></p>
<p><span><strong>Éric Chevillard : </strong>D'abord pour ne pas saboter le travail de l'éditeur. Et puis, j'ai toujours considéré la publication d'un livre comme le meilleur moyen de classer l'affaire, de passer à autre chose, plutôt que de traîner un texte infini, il me paraît sain d'alléger régulièrement le bagage. Chaque volume publié est aussi une unité de temps ; il faut savoir s'en délester, comme des années passées.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><strong><strong>ActuaLitté : </strong>Existe-t-il, selon vous, une écriture spécifique au Web ?</strong></span></p>
<p><span><strong>Éric Chevillard : </strong>J'ai toujours pris des notes dans des carnets, qui auraient pu nourrir ce blog s'il avait existé. Donc, pour ce qui me concerne, les différences de l'écriture web par rapport à l'écriture papier ne tiennent qu'à l'immédiateté de la publication et à ce que celle-ci ouvre de possibilités d'intervention et de réaction rapides. L'écrivain n'est plus cet éternel anachronique dont l'œuvre produit son effet toujours à contretemps. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Certaines formes s'accommodent très bien de ce régime, de ce déphasage qui peut même leur être propice en les soustrayant au principe d'impatience qui souvent gouverne nos vies ; mais d'autres ont une vérité instantanée qui, ou bien s'émousse avec le temps, ou bien change de nature en se figeant, devient du marbre, Sa Majesté Littérature, et l'on oublie qu'il y eut à l'origine un cri ou un rire spontanés.</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span>Aux éditions de l'Arbre vengeur :</span></p>
<p><span><em>L'Autofictif – Journal 2007-2008</em></span></p>
<p><span><em>L'Autofictif voit une loutre – Journal 2008-2009</em></span></p>
<p><span><em>L'Autofictif père et fils – Journal 2009-2010</em></span></p>
<p><span><em>L'Autofictif prend un coach – Journal 2010-2011</em></span></p>
<p><span><em>L'Autofictif croque un piment – Journal 2011-2012 </em></span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/interviews/l-attention-exigee-sur-internet-n-est-pas-celle-qu-un-livre-reclame-eric-chevillard-2001.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/interviews/l-attention-exigee-sur-internet-n-est-pas-celle-qu-un-livre-reclame-eric-chevillard-2001.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 16 May 2013 11:23:15 +0200</pubDate>
				<category>Interviews</category>
			</item>			<item>
				<title>Books émissaires #3 : Mystères et diableries au Parlement de Paris</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>D'une certaine manière, notre dernière chronique hebdomadaire n'avait rien à envier à une tragédie grecque, et paissaient ses jeunes pousses avec un appétit dionysiaque. Mais en cette nouvelle semaine de l'an de grâce 2013, nous nous pencherons sur une affaire de censure qui s'est jouée sur les planches d'un tout autre registre, celui bien moyenâgeux des « Mystères ». D'un côté les Théâtres dramatiques à la mode antique, ou bien sadique, tendaient sans détour vers leur apogée cathartique. En revanche, celui impulsé par l'Église romaine dans l'Occident médiéval, avant que le Parlement de Paris ne lui attribue ses cornes diaboliques des Books Emissaires, puisait quant à lui son inspiration dans la veine religieuse.</strong></p>
<p><strong>  </strong></p>
<p>Les Mystères sont apparus à la fin du Moyen Âge, probablement au 13e siècle, à l'origine sur les parvis des églises. Le genre consistait en des représentations théâtrales inspirées initialement par la Passion du Christ. Des pièces fort coûteuses, étalées parfois sur plusieurs journées festives, et qui évoquaient à la manière de feuilletons divisés en de nombreux tableaux : ces miracles et autres impétueux moulinets de glaive qui ont sculpté l'Histoire. Bien que ces aventures épiques se destinaient avant tout à la scène, une part d'entre elles a fait l'objet de publications manuscrites ou imprimées. Le tout bien souvent rédigé en vers, ce qui leur donnait des airs d'œuvres poétiques interminables.</p>
<p> </p>
<p>Ces représentations évoquaient le plus souvent les vies des saints, vulgarisées à destination des populations illettrées, et à renfort d'effets spéciaux bien baroques. Du grand spectacle pour l'époque, en somme, avec ses scènes de crucifixion et autres martyrs, feux d'artifices, et gerbes de flammes comme de faux sang. Et déjà en ce temps-là, le public raffolait de ces moments où les diables sortaient de leurs boîtes et où les bouffons s'adonnaient à l'art de l'injure.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://idata.over-blog.com/3/80/72/03/mistere2_appoline.gif" alt="" width="462" height="362" /></p>
<p style="text-align: center;"> Illustration du Mystère de Sainte Appoline</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Seules de grandes fortunes pouvaient se permettre de financer pareilles distractions, et celles-ci trouvaient la plupart du temps pour mécènes de riches seigneurs locaux. Ainsi le très controversé maréchal de France et compagnon de Jeanne d'Arc, Gilles de Rais, aurait été un véritable amateur du genre. Un homme qui aimait à s'y mettre lui-même en scène, dans son propre rôle, et ce, au point d'y dépenser des fortunes tellement déraisonnables que sa propre famille lui aurait intenté procès. Ses parents l'empêchèrent finalement de mettre l'héritage familial en péril, à force de revendre ses lopins de terre les uns après les autres. Sans compter que la légende veut que la cheminée du donjon de Machecoul ne fût pas bien classée en termes d'économie de combustibles.</p>
<p> </p>
<p>Mais ce mélange improbable de piété et d'impiété, de divin et de profane, cette dangereuse manie d'introduire du vulgaire au cœur même de la sacro-sainte vie christique, allait finalement conduire l'Église à sonner les cloches. Dans la capitale des Francs, le glas sonna pour les Mystères, en plein siècle des Réformes, quand le Parlement de Paris décida en 1548 d'en interdire toutes formes de représentations. Le registre se voyait subitement jugé comme indigne de l'homme cultivé, et banni avec le célèbre manifeste de Du Bellay.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Extrait d'un compte-rendu de Mystère joué à Seurre, en 1496</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Aussitôt tout le monde se rendit vers les estrades et les acteurs à leur place, et alors ils furent mis en ordre par le dit Maistre Andrieu qui avait le registre, et ils se disposèrent au bruit des trompettes, des clairons, des buccins, des orgues, des harpes, des tambours, et d'autres instruments hauts et bas qui jouaient tout autour d'eux, jusqu'au dit lieu de représentation où ils se sont mis en cercle comme il est de coutume. Cela était un arrangement si magnifique et somptueux que cela dépassait l'esprit de l'homme pour décrire une chose aussi fine et splendide. Ceci fait, chacun se retira à l'endroit marqué pour lui et les deux messagers ouvrirent la représentation comme il est écrit ci-dessus dans ce registre. <br />Alors Lucifer commença à parler et pendant son discours le costume de l'homme qui jouait Satan et se préparait à entrer par la trappe depuis son souterrain pris feu autour de ses fesses de sorte qu'il fut gravement brulé. Mais il fut si vivement secouru, dépouillé de ses vêtements et rhabillé sans donner aucun signe de douleur qu'il joua son rôle, puis se retira à sa maison.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p>Le Parlement de Paris, en ce temps-là sous le règne de Charles VII, celui que l'Histoire a retenu comme le Victorieux et qui était lui-même un héros du registre théâtral, était une sorte de section judiciaire locale, issue de la Cour royale. Pratiquement au sommet des juridictions, ses prérogatives dépassaient possiblement le seul cadre de la justice, comme semble le démontrer ici son autorité en matière d'affaires morales et ecclésiastiques, et seul le Conseil du roi était en mesure de casser les arrêts qu'elle rendait.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: center;"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4b/Parlement-Paris-Charles7.jpg/584px-Parlement-Paris-Charles7.jpg" alt="" width="428" height="440" /><span>Lit de justice de Charles VII, au Parlement de Paris</span></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Edit fut prononcé et les Mystères interdits sur les planches d'Île-de-France, mais ces pièces purent néanmoins continuer d'être jouées dans les provinces françaises placées sous d'autres juridictions souveraines. On continua de représenter cette forme de théâtre religieux pendant longtemps encore dans certaines régions, et notamment jusqu'en 1805 à Giaglione, sur les terres ultramontaines de Savoie.</p>
<p> </p>
<p>Jamais la justice française n'a eu l'occasion de revenir sur cette décision du Parlement de Paris, probablement en raison du fait que l'effet de mode avait eu le temps de disparaître. Lorsqu'avec l'imprimerie on réédita soudainement les chefs d'œuvre antiques, ceux-ci allaient s'attirer les préférences des élites culturelles. Ces miracles médiévaux, qualifiés entre-temps de diableries, ont terminé leur parcours méprisé comme de vulgaires farces…</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaires-3-mysteres-et-diableries-au-parlement-de-paris-2000.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaires-3-mysteres-et-diableries-au-parlement-de-paris-2000.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 15 May 2013 18:53:10 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Livres du lundi #3: Dans Paris, la promenade entre passé et présent</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Les livres de promenades parisiennes sont pour ainsi dire devenus un genre à part entière. Sauf qu'hier, la journée a été chargée, et que nous n'avons pas pu placer ce Livres du Lundi. Alors exceptionnellement, il s'appellera aujourd'hui Livres du Mardi. Nombreux sont ceux qui ont fait leur contribution, de Léon-Paul Fargue (avec son fameux <em>Piéton de Paris</em>), au philosophe Walter Benjamin, qui a consacré des textes aux passages de la capitale. </strong></p>
<p> </p>
<p>À ces noms bien connus, il convient désormais d'ajouter celui de Franz Hessel, le père de Stéphane Hessel. Pour la première fois, il nous est donné l'occasion de découvrir l'ensemble de ses promenades parisiennes dans un recueil qui paraît ces jours-ci chez Payot/Rivages sous le titre de <em>Flâneries parisiennes</em>. Anecdotique à première vue, c'est un petit livre qui mérite d'être mentionné, dans la mesure où il fait revivre des scènes de la vie parisienne depuis longtemps oubliées. </p>
<p> </p>
<p>Parmi lesquelles, on ne manquera pas de mentionner le « bal des concierges » qui avait lieu « <em>le dernier samedi avant la Toussaint, dans la grande salle de la Société d'Horticulture</em>. » Un moment unique : Hessel prend soin de préciser que les concierges parisiens ne quittent que fort rarement leur antre. </p>
<p> </p>
<p>On lira aussi avec plaisir son évocation des lieux mythiques de la ville, comme le marché aux puces, la rue Mouffetard ou bien la Tour Eiffel. À chaque fois, le sens de l'observation, indispensable dans ce genre de texte, est au rendez-vous, et les anecdotes sont souvent instructives. Par exemple, un chapitre est consacré à la « <em>doyenne des ouvreuses</em> » de la Comédie-Française, qui « <em>aura souvent la nostalgie de ses allées et venues dans le clair-obscur des antichambres de l'art.</em> »</p>
<p> </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p2"><a title="La Rue Mouffetard de Forever Wiser, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/ifionlyknew/3317636908/"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://farm4.staticflickr.com/3489/3317636908_0db8a87edc.jpg" alt="La Rue Mouffetard" width="403" height="500" /></a></p>
<p class="p2" style="text-align: center;">Peinture représentant la rue Mouffetard (Maximilien Luce),</p>
<p class="p2" style="text-align: center;">Forever Wiser,<strong class="username"> <span style="font-size: x-small;">C</span></strong><span style="font-size: x-small;">C BY 2.0</span></p>
<p class="p2" style="text-align: center;"><strong id="yui_3_7_3_3_1368378972253_1070" class="username"></strong> </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Hessel marque une préférence pour les humbles et les quartiers populaires, dont la vie ne cesse de le surprendre. Il prend soin de moquer gentiment les touristes américains qui l'arrêtent dans la rue pour lui demander où est la « <em>main street</em> ». Car s'il est bien un promeneur, il n'est pas n'importe lequel promeneur. Dans son « <em>art de se promener</em> », il explique les vertus de cette activité, en particulier à Paris. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">L'espace d'un instant, le ton se fait plus philosophique concernant ce « <em>plaisir singulièrement pur, dépourvu de toute finalité</em>. »  </p>
<blockquote>
<p class="p1"><em>Le charme incomparable de la promenade est qu'elle vous délivre d'une vie privée plus ou moins malheureuse. Vous entrez en relation, vous communiquez avec des situations et des destins absolument étrangers</em>. » </p>
</blockquote>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Et à l'occasion, notre guide est aussi poète : « <em>Quand on marche longtemps, on ressent un nouvel élan après les premières fatigues. Alors, le pavé devient maternel, il vous porte et vous berce comme le lit voyageur des contes</em> ». </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">On comprend en lisant Hessel que Paris est une ville habitée par de nombreux fantômes. On ne peut parler du Palais-Royal sans songer aux riches heures de ce lieu qui fut pour longtemps le centre de gravité de la fête à Paris (songez à ce qu'en dit Balzac). </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Paris fantôme, mais Paris vivant</strong></span></p>
<p class="p2"> </p>
<p>Pas très étonnant donc que Michel Longuet ait intitulé son carnet de promenades (qui paraît chez Grasset) <em>Adresses fantômes</em>. Longuet parcourt Paris le crayon à la main, et nous livre ici ses croquis des lieux qui ont jalonné ses promenades. Les dessins ont été regroupés dans des chapitres sous le signe d'artistes qui ont habité la ville, de Méliès à Beckett, en passant par Michaux, « <em>ces personnes parties sans laisser d'adresse</em>. » </p>
<p> </p>
<p>La promenade est ici historique avant tout, un prétexte à un devoir de mémoire de l'art, le tout agrémenté de quelques photos et de notes relatives à chaque dessin. S'en dégage une certaine mélancolie, loin d'être funeste. Son parcours sur les traces de Gauguin par exemple est loin d'être de tout repos et relève parfois du jeu de pistes. </p>
<p> </p>
<p>Pour le lecteur, en revanche, pas de meilleure façon de découvrir des lieux a priori anodins, mais chargés d'histoire. Avec son coup de crayon, Longuet transmet le « <em>frisson</em> » qui est le sien à chaque fois qu'il passe devant une plaque « DANS CETTE MAISON VECUT ». L'avantage ici, c'est que l'auteur se consacre à des lieux peu connus du grand public.</p>
<p> </p>
<p>Prenons un autre exemple, Beckett. On oublie souvent que le romancier et dramaturge irlandais vécut trois mois dans un immeuble sans charme du boulevard Saint-Jacques, avec une vue imprenable sur le métro. « <em>Les proportions, la porte, tout est laid. Simple, mais laid. Le nom de Beckett figure toujours en gros sur sa boîte aux lettres</em> (...). <em>Peut-être Beckett, qui acheta cet appartement sur plan, fut-il déçu du résultat</em>. »</p>
<p> </p>
<p>Enfin, terminons cette chronique par la mention d'un livre ressorti de l'oubli il y a quelque temps. Il s'agit du <em>Paris Insolite</em> de Jean-Paul Clébert. Paru en 1952, cet excellent ouvrage a été réédité en 2009 chez Attila, avant de connaître une version poche chez Points. Dans un style et un ton qui ne sont pas sans rappeler ceux d'Henry Miller, Clébert nous raconte sa vie d'errance à travers la capitale, avec un sens de l'observation remarquable. Un autre livre à lire avant de se lancer dans les rues de Paris. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1"><strong>Flâneries parisiennes</strong>, Franz Hessel, traduit de l'Allemand, préfacé et annoté par Maël Renouard, Rivages poche/Petite bibliothèque, 7,15 euros, 144 pages.</p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1"><strong>Adresses fantômes</strong>, Michel Longuet, Grasset, 18,50 euros, 112 pages. </p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/reportages/livres-du-lundi-3-dans-paris-la-promenade-entre-passe-et-present-1997.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/reportages/livres-du-lundi-3-dans-paris-la-promenade-entre-passe-et-present-1997.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 14 May 2013 14:01:51 +0200</pubDate>
				<category>Reportages</category>
			</item>			<item>
				<title>Partenaires particuliers : réunir les professionnels livre et audiovisuel</title>
				<description><![CDATA[<p><span><strong>Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donnent rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du Master et de l'association. Cette semaine, on vous parle des partenaires de l'association !</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>Pour remplir les missions principales d'Effervescence, qui sont de valoriser le master et de créer un réseau professionnel solide, la <strong>recherche de partenaires professionnels</strong> est quelque chose de primordial. Cette année, nous en avons fait une de nos priorités et avons décroché plusieurs partenariats de taille. Lesquels ? Que nous apportent-ils ? Explications.</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span><a href="http://www.bs2bo.com/2/frontprodv2.3/"><strong>Best-seller to box-office</strong></a></span><span><strong> </strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>Best-seller to box-office (Bs2bo) est une plateforme qui a l'intelligence de réunir livres et films dans l'intérêt de tous. Partant du constat qu'il n'existe pas d'outil pour aider les réalisateurs et les producteurs à trouver des livres qui pourraient être adaptés au cinéma et à en obtenir les droits audiovisuels, Laure et Nathalie Kniazeff ont décidé de mettre ce système en place il y a quelques années. Loin d'être un intermédiaire économique de plus entre auteurs et producteurs, puisque l'entreprise se rémunère aux inscriptions (celles des producteurs) et non en proportion des droits vendus, <strong>Bs2bo aide sainement l'édition et le cinéma à tisser des liens</strong>.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span><img src="http://actualitte.com/images/actualites/effervescence_tari_rahimi_sorbonne.jpg" alt="" width="550" height="392" /><br /></span></p>
<p><span> </span></p>
<p> </p>
<p><span>Quand nous avons eu connaissance de l'existence de cette plateforme, nous avons immédiatement envisagé de leur proposer un partenariat, qui a été accepté. Laure Kniazeff nous a alors appris que Bs2bo serait, cette année, <strong>le représentant officiel du livre au Festival de Cannes</strong>. Un symbole fort pour l'image de la plateforme, et donc de l'association !</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Concrètement, ce partenariat consiste d'abord en un échange de visibilité et de notoriété, via les réseaux sociaux et les éléments de communication. Des actions plus concrètes ont également lieu : une offre d'emploi a été proposée aux étudiants du master, Laure Kniazeff est intervenue lors de notre <a href="http://www.actualitte.com/reportages/l-adaptation-du-livre-au-cinema-quels-enjeux-et-perspectives-1973.htm"><span>table ronde au sujet de l'adaptation du livre au cinéma</span></a>, et si vous avez la chance d'accéder au plus grand marché du film mondial, vous pourrez trouver, sur le pavillon de Bs2bo au Festival de Cannes, des flyers présentant  le réseau professionnel que constitue Effervescence, à l'attention d'éventuels recruteurs.</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span><a href="http://www.pol-editeur.com/"><strong>Les Éditions P.O.L</strong></a></span></p>
<p> </p>
<p><span>Est-il besoin de présenter les Éditions P.O.L ? Cette prestigieuse <strong>maison de littérature contemporaine</strong>, dirigée depuis toujours par Paul Otchakovsky-Laurens, fête cette année ses 30 ans et un catalogue riche d'auteurs tels que Marguerite Duras, Emmanuel Carrère ou Marie Darrieussecq. P.O.L est aussi l'éditeur de la revue de cinéma Trafic, et Paul Otchakovsky-Laurens est impliqué dans les activités du CNC : ce <strong>lien entre édition et cinéma</strong> n'est pas pour nous déplaire…</span></p>
<p> </p>
<p><span>Mais c'est surtout parce que la promotion 2013 du master a l'honneur d'être <strong>parrainée par l'écrivain-réalisateur Atiq Rahimi</strong> que, dans le cadre de ce parrainage, nous avons demandé aux Éditions P.O.L, (qui l'éditent) si elles accepteraient de devenir notre partenaire pour un an, la durée du parrainage. La réponse fut positive ! Là encore, les <strong>échanges de visibilité et de notoriété</strong> sont un point primordial du partenariat : nous sommes fiers de pouvoir arborer le logo P.O.L sur nos éléments de communication, et eux-mêmes sont heureux de soutenir un master de la Sorbonne ; nous relayons certaines de leurs actualités sur nos réseaux (notamment celles qui concernent Atiq Rahimi), tandis qu'ils ont placé, sur leur stand au Salon du livre, des flyers promouvant le livre de l'option édition et indiquant le stand du master. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Le partenariat passe également par certains coups de pouce : par exemple, l'association a pu vendre des livres d'Atiq Rahimi en prenant une marge sur les recettes. Enfin, en février dernier, les Éditions P.O.L ont convié tous les étudiants du master à assister à l'avant-première du dernier film de leur parrain, Syngué Sabour, qu'elles organisaient pour les libraires et critiques littéraires. L'occasion pour les étudiants de valoriser le parrainage auprès des personnes présentes, de mettre ainsi le master en lumière, et surtout de vivre une très belle expérience de cinéma, en présence de l'équipe du film.</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span><a href="http://www.actualitte.com/"><strong>ActuaLitté</strong></a></span></p>
<p> </p>
<p><span>Vous connaissez aussi bien que nous ce site, sur lequel vous êtes actuellement. Ce sont son dynamisme, sa renommée croissante, son éclectisme assumé et sa <strong>veille assidue des pratiques numériques </strong>qui nous ont incités à prendre rendez-vous avec le rédacteur en chef pour lui proposer un partenariat.</span></p>
<p> </p>
<p><span>Quand nous sommes allés voir Nicolas Gary, nous ne nous doutions pas de ce qui nous attendait. Nous espérions, pour ce partenariat potentiel, des articles occasionnels sur nos événements et quelques participations des journalistes d'ActuaLitté à nos tables rondes : somme toute un échange de services traditionnel.  Mais nous ne pensions pas repartir de ce rendez-vous avec <strong>notre propre chronique hebdomadaire</strong> au programme du site ! une zone d'expression libre où nous avons chaque semaine carte blanche, sur un web-média de plus en plus influent ! (Si vous avez manqué les chroniques précédentes, <a href="http://www.actualitte.com/s/effervescence.htm"><span>venez y jeter un œil</span></a>. Et pour ne pas rater les prochaines, suivez-nous sur <a href="https://www.facebook.com/pages/Association-Effervescence-Sorbonne/269410749784915?ref=hl"><span>Facebook </span></a>!)</span></p>
<p><span>Inutile de préciser que les autres éléments du partenariat ont également vu le jour : des articles sur nos événements qui ne sont pas de notre main, la venue de Nicolas Gary en tant que médiateur pour notre <a href="http://www.actualitte.com/reportages/les-possibilites-editoriales-contemporaines-en-matiere-de-numerique-1978.htm"><span>table ronde sur l'édition numérique</span></a>, des échanges sur les réseaux sociaux… ActuaLitté ne tient pas ses engagements qu'à moitié !</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span><a href="http://www.paris-sorbonne.fr/nos-formations/la-formation-initiale/choisir-par-niveau/master-2965/litterature-philologie-et-3711/masters-professionnels-3994/lettres-modernes-appliquees/objectifs-de-la-formation-4264/"><strong>La Sorbonne</strong></a></span></p>
<p> </p>
<p><span>Nous avons beau être une association représentant les étudiants d'un master de la Sorbonne, nous ne dépendons officiellement pas de Paris IV. Et pourtant, dans les faits, que serions-nous sans notre université ? Une sorte de <strong>partenariat tacite s'est noué au fil des ans</strong> entre elle est Effervescence.</span></p>
<p> </p>
<p><span>Pour commencer, sans rentrer dans les détails du budget, puisque ce fera l'objet d'une prochaine chronique, la Sorbonne, via le pôle de la vie étudiante, nous a permis d'obtenir <strong>des subventions qui nous sont indispensables </strong>pour mener à bien nos projets de l'année. L'université est également d'une grande aide pratique et logistique : elle nous prête des locaux pour nos réunions et nos événements (généralement de prestigieux amphithéâtres : on y capte trop mal pour live-tweeter mais ça a quand même une sacrée belle allure !) ; le service audiovisuel nous confie micros, caméras, rétroprojecteurs et tables de montage pour pouvoir filmer nos rencontres ; le service culturel communique nos actualités ; l'UFR de Littérature stocke notre matériel... La Sorbonne est donc un soutien indispensable pour l'association, et nous essayons de bien le lui rendre.</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span><strong>Tous ces précieux alliés d'Effervescence, que nous  tenons à remercier ici de leur soutien, nous aident à nous faire connaître, à valoriser nos actions et la formation que nous représentons. Nous sommes attachés au fait que ces partenariats sont très variés, et nous sommes d'ailleurs en train d'en envisager d'autres, eux-mêmes bien différents, pour agrandir la liste.</strong></span></p>
<p><span><strong>À la semaine prochaine !</strong></span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/reportages/partenaires-particuliers-reunir-les-professionnels-livre-et-audiovisuel-1998.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/reportages/partenaires-particuliers-reunir-les-professionnels-livre-et-audiovisuel-1998.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 14 May 2013 09:51:40 +0200</pubDate>
				<category>Reportages</category>
			</item>			<item>
				<title>Juke-Books #28 : The FoxyLadyProject, guitares au gabarit</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Le Juke-Books a trouvé un adversaire à sa mesure : The FoxyLadyProject, comme son nom peut le laisser deviner, évoque les belles courbes et les vibrations inimitables... D'un instrument bien connu mais encore très jeune, la guitare électrique. L'ouvrage présente les photographies de plus d'une soixantaine d'instruments, taille réelle.</strong></p>
<p> </p>
<p> « <em>Pas forcément les guitares les plus chères, ni celles qui sonnent le mieux, mais celles qui ont une histoire...</em> » explique Tomás Gubitsch, guitariste, chef d'orchestre et collaborateur du FoxyLadyProject. De son propre aveu, le résultat a largement dépassé ses attentes, en qualité et... en taille. En effet, l'ouvrage s'étale sur 47 x 109 cm, pour 130 pages et 12 kilos sur la balance.</p>
<p> </p>
<p>Le livre le plus grand jamais imprimé, un titre pas usurpé puisque Maxime Ruiz assure qu'« <em>[i]l n'existe pas de machine qui puisse relier des livres plus grand, d'ailleurs la raison pour laquelle nous n'avons pas pu mettre de basses dans ce livre, car elles sont un peu plus grandes que les guitares</em> ».Un soin tout particulier a été accordé aux photographies, prises à l'aide d'un appareil photo à chambre.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span>{CARROUSEL}</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Et chacune des guitare est d'ailleurs accordée, « <em>une sorte de manie qui fait que les clés ne sont pas alignées sur les photos</em> », explique Ruiz. Des flash codes, imprimés au-dessus des descriptions qui s'affichent sur la page de gauche, permettant d'accèder à des vidéos de démonstration. « Derrière ce livre, il y l'idée de présenter la plus belle collection de guitares, en trompe-l'oeil. Je n'avais pas conscience que c'était si compliqué » se souvient Maxime Ruiz, à l'origine du concept.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/Double_Page_National_Newport.jpg" alt="" width="500" height="565" /></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: left;">Sur les 2500 exemplaires produits pour le monde, presque la moitié s'est déjà écoulée, surtout en France. Pourtant, la note est salée, puisqu'il faut compter 610 € pour s'offrir le livre. « <em>On peut dormir dessus</em> », avance Maxime Ruiz. Mais il suffira d'un accord pour vous réveiller...</p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-28-the-foxyladyproject-guitares-au-gabarit-1996.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-28-the-foxyladyproject-guitares-au-gabarit-1996.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 10 May 2013 18:06:51 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>On a brûlé Régine Deforges, comme on a brûlé Jeanne D'arc</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>À l'occasion de la sortie en librairie du livre Les Filles du cahier volé, dans lequel Régine Deforges s'exprime pour la première fois sur un traumatisme subi pendant son adolescence et qui l'empêchera longtemps d'écrire, les Éditions de la Différence donnent la parole au photographe Leonardo Marcos, qui a interviewé Régine et son amie Manon, sur leur relation amoureuse qui déclencha le scandale. Les mentalités ont-elles aujourd'hui tellement évolué, quand on voit la persistance et la violence de certaines manifestations homophobes ?</strong></p>
<p> </p>
<p style="text-align: right;"><span> </span></p>
<p><strong><img style="float: right;" src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" width="336" height="98" /></strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>  </p>
<p><span><strong>Peut-être Jeanne d'Arc était-elle trop belle pour les Anglais…</strong></span></p>
<p><span><strong>Par Leonardo Marcos</strong></span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Une des raisons qui m'a motivé à écrire avec <a href="http://www.ladifference.fr/Filles-du-cahier-vole.html?indextitre=4&amp;titre=F#livre2900">Régine Deforges <em>Les Filles du cahier volé</em>,</a> est qu'on a voulu la tuer pour sa beauté.</p>
<p><span> </span></p>
<p><span>La beauté fascine autant qu'elle fait peur. On l'adule dans les magazines féminins mais au quotidien on déteste une fille qui est trop belle. Elle est convoitée, sujette aux rivalités des autres femmes, si bien qu'on l'écarte, surtout dans un contexte professionnel. On aime sa présence, en soirée, en vacances, ou quand elle est une actrice célèbre, un mannequin, une chanteuse, bref, quand elle est payée pour être belle, rien que belle sinon elles est maudite. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Au travail, on accepte les jolies filles quand elles ont un caractère dominant, adoptent des comportements de « mâle », maltraitent leur entourage professionnel, et surtout les hommes. Certaines s'efforcent même à devenir des femmes monstrueuses dans l'unique but d'être acceptées et de se protéger. Froides, hautaines, voire cruelles, elles s'intègrent car elles ont perdu l'essence même de leur féminité.  </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> La beauté des femmes est l'une des discriminations les plus secrètes, les plus tues.  Appelons de nos vœux un militantisme qui conduirait les jolies femmes à se regrouper pour mieux se défendre. Imaginez, des visages gracieux et des corps sublimes manifestant dans Paris, hurlant : « <em>Hollande t'es foutu, les beautés sont dans la rue !</em> » Le 1er mai, elles défileraient avec les syndicats ouvriers et les salariés du service public.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Malheureusement, la beauté est condamnée à la solitude, au repli sur soi, à l'indifférence sociale. « <em>Pourtant, que Marianne était jolie, quand elle chantait dans les rues de Paris, en criant de vive voix : « ça ira ! »</em>…. »  On reste sans voix quand on mesure à quel point la féminité, qui inspire les artistes, séduit les hommes et les femmes, est rejetée par la société.  Pour quelle raison lui en veut-elle ? Parce qu'elle provoque la séduction, et la séduction… c'est le Mal. Les femmes belles sont associées au diable car elles déclenchent le désir.  Elles sont dotées d'un pouvoir maléfique. Mais celui qui les condamne, au final, condamne son propre désir, son propre phantasme.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/les_filles_du_cahier_vole_desforges.jpg" alt="" width="267" height="216" /></span></p>
<p><span> </span></p>
<p> </p>
<p><span>  Régine a été au cœur d'une terrible histoire qui l'a marquée à vie.  Adolescente à Montmorillon, petite ville au cœur du Poitou, elle est au lendemain de la deuxième guerre mondiale, l'objet de tous les regards, car sa beauté est triomphante. Rousse aux formes généreuses, elle ne cache pas son corps, le met même en avant. Elle excite l'attention de son entourage, jeunes hommes, adultes et aussi les femmes. Elle ne s'offre à personne,  reste en retrait. Belle, insaisissable, fière et rebelle, elle est perçue comme une diablesse par les habitants de cette ville de province qui n'attendent que l'occasion pour qu'elle devienne leur proie.  La relation amoureuse avec une autre jeune fille de son âge sera le détonateur pour qu'enfin ils puissent l'attaquer et la mettre à terre.  La vierge rouge, couleur de ses cheveux, va subir la haine, la furie, la violence. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>La mèche est le cahier où elle écrit son journal intime. Elle y décrit la relation avec son amie. Sa petite sœur le chaparde pour le donner à un des prétendants malheureux dont Régine ne veut pas comme fiancé.  Le cahier entre ses mains, il le lit à ses amis, qui se moquent de la belle rousse. Les parents du jeune homme, apprenant l'existence de ce journal, s'en emparent. Ils s'en servent comme pièce à conviction pour la dénoncer à la police. Les deux adolescentes sont accusées d'outrage aux mœurs. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Mais seule Régine sera la cible, et non son amie, nullement inquiétée, alors même qu'elle est connue pour ses penchants homosexuels. Ses parents sont d'un milieu aisé, son père, un homme éclairé, protecteur et bienveillant qui n'accepte pas que l'on s'en prenne à sa fille.  Les parents de Régine, eux, sont issus d'un milieu modeste et sont peu armés pour la défendre. Ainsi, pour avoir écrit quelques mots d'amour dans un cahier, la belle jeune fille va être brisée par toute une société. On l'expulse de son collège catholique et aucun autre établissement, même public, ne l'accepte… Pendant une année entière, elle ne peut sortir de chez elle sans être injuriée, sans recevoir des jets de pierre, des coups.  On l'oblige à brûler son cahier devant ses accusateurs. Résultat de ce drame, pas une ligne écrite par Régine pendant des décennies… </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Aujourd'hui, l'une et l'autre témoignent dans Les Filles du cahier volé, qui restitue la vérité de cette histoire.  Tant d'années après,  elles en parlent encore avec émotion.  La beauté a été souillée doublement : celle de Régine et celle de l'amour qui liait ces deux adolescentes. </span></p>
<p><span>En tant que photographe, c'est cela que j'ai voulu montrer : la grâce, dans sa splendeur, qui fut la cause essentielle de cet opprobre. En brulant ce cahier, c'est la beauté que l'on a voulu jeter aux flammes. </span></p>
<p> </p>
<p><span>On a brûlé Régine Deforges, comme on a brûlé Jeanne D'arc. Peut-être Jeanne D'Arc était-elle trop belle pour les Anglais…</span></p>
<p><span> </span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/on-a-brule-regine-deforges-comme-on-a-brule-jeanne-d-arc-1995.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/on-a-brule-regine-deforges-comme-on-a-brule-jeanne-d-arc-1995.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 09 May 2013 16:24:10 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Libre Ere : librairie communale et communarde</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>ActuaLitté poursuit son tour d'horizon des librairies du XIe arrondissement. L'aventure démarre en  2000.  À l'époque, l'Est parisien ne connaît pas autant de librairies qu'aujourd'hui. <em>Libre ère</em>, la boutique est nichée à deux pas de la République sur le boulevard Ménilmontant. « <em>Un quartier de mémoire</em> », rappelle Hafid, le libraire, entre mur des Fédérés du Père Lachaise, la colline rouge et le souvenir de la dernière barricade des Communards. Forcément, la librairie vert pomme a pris l'odeur des environs, rouge et libertaire et cultive une identité engagée. « <em>Une librairie de quartier</em> » à l'image de ses habitants des « <em>contest</em>a<em>taires</em> ».</strong></p>
<p> </p>
<p>Gamin, Hafid, le gérant, se souvient avoir dû se rendre dans le quartier latin pour assouvir sa passion de la lecture. Aujourd'hui, il se fait un point d'honneur de faire entrer les gens dans sa boutique. 45m² tapissés de posters en lien avec les artistes et les penseurs invités pour des rencontres. « <em>Pas souvent </em>», selon lui, mais les évènements ont tout de même lieu « <em>une fois par semaine ou tous les quinze jours </em>». Un goût pour l'échange comme en témoigne la porte maintenue ouverte sur une jolie éclaircie, nous sommes le 8 mai.</p>
<p> </p>
<p><em>« Mais pas le 1er</em><em> mai, c'est la fête du Travail</em> ». Les difficultés économiques sont bien là, le libraire n'a baissé le rideau que pour le symbole. Fermer plus était inenvisageable. À la première ouverture, Hafid reprend un vieux fonds, « <em>une maison de la presse en bout de course</em> », explique-t-il. À l'instar des librairies peu nombreuses à l'époque, les marchands de journaux ne font rares dans les environs. Quand les choses ne s'améliorent pas en 2010, il franchit le cap et fait évoluer son stock. « <em>J'ai installé dès les débuts un rayon de livres</em> », il suffira de l'agrandir au fur et à mesure pour arriver désormais au nombre de 5.000.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p> <img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/Amazon/2013-05-08_16.50.50.jpg" alt="" width="384" height="512" /></p>
<div> </div>
<div> </div>
<div><span style="font-size: medium;"><strong><span style="color: #993300;"> 8 mai, jour de Librairté</span></strong></span></div>
<div> </div>
<p style="text-align: justify;">Le fonds n'est pas vaste mais il compte outre les succès de gondoles de belles sélections éditoriales. Une BD sur Thoreau, père de la désobéissance civile et des titres engagés et marqués par la « <em>littérature du réel</em> » : il cite Eric Reinhardt, Laurent Gaudé, Mathias Enard. Et prend plaisir à conter les péripéties d'un garçon de Tanger qui « <em>vit les révolutions arabes puis le fascisme islamique qui guette </em>», avant de rencontrer les Indignés, parvenu en Espagne.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Les livres d'évasion ont bien leur place et on échappe pas aux best-sellers « <em>pour répondre aux besoins de tous les habitants</em> <em>du quartier</em> », mais dans son métier de libraire, Hafid répète souvent qu'il faut « <em>donner des outils</em> » adultes comme pour les enfants qui profitent de son petit salon coloré. Comprendre, un bagage culturel et littéraire pour mieux appréhender le monde, « <em>s'approprier la langue </em>».</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Plus qu'une simple phrase, apporter une « <em>littérature d'émancipation</em> » dans ce creuset qui a connu tant de vagues d'immigrations des Polonais aux nouveaux exodes chinois. Sa sensibilité contestataire, le militant d'une « <em>libre ère</em> » la laisse éclater lorsqu'il vilipende le passage d' « <em>un monde du travail à un monde de rentier </em>» et fait appel à ses auteurs « <em>qui proposent des alternatives »,  « d'autres façon de vivre</em>  pour lutter contre les aberrations du système ».</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-align: -webkit-auto;">{CARROUSEL}</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Et des personnalités aussi. Médiatiques comme Charb, Wozniak, José Bové où les reporters Roméo Langlois, enlevé par les Farc, et Edith Bouvier, bloquée dans l'enfer de Homs en Syrie. Des auteurs également avec des partis pris tout aussi politiques mais d'une autre teneur : la poésie. Le propriétaire de la boutique invitera le 18 mai Stan Rodnitz, poète polonais d'expression française.    </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><strong><span style="color: #993300;">Librairtaire</span></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Implanté dans la vie de quartier, l'immatérielle littérature numérique ne l'effraie pas, au contraire. « <em>Complémentaire</em> » au papier, elle apporte de nouvelles approches. Redécouvrir des œuvres oubliées à moindre frais, faire de l'édition au coup par coup. La victime de cette révolution façon imprimerie de Gutenberg est à trouver ailleurs que dans la pièce. « <em>Le numérique va tuer les librairies traditionnelles seulement. Pas celles qui présentent des spécificités, une animation particulière </em>».</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Le voeux pourrait être pieux, mais le cadre de la boutique un brin libertaire donne déjà une saveur toute particulière au magasin. Par contre; la réponse aux gros comme Amazon est plus acide. Cela passe par d'autres offensives. Par exemple <a href="http://www.lalibrairie.com/">lalibrairie.com</a>, réseau en ligne d'indépendants qui permet de récupérer en 24 à 48h son livre dans la librairie de son choix, sans toucher perturber le tissu économique local.  « <em>Il faut s'outiller pour leur faire face</em>  ».</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Librairie <em>Libre Ere</em>, 111 boulevard Ménilmontant</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> Retrouver la première escale de ce tour des libraires spécialisés :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.actualitte.com/reportages/violette-co-d-hypatie-d-alexandrie-a-virginie-despentes-1988.htm">Violette &amp; Co : librairie féministe et homo</a></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/reportages/libre-ere-librairie-communale-et-communarde-1994.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/reportages/libre-ere-librairie-communale-et-communarde-1994.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 09 May 2013 10:28:41 +0200</pubDate>
				<category>Reportages</category>
			</item>			<item>
				<title>Books émissaires #2 : Sade, le Divin Marquis, et vicieux infortuné</title>
				<description><![CDATA[<p class="p1"><strong>S'il est un spécimen, parmi nos Books Emissaires, qui ne se laisse pas approcher sans laisser quelques cicatrices, il s'agit sûrement de l'objet du second opus de ces chroniques de la censure. Une bête littéraire jugée indomptable, un incontinent de la plume insatiable et féroce, dont le pedigree semble davantage tenir du lion solitaire que du cornu de troupeau.</strong></p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Le Marquis François-Donatien de Sade, et ses plus de 120 nuances de tortures, ont de quoi faire passer les <em>Fifty Shades</em> pour du petit lait dans le registre mordillant de la pornographie sado-masochiste. Et en cette veille de l'Ascension, pourquoi ne pas s'intéresser de plus près à une figure que certains critiques considèrent aujourd'hui encore comme une incarnation de l'Antéchrist ?</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Rousseau se fit promeneur à l'air libre du Siècle des Lumières, quand l'autre solitaire contemporain de la Révolution française, Sade, passa partie de son temps à l'Ombre, à tourner en rond comme un fauve derrière des barreaux de cages. Emprisonné tour à tour dans les geôles et asiles, sous les régimes de la monarchie, de la république, du consulat et de l'empire, totalisant 27 années de détention sur les 74 au cours desquelles s'étale son existence.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Autant d'épisodes frustrants que le passionné de théâtre qualifiait lui-même d'entractes parsemant sa vie. Bien malgré que la plupart de ses œuvres durent longtemps être publiées dans la clandestinité, comme la première dont il se rendit coupable, <em>Justine ou les infortunes de la vertu</em>, celles-ci allaient créer le mythe, léguant pour héritage posthume le néologisme de sadisme aux dictionnaires de nombreuses langues vivantes de notre temps.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://img.over-blog.com/220x223/3/77/25/05/220px-Sade_-van_Loo-.png" alt="" width="220" height="224" /></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p class="p1">Perdu quelque part entre grandeur et décadence, le Divin Marquis semble avoir été à l'image de la noblesse d'ancien régime sous l'ère des grincements de guillotine. Héritier d'une ancienne lignée de Provence, né à Paris le 2 juin 1740, Sade reçut une éducation des plus aristocratiques au sein de l'hôtel de Condé, puis chez un de ses oncles, un abbé en amitié avec le couple que formaient alors Voltaire et Émilie du Châtelet. S'ensuivirent des études ainsi qu'une carrière militaire, avec des états de service attestant d'aptitudes au courage autant qu'une forte inclinaison à la débauche. Si bien que sa famille tenta vite de le caser par le biais d'épousailles arrangées.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Au bout de quatre mois, à peine, l'incorrigible vert galant fut enfermé une première fois au donjon de Vincennes. L'ordre émanait de la justice du roi, des suites de la plainte d'une damoiselle qui l'accusait de vilains traitements, sur fond d'assouvissement de pulsions sexuelles violentes. Il fut libéré et assigné à résidence, placé sous surveillance, rejugé pour d'autres faits similaires, protégé, un temps, par le seul poids que pesait sa famille noble sur l'échiquier politique.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Libertin dépensier autant que déviant sexuel, il replongea notamment en détention pour ses dettes, retrouvant l'air libre avant que n'éclate un nouveau scandale. Voulant se servir de pastilles assaisonnées à l'indigeste cantharide, en guise d'aphrodisiaque, Sade aurait rendu malades quatre jeunes filles, et fut condamné à mort au motif d'empoisonnement et sodomie. Après une cavale, sa famille réussit à sauver sa tête, mais il allait bientôt retrouver le donjon de Vincennes, passant en outre par la tour Liberté de la Bastille et encore l'hospice de malades mentaux de Charenton.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://lastucealoreille.unblog.fr/files/2010/05/infortunesvertumarquissadel1.jpeg" alt="" width="288" height="404" /> </p>
<p> </p>
<p class="p1">C'est au cours de ces années d'emprisonnement que l'écrivain allait se révéler le plus productif, et commencer à plancher sur les aventures de la candide <em>Justine</em>, dont il retravaillerait les moutures sa vie durant. L'histoire d'une orpheline qui subit tous les tracas d'une existence passée à se battre pour une vertu chimérique, serrant pieusement les dents en attendant un éventuel salut post-mortem.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Un récit qu'il allait opposer plus tard aux péripéties de la sœur de l'héroïne, <em>Juliette</em>, la mauvaise libertine qui jouit de l'existence en se prêtant plus volontiers au vice. On serait assez facilement tenté de voir en ce diptyque un univers irréligieux à souhait, à contre-pied des morales admises au cours du siècle, et ce, qu'il s'agisse de celle de l'Église comme de celle des Lumières.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Sade, le penseur, semble avoir manifesté bien souvent une attitude aristocratique et révolutionnaire à la fois. Cassant les codes avec violence, l'écrivain ne cessa de revendiquer la singularité de sa conduite ainsi que son refus d'abandonner sa manière de vivre au profit de la morale d'autrui. Et d'une certaine manière, son écrit ressemble à un <em>foutoir</em> qui lui aurait permis de se décharger de toutes ses frustrations d'homme incompris ainsi que de libertin entravé par les barreaux.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/68/Sade_1.jpeg/300px-Sade_1.jpeg" alt="" width="300" height="260" /></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p class="p1">Le premier manuscrit évoquant le récit de Justine, sous le titre <em>Les infortunes de la vertu</em>, ressemble à un conte. Rédigée au sein de la Bastille en 1787, en l'espace de quelques jours à peine, cet embryon ne fut néanmoins jamais publié du vivant de son auteur. Lui-même le reniera comme il en fait part à son avocat, lui écrivant alors : «<em> On imprime actuellement un roman de moi, mais trop immoral pour être envoyé à un homme aussi pieux, aussi décent que vous. J'avais besoin d'argent, mon éditeur me le demandait bien poivré, et je lui ai fait capable d'empester le diable. Brûlez-le et ne le lisez point s'il tombe entre vos mains : je le renie.</em> »</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Il le transforma ensuite en roman, intitulé <em>Justine ou les malheurs de la vertu</em>, publié au cours de l'année 1791, avant d'en publier une ultime version, <em>La nouvelle Justine suivie de l'histoire de Juliette</em>, parue à renfort d'une centaine de gravures pornographiques courant 1799 bien qu'antidatée de 1797. Au fil des enrichissements, la forme narrative évolue en termes de points de vue, et les dissertations philosophiques comme le caractère obscène du récit s'en trouvent renforcés. Produit par l'éditeur Girouard, basé à Paris, le livre ne porte pourtant ni mention de son nom ni de celui de l'auteur. Simplement celle indiquant : « <em>Hollande, chez les Libraires associés</em> ».</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Certaines des premières critiques auraient été plutôt indulgentes avec cette œuvre tout en s'inquiétant des effets que pourraient causer une mauvaise lecture, accordant crédit à la dédicace recopiée ci-dessous. D'autres en revanche, dénonçaient de l'indécence, de la monstruosité, évoquaient un sentiment de dégoût et d'indignation, pour un ouvrage parfois considéré comme un véritable « <em>poison</em> ».</p>
<blockquote>
<p><br /><em><strong>Dédicace anonyme de Sade sur l'édition de 1791</strong></em></p>
<p><em>Le dessein de ce roman est nouveau sans doute ; l'ascendant de la Vertu sur le Vice, la récompense du bien, la punition du mal, voilà la marche ordinaire de tous les ouvrages de cette espèce ; ne devrait-on pas en être rebattu ! </em></p>
<p><em>Mais offrir partout le Vice triomphant et la Vertu victime de ses sacrifices, montrer une infortunée errante de malheurs en malheurs, jouet de la scélératesse ; plastron de toutes les débauches ; en butte aux goûts les plus barbares et les plus monstrueux ; (…) n'ayant pour opposer à tant de revers, à tant de fléaux, pour repousser tant de corruption, qu'une âme sensible, un esprit naturel et beaucoup de courage ; hasarder en un mot les peintures les plus hardies, les situations les plus extraordinaires, les maximes les plus effrayantes, les coups de pinceau les plus énergiques, dans la seule vue d'obtenir de tout cela l'une des plus sublimes leçons de morale que l'homme ait encore reçue ; c'était, on en conviendra, parvenir au but par une route peu frayée jusqu'à présent. </em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p class="p1">Sous le règne de Napoléon, en 1810, alors interné parmi les fous au sein de l'asile de Charenton, le Marquis et ses idées restaient craints du pouvoir, si bien qu'on finit par le confiner à l'isolement, lui interdisant tout usage de matériau d'écriture. Il décéda finalement en 1814, et son livre suscitant la polémique allait circuler clandestinement et voir ses rééditions se multiplier à partir du Second Empire. Si bien que l'ouvrage, même échangé sous le manteau, allait influencer des grands noms de la littérature comme Théophile Gautier, Baudelaire, Flaubert et Apollinaire, ou encore le critique Charles-Augustin Sainte-Beuve…</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Si certaines œuvres officielles du Marquis de Sade ont été publiées au grand jour et parfois sans heurt, les plus sulfureuses durent attendre jusqu'à la fin des années 1950 pour être officiellement réhabilitées. En 1957 encore, l'éditeur Jean-Jacques Pauvert, qui avait entrepris d'éditer <em>Les malheurs de Justine</em>, au sein de l'audacieuse première version des <em>Œuvres intégrales de Sade</em>, fut condamné par la chambre correctionnelle de Paris. Celle-ci ordonnait la saisie et la destruction des exemplaires imprimés, tandis que l'éditeur risquait en outre une peine de prison.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1">Aujourd'hui, ces œuvres de l'ombre ont trouvé digne place à la lumière, parmi des titres phares de la littérature, au sein des éditions de la Pléiade.</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><a href="http://bibliotheque.actualitte.com/recherche/sade.htm?filtre_tous=Sade&amp;filtre_langue=fr&amp;filtre_auteur=Donatien+Sade&amp;filtre_livre=free-ebooks&amp;filtre_tri=relevance&amp;filtre_type=books&amp;filtre_epub=1&amp;filtre_image=1&amp;filtre=1a1b6aa4d03851cc68b0a3f4fb3e11f4d8ffa6b3"><span style="color: #993300;"><strong>Retrouver dans notre bibliothèque numérique les oeuvres du Marquis de Sade</strong></span></a></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaires-2-sade-le-divin-marquis-et-vicieux-infortune-1993.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaires-2-sade-le-divin-marquis-et-vicieux-infortune-1993.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 08 May 2013 08:56:41 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Tes vieux livres poussiéreux, on les a emportés pour les vendre</title>
				<description><![CDATA[<p><strong><span>ActuaLitté diffuse aujourd'hui un courrier adressé à la Sofia par Lilian Bathelot. Une lettre pleine de bonne volonté, une déclaration d'amour, et plus encore. A lire, avec délectation, pour comprendre une fois de plus, les enjeux de l'exploitation numérique des oeuvres indisponibles du XXe siècle. Ce courrier n'a pour l'heure pas reçu de reponse..</span>.</strong>  </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: right;">Chère Sofia,</p>
<p> </p>
<p>Je suis l'un de tes membres, ou sociétaires, ou adhérents peu importe... Je veux juste dire que je suis l'un de ceux qui cotisent chaque année depuis ta naissance pour te permettre d'exister et de faire ton travail.</p>
<p>Oh, à aucun moment je t'en voulu de n'avoir jamais songé à me remercier pour cela, car je comprends bien que, prélevant directement ta part avant même de me transmettre la mienne, tu n'as sans doute pas conscience que la somme que tu gardes pour toi provient réellement de ma poche.</p>
<p>Et après tout, moi non plus je ne t'ai jamais remerciée de collecter en mon nom l'argent qui me revient du droit de prêt en bibliothèque, en te payant sur la bête.</p>
<p> </p>
<p>Mais ton histoire de ReLIRE, je trouve qu'elle dépasse les bornes.</p>
<p>Car j'ai bien reçu ta dernière lettre...</p>
<p> </p>
<p>Tu viens donc m'annoncer, la bouche en cœur et l'air dégagé, que quelqu'un de tes amis vient de me faire les poches pour en prélever le contenu dans l'intention de le revendre bientôt...<br />C'est bien ça?</p>
<p> </p>
<p>Et maintenant, si je ne veux pas que mon bien soit utilisé à des fins que je n'ai pas choisies, c'est à moi de démontrer que ce que tes amis ont pris dans mes poches et menacent de revendre bientôt donc, j'en suis bien le vrai propriétaire... Attester sur l'honneur et tout ça, présenter mes papiers d'identité comme un suspect pris en faute...</p>
<p><br />Mais !... Chère Sofia, chacun de ces objets est parfaitement étiqueté à mon nom, même que c'est comme ça que tu as su que j'étais concerné par ce coup tordu de ReLIRE, parce que tu as vu mon nom sur les étiquettes...</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/relire_ursula_le_guin.JPG" alt="" width="550" height="413" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Par dessus le marché, je dois demander gentiment qu'on veuille bien me rendre ce qu'on m'a pris sans me le dire et dans l'intention de le revendre... <br />(Note bien que j'ai dit "<em>pris sans me le dire et dans l'intention de le revendre</em>" et pas "<em>volé</em>" car je ne veux pas te faire de peine, et que j'ai bien noté qu'il est prévu qu'une part du butin que tu partageras avec tes acolytes après la revente me reviendrait sans doute, une part que je n'aurais pas choisie ni même acceptée comme juste évidemment, sans doute un détail sans importance.)</p>
<p> </p>
<p>Et, cerise sur le gâteau, en réponse à la demande de restitution que je viens de faire, je me vois répondre froidement que "<em>ma demande va être examinée</em>", comme si c'était moi qui étais pris en faute, demandeur d'une grâce particulière.</p>
<p> </p>
<p>C'est pas un peu fort de café, ça, chère Sofia? Et ça tombe pile au moment où je commençais à m'habituer à toi depuis toutes ces années... Pour un peu, je me serais presque trouvé en confiance.</p>
<p><br />Et là, patatras, tu vas tout fiche par terre?<br />Non, je veux pas le croire, ce serait trop bête.</p>
<p> </p>
<p>Dis-moi que tu vas les envoyer paître, tes mauvaises fréquentations, ces marlous qui agitent des gros billets sous ton nez jusqu'à t'en faire tourner la tête.<br />Dis-le moi s'il te plait...<br />J'aimerais bien le croire.</p>
<p> </p>
<p>Lilian</p>
<p>membre du collectif <em>Le Droit du serf</em></p>
<p>____________</p>
<p> </p>
<p><strong>PS</strong> Juste un petit exemple pour te faire comprendre ce que je ressens... (si, si, tu comprends ce dernier mot, j'en suis sûr) </p>
<p>Imagine, chère Sofia, qu'une bande de malandrins se soient introduits dans ta bibliothèque pendant que tu faisais la sieste.</p>
<p>Ils ont emporté tous les livres que tu n'as pas ouverts depuis des lustres, tu sais, ceux qui sont en haut des étagères. Ensuite, les malandrins ont stocké tes livres dans leur caverne d'Ali Baba, au milieu du butin de leur dernière razzia. Quelque temps après, tu reçois une lettre, une lettre qui dit à peu près cela:</p>
<p> </p>
<p><br /><em>Huhu, chère Sofia,</em></p>
<p>il y avait des livres qui ne te servaient manifestement guère dans ta bibliothèque... <br />Tu ne les avais pas utilisés depuis belle lurette, ils étaient très hauts perchés et pleins de poussière. Ils dormaient depuis si longtemps que c'est un peu comme si tu ne les avais pas, en quelques sorte, comme s'ils n'étaient pas à toi.</p>
<p>Alors on a eu l'idée de les emporter pour les revendre.</p>
<p>Oh, ne t'en fais pas. Tu auras une part du produit de cette vente. Bon, on sait pas encore trop combien, faut dire, mais c'est un détail technique...</p>
<p> </p>
<p>En fait, cela dépend surtout de ce qui restera lorsque les escamoteurs qui ont pris les livres, les receleurs qui les ont conservés, les nettoyeurs qui les ont dépoussiérés, les revendeurs qui les ont mis en vitrine, auront été payés de leur dur labeur à ton service.</p>
<p>Mais il restera sans doute un petit quelque chose, ne te fais pas de bile...</p>
<p>Si tu ne dis rien, si tu ne réponds pas à cette lettre, on considèrera que tu es d'accord avec cette aubaine.</p>
<p> </p>
<p>Et si par extraordinaire tu ne comptais pas te débarrasser de tes livres à si bon compte, si pour une raison mystérieuse, tu tenais à conserver précieusement tous ces livres de gosse qui ne te servent pourtant plus à rien depuis si longtemps par exemple, et ceux que tu tiens de ta mère ou de ton grand père, eh bien, tu pourrais t'opposer à cette vente.</p>
<p><br />Dans notre grande bonté, nous t'accordons ce droit.</p>
<p>Il faudrait alors que tu te présentes au guichetier des <em>Escamoteurs associés</em> avec tes papiers d'identité en règle. </p>
<p>Il t'autoriserait alors à fouiller à ton aise dans les rayonnages de notre caverne d'Ali Baba pour repérer tes livres au milieu de tous les autres.</p>
<p><br />Une fois les livres repérés, il faudrait que tu remplisses un formulaire pour attester sur l'honneur que ces objets étaient bien tiens avant qu'on les escamote.<br />Il te resterait encore à garnir un formulaire de demande de restitution. </p>
<p><br />Par la suite, une commission des Escamoteurs associés examinerait ta demande de restitution, statuerait pour savoir si elle est conforme, et tu serais tenue au courant de la suite de la procédure... On t'écrirait.</p>
<p><br />Tu vois, c'est très simple, nous sommes bons avec toi.</p>
<p> </p>
<p>Ah, tiens, pendant que j'y pense!... Il y avait aussi quelques lingots d'or qui dormaient dans ton coffre... <br />Et comme eux non plus n'avaient pas été utilisés depuis des lustres, nos déménageurs les ont emportés au même titre que tes livres, pour les mêmes raisons évidentes et selon la même méthode...</p>
<p> </p>
<p>Alors... Tu ne dis pas merci, veinarde?</p>
<p> </p>
<p><a href="http://lilian.bathelot.free.fr/index.html">Lilan Bathelot, site personnel</a></p>
<p><a href="https://www.facebook.com/LilianBathelotpageauteur">Lilian Bathelot, page auteur sur Facebook</a></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/tes-vieux-livres-poussiereux-on-les-a-emportes-pour-les-vendre-1992.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/tes-vieux-livres-poussiereux-on-les-a-emportes-pour-les-vendre-1992.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 07 May 2013 13:00:45 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Entre édition et audiovisuel, des professions proches et lointaines</title>
				<description><![CDATA[<p><span><strong>Chaque semaine, ActuaLitté et Effervescence, association réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donnent rendez-vous autour d'une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du Master et de l'association. Cette semaine, nous nous interrogeons sur la légitimité d'un rapprochement entre édition et audiovisuel.</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>On pourrait penser que le cinéma, la télévision ou la radio s'opposent au livre. En effet, les premiers semblent subtiliser depuis quelques temps déjà la place d'occupation culturelle dominante au second. Les étagères des salons sont les premiers témoins de ce changement, les pochettes de DVD prenant progressivement du terrain sur les livres. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Mais alors pourquoi notre Master présente-t-il l'étrange particularité de réunir édition et audiovisuel ? Existe-t-il de réels liens entre ces deux domaines culturels ?</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Mieux aborder son domaine professionnel en en découvrant un autre</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>L'une des spécificités du cursus Lettres Modernes Appliquées de Paris IV est le rapprochement en une même formation de deux domaines en apparence éloignés : celui de l'audiovisuel et celui de l'édition. Ce lien est établi de prime abord en première année par l'enseignement de ces deux spécialités en tronc commun. La formation dispense ainsi à tous les étudiants une précieuse base de connaissances concernant les deux secteurs, ce qui leur permet de <strong>mettre en regard des professions à la fois proches et lointaines</strong>.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span><img src="http://actualitte.com/images/actualites/audiovisuel_edition_atiq_rahimi_liens_.jpg" alt="" width="465" height="364" /><br /></span></p>
<p><span> </span></p>
<p> </p>
<p><span> </span></p>
<p><span>En deuxième année, ces options sont séparées en deux formations distinctes mais le lien reste tangible. En atteste l'une des premières missions attribuées aux étudiants en début d'année : trouver, pour baptiser leur promotion, un nom qui serait capable de représenter simultanément les milieux du livre et de l'audiovisuel. Cette année, la promotion 2013 a choisi Atiq Rahimi pour parrain. Détenteur du prix Goncourt 2008 avec son roman Syngué Sabour, Pierre de patience (Éditions P.O.L et Folio), l'écrivain est également un réalisateur reconnu, signant cette année la seconde adaptation cinématographique d'un de ces livres. Un candidat idéal pour prêter son nom à la promotion 2013 du Master. </span></p>
<p><span> </span> </p>
<p><span>Ce lien entre édition et audiovisuel est également très important au sein d'Effervescence. Le rassemblement d'étudiants de chaque option dans une même synergie constitue une force pour l'association, qui peut fonder <strong>des projets plus riches</strong> grâce à ces expertises croisées. Ainsi, par exemple, si les étudiants d'édition s'occupent davantage des éléments de communication « écrits », les étudiants d'audiovisuel sont, eux, en charge de filmer nos événements, de faire des reportages ou des photographies. (En témoigne <a href="http://www.youtube.com/channel/UC7P5lKcPKNSTXYuwuw6Iipw?feature=watch"><span>notre chaîne Youtube </span></a>!)</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong>Des métiers d'équipe qui partagent les mêmes préoccupations</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>Mais d'où vient cette envie d'associer édition et audiovisuel ? Cette complémentarité est tout simplement présente dans le monde professionnel et dans nos habitudes culturelles.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Il est vrai que le livre et les produits audiovisuels n'adoptent pas la même forme ni le même <strong>processus de consommation</strong>, le premier suivant une temporalité lente, celle de la lecture et le second une temporalité plus rapide, celle du visionnage ou de l'écoute. Néanmoins, de nombreux points communs unissent ces deux univers. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Ce sont avant tout des métiers d'équipe. L'audiovisuel comme l'édition font appel à la <strong>collaboration essentielle d'une multitude d'intervenants</strong> constituant les rouages d'une machinerie complexe vouée à la production d'une œuvre. Ce travail d'équipe est d'ailleurs reproduit au sein des deux classes du Master 2, chacune produisant à plusieurs une seule œuvre finale. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Ces deux secteurs rencontrent également des <strong>problématiques actuelles similaires</strong>. Des phénomènes de best-seller/ de box-office, à la starification de leurs acteurs principaux, en passant par les clivages qui existent entre les petites structures et les grosses entités du marché, ou par les bouleversements des pratiques dus aux évolutions technologiques et numériques : le livre et le produit audiovisuel partagent le même type de contraintes. </span></p>
<p> </p>
<p><span>Enfin, <a href="http://www.actualitte.com/reportages/l-adaptation-du-livre-au-cinema-quels-enjeux-et-perspectives-1973.htm"><span>nous en avons déjà parlé</span></a>, un très grand nombre de films sont adaptés de livres, de même que de nombreuses maisons d'édition publient des ouvrages en se référant aux sorties en salles, ce qui tisse naturellement entre les deux secteurs <strong>des liens économiques et culturels étroits</strong>.</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Des œuvres culturelles nées d'un texte</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>La formation de Paris-Sorbonne n'a pas pour seule vocation de reproduire ce lien par pur souci de mimétisme. Celui-ci est réfléchi, puisé à la source même de ce qui fait de l'édition et de l'audiovisuel deux activités similaires : la valeur d'<strong>œuvre culturelle et littéraire</strong> dont sont dotées leurs productions.</span></p>
<p> </p>
<p><span>En effet, un film ou une émission de radio naissent toujours d'un processus d'écriture, et ont par conséquent une forte dimension littéraire. De plus, dans l'édition comme dans le secteur audiovisuel, il faut effectuer un <strong>travail d'« editing » des œuvres</strong>, c'est-à-dire un traitement des contenus pour les rendre accessibles, compréhensibles, agréables, et pour qu'ils correspondent au projet envisagé.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p>La notion d'œuvre culturelle et littéraire des productions éditoriales et audiovisuelles est, au sein de notre master, développée par l'un des seuls troncs communs de deuxième année : « Littérature, Art, Média ». Ce cours est axé sur l'approfondissement de la réflexion personnelle de chaque étudiant autour de thématiques vastes et essentielles s'appliquant tant à l'édition qu'à l'audiovisuel. Sous la forme de discussion de groupe y sont développés des notions telles que l' « art », la « culture » ou l' « œuvre », permettant ainsi de mieux comprendre les <strong>connexions intellectuelles existant entre les deux secteurs</strong>. Et elles sont nombreuses !</p>
<p> </p>
<p><span><strong>Vous l'aurez compris, le rapprochement entre édition et audiovisuel dans notre Master n'est donc pas une bizarrerie, mais une force !</strong></span></p>
<p><span><strong>La semaine prochaine, on vous présente les partenaires d'Effervescence et ce qu'ils nous apportent. En attendant, on est aussi sur </strong><a href="https://www.facebook.com/pages/Association-Effervescence-Sorbonne/269410749784915?ref=hl"><span><strong>Facebook</strong></span></a><strong> et </strong><a href="https://twitter.com/EffervescenceP4"><span><strong>Twitter</strong></span></a><strong>.</strong></span></p>
<p><span><strong> </strong></span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/reportages/entre-edition-et-audiovisuel-des-professions-proches-et-lointaines-1991.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/reportages/entre-edition-et-audiovisuel-des-professions-proches-et-lointaines-1991.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 07 May 2013 10:29:07 +0200</pubDate>
				<category>Reportages</category>
			</item>			<item>
				<title>Livres du lundi #2 : Redécouvrir W. Somerset Maugham</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Écrivain prolifique, mais qu'on aurait tendance à oublier, l'actualité éditoriale nous rappelle au bon souvenir de W. Somerset Maugham. Deux de ses romans refont surface en poche dans la collection « la petite vermillon », et une biographie sous la forme de graphic-novel, aux éditions de la Table Ronde, revient sur une vie pas comme les autres. </strong></p>
<p> </p>
<p>En son temps, cet écrivain a conquis un très large public, et comptait parmi ses amis les grands de ce monde. Plusieurs acteurs mythiques ont donné vie à ses personnages. En 1934, Greta Garbo figurait sans l'adaptation de son roman le voile des illusions. </p>
<p> </p>
<p>Pourtant, force est de reconnaître qu'il fait désormais partie de ces écrivains qu'on qualifierait volontiers de « vieillis ». En France en tout cas. Dans l'imaginaire des lecteurs, son style précis et piquant, ainsi que son esprit acéré et ironique, a laissé la place aux écrivains plus expérimentaux et plus audacieux sur le plan formel. </p>
<p> </p>
<p>Dommage, car ses livres regorgent de qualités insoupçonnées. Prenons, au hasard (sic), <em>il suffit d'une nuit</em>, qui a tout d'une banale histoire d'amour, flirtant avec les romans à l'eau de rose. Tous les ingrédients y sont : une jeune veuve, Mary, une ville romantique, à savoir Florence, et une foule de prétendants. Ajoutons à cela un univers où l'oisiveté est le maître mot, et c'est bon, il n'y a plus qu'à enterrer le roman.</p>
<p> </p>
<p>C'est d'ailleurs le sentiment qui nous prend en lisant les premières pages. Au début, tout paraît couru d'avance : Mary est demandée en mariage par Edgar, un homme de près de trente ans son aîné, mais dont la réputation de gentleman est connue de tous. Il fait figure de mari idéal, mais Mary hésite, et pour cause elle ne l'aime pas. Maugham non plus d'ailleurs : « <em>C'est un grand homme posant au grand homme. (...). C'est comme si Charlie Chaplin incarnait Charlie Chaplin</em> ».</p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><a title="W. SOMERSET MAUGHAM, SUCCESS DESPITE MANY OBSTACLES de roberthuffstutter, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/huffstutterrobertl/6922396211/"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://farm8.staticflickr.com/7178/6922396211_8e59907ab8.jpg" alt="W. SOMERSET MAUGHAM, SUCCESS DESPITE MANY OBSTACLES" width="393" height="500" /></a></p>
<p class="p2" style="text-align: center;">W. Somerset Maugham,</p>
<p class="p2" style="text-align: center;">roberthuffstutter,<strong class="username"> </strong><span style="font-size: x-small;">CC BY 2.0</span></p>
<p class="p2" style="text-align: center;"><strong id="yui_3_7_3_3_1367687027130_1205" class="username"></strong> </p>
<p class="p2"> </p>
<p>Le soir même de cette demande, elle se rend à une fête dans la haute société locale. Un certain Rowley, à la réputation des plus douteuses (« <em>Les gens qui ne l'aimaient pas disaient qu'il avait l'air faux. Ses meilleurs amis admettaient qu'on ne pouvait pas se fier à lui</em> »), tente de la séduire... et la demande aussi en mariage. Elle refuse. Décidément. Mais voilà que sur le chemin du retour elle fait la rencontre d'un jeune réfugié autrichien. </p>
<p> </p>
<p>Et c'est là que le romancier prend un malin plaisir à détruire toutes les attentes du lecteur, en faisant preuve d'une ironie et d'une acuité psychologique des plus jouissives. Quand ce jeune homme finit par se suicider devant ses yeux, la belle Mary est bien obligée de prendre son destin en main. </p>
<p> </p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Une biographie sous forme de <em>graphic-novel</em></strong></span></p>
<p> </p>
<p>L'ironie dont fait preuve le narrateur n'est pas sans rappeler celle de l'auteur lui-même, que l'on découvre en lisant la biographie réalisée par Floc'h et Rivière, intitulée <em>Villa Mauresque</em>. Sous la forme d'un <em>graphic novel</em>, la vie de Somerset Maugham nous est racontée par le prisme de la maison qu'il possédait entre Nice et Monaco, la Villa Mauresque. </p>
<p> </p>
<p>Un lieu que l'écrivain aimait par-dessus tout. C'est là d'ailleurs qu'il meurt en 1965, après y avoir passé de nombreuses années et composé de nombreux livres. Cette demeure offre donc la trame idéale pour une biographie. Et celle écrite par François Rivière et illustrée par Floc'h vaut largement le détour. Déjà, c'est une lecture des plus agréables, loin des biographies touffues et parfois, il faut le dire, assommante que l'on consacre d'habitude aux écrivains. </p>
<p> </p>
<p>Et puis parce que ce livre donne une bonne idée de l'état d'esprit du personnage, Rivière ayant fait le choix de lui donner la parole. On (re)découvre l'esprit mordant d'un homme qui savait s'entourer — la villa a vu passer Churchill et H.G. Wells, entre autres — sans pour autant renoncer à vivre comme bon lui semblait. C'est pour cette raison qu'il avait élu domicile sur la Côte d'Azur, loin de la très puritaine Albion. </p>
<p> </p>
<p>Deux lectures fortement recommandées alors que le beau temps revient. Rien de mieux qu'un roman de Maugham pour lire tranquillement à l'ombre d'un parc ensoleillé, comme l'auteur qui écrivait ses livres dans son bureau donnant sur la terrasse de sa « Villa mauresque ». </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1"><strong>Il suffit d'une nuit</strong>, de W. Somerset Maugham, la petite vermillion, 250 pages, 8,70 euros.</p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1"><strong>Villa Mauresque</strong>, de Floc'h &amp; Rivière, La Table Ronde, 150 pages, 20 euros. </p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/livres-du-lundi-2-redecouvrir-w-somerset-maugham-1990.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/livres-du-lundi-2-redecouvrir-w-somerset-maugham-1990.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Mon, 06 May 2013 17:34:22 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Juke-Books #27 : Call Him Burroughs (et écoutez)</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>On le connaît surtout grâce à ses textes, toujours précédés d'une réputation et d'une légère odeur de souffre (ou de stupéfiants, plutôt) : William S. Burroughs s'est pourtant illustré dans le domaine de la musique, souvent aussi... underground que sa littérature. Petit tour d'horizon, logiquement aussi décharné et rugueux que les personnages du <em>Festin nu</em>... En espérant que le gusse soit plus doué en mélodies qu'au tir au pistolet.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Évoluant de près ou de loin avec les écrivains de la Beat Generation, nul doute que les oreilles de Burroughs auront entendu bien des airs, et on oublie bien souvent que celui qui sortait de la bouche de l'écrivain n'était pas seulement vicié par l'héroïne. En effet, l'auteur mort en 1997 à l'âge de 83 ans aura eu le temps de se constituer une impressionnante discographie.</p>
<p> </p>
<p>Et puisqu'il n'y a rien de mieux que de se présenter avant de se faire connaître, le beat poet sort en 1965 <em>Call me Burroughs</em>, un album de <em>spoken word</em> sur lequel William S. Burroughs récite des poèmes. Rien de bien méchant, en apparence, mais il faut savoir que l'album était littéralement vénéré par chacun des Beatles, qui avaient tous leur propre copie. La raison pour laquelle le poète se retrouve sur la pochette de <em>Sgt. Pepper's Lonley Hearts Club Band</em>...</p>
<p> </p>
<p>McCartney a même débauché le producteur de l'album, Ian Sommerville, pour enregistrer quelques pistes sous sa direction, tant le disque faisait figure de « <em>médaillon du cool dans le Greenwich Village du milieu des années 60</em> », d'après le critique musical Greil Marcus.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Même si ce n'est clairement pas son champ d'action principal, Burroughs poursuit sa quête musicale avec une apparition sur l'album de Dashiell Hedayat, en fait le pseudonyme d'un poète beat français, Jack-Alain Léger. La participation de Burroughs est en fin de morceau, et voir Zelda Fitzgerald comme destinataire de la chanson n'est pas interdit.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Au fil des années, son oeuvre accédant à un public plus large, William S. Burroughs apparaît sur des productions de plus en plus nombreuses. Si la plupart font encore partie d'un milieu <em>underground</em> assez restreint, l'auteur se paye parfois un bon coup de projecteur, souvent à son propre insu. </p>
<p> </p>
<p>En 1985, il participe ainsi à un album réalisé avec l'un des réalisateurs américains les plus underground de l'époque, Gus Van Sant. Encore loin de la Palme d'Or, celui-ci vient de réaliser son premier film, <em>Mala Noche</em>, et traîne dans les milieux où les aiguilles ne servent pas qu'à lire des vinyles.</p>
<p> </p>
<p>Pour cet album, Gus Van Sant ajoute des basses aux récitations de Burroughs, pour un EP de 4 titres intitulé <em>The Elvis of Letters</em>.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Enfin, autre collaboration qui fait figure de jalon dans la carrière musicale de Burroughs, sa rencontre avec Kurt Cobain en 1993. Les deux larrons viennent d'enregistrer ensemble un titre, <em>The "Priest" They Called Him</em>, en s'envoyant les bandes par voie postale. Et, en octobre, Cobain rencontre finalement son idole. Laquelle explique à son assistant : « <em>Il y a quelque chose qui cloche chez ce garçon. Il fronce les sourcils pour un rien</em> », rappelle <a href="http://realitystudio.org/biography/william-s-burroughs-and-kurt-cobain-a-dossier/" target="_blank">Reality Studio</a>.</p>
<p> </p>
<p>Quelques mois plus tard, le leader de Nirvana se suicide, et Burroughs jugera l'acte comme un abandon : « <em>Pour moi, il était déjà mort</em> », se souviendra-t-il. <em>Call him bastard</em> ?</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-27-call-him-burroughs-et-ecoutez-1989.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-27-call-him-burroughs-et-ecoutez-1989.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 03 May 2013 20:23:29 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Violette &amp; Co : "d'Hypatie d'Alexandrie à Virginie Despentes"</title>
				<description><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"><strong>La boutique qui ouvre ce cycle des librairies du 11e arrondissement est doublement spécialisée.  Christine, l'une des propriétaire, apporte à son amour du livre un combat militant et résolument humaniste.<br /></strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"><strong> </strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY">Librairie féministe et homosexuelle : l'association était évidente pour Christine, l'une des deux propriétaires. Inaugurée en 2004 sur les fondations d'une autre librairie spécialisée dans l'ésotérisme, Violette &amp; Co consacre son fond à la littérature généraliste, les sciences humaines et propose quelques films et goodies. Des classiques comme Zweig, Murakami, et Auster qui collent à l'actualité littéraire du moment. De plus, « <em>c'est également  une librairie de quartier</em> », rappelle Christine. A ceci près que les deux gérantes opèrent un choix scrupuleux sur les livres qui entrent dans le magasin.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY">Les auteurs homos tiennent une bonne place dans les rayonnages : Rimbaud, Proust, Gide mais pas seulement. Avec une clientèle principalement féminine, et lesbienne aussi, la sélection se porte sur des livres qui « <em>mettent en avant des femmes</em> », et qui plaisent également aux hommes gays, explique-t-elle. Si on lui dit que les auteurs masculins présents possèdent une sensibilité particulière, que l'on trouve plus facilement chez les  romancières, elle tique. Il s'agit avant tout d'un choix affectif sur des livres qui lui ont plu. Pour le reste, le métier est « <em>le même</em> » avec sa réalité économique « <em>difficile</em> » et son moteur : « <em>la passion </em>».</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY">Violette &amp; Co un hommage naturel à Violette Leduc, écrivaine aux amours plurielles, indépendante et qui cultiva les amitiés avec quelques grands personnages du XXe siècle comme Simone de Beauvoir, Jean Genet ou Sarraute. Epoque d'une conquête de l'égalité identitaire. Le féminisme tient une place toute particulière dans la librairie. « <em>Seule librairie féministe de France</em> », déplore Christine dont le fonds conséquent en sciences humaines retrace l'évolution des repères sexuels au fil de l'histoire : la remise en question de la société patriarcale, les cocottes, les femmes révolutionnaires, jusqu'aux essais de l'ancienne conseillère municipale Clémentine Autain.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY">En conséquence « <em>les gens viennent de partout </em>», explique-t-elle : des touristes, de jeunes militantes, « <em>pas mal d'étudiantes en lettres ou sciences humaines</em> » et les lecteurs du voisinage. Dans un métier où la prescription et le conseil sont importants, ici, la passion est double et touche à l'intimité. Mais pas question de voir dans les libraires homos des accompagnateurs de personnes en crise identitaire. Là n'est pas leur rôle. La libraire nuance en expliquant que les clients ont tous en commun de « <em>se poser des questions</em> » sur l'égalité, les différences et une certaine tolérance. Cette ouverture, Christine la souhaiterait plus large. La littérature homosexuelle souffre d'un certain déséquilibre. Si les textes qui parlent d'amour entre hommes se développent, la littérature lesbienne peine. « <em>Nous lisons depuis longtemps des livres sur les hétéros, nous aimerions bien qu'il s'intéressent à nous </em>».</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"> </p>
<div style="text-align: center;">{CARROUSEL}</div>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY">S'il y a bien une librairie spécialisée dans le Marais, son fonds attire davantage une population masculine. La particularité de Violette &amp; Co est son fond sociologique. En témoigne Amélie, étudiante qui entre dans l'espoir de trouver de nouvelles pistes de réflexion sur le théâtre du 20e siècle et la déconstruction des modèles homme/femme. Activiste du groupe la barbe et sensible aux ouvrages proposée par les libraires.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY">La barbe, et la recherche universitaire, deux milieux qui se retrouvent régulièrement dans la boutique. D'ailleurs, la prochaine rencontre d'auteur sera dirigée par <span style="font-family: Arial; font-size: small;"><span style="font-family: Arial; font-size: small;">Anne Larue, professeur de littérature, arts et culture. Au programme ce 15 mai, une rencontre avec</span></span> Ayerdhal pour <em>Rainbow Warriors</em>, un thriller de politique fiction liée aux Femen. On retrouve cette flamme chez Marion, stagiaire et étudiante dans les métiers de l'édition. Après une expérience chez un éditeur, la jeune femme a tenté l'aventure de la librairie féministe et homo de chez Violette, « <em>cela correspond à mes idées, et c'est mieux que de travailler chez Gibert</em> », dit-elle dans un sourire. Parce que les clients ont une chose en plus, et surtout les gérantes.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY">Au pays d'Olympe de Gouges, de Maria Deraismes ou de Beauvoir, l'élan féministe semble être retombé, suffisamment pour que la librairie féministe fasse figure d'exception. Mais l'intérêt que porte Marion et Amélie prouve que tout ne va pas si mal. Christine souligne une réelle prise de conscience chez les femmes les plus jeunes. « <em>Depuis quatre – cinq ans les choses avancent dans le bon sens</em> », précise-t-elle. Une sensibilisation opérée également auprès des plus petits.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY">Bien en évidence, le rayon jeunesse de Violette, témoigne du choix des livres proposés. « <em>Anti-sexistes</em> », « <em>tolérants </em>», « <em>ouverts</em> », à la manière de la petite collection de fictions historiques parus chez Actes Sud qui reprennent la vie de quelques personnages du patrimoine mondial comme autant de luttes contre la ségrégation raciale, la colonisation et pour les droits des femmes. Une petite bibliothèque humaniste qui trône en bonne place sur le comptoir de la boutique. Néanmoins devant la profusion de titres jeunesse la libraire concède qu'il est difficile de trouver les bons titres éducatifs : « <em>On en laisse passer au travers du filet </em>».</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY">Si les ouvrages aux vertus pédagogiques abondent, reste la question du genre et la transidentité. Les livres qui y font mention ne sont pas rares, moins que les livres de sexologie en tout cas. Et l'on devine que Christine est assez engagée sur la question. « <em>Il y a encore beaucoup à faire sur la question</em> » et rappelle que si le mariage pour tous est passé, «<em> les choses ont été violentes </em>». En quittant la librairie on remarque toutefois un titre prémonitoire.<em> Dis papa, c'était quoi le patriarcat ?<br /></em></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/reportages/violette-co-d-hypatie-d-alexandrie-a-virginie-despentes-1988.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/reportages/violette-co-d-hypatie-d-alexandrie-a-virginie-despentes-1988.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 03 May 2013 16:59:53 +0200</pubDate>
				<category>Reportages</category>
			</item>			<item>
				<title>Être nulle part n'est-il pas le luxe et la définition même de l'utopie ?</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Le tourisme de masse est devenu l'un des phénomènes sociétaux de ces dernières décennies. Même si l'on essaie de l'analyser dans ses dimensions sociologiques – l'allongement spectaculaire de la durée de vie en est l'une d'elles, qui explique notamment le nombre de plus en plus conséquent de personnes du troisième et même du quatrième âge à le pratiquer – il n'en reste pas moins vrai qu'il exprime aussi, et peut-être surtout, une fuite en avant dont on espère qu'elle permettra d'échapper à l'ennui et à « la mornitude ». Au-delà de l'horizon,  la solution à la frustration de ne pas trouver en soi-même le courage d'imposer au gouvernement de son pays une politique qui procurerait le ressourcement, la revitalisation, la découverte d'une perspective, l'implication dans un projet.</strong></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><strong><img style="float: right;" src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" width="336" height="98" /></strong></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><strong>Or les Éditions de la Différence viennent de publier un livre de Denis Langlois, l'un de leurs nouveaux auteurs, <em>La Maison de Marie Belland</em>, qui lui a été inspiré par une expérience personnelle, vécue avec sa femme, « <em>dans une petite ferme de la montagne auvergnate</em> ».</strong></p>
<p><strong><br /> Denis Langlois conserve de cette période un éblouissement, en même temps que l'appel du mystère, que, par discrétion, il traduit en exotisme. C'est ce mystère, revisité par une nostalgie qui se transforme en une « mythologie des lieux », selon le titre de l'une des collections des Éditions de la Différence, qui permet au lecteur de s'élever à la recherche jamais abandonnée d'un lointain que l'on refuse de juger inaccessible.</strong></p>
<p><span>                     </span></p>
<p> </p>
<p><span>Notre époque recherche l'exotisme, le dépaysement à tout prix. Ceux qui disposent d'argent vont le plus loin possible. Ils ont l'impression de vivre une aventure exceptionnelle. Le plus souvent, même s'ils ne l'avouent pas, ils sont déçus, car ils rencontrent d'abord leurs semblables recherchant eux aussi l'exotisme aventureux. L'aventure des tours operators perd beaucoup de son attrait. Il devient une quête collective perdue d'avance.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Le cours de la vie a voulu que, pendant une douzaine d'années, ma femme, Chantal Dupuy-Dunier, et moi, avons vécu dans une petite ferme de la montagne auvergnate. Comme Karen Blixen, mais en plus modeste, nous avions notre « ferme africaine ». Cela s'appelait Cronce et le mot rocailleux signifiait bien son isolement. Écrivains tous deux, nous y avons vécu une sorte de résidence d'auteurs ou plutôt de retraite d'auteurs. Nous étions en grande partie coupés du reste du monde. En hiver, la neige nous bloquait pendant des semaines entières.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Notre maison sommaire était cependant confortable. Mais nous avons commencé à nous poser des questions quand les rares amis égarés dans les parages s'étonnaient : « <em>Vous vivez là toute l'année !</em> », «<em> Vous ne vous ennuyez pas ! </em>», « <em>Vous n'avez pas peur !</em> ».</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>En fait, nous étions, malgré l'isolement, en parfaite sécurité. Jamais ou presque de passage en dehors de la factrice et de l'épicier ambulant. L'intrusion de quelques vipères se réglait à coups de bâtons, pas le temps de leur demander si leur espèce était officiellement protégée. Les cerfs, les biches, les renards, les sangliers ou des animaux plus petits comme les loirs ou les lérots étaient les plus assidus de nos visiteurs.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Nous nous trouvions en surplomb d'un village à peu près déserté par ses habitants, quelques vacanciers l'été. Depuis le bourg, on ne voyait pas notre maison. Nous y descendions de temps en temps et nous avions conscience d'être autrement. Pas supérieurs ou inférieurs, mais autrement.</span></p>
<p><span>Avec le recul, nous savons que nous n'avons pas compris la vie des autochtones. Nous l'avons pourtant cru. Mais le dicton « Si vous pensez avoir compris l'Auvergne, c'est qu'on vous l'a mal expliquée » était plus que jamais valable.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/denis_langlois.jpg" alt="" width="500" height="375" /></span></p>
<p style="text-align: center;"> <a style="text-align: center;" href="http://www.ladifference.fr/+-Langlois-+.html?index=1&amp;titre=L">Denis Langlois</a></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Et eux, ont-ils compris qui nous étions ? Ont-ils été plus perspicaces ? Pour la plupart, c'est peu probable. Nous avons cohabité, mais un fossé existait que nous n'avons certainement jamais comblé.</p>
<p><span>Au moment de devoir quitter ces lieux exceptionnels, en tant qu'écrivain je me suis dit prétentieusement « Il faut que je tire quelque chose de cette expérience afin de mieux la conserver en moi » et j'ai cherché à imaginer de quelle façon les habitants de Cronce nous avaient perçus pendant ces douze années.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p>Cela a donné un roman <em>La Maison de Marie Belland</em> que je publie aujourd'hui aux éditions de la Différence. Marie Belland était le nom de la personne qui nous avait précédés dans cette petite ferme et nous ne savions pas grand-chose d'elle. Les questions que nous posions à son sujet n'amenaient que des réponses vagues. Visiblement, comme nous, les gens de Cronce ignoraient qui était exactement Marie Belland, pour la bonne raison qu'elle était venue elle aussi de l'extérieur, d'un village voisin. Étrange étrangère. Cela nous rapprochait. </p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Marie Belland avait peu d'existence, sa maison pas plus et nous, ses successeurs, pas davantage. Mais nous nous sommes aperçus que ces inexistences prenaient paradoxalement de l'importance, car elles étaient du domaine de l'inconnu, impossibles à localiser, mais aussi à dater. La relativité n'avait jamais été aussi présente et pressante.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Curieuse impression de n'avoir de place ni dans l'espace ni dans le temps. Être au milieu de l'incertitude la plus complète. Ne s'agit-il pas du véritable exotisme, du véritable dépaysement ? Être nulle part n'est-il pas le luxe et la définition même de l'utopie ?</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>L'exotisme est dans le pré ou si l'on veut dans la montagne, à la fois proche et lointaine.</span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/etre-nulle-part-n-est-il-pas-le-luxe-et-la-definition-meme-de-l-utopie-1987.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/etre-nulle-part-n-est-il-pas-le-luxe-et-la-definition-meme-de-l-utopie-1987.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 02 May 2013 10:12:33 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Books émissaires #1 : Baudelaire et ses fleurs du Mal, en quarantaine</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Aux âmes indolentes les avenues balisées. En revanche cette nouvelle chronique hebdomadaire entend bien se faufiler par des sentiers plus sauvages et tortueux, le temps de passer à la tondeuse la laine fétide des plus fertiles Books Emissaires. Ces animaux littéraires qui ont la dangereuse habitude de brouter là où les ronces de la censure voudraient le leur interdire. Et puisqu'au moment où je tape ces lignes on doit s'offrir du muguet dans certaines chaumières de l'Hexagone, ce sont les <em>Fleurs du mal</em> de Charles Baudelaire qui donneront à la chronique son ton printanier. Au risque de se lancer avec une originalité quelque peu fanée.</strong></p>
<p>  </p>
<p>« <em>Et que par les écrits le mal ressuscité infectera les mœurs de la postérité.</em> » Ces mots figurent parmi ceux, empruntés au poète Théodore Agrippa d'Aubigné et qui introduisent, si justement, la première édition des <em>Fleurs du mal</em> de Baudelaire. Une publication qui irrita tant la susceptibilité des inquisiteurs du verbe, qu'elle s'en trouva longtemps amputée de six poèmes. Et ce, bien malgré la fièvre révolutionnaire qui avait poussé les Parisiens aux barricades quelques temps plus tôt, en 1848, et allait contribuer à la promulgation de la loi sur liberté de la presse en France d'ici 1881. C'est donc en vers, et contre tous, que les écrits étouffés ont finalement su retrouver depuis le chemin de la postérité.</p>
<p> </p>
<p>Du temps de la parution de son ouvrage vénéneux, dont la centaine d'exemplaires fut livrée avec la complicité de son ami l'éditeur Auguste Poulet-Malassis, et si mal assis d'ailleurs que de Paris il alla bientôt s'exiler à Bruxelles, Charles Baudelaire jouissait déjà quant à lui d'une certaine notoriété. Même si celle-ci ne s'accompagnait pas vraiment de revenus à la hauteur de son talent. Il avait publié quelques textes dans les colonnes des journaux et revues de l'époque, ou encore poussé la voix à l'occasion de quelques déclamations de ses propres vers en public.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://referentiel.nouvelobs.com/file/2840529-baudelaire-le-grand-charles.jpg" alt="" width="529" height="262" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Ainsi, bien que l'écrivain eût annoncé depuis plusieurs années la parution à venir d'un recueil de poèmes, ce ne fut qu'en juin 1857 que le papier passa véritablement à l'imprimerie. Et avec la mauvaise presse qui allait défrayer la chronique. L'édition du 5 juillet du Figaro n'y alla pas de main morte, notamment, et ce, par la plume cinglante de Gustave Bourdin qui accabla : «<em> L'odieux y côtoie l'ignoble, le repoussant s'y allie à l'infect. […] Il y a des moments où l'on doute de l'état mental de M. Baudelaire, il y en a où l'on en doute plus.</em> »</p>
<p> </p>
<p>Parmi les thèmes abordés au fil de ce recueil, qui regroupe l'essentiel de la production du poète depuis les années 1840, se trouve en bonne place celui de la femme, tantôt idolâtrée comme une déesse aimante, parfois appréhendée à l'opposée comme une diablesse ensorceleuse. Les réalités les plus sordides de l'existence même y sont l'occasion d'autant d'élans de poésie que la beauté d'un absolu tout hypothétique. Son auteur y évoque avec ambiguïté des plaisirs comme les paradis artificiels, l'amour et le sexe, jusqu'aux douloureux contrecoups inhérents ainsi qu'à la mort, en passant par le spleen et l'ennui qu'il redoutait. Une quête de l'élévation spirituelle, à la mode romantique dans le fond et parnassienne dans la forme, qui se trouve sans cesse contrariée par les tentations et la débauche.</p>
<p>  </p>
<p>En ce temps-là, le ministère de l'Intérieur de Louis-Napoléon, sous la houlette de son féal ministre Persigny, entendait encore s'immiscer dans le journalisme et la culture. À peine un peu plus d'un mois après que la publication ne soit parvenue sur les étagères des libraires parisiens, le gouvernement du Second Empire, par l'intermédiaire du procureur général Ernest Pinard et de son réquisitoire au flot aussi ferme qu'acerbe, réclamant saisie en alléguant d'un « <em>outrage aux bonnes mœurs</em> », allait intenter son action en justice contre le poète et sa maison d'édition. Si Baudelaire ne manqua pas de faire son éloge au vin, ce Pinard-là fut sans doute celui qui lui passa le plus en travers du gosier.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://baudelairestvincent.wikispaces.com/file/view/poulet_malassis_baudelaire_150_ans_couverture_fleurs_du_mal_fac_simile.jpg/208719248/poulet_malassis_baudelaire_150_ans_couverture_fleurs_du_mal_fac_simile.jpg" alt="" width="413" height="626" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Le verdict rendu par la Cour, le 20 août, autorisa finalement la publication, en condamnant néanmoins l'auteur à une amende de 300 francs, et exigeant que soient retirés des <em>Fleurs du mal</em> les six poèmes suivants : <em>Lesbos</em>, <em>Les femmes damnées</em>, <em>Le Léthé</em>, <em>A celle qui est trop gaie</em>, <em>Les bijoux</em>, et <em>Les métamorphoses du vampire</em>. Autant de textes sulfureux qui allaient devoir attendre jusqu'en 1866 pour se voir publiés dans <em>Les épaves</em>, et ce, hors de la juridiction française depuis Bruxelles. Ce qui n'empêcha pas le Tribunal correctionnel de Lille de condamner la nouvelle publication, le 6 mai de cette même année. Les vers trop fleuris ne seraient officiellement réhabilités qu'en 1949, mais au final, la première édition de l'ouvrage profita si bien de cette publicité à sensations que son tirage fut épuisé en l'espace d'un seul été.</p>
<p> </p>
<blockquote>
<p><strong>Les Métamorphoses du vampire</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>La femme cependant, de sa bouche de fraise,<br />En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise, <br />Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc, <br />Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc: <br />— «Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science <br />De perdre au fond d'un lit l'antique conscience. <br />Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants, <br />Et fais rire les vieux du rire des enfants. <br />Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles, <br />La lune, le soleil, le ciel et les étoiles! <br />Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés, <br />Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés, <br />Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste, <br />Timide et libertine, et fragile et robuste, <br />Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi, <br />Les anges impuissants se damneraient pour moi!» </p>
<p> </p>
<p>Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle, <br />Et que languissamment je me tournai vers elle <br />Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus <br />Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus! <br />Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante, <br />Et quand je les rouvris à la clarté vivante, <br />À mes côtés, au lieu du mannequin puissant <br />Qui semblait avoir fait provision de sang, <br />Tremblaient confusément des débris de squelette, <br />Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette <br />Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer, <br />Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.</p>
</blockquote>
<p> </p>
<p>Tout comme son éditeur, le poète criblé de dettes n'allait plus tarder à quitter la France pour la Belgique, en 1864. Exil au cours duquel il rencontra l'illustrateur Félicien Rops, artiste qui prêta son talent à l'illustration de certaines éditions de ces Fleurs au parfum de scandale. L'écrivain maudit, succomba finalement de la syphilis, le 31 août 1867, alors qu'il était de retour à Paris. Et la version définitive qu'il entendait encore donner à son chef d'œuvre ne vit jamais le jour.</p>
<p> </p>
<p>Une première demande de réhabilitation juridique de l'œuvre fut introduite en 1929, par Louis Barthou. Mais la procédure de révision des condamnations d'œuvres littéraires pour outrage aux bonnes mœurs, à la demande de la Société des gens de lettres, ne fut instituée qu'en 1946. Le 31 mai 1949, la Chambre criminelle de la Cour de cassation réhabilita enfin les <em>Fleurs du mal</em>. Et voilà bouclée l'inévitable boucle annoncée par le biais des emprunts à Théodore Agrippa d'Aubigné.</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaires-1-baudelaire-et-ses-fleurs-du-mal-en-quarantaine-1986.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/books-emissaires-1-baudelaire-et-ses-fleurs-du-mal-en-quarantaine-1986.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Thu, 02 May 2013 08:05:19 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Rue de Sèvres : Appliquer "la matrice l'école des loisirs" à la BD</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Un retour au bercail dans tous les sens du terme entre les travaux, et l'aménagement du nouveau pôle BD. Avant de détailler une heure durant sa stratégie éditoriale, Louis Delas, l'ancien patron de Casterman, évoque la saga familiale dans les locaux centenaires. Ceux du numéro onze de la Rue de Sèvres qui donne son nom à la nouvelle société filiale du groupe.</strong></p>
<p> </p>
<p>« <em>Nous sommes très contents de cette création, avec le sentiment que les raisonnements, la configuration, tout cela se cristallise au bon moment, au bon endroit. </em>» Depuis sa démission de la direction de Casterman et du pôle jeunesse de Flammarion en novembre dernier, Louis Delas a tracé les lignes directrices du catalogue à paraître. « <em>Cela n'a jamais été un secret pour personne, ni pour Teresa Cremisi, ni pour Antoine Gallimard que je reprendrai la direction du groupe familial</em> ». Il poursuit «  <em>J'ai proposé à Antoine Gallimard cette alliance. Il n'a pas voulu, c'est son droit le plus respectable, comme mon droit de le faire avec des gens qui veulent </em>».</p>
<p> </p>
<p>Après 13 ans chez Casterman, revenir dans le giron familial et la diversification BD semblent « <em>logiques et naturels</em> », pour la 4e génération en place. Et comme pour son aînée <em>L'école des loisirs</em>, les maîtres mots restent choix qualitatif et vision à long terme.</p>
<p> </p>
<p style="text-align: left;"><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Développer, quand tout le monde freine</strong></span></p>
<p> </p>
<p>« <em>Dans un marché de crispation généralisée, où les libraires souffrent, la philosophie du projet est en cohérence avec les attentes et les envies des professionnels </em>». Forte d'une société mère à l'image de marque impeccable et d'un capital conséquent de trois millions d'euros, l'arrivée de M. Delas se fait sous les meilleures augures. De quoi permettre « <em>une stratégie de développement </em>»,  «<em> quand tout le monde freine</em> ». Soutenu par une connaissance et une structure « <em>remarquablement stable, solide, organisée </em>», l'ex-homme fort de Vents d'Ouest puis Casterman apporte un savoir-faire de 25 ans. Et compte décliner les standards d'excellence de<em> l'école des loisirs</em> à Rue de Sèvres.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/rue_de_sevres/Louis_Delas1.JPG" alt="" width="600" height="450" /></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: center;">Louis Delas, crédit ActuaLitté</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p>Pour ce faire, l'arrière-petit-fils du fondateur bénéficie de l'apport de moyens administratifs, financiers et commerciaux de la société mère. « <em>Des services communs </em>», ajoute-t-il. Mais toujours avec «<em> la dimension artisanale, familiale et indépendante</em> » qui a créé le renom de l'illustre grande sœur. Cela passe évidemment par l'utilisation de l'atout principal de l'éditeur jeunesse : la prescription auprès des enseignants, bibliothécaires et professionnels de l'enfance. Rue de Sèvres va se décliner en deux pôles : BD ados/adultes, d'une part, et jeunesse tout public de l'autre. C'est naturellement vers ce second lectorat déjà conquis que le savoir-faire du groupe va focaliser sa prescription.</p>
<p> </p>
<p>Le dynamisme d'équipes commerciales communes aux deux sociétés, l'accompagnement et le rapport privilégié aux prescripteurs : autant d'atouts pour que la BD puisse trouver un terreau favorable. « <em>Il y a une évolution générationnelle, la BD est de plus en plus légitime car les prescripteurs ont grandi avec.</em>». La difficulté de faire entrer la planche illustrée dans les établissements scolaires commence donc à être datée. Il évoque les premiers essais : « <em>Nous avons proposé aux clubs de vente par correspondance un peu de Taniguchi, un peu de Pratt. Il y a eu un très bon accueil.</em> » Et des relais de prescription jusqu'aux ministères de l'Éducation.</p>
<p> </p>
<p><em><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>"Les librairies ne voient plus les éditeurs"</strong></span></em></p>
<p> </p>
<p>C'est en évoquant la question d'un service de diffusion interne, que le patron de Rue de Sèvres laisse le plus paraître le souci de proximité. « <em>Chacun son métier </em>». Si l'édition et la diffusion sont des facettes différentes d'un même métier pour Louis Delas, « <em>ce n'est</em> <em>pas le cas de tout le monde</em> », lance-t-il à la concurrence qui ferait bien de s'en inspirer. Selon lui, séparer l'éditorial de la diffusion a abouti à faire de cette dernière un centre de profit plutôt que de prestation. « <em>Les libraires ne voient plus les éditeurs, ils ne rencontrent plus que les représentants. Et ce n'est pas productif.</em> <em>Aujourd'hui les éditeurs sont  trop coupés du terrain. C'est un vrai danger. </em>» Il ajoute : «  <em>Avec l'équipe, je rencontre les Furet, les Decitre, les Fnac... </em>» Le groupe a opté pour Flammarion Diffusion pour la diffusion en supermarchés et hypermarchés. Le changement s'opèrera à compter du 1er janvier 2014 pour <em>l'école des loisirs</em>, avec la  logique d'un même distributeur pour tout le groupe, qui sera Union Distribution.</p>
<p> </p>
<p>La BD pour elle-même, mais aussi comme passerelle,  avec une adaptation BD du <em>Horla</em> de Maupassant : «<em> Les bibliothécaires ont parfois du mal à faire lire Maupassant, c'est un premier passage, au travers du dessin. Une manière de montrer que, finalement, le livre se lit bien. </em>» Des adaptations d'œuvres classiques, il pourra y en avoir d'autres, en fonction des projets éditoriaux, et l'on ne s'empêche pas de puiser dans le catalogue des livres jeunesse : « <em>Bien entendu que nous allons organiser des synergies d'univers fort de l'école des loisirs en bande dessinée. Le programme de l'automne va dans ce sens</em>. »</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/rue_de_sevres/Ecole_des_loisirs.JPG" alt="" width="600" height="450" /></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: center;">Tableau d'une partie de la famille, à L'école des Loisirs</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: center;">crédit ActuaLitté</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong>La qualité, la qualité, la qualité</strong></span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p>Le mot revient souvent dans la présentation de la stratégie mise en place. De fait, la direction générale a opté pour une cinquantaine de publications par an, dans un premier temps. Un chiffre bien moindre que de nombreux concurrents, quand le poids du groupe équivaut à celui de Casterman.</p>
<p> </p>
<p>Comme sa vénérable aînée, Rue de Sèvres compte muscler un catalogue de valeurs fortes qui se vendent au fil des ans plutôt que sur des nouveautés. Laisser la politique du court terme à d'autres, le choix est plus aisé avec l'autonomie assurée du groupe et la concentration des acteurs. Il explique : «<em> Les opérationnels sont les mêmes que ceux qui sont les dirigeants, qui sont les mêmes que les actionnaires. Quand on a une décision à prendre, on se met autour de la table, c'est réglé et on passe à autre chose.</em> »</p>
<p> </p>
<p>« <em>Pas de chiffres pour du chiffre », « pas vraiment de contraintes budgétaires pour ralentir les processus de décision non plus», « la marge dégagée va au libraire en termes de remise, notamment </em>». On comprend que les enjeux sont ailleurs. Savoir rester dans la matrice<em> l'</em>é<em>cole des loisirs : « de bons livres avec du sens »,</em> il appuie les mots avec le poing sur la table. « <em>Le lancement a eu lieu en février, on est en avril on présente 6 nouveautés, c'est déjà un exploit, et quelques teasing pour l'année prochaine. Nous ne nous interdisons rien, one shot , séries, et dans le programme de l'automne, il y a de ça. Bien sûr nous sommes tout à fait prêts à nous engager sur du long terme si les séries sont bonnes</em>. »</p>
<p> </p>
<p>Rue de Sèvres, cette nouvelle société, avait besoin de s'ancrer dans un lieu précis, autant que dans une continuité éditoriale forte. «<em> Nous serions ennuyés, s'il fallait quitter ce bâtiment historique, où la librairie et la maison d'édition ont vu le jour</em>. » Bah : il sera toujours possible de rebaptiser la rue dans laquelle la maison Rue de Sèvres s'installerait. Cela s'est déjà fait, remarque-t-on avec un sourire, sans sarcasmes.</p>
<p> </p>
<p style="margin-left: 30px;"><span style="color: #993300; font-size: small;"><strong><a href="http://www.actualitte.com/univers-bd/edition-bd-rue-de-sevres-programme-zep-pratt-et-houellebecq-42043.htm"><span style="color: #993300;">Pour approfondir</span></a></strong></span></p>
<p style="margin-left: 30px;"><span style="color: #993300; font-size: small;"><strong><a href="http://www.actualitte.com/univers-bd/edition-bd-rue-de-sevres-programme-zep-pratt-et-houellebecq-42043.htm"><span style="color: #993300;">Edition BD : Rue de Sèvres programme Zep, Pratt et Houellebecq </span></a></strong></span></p>
<p> </p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/reportages/rue-de-sevres-appliquer-la-matrice-l-ecole-des-loisirs-a-la-bd-1984.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/reportages/rue-de-sevres-appliquer-la-matrice-l-ecole-des-loisirs-a-la-bd-1984.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 30 Apr 2013 15:17:21 +0200</pubDate>
				<category>Reportages</category>
			</item>			<item>
				<title>Créer une série télévisée : de l'écriture scénaristique à la production</title>
				<description><![CDATA[<p><span><strong>Chaque semaine, ActuaLitté et Effervescence, association réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donnent rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du Master et de l'association. Cette semaine, dernier retour sur une de nos tables rondes du 6 avril dernier, tenues lors des Portes ouvertes du Master.</strong></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Cette rencontre abordait le sujet de l'écriture et de la production de la série. Sous la médiation de Jean-Louis Jeannelle, maître de conférence à l'université Paris IV, trois scénaristes travaillant sur le projet de la mini-série Un écho (prochainement sur Arte) – Florent Meyer, Frédéric Azémar et Quoc Dang Tran –, et Louise Barnathan, productrice de Un écho chez Phares et Balises ont partagé avec nous leur expérience.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Qu'est-ce qu'être scénariste ?</strong></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Aux premiers abords, le métier de scénariste ne semble pas facile à atteindre : il n'existe aucun statut officiel en France, et la profession n'est pas toujours clémente avec les nouveaux auteurs. Quand on débute, Frédéric Azémar explique qu'il est important de se présenter comme scénariste, même si on n'a pas encore signé de contrat. «<em> Pour devenir scénariste, il faut avoir écrit un scénario ! Il n'y a pas de carte professionnelle, <strong>il suffit d'écrire et de se proclamer scénariste</strong>. </em>» L'envie d'écrire est donc le critère essentiel : il n'y a pas de barrière, pas de formation incontournable, tout le monde peut y arriver.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Le scénariste a un statut d'artiste-auteur très précaire, il ne touche de l'argent que quand il travaille, (contrairement aux intermittents) et il est fréquent qu'un scénariste se fasse écarter d'un projet à n'importe quel moment. C'est un métier qui devient de plus en plus confortable au fur et à mesure que l'on prend de l'expérience, et que l'on agrandit son réseau. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span><img src="http://actualitte.com/images/actualites/effervescence_serie_TV.jpg" alt="" width="580" height="435" /><br /></span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Les intervenants insistent : « <em>dans cette profession, on est avant tout autodidactes !</em> » Raconter des histoires, divertir, créer des émotions… c'est un des moteurs primordiaux qui anime les auteurs. Quoc Dang Tran qualifie même la profession de scénariste comme <strong>un métier d'utilité publique.</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Les particularités de l'écriture scénaristiques</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>Le scénario est un style littéraire que beaucoup qualifient d'aride : il ressemble un peu à un texte de théâtre, qui nécessite de se construire un univers mental. C'est <strong>un texte formel, avec des règles et une structure strictes</strong>. La plupart des scénaristes venant de formation littéraire sont habitués au style littéraire et leurs scénarios sont donc souvent trop nourris, alors qu'ils doivent être secs et précis : aucune intériorité des personnages n'est tolérée, pas même la connaissance de leur passé, etc. « <em>Les Américains ont de très bonnes institutions pour apprendre ça, c'est pour ça qu'ils sont bons. En France, c'est encore peu installé : on a 20 ans de retard sur eux ! </em>», explique Quoc Dang Tran.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Ces règles à respecter peuvent néanmoins freiner la créativité. Les intervenants défendent donc aussi une <strong>pratique d'une légère «<em> sur-écriture </em>»</strong> comme moyen d'imposer son style et d'être bien compris par l'équipe du film. «<em> Tout ce qu'on ajoute au scénario et qui ne sera pas visible à l'écran, enrichit l'univers que l'on crée, et donc le film</em> ». Florent Meyer explique que, par exemple, si un scénariste a des désirs quant à l'univers du film, quant au décor… il doit les communiquer. Il faut que les intentions du scénariste soient claires, mais aussi que les relations soient saines entre les membres de l'équipe. « <em>On est les premiers maillons de la chaîne, mais on est souvent considérés comme les derniers ! </em>», déplorent les trois scénaristes.</span></p>
<p> </p>
<p><span>Être scénariste, c'est aussi savoir « <em>pitcher</em> » – résumer en quelques phrases de quoi parle l'histoire. Il est primordial de savoir transmettre les informations essentielles de manière courte et efficace. Pour Quoc Dang Tran, «<em> <strong>le pitch, c'est du speed dating ! </strong>Il faut montrer qu'on vaut le coup, provoquer le coup de foudre et avoir le sens de la narration. </em>» </span></p>
<p> </p>
<p><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong>Le rôle du producteur</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span>Pour Louise Barnathan, le producteur doit <strong>apporter des conseils, et non des ordres</strong>. Elle affirme qu'il y a finalement peu de producteurs qui ne se perçoivent que comme le gérant financier du projet, de même qu'il est rare que les producteurs ne fassent aucune intervention sur le texte. Il arrive cependant qu'ils soient au contraire trop intrusifs, trop envahissants dans le travail des scénaristes, ce qu'elle essaye de ne pas faire. </span></p>
<p> </p>
<p><span>Sur une vingtaine de projets proposés par les boîtes de production, seulement deux en moyenne vont être conventionnés par une chaîne de télévision… Le rôle du producteur est d'interroger les chaînes sur leur ligne éditoriale, de faire le tri, d'établir une feuille de route et de <strong>trouver un projet correspondant aux désirs de la chaîne</strong>. Le producteur fait donc le lien entre chaînes et scénaristes. Mais malgré tout, le dialogue ne passe pas toujours bien entre les chaînes et les auteurs. Les chaînes ont leurs propres pressions, et imposent leurs propres règles. Elles peuvent ainsi soumettre des envies particulières, selon les modes et les succès d'audience, en gardant généralement toujours un sens élevé du politiquement correct, et en freinant du même coup les désirs de transgression et d'originalité des auteurs. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Par exemple, la commission de France Télévisions surveille de près la place des minorités dans les fictions. Ainsi, dans Un village français, dont l'histoire se passe durant la Seconde Guerre mondiale, il fallait absolument que les scénaristes intègrent un personnage noir, alors que le contexte ne s'y prêtait pas du tout… Les quatre invités déplorent donc la frilosité et le politiquement correct appliqué par les chaînes de télé, tout en gardant espoir que cela évolue.</span></p>
<p> </p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Une profession qui unit ses forces</strong></span></p>
<p> </p>
<p><span><strong>L'atelier de scénario</strong> est une méthode d'écriture collective très efficace, où scénaristes et producteurs avancent ensemble. Cette nouvelle habitude de travail est surtout employée par la jeune génération de scénaristes, qui a tendance à conjuguer ses forces en contexte de crise. De fait, «<em> c'est un <strong>réel gain de temps et d'énergie</strong></em> », selon Louise Barnathan. Florent Meyer ajoute : « <em>Notre génération a beaucoup plus envie de travailler en collectif que la génération d'avant, qui est plus à l'image de l'auteur solitaire sous sa mansarde. </em>» Pour Un écho, les trois scénaristes et la productrice ont donc travaillé ensemble de manière beaucoup plus productive que s'ils l'avaient fait seuls. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Frédéric Azémar confirme que lorsque l'écriture du projet Odysseus, autre mini-série, a été lancée il savait qu'il lui fallait travailler en atelier, car il s'agissait d'un gros projet. Il a donc choisi plusieurs scénaristes, et en six mois, les séquenciers des six épisodes prévus à l'origine étaient prêts. Florent Meyer raconte son passage dans l'atelier d'écriture de Plus belle la vie, « <em>un des rares cas en France d'écriture industrialisée</em> » : «<em> Une équipe écrit les histoires tandis qu'une autre s'occupe des dialogues. Ce qui donne cinq épisodes par semaine ! </em>» </span></p>
<p> </p>
<p><span>Pour unir leur force, les trois scénaristes présents ont aussi fait le choix d'intégrer<strong> un collectif de scénaristes </strong>: <a href="http://sas-atelier.overblog.com/"><span>Le SAS</span></a>.Constatant que les scénaristes passent leur temps à se plaindre de leur condition, quelques auteurs ont décidé, en 2007, de se regrouper dans un collectif qui compte aujourd'hui une quinzaine de membres. Basé sur le principe de compagnonnage, ils apprennent mutuellement, s'entraident, se conseillent, invitent des intervenants extérieurs… Sorte <strong>d'auto-formation continue</strong>, Le SAS permet ainsi de s'ouvrir sur d'autres domaines. Parce qu'un scénario est basé sur la matière humaine, il faut s'enrichir constamment, s'ouvrir au monde, partager ses connaissances, ce qui permet le développement de nouveaux projets.</span></p>
<p> </p>
<p><span><strong>Bientôt en ligne sur </strong><a href="http://www.youtube.com/channel/UC7P5lKcPKNSTXYuwuw6Iipw?feature=g-high-u"><span><strong>notre chaîne Youtube</strong></span></a><strong>, vous pourrez retrouver les trois tables rondes de nos Portes ouvertes !</strong></span></p>
<p><span><strong>À la semaine prochaine pour une nouvelle chronique.</strong></span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/reportages/creer-une-serie-televisee-de-l-ecriture-scenaristique-a-la-production-1985.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/reportages/creer-une-serie-televisee-de-l-ecriture-scenaristique-a-la-production-1985.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 30 Apr 2013 12:05:41 +0200</pubDate>
				<category>Reportages</category>
			</item>			<item>
				<title>Livres du lundi #1 : Le crime dans tous ses états, de Michael Siefner à Denis Lehane </title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Voici deux livres qui explorent à leur façon les différentes dimensions que peuvent prendre le genre policier et le roman noir. Le premier est une fausse biographie, signée Michael Siefner (Serge Safran, 19 euros) et le second un recueil de nouvelles publié chez Rivages sous le haut patronage de Dennis Lehane. </strong></p>
<p><strong> </strong> </p>
<p>Dans un roman fort bien construit, mais qui n'en est pas moins déroutant, l'Allemand Michael Siefner, reconstitue la vie d'Albert Dunkel, écrivain dans le civil qui sombre dans la folie. N'allez pas chercher sur Internet pour savoir qui est ce Dunkel, vous ne trouverez rien, et pour cause, il est entièrement issu de l'imagination de l'auteur. </p>
<p> </p>
<p>L'auteur est donc libre de dire ce qu'il veut. Rien de très original en somme, si ce n'est que Siefner a composé son roman comme s'il s'agissait d'une personne réelle à laquelle il consacrerait une biographie dans les règles. Lettres, témoignages, extraits de l'oeuvre de cet écrivain imaginaire (on trouve même une bibliographie très précise à la fin de l'ouvrage), parsèment ce livre tout à fait étonnant. </p>
<p> </p>
<p>L'illusion fonctionne et on a bel et bien l'impression que l'écrivain Alert Dunkel (1958-1988) a réellement existé. Et heureusement pour nous, sa vie n'est pas des plus banales : personnage sombre et solitaire, il n'accède à la célébrité que lorsqu'il est reconnu coupable d'une série de meurtres. </p>
<p> </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1" style="text-align: center;"><strong><a title="Boston à l'heure bleue de Manu_H, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/ensh/4769294947/"><img src="http://farm5.staticflickr.com/4123/4769294947_299e2e3fa7.jpg" alt="Boston à l'heure bleue" width="550" height="344" /></a></strong></p>
<p class="p2" style="text-align: center;">Vue de Boston la nuit,</p>
<p class="p2" style="text-align: center;">Manu_H,<strong class="username"> </strong><span>CC BY 2.0</span></p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Au-delà de l'aspect sordide du personnage, c'est la relation entre folie et génie créateur qui est le véritable thème du livre et à ce compte Siefner s'en sort plutôt bien. </p>
<p class="p1"> </p>
<p class="p1"><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>Denis Lehane et la "nouvelle noire"</strong></span></p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Dans un tout autre genre, on remarquera la parution d'un recueil de nouvelles introduit par Dennis Lehane, dont le dernier roman est sorti (<em>Ils vivent la nuit</em>, toujours chez Rivages) est sorti le mois dernier. Le recueil, qui s'intitule sobrement <em>Boston Noir,</em> rassemble des nouvelles autour de la ville américaine. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">C'est donc une petite anthologie qui regroupe des nouvelles de dix auteurs différents. En prime, on trouve également une nouvelle de Lehane, Sauve qui peut. Le format de ces récits est environ d'une trentaine de pages, et Lehane les a fait précéder d'une introduction qui traite du roman noir et de la ville de Boston. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Cette mise au point de sa part est la bienvenue. En effet, dès le début, il prend soin de préciser que « <em>le roman noir n'est pas un genre défini les borsalinos, les volutes de fumée bleutée, les femmes fatales à la beauté vénéneuse</em>. »</p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Non, effectivement, le roman noir est plus que ça. C'est ce que confirment ces textes. On est loin de l'archétype du genre, avec le détective dur à cuire comme ceux que l'on trouve dans les romans de Dashiell Hammett. Ici, les personnages sont plutôt des gens ordinaires, dont le quotidien est perturbé par un événement inattendu : des contes de la vie urbaine en somme. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Dans l'une des nouvelles, un artiste en mal de succès kidnappe un enfant ; dans une autre, c'est un homme blessé par balle qui fait irruption au milieu de la nuit. On est loin des clichés du genre. Il est moins question d'enquêtes policières que de récits où le quotidien prend un tour inattendu. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Par ailleurs, Lehane rappelle la dimension sociale de ces romans, dimension que l'on retrouve dans plusieurs des nouvelles, ainsi que la dimension tragique de ce genre littéraire, trop souvent considéré avec mépris par certains. </p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1">Enfin, en ce qui concerne la qualité des nouvelles retenues, rien à redire. Il faut dire que les Américains sont devenus les spécialistes de genre bref. Des exemples de concision et d'efficacité, les deux marques d'une nouvelle policière réussie. Et l'atmosphère noire, elle aussi, est toujours au rendez-vous.</p>
<p class="p2"> </p>
<p class="p1"><em><strong>Albert Dunkel, écrivain de génie, tueur en série</strong></em>, Michael Siefner, 240 pages, 19 euros.  </p>
<p class="p1"><em><strong>Boston Noir (présentation Denis Lehane)</strong>,</em> Rivages/Noir, 341 pages, 9,15 euros.</p>
<p class="p2"> </p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/livres-du-lundi-1-le-crime-dans-tous-ses-etats-de-michael-siefner-a-denis-lehane-1983.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/livres-du-lundi-1-le-crime-dans-tous-ses-etats-de-michael-siefner-a-denis-lehane-1983.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Mon, 29 Apr 2013 14:45:51 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Juke-Books #26 : Jay-Z le Magnifique fait danser Fitzgerald</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Bientôt, le Juke-Books s'installera devant un écran géant pour se faire une idée de l'adaptation du <em>Gatsby le Magnifique</em> de Francis Scott Fitzgerald réalisée par Baz Luhrmann, mais également prêter l'oreille au son de tout une époque. Attention toutefois, pas de ragtime ni de jazz pour cette version : le réalisateur a confié la production de la bande originale au rappeur Jay-Z, qui a choisi des artistes issus de la scène indépendante US pour animer les fêtes du millionnaire.</strong></p>
<p> </p>
<p>Depuis des années que Baz Luhrmann est sur le projet d'une adaptation d'un des plus célèbres romans de la littérature américaine, la pression a eu le temps de monter autour du film, dont la sortie a même été repoussée, au grand dam de la moitié de la planète. </p>
<p> </p>
<p>Alors, il fallait bien les épaules du rappeur le plus riche de la planète, à peu de choses près : Jay-Z aurait lui-même consacré près de deux années entières à l'enregistrement de la bande originale du film, travaillant avec des artistes qu'il connaît bien, comme will.i.am, André 3000 (d'Outkast) ou son épouse Beyoncé, et d'autres plus inattendus comme The xx ou Nero.</p>
<p> </p>
<p>Un communiqué de presse exclusivement réservé à la bande originale a même été produit par Interscope Records, expliquant que la BO « <em>transcrit l'ambiance de l'Âge d'Or du Jazz du roman de F.S. Fitzgerald en équivalents musicaux de notre époque, à travers un mélange de hip hop, de jazz traditionnel et d'autres textures musicales contemporaines</em> ».</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><a title="Jay-Z de Adam Glanzman, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/adamglanzman/8168270248/"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://farm8.staticflickr.com/7134/8168270248_a8945b662f.jpg" alt="Jay-Z" width="500" height="332" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Jay-Z lors d'un concert pour Obama, en 2012 (Adam Glanzman, CC BY 2.0)</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>« Hov' » s'est réservé la première place sur l'album de 14 pistes, avec <a href="http://www.youtube.com/watch?v=zws0JuN1G_c" target="_blank">100$ Bill</a>, un titre dans la pure tradition du MC ex-vendeur de crack, flow à l'appui. La deuxième place, ex-aequo, revient à Beyoncé et André 3000, qui fournissent tout deux une version modernisée du hit récent d'Amy Winehouse, <em>Back to Black</em>, que l'on peut entendre dans le dernier trailer, en bas de cette page.</p>
<p> </p>
<p> Celui qui est également producteur du film de Luhrmann n'a pas hésité à faire appel à des artistes plus éloignés de sa sphère d'action habituelle, même si le rappeur est plutôt éclectique dans ses inspirations musicales.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Si The xx ou <a href="https://soundcloud.com/igamusic/florence-the-machine-over-the" target="_blank">Florence + The Machine</a> ont composé des chansons originales pour Gatsby le Magnifique, d'autres formations réinterprètent des classiques, ce qui n'est pas sans rappeler les reprises plutôt marquantes de <em>Moulin Rouge !</em>. Si certains titres font preuve d'un rythme jazzy indéniable, d'autres prennent un parti résolument électronique, promettant de belles confrontations entre costumes d'époque et danses contemporaines.</p>
<p> </p>
<p>Ainsi, Jack White reprend U2, Emeli Sande et le Brian Ferry Orchestra proposent leur version du Crazy in Love de Beyoncé et Brian Ferry, encore, revisite le Love is the Drug de son ancien groupe Roxy Music.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Tous semblent en tout cas avoir pris leur pied pendant la création de la BO : « <em>Dès que j'ai parlé avec Baz et Leonardo, j'ai su que c'était le bon projet. Gatsby le Magnifique est l'une de ces histoires typiquement américaines où quelqu'un découvre l'extravagance, la décadence et les illusions. Elle est prête pour l'expérimentation et une approche moderne. L'imagination de Baz a fait de Moulin Rouge ! un chef d'oeuvre, et la BO de Romeo + Juliette n'était pas seulement de la musique de fond, mais un personnage à part entière</em> » <a href="http://www.hiphopdx.com/index/news/id.23211/title.jay-z-to-executive-produce-record-music-for-the-great-gatsby-soundtrack" target="_blank">assure Jay-Z</a> en promettant un spectacle épique.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>La bande originale (<a href="http://music-mix.ew.com/2013/04/04/great-gatsby-soundtrack/" target="_blank">tracklist par ici</a>) sera disponible à l'achat dès le 7 mai prochain, tandis que le film sera sur les écrans français dès le 15 mai.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-26-jay-z-le-magnifique-fait-danser-fitzgerald-1982.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/juke-books-26-jay-z-le-magnifique-fait-danser-fitzgerald-1982.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 26 Apr 2013 19:12:16 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Dans le ghetto de Theresienstadt, visite d'une fabrique à mensonge</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Les Éditions L'Arachnéen sont diffusées par les Éditions de la Différence depuis le 1<sup>er</sup> mars 2013. <em>Le Mur de Lisa Pomenka</em>, de Otto B. Kraus, est sorti en librairie le 22 du même mois. Pour la première fois, il est fait état dans un camp d'enfants juifs voués à l'extermination mais destiné à tromper, pour un temps, l'opinion internationale. Ce qui est narré dans ce livre dépasse, en cynisme et en horreur, la plupart des récits sur la Shoah. </strong></p>
<p><strong>Ce roman, tiré de faits réels, doit être lu.</strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong><img style="float: right;" src="http://actualitte.com/images/actualites/la_difference_logo.png" alt="" width="336" height="98" /></strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><a href="http://www.editions-arachneen.fr/Kraus_Coquio_presentation.html"><em>Le Mur de Lisa Pomenka</em></a>, </strong>suivi de<strong><em> Le leurre et l'espoir.</em> De Theresienstadt au block des enfants de Birkenau. </strong>L'Arachnéen, 2013. <em>Ouvrage traduit et publié avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et du Centre national du livre.</em></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span>En septembre 1943, en vue de démentir la rumeur de l'anéantissement des Juifs d'Europe, Adolf Eichmann invita la Croix-Rouge internationale à visiter le ghetto de Theresienstadt (Terezín en tchèque) et un « camp pénitentiaire » familial à Birkenau. À cet effet, il organisa le « nettoyage » du ghetto et déporta plusieurs milliers de ses détenus à Birkenau, où avait été créé un Camp des familles tchèques. Terezín fut visitée le 23 juin 1944 ; la Croix-Rouge n'y trouva rien à redire. La visite à Birkenau, elle, n'eut pas lieu, et ce camp fut « liquidé » le mois suivant.</span></p>
<p><span> <br /> <strong><em>Le Mur de Lisa Pomnenka</em></strong>, roman et témoignage, transpose une histoire réelle dont l'auteur, l'écrivain tchèque Otto B. Kraus, fut à la fois le témoin, la victime et l'acteur : celle d'un groupe d'enfants et de jeunes gens juifs, tchèques pour la plupart, qui, envoyés de Terezín au Camp des familles de Birkenau en décembre 1943, vécurent six mois dans le « block des enfants »<em>, </em>créé par un jeune juif d'origine allemande, Fredy Hirsch, avec l'approbation d'Adolf Eichmann et sous le contrôle direct de Josef Mengele. </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Les enfants y passaient leurs journées auprès de jeunes <em>madrichim</em> (« guides » en hébreu) désignés parmi les détenus qui, tout en se sachant condamnés, leur proposaient des activités éducatives, sportives et artistiques. Otto B. Kraus fut l'un de ces éducateurs ; il fit partie du convoi venu de Terezín en décembre 1943. <strong><em>Le Mur de Lisa Pomnenka</em></strong> témoigne de cette expérience et porte sur les derniers mois du Camp des familles avant sa liquidation en juillet 1944.</span></p>
<p><span> <br /> Le roman mêle des personnages semi-fictifs et des événements réels, tels que la mort de Fredy Hirsch, l'envoi à la chambre à gaz en mars 1944 des déportés du premier convoi de septembre 1943, le soulèvement avorté, les expériences de Mengele… Sur ce fond d'horreur, le récit d'Otto B. Kraus raconte la survie des désirs et de l'espoir, et la tentative des éducateurs de faire du block un îlot de « faux-semblants » dans l'espoir de protéger les enfants de la hantise de la mort. </span></p>
<p><span><br /> <em>Le Mur de Lisa Pomnenka</em> est suivi d'un essai de Catherine Coquio qui replace les événements du Block des enfants dans la continuité de ceux du ghetto de Teresienstadt, en insistant sur la vie culturelle et sur le rôle décisif qu'y jouèrent les mouvements de jeunesse sionistes de gauche. À Birkenau comme à Theresienstadt les éducateurs engagèrent les enfants dans des jeux de fortune, des pièces de théâtre, des chants, des concours de poésie, des rudiments d'enseignement et des exercices physiques. Le mur peint de « Lisa Pomnenka », une jeune déportée, est à l'image de «  la vraie vie introuvable qu'était devenu le monde humain ». </span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Catherine Coquio dégage également du roman les ambiguïtés du « mensonge protecteur », les angoisses des éducateurs devant la clairvoyance des enfants et à l'idée de leur sort dans le cas d'un soulèvement ; elle évoque la mutation des formes messianiques et politiques de l'espoir : toute projection dans l'avenir devenant impossible, c'est dans un pur présent que s'affirment les gestes de l'art et de la création, à la manière de rituels et de valeurs absolues.</span></p>
<p> </p>
<p><span>Les deux textes composent ainsi une méditation exceptionnelle sur le rapport différent des enfants et des adultes à la vérité, à l'espoir et à la mort, sur les pouvoirs et les limites de l'idée d'« éducation », enfin sur le sens moral et la valeur pratique des gestes artistiques à l'échelle individuelle et collective. </span></p>
<p><span> </span></p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/dans-le-ghetto-de-theresienstadt-visite-d-une-fabrique-a-mensonge-1981.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/dans-le-ghetto-de-theresienstadt-visite-d-une-fabrique-a-mensonge-1981.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Fri, 26 Apr 2013 11:45:56 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>			<item>
				<title>Kobo Aura HD : haute résolution contre la concurrence</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>Interrogé sur la stratégie du groupe, Wayne White, responsable de la gamme n'avait pas hésité à parler de Porsche pour le nouveau venu le Kobo Aura HD. Si l'on devait garder la comparaison automobile, on lui préférera le terme de belle décapotable.</strong></p>
<p> </p>
<p>Développé comme une version améliorée du Glo, cette édition limitée possède deux modes de lectures. L'un, désormais traditionnel repose sur l'affichage E Ink Pearl via une luminosité ambiante. Le second reprend la technologie LightLux, un rétroéclairage frontal du Glo en couche supérieure. Ce dispositif de LED offre une lumière discrète, idéale pour une séance de lecture nocturne sans importuner la personne endormie à côté de vous.</p>
<p> </p>
<p>Principale différence avec son aînée, Aura prend en envergure, sous tous les angles (17,57 x 12,83 x 1,17). L'écran flirte avec les 7 pouces, (6,8') pour un affichage de 265 ppi. Mais garde les mêmes proportions écran/bords. Conséquence, l'appareil propose une résolution toujours plus fine, sur écran plus large, mais prend par conséquent un peu de poids. Si le Glo se limitait à 185g, le gain en taille d'écran se paye par un poids net de 240g. Sensiblement plus qu'un livre poche.</p>
<p> </p>
<p>Le design de la coque plus anguleux rappelle bien celui d'une page pliée, mais accentue encore ce côté massif. Le soft touch du revêtement à disparu pour un plastique plus lisse, froid, mais à l'épreuve de traces et de taches.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://actualitte.com/images/actualites/2013-04-23_17.47.00.jpg" alt="" width="355" height="266" /></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<p>Pas de réelle nouveauté en terme de connectique avec un bouton de mise en route/veille, un voyant de marche et l'interrupteur lumière sur la tranche supérieure. Sur la face opposée, un bouton de réinitialisation, la sortie micro USB pour la recharge de la batterie, le transfert de fichiers et la fiche micro SD, l'appareil comptant 4Go d'espace de stockage.</p>
<p> </p>
<p>Le délai de mise en marche reste correct. Pour les possesseurs de produits de première génération comme le Kobo Touch, le dernier cri en matière de définition se repère particulièrement dans les contrastes noir / blanc.  A fortiori sur des fichiers illustrés. De même pour la blancheur de la page évidemment accentuée même si le Paperwhite garde une petite avance. </p>
<p> </p>
<p>Côté Kobo, la finesse accrue du texte reste confortable même en grossissant à l'extrême la taille des caractères. La netteté de l'écran comme l'impossibilité de le marquer avec des traces de doigts est tout bonnement impressionnante.</p>
<p> </p>
<p>Concernant le processeur, sa mise à jour sur les appareils plus anciens ne permet pas de voir d'améliorations flagrantes dans la réaction aux commandes, qu'il s'agisse du feuilletage de pages ou le préchargement par lot de 6 pages, même si la société indique 20% de rapidité supplémentaire comparée au Kobo Touch.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<div>{CARROUSEL}</div>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Il en va de même pour les défauts déjà constatés. La sélection d'un livre depuis le menu principal manque par moment de réactivité, comme c'était déjà le cas. Et le retour en page d'accueil peut prendre plusieurs secondes ou plusieurs tapotements. Concernant la <em>Home</em>, l'affichage a été repensé : les couvertures de livres sont accompagnées du pourcentage de lecture dans des petits cadres alignés. Le rendu global est plus propre et laisse moins d'espace blanc que la disposition en étoilé des précédentes pages d'accueil.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Au final, l'Aura ne se démarque pas particulièrement d'un Glo amélioré, si ce n'est qu'il donnera quelques arguments techniques en plus à ceux qui ne sont pas satisfaits de l'écosystème fermé du Kindle.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">L'Aura repose finalement sur un écosystème logiciel simple, mais non dénué de bugs. La question se concentrera sur le coût d'un tel achat. En pointe de l'affichage, plus que sur la navigation tactile, ce Kobo coûte nettement plus cher que ses concurrentes (environ 40€).</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">On tablera ainsi sur 169 € pour le Aura, contre 129 € pour le Glo. L'analogie avec la Porsche n'est peut-être pas usurpée.</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tests/kobo-aura-hd-haute-resolution-contre-la-concurrence-1979.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tests/kobo-aura-hd-haute-resolution-contre-la-concurrence-1979.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Wed, 24 Apr 2013 10:05:53 +0200</pubDate>
				<category>Tests</category>
			</item>			<item>
				<title>Droit d'auteur : de Beaumarchais à la numérisation des indisponibles</title>
				<description><![CDATA[<p><strong>De nombreux auteurs ont exprimé leur avis sur la loi concernant la numérisation des oeuvres indisponibles du XXe siècle. Certains, même, y seraient plutôt favorables, mais ne se font guère entendre. <a href="https://www.facebook.com/jeanphilippe.jaworski">Jean-Philippe Jaworski</a>, écrivain de fantasy, a récemment publié un texte mettant en perspective l'ensemble de cette législation, confrontée avec l'avènement du droit d'auteur, tel que Beaumarchais l'avait conçu. </strong></p>
<p> </p>
<p><strong>Avec son aimable autorisation, nous publions aujourd'hui ce texte.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong>De l'écrivain plumé sous l'Ancien Régime</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #993300;"><strong> </strong></span></p>
<p>Des siècles durant, les écrivains furent dépendants. Économiquement dépendants : jusqu'à la Révolution française, le droit d'auteur n'existant point, un homme de lettres ne pouvait quasiment pas vivre de sa plume. En règle générale, l'écrivain vendait ses manuscrits au forfait à un libraire-imprimeur, ce corps de métiers ayant, à l'époque, le monopole de la diffusion. Une fois l'œuvre publiée, n'importe quel libraire pouvait la reprendre, la réimprimer et la vendre sans reverser un sou à l'auteur. Les troupes de théâtre reversaient théoriquement des droits aux dramaturges, mais les spoliaient dans les faits.</p>
<p> </p>
<p>Au XVIIIe siècle, la Comédie française avait ainsi des privilèges exorbitants. D'une part, elle exerçait un monopole : toute pièce en vers devait lui être proposée ; de plus, elle récupérait la propriété d'une pièce de théâtre qu'elle représentait si les recettes baissaient en dessous d'un montant de 800 livres l'été et de 1200 livres l'hiver. Il suffisait de ne pas communiquer le montant des recettes à un dramaturge pour l'escroquer, en prétendant que les recettes avaient été mauvaises : non seulement sa pièce ne lui rapportait presque rien, mais il perdait la propriété de son œuvre.</p>
<p> </p>
<p>L'absence de droit d'auteur induisait donc, sous l'Ancien Régime, des effets pervers. On ne pouvait écrire librement (et je laisse de côté le problème de la Librairie royale, c'est-à-dire de la censure) qu'à deux conditions : soit si l'on était riche, soit si l'on était disposé à crever de faim. Parmi les chanceux, citons Montaigne et Montesquieu, tous deux gentilshommes et magistrats, ou Pascal et Voltaire, tous deux riches héritiers. Parmi les gueux, citons Diderot et Rousseau. Jean-Jacques Rousseau, auteur de best-sellers européens, était réduit à copier des partitions de musique pour vivre très chichement. Quant à Diderot, il exerça divers petits métiers (dont rédacteur de sermons, ce qui est très cocasse de la part d'un écrivain anticlérical) et vécut quelques années dans une grande obscurité, avant d'être finalement protégé par l'impératrice Catherine II de Russie.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><a title="PARIS: statue de Beaumarchais de fredpanassac, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/10699036@N08/2185249791/"><img src="http://farm3.staticflickr.com/2293/2185249791_db6cda3150.jpg" alt="PARIS: statue de Beaumarchais" width="375" height="500" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Statue de Beaumarchais</p>
<p style="text-align: center;">fredparnasse, (CC BYS-SA 2.0)</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Car c'est là le pire danger de la carence du droit d'auteur : faute de revenus réguliers,l'artiste va souvent chercher des mécènes. Ainsi verra-t-on Molière faire sa cour au prince de Conti, à Monsieur et enfin à Louis XIV. Il va sans dire qu'un écrivain qui bénéficie ainsi de la protection d'un puissant n'est plus indépendant, ni financièrement, ni littérairement. Denis Diderot nous en donne l'illustration. De son vivant, il ne publia pas certaines de ses œuvres, par crainte de la police royale et de la prison ; comme Catherine II de Russie, pour lui donner les moyens de vivre, avait acheté sa bibliothèque en viager, après la mort du philosophe, tous les manuscrits de Diderot partirent dans la bibliothèque des Romanov. Or ceci rendit l'accès aux inédits particulièrement difficile, et certains textes de Diderot ne</p>
<p>parurent qu'au XIXe siècle.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong>Beaumarchais et le droit d'auteur</strong></span></p>
<p><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong> </strong></span></p>
<p>Là-dessus, à la fin du XVIII<span><sup>e </sup></span>siècle, arrive Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais. En 1775, la Comédie française, usant du stratagème évoqué plus haut, essaie de lui barboter la propriété du Barbier de Séville après lui avoir versé des dividendes médiocres. Mais M. de Beaumarchais n'est pas seulement un brillant auteur de comédie : c'est surtout un homme d'affaires. Le procédé le scandalise. Il proteste, mène campagne de presse et fonde la Société des Auteurs dramatiques en 1777. Cette société rassemble une vingtaine d'auteurs de théâtre dont les œuvres ont été monopolisées par la Comédie française, dans le but de récupérer des droits sur leurs pièces.</p>
<p> </p>
<p>L'affaire, portée devant le Conseil d'État en 1780, donne raison à la Société des Auteurs dramatiques. C'est l'apparition du droit d'auteur, même s'il ne s'applique à l'époque qu'à un champ d'application très réduit. Le principe est néanmoins posé : les auteurs dramatiques conservent la propriété de leur œuvre, que la Comédie française ne peut confisquer, et ils doivent en conséquence percevoir des droits sur l'exploitation de leurs pièces, quel que soit le montant des recettes.</p>
<p> </p>
<p>Ce principe sera étendu à l'ensemble des œuvres au cours de la Révolution française. Les lois de 1791 et surtout de 1793 accordent à tous les auteurs le droit exclusif d'autoriser la reproduction de leurs œuvres. C'est, à proprement parler, la naissance de la propriété intellectuelle.</p>
<p> </p>
<p>Grâce à ce droit, la littérature française sera florissante au XIXeet au XXe<span style="font-size: xx-small;"> </span>siècles. Des jeunes gens issus de milieux ruinés (comme Victor Hugo ou Guy de Maupassant) pourront mener des carrières purement littéraires grâce aux revenus rapportés par leurs droits. Je ne ne veux pas dire que sans le droit d'auteur, ces écrivains n'auraient pas écrit ; mais il y a fort à parier qu'ils auraient moins produit. Tant que Maupassant est fonctionnaire dans différents ministères, il écrit très peu. C'est à partir du moment où il démissionne parce que sa plume lui apporte un revenu suffisant qu'il devient un écrivain prolifique. Et il est loin d'être un cas isolé. Le droit d'auteur, en protégeant la propriété intellectuelle, a donc contribué assez largement à l'épanouissement culturel français.</p>
<p> </p>
<p><span style="color: #993300; font-size: medium;"><strong>De l'écrivain plumé au XXI</strong><strong>e </strong><strong>siècle : la loi du 1</strong><strong>er</strong><strong>mars 2012</strong></span></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Arrive, au XXIe siècle, la difficile problématique de l'adaptation de l'édition au numérique. Les éditeurs peinent à s'adapter tandis que certaines grosses multinationales, comme Google pour ne pas la citer, numérisent à tout va et entrent en conflit avec les gouvernements dont les législations sont violées.</p>
<p> </p>
<p>Là-dessus, le gouvernement Fillon fait voter en catimini une loi qui ouvre une brèche substantielle dans le droit d'auteur : <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.docidTexte=JORFTEXT000025422700">la LOI n° 2012-287 du 1er mars 2012</a> relative à l'exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle.</p>
<p> </p>
<p>Il s'agit d'une loi qui autorise la BNF à numériser et à diffuser en libre accès tous les livres du XXe siècle dits indisponibles. Ou bien, dans des conditions un peu obscures, à recommercialiser ces œuvres en se passant de l'accord de l'auteur. Vous allez me dire : c'est très bien, c'est un vrai service public. Certes. Mais c'est oublier un peu vite les auteurs…</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://actualitte.com/images/actualites/rue_du_retrait_paris.jpg" alt="" width="579" height="387" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Un auteur vit de ses livres. Un livre est un produit à revenu différé : ce n'est pas parce qu'il est indisponible aujourd'hui qu'il ne sera pas commercialisé à nouveau demain. Il arrive, plus fréquemment qu'on ne croit, que le livre n'est plus commercialisé parce que l'éditeur choisit de ne plus faire un nouveau tirage. Dans ce cas, tout contrat d'édition stipule qu'au bout d'un délai donné, l'auteur récupère ses droits sur l'œuvre et peut les renégocier avec un autre éditeur pour une nouvelle diffusion. Si, entre temps, le livre est numérisé et diffusé librement, vous imaginez bien que l'auteur peut dire adieu à tout espoir d'en tirer un nouveau contrat.</p>
<p> </p>
<p>Certes, la loi donne un droit d'opposition aux auteurs. Mais il est très restrictif. D'abord, l'auteur n'est pas officiellement averti que son livre va être numérisé. C'est à lui de se renseigner, sur <a href="http://relire.bnf.fr">le Registre de la BNF</a>. De plus, il n'a que six mois pour faire opposition. Après, bernique ! Tant pis pour lui. De plus, s'il fait opposition, il doit faire la preuve, par courrier et non par e-mail, qu'il est bien l'auteur de son propre livre, à l'aide d'une déclaration sur l'honneur assortie d'une photocopie d'une pièce d'identité. En plus, il ne peut pas faire opposition globalement à tous les projets de numérisation de ses livres : il doit refaire la même démarche pour chacun des titres que la BNF lui barbote. (Et certains des auteurs concernés ont des dizaines de titres confisqués.)</p>
<p> </p>
<p>C'est purement et simplement un premier coup porté au droit d'auteur. L'écrivain, de son vivant, n'est plus maître de son œuvre, sauf vigilance exacerbée. Plus douteux encore : les droits de ses titres confisqués et numérisés se retrouvent d'office gérés par une mystérieuse « <em>société de perception et de répartition des droits </em>» (a priori, la SOFIA), qui a le droit de les commercialiser, moyennant une rétribution à l'auteur. Or l'auteur n'aura signé aucun contrat avec cette société. Il n'aura pas décidé de lui céder un droit de diffusion, on aura décidé pour lui. Pis encore : qu'en sera-t-il de la négociation sur les droits ? De la transparence des comptes ?</p>
<p> </p>
<p>En fait, la loi du 1er mars 2012 recrée ce que l'Assemblée Constituante avait aboli sous la Révolution : un monopole sur l'exploitation des œuvres numérisées, comparable au monopole qu'exerçait la Comédie française sur les œuvres en vers sous l'Ancien régime ! Nous voici revenus trois siècles en arrière. Pour être écrivain, il faut à nouveau être héritier, vendu ou crève-la-faim. </p>
<p> </p>
<p>Vive la République ! Vive M. de Beaumarchais !</p>]]></description>
				<link>http://www.actualitte.com/tribunes/droit-d-auteur-de-beaumarchais-a-la-numerisation-des-indisponibles-1980.htm</link>
				<guid>http://www.actualitte.com/tribunes/droit-d-auteur-de-beaumarchais-a-la-numerisation-des-indisponibles-1980.htm</guid>
				<author> ()</author>
				<pubDate>Tue, 23 Apr 2013 18:58:50 +0200</pubDate>
				<category>Tribunes</category>
			</item>
	</channel>
</rss>