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Imre Kertész donne ses archives à l'Allemagne
Et décide d'arrêter d'écrire, après en avoir fini avec l'Holocauste
Par Nicolas Gary,Le jeudi 15 novembre 2012 à 15:35:21 - 0 commentaire
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Ce doit être la saison, qui incite les écrivains à abandonner définitivement l'écriture, quelle qu'elle soit. Après le romancier américain Philip Roth, c'est au tour du Hongrois Imre Kertész, survivant des camps de concentration, d'annoncer qu'il n'écrira plus. Lauréat du prix Nobel de littérature en 2002, il considère avoir fait tout ce qu'il devait.
Magda et Imre Kertész
Das Blaue Sofa (CC BY 2.0)
L'Holocauste fut son principal thème de travail, au fil des quinze ouvrages qu'il a publiés, et fait traduire dans plusieurs langues. Mais l'auteur en a fini. D'autant plus qu'aujourd'hui, la maladie de Parkinson dont il est atteint gagne du terrain. Elle ne lui facilite pas la vie, et rend difficile l'écriture, mais ce n'est pas le problème.
« Je ne veux plus chercher à écrire. Le travail que représente cette relation entre l'Holocauste et moi est terminé », explique-t-il au journal hongrois Index. Premier écrivain hongrois à recevoir le Nobel, il avait été déporté en 44 à Auschwitz, puis à Buchenwold, d'où il ne fut libéré qu'en 45. De cette expérience, il tirera, comme Primo Levi ou Jorge Seprun, la matière de ses romans.
Dans le même temps, l'auteur décide de confier ses archives à l'Académie des Arts de Berlin, soit près de 35.000 pages de documents compilés. « Je me sens mieux compris que dans mon pays, la Hongrie. Ils font preuve de bonne volonté, mais ils ne peuvent conserver le matériel aussi bien qu'à Berlin, où je réside depuis de nombreuses années. »
L'Académie ouvrira ses portes au public aujourd'hui, permettant de découvrir ces documents essentiels. Une exposition est prévue, en sa présence, selon son état de santé. « Toute ma vie est une aventure », explique-t-il avec un sourire, pour commenter. On retrouvera dans ces archives des discours, des journaux personnels et une grande correspondance. Une grande partie avait été transmise en 2001 à l'Académie, qui depuis a travaillé à leur numérisation.
Et ce n'est pas sans une certaine ironie que l'auteur note que ses travaux de rescapé d'Auschwitz seront désormais sauvés... par l'Allemagne.
« Imre Kertész est à la fois un témoin et une voix littéraire contre l'oubli. C'est un geste émouvant de confiance et de réconciliation qu'Imre Kertész, en tant que survivant de l'Holocauste, transmette cette oeuvre exceptionnelle à une académie de la capitale allemande », estime, dans un communiqué, le ministre fédéral de la Culture, Bernd Neumann, cité par l'AFP.
Imre Kertész est né le 9 novembre 1929 dans une famille juive de Budapest. Déporté à l'âge de quinze ans à Auschwitz. Il est ensuite transféré à Buchenwald puis au camp de travail de Zeitz. Son expérience des camps de concentration le marque profondément et imprègne toute son oeuvre. Écrivain de l'ombre pendant quarante ans. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 2002. Refusant tout nationalisme, il se décrit lui-même comme un juif européen et rit avec sa femme entre Berlin et Budapest.
En France, son oeuvre est publiée par Actes Sud.
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