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"Pratiques inacceptables" d'Amazon : qu'en sait Aurélie Filippetti ?

Hachette contre Amazon, prise de position hâtive de la ministre de la Culture

Le mercredi 28 mai 2014 à 17:47:43 - 8 commentaires

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Évidemment, ce n'est pas aux États-Unis que l'on s'attendait à ce qu'une personnalité politique prenne la parole dans le conflit qui oppose actuellement Hachette Book Group à Amazon. Ou Amazon à Hachette Book Group. Sachant que Barack Obama s'est déjà compromis plus que largement en allant faire des courbettes au royaume de Jeff Bezos, on aurait eu l'impression d'un revirement de cuti, assez faramineux. En France, on n'a pas eu le même problème : « Une nouvelle étape a été franchie par le groupe de vente en ligne », clame haut et fort la ministre.

 

 

Aurélie Filippetti

ActuaLitté, CC BY SA 2.0 

 

 

Aurélie Filippetti, toujours prompte à accuser Amazon de tous les maux, vient de diffuser un communiqué de presse, sans aucune nuance, appelant « à la vigilance de l'Europe sur les tentations d'abus de position dominante d'Amazon ». En effet, la ministre « juge inacceptables les pratiques d'Amazon dénoncées par la presse américaine et par les professionnels allemands ». Elle évoque bien entendu les différents constats portés à la connaissance du public, et dont ActuaLitté a fait largement état, une tactique en trois points, très simple :

  • proposer des délais de livraison de 2 à 5 semaines
  • offrir des remises de moins de 10 % - peu commun chez Amazon
  • Inciter à acheter des livres d'un même auteur, publiés chez un autre éditeur

Un exercice de chantage qui "n'est pas tolérable"

 

Sauf que, depuis la semaine passée, Amazon a également décidé de bloquer les précommandes des futurs best-sellers du groupe américain, en empêchant ses clients de réserver par avance les ouvrages. 

 

Le cybermarchand, resté passablement muet jusqu'à lors, a pris, hier soir, la parole : « Si vous avez besoin d'un des titres concernés rapidement, nous déplorons la gêne occasionnée, et vous encourageons à acheter une version neuve, ou d'occasion, chez l'un de nos vendeurs tiers, ou l'un de nos concurrents. »

 

Et surtout, reconnaissant le problème dans les négociations qui ont lieu avec Hachette, d'avouer que la situation était pour l'heure sans issue : « Hachette a oeuvré de bonne foi, et nous admirons la société et ses dirigeants. Néanmoins, les deux sociétés ont jusqu'à présent échoué à trouver une solution. Encore plus malheureux, si nous gardons l'espoir, et travaillons dur pour parvenir à une solution dès que possible, nous ne sommes pas optimistes quant à une résolution prochaine. »

 

Pour la ministre de la Culture française, cette décision d'empêcher les précommandes est un exercice de chantage qui « n'est pas tolérable ». Ainsi, en « restreignant  l'accès du public aux livres de leurs catalogues pour leur imposer des conditions commerciales plus dures », le cybermarchand devient « une menace pour les éditeurs, mais aussi pour les lecteurs et les auteurs, pris en otage ». Et Aurélie Filippetti de faire parler la foudre : 

Alors qu'Amazon prétend faire tomber les frontières entre les écrivains et les lecteurs, il entrave aujourd'hui la diffusion de certains livres.  Or le livre n'est pas un produit comme les autres ; il est le vecteur des idées et des pensées. En empêchant des précommandes ou en allongeant les délais d'attente, Amazon empêche tout simplement des lecteurs d'avoir accès aux textes de leur choix !

Ces pratiques sont une nouvelle illustration du risque que représente la recherche de position dominante d'Amazon dans tous les pays au prix de pratiques commerciales agressives et destructrices de valeur pour toute la chaîne du livre.

 

La rue de Valois enjoint alors la Commission européenne à exercer « toute sa vigilance pour prévenir des situations d'abus de position dominante si celles-ci étaient attestées en Europe ». Et de souligner qu'en France, le ministère se bat pour « réintroduire des conditions d'une concurrence équitable dans la vente en ligne de livres ». Le pays oeuvre, par la voie législative, et démontre ainsi toute sa « volonté de préserver la richesse éditoriale et la diversité des canaux de vente de livres en France ». 

 

"ni noir ni blanc dans cette histoire. C'est juste un groupe de seigneurs"

 

Ce qu'il faudra retenir de cette saillie ministérielle, c'est qu'aucune organisation professionnelle, en France, n'est encore intervenue sur la question Amazon-Hachette. Le Syndicat national de l'édition, pas plus que le Syndicat de la librairie française, n'ont pour l'heure fait de commentaires officiels - et pour cause. Personne ne sait réellement ce qu'il en est du conflit, sinon qu'il porte sur des négociations commerciales, et qu'en l'état, la situation n'est certainement pas aussi manichéenne qu'Aurélie Filippetti le déclare. 

 

Parler de tentation d'abus de position dominante de la part du cybermarchand, c'est oublier que dans les négociations, autour d'une table, il y a forcément deux parties - au moins. Et qu'à ce titre, Hachette Book Group a dégainé le premier, en se victimisant dans la presse américaine, et qu'Amazon a réagi avec les armes qui sont celles d'un vendeur.

 

Comme le reprécisait Amazon dans son message, « négocier avec les fournisseurs pour des conditions acceptables », est le travail de tout revendeur. « Les fournisseurs décident des conditions dans lesquelles ils sont disposés à vendre à un détaillant. C'est réciproquement le droit d'un détaillant de déterminer si les conditions proposées sont acceptables, et de prendre les articles en conséquence. » Et dans ce contexte, une certaine liberté du commerce s'exerce, au moins.

 


London Book Fair 2014

ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Or, si un large faisceau de présomptions pèse sur Amazon, pour l'heure, personne ne sait si les conditions proposées par Hachette Book Group sont acceptables, réellement, ni si le refus d'Amazon est réellement intolérable. Pour le coup, la ministre, qui aurait dû avancer à pas feutrés, en marchant sur des oeufs, manquerait peut-être de l'ensemble des précautions nécessaires. Comme le soulignait Teleread, « il n'y a ni noir ni blanc, ni bon ni mauvais dans cette histoire. C'est juste un groupe de seigneurs, dans leur société, qui tentent de se frayer un chemin vers un nouveau marché. Et les auteurs peuvent être pris en tenailles, mais uniquement parce qu'ils choisissent de rester dans ce marché ».

 

Et pour juger des enjeux, il faudrait être particulièrement bien renseigné - et ni Amazon, ni Hachette Book Group ne communiquent le moindre élément qui permettrait de saisir l'enjeu des négociations, pas plus que de définir les torts, et leur partage. Sollicité ce jour par ActuaLitté, Hachette n'a pas souhaité faire de commentaires sur la question.

 

Et la gratuité des frais de ports, alors ?

 

Ce qui est plus amusant, en revanche, c'est de constater que la ministre sort l'artillerie lourde, pour frapper à l'huis - en béton armé - d'Amazon, et qu'elle passe sous silence complètement la nouvelle offre de FNAC, Express+. Pour mémoire, cette solution va permettre aux clients de profiter de la gratuité des frais de ports sur les achats en ligne, et de contourner allègrement la future loi anti-Amazon, que la ministre évoque dans son communiqué. 

 

Calqué sur le modèle du service Prime d'Amazon, Express+ offre exactement les mêmes commodités, et permet à Fnac de mieux se positionner contre Amazon, dans le jeu concurrentiel, tout en balayant allègrement le projet de législation sur la vente à distance de livres. En effet,

si l'on interdit la gratuité des frais de port, et qu'Amazon peut malgré tout pratiquer une remise de 5 % du prix du livre sur lesdits frais de port, qu'adviendra-t-il ? Eh bien, la société va tout simplement assurer un peu plus de promotions pour son service Premium, et proposer aux clients de bénéficier de cet avantage, qui n'est pas une livraison gratuite - puisque l'on paye, indirectement, pour avoir des frais de livraisons offerts.

.../...

Si la loi interdit la gratuité des frais de port, Amazon pourra toujours arguer que, le livre n'est pas vendu avec un port offert, puisque le client a déboursé 49 € - oui, bien sûr, pour avoir la gratuité du port. Et quand bien même le livre deviendrait un produit non-éligible ? Eh bien Amazon facturerait quelques centimes pour la livraison, ce qui réjouira les actionnaires en manque de dividendes. Sauf qu'un savant calcul pourrait tout aussi bien permettre de soustraire des 49 € le coût du port, pour les livres, en considérant qu'il s'agit d'une sorte de provision...

 

Mais après tout, FNAC est une société française, qui a besoin de l'assentiment politique et ministériel, contre le géant américain, non ? Parce que, du point de vue des libraires indépendants, cette solution apportera un avantage concurrentiel assez évident, tout en renvoyant la législation à ses cartons. Selon que vous serez puissant ou misérable, n'est-ce pas…

Pour approfondir

photo Gary Nicolas

   

Directeur de la publication de ActuaLitté. Homme de la situation.

 

Mots clés :
Hachette Book Group - Aurélie Filippetti - position dominante - négociations commerciales



Réactions

Publié par TheSFReader

 

S'il y a un point sur lequel je suis d'accord avec la ministre, c'est sur la nécessité d'une surveillance vigillante sur l'ensemble du groupe Amazon (mais aussi de ses partenaires et concurrents.)

Écrit le 28/05/2014 à 20:01

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Publié par Moggio

 

En effet, qu'en sait Mademoiselle le ministre ? Et surtout, de quoi se mêle-t-elle ?

Heureux de voir que la "loi Amazon" d'anciens articles d'ActuaLitté est devenue "loi anti-Amazon", du moins dans cet article ! :) Je ne reviendrai pas sur tout le mal qu'il faut en penser et il est appréciable de voir que, apparemment, Amazon et la Fnac ont déjà trouvé la parade à la loi en question toujours pas en vigueur.

"Mais après tout, FNAC est une société française, qui a besoin de l'assentiment politique et ministériel, contre le géant américain, non ?" Réponse : Absolument pas. Quand cessera cette immixtion permanente des hommes politiques de gauche comme de droite (qui n'ont, pour la grande majorité d'entre eux, jamais travaillé dans le privé) dans les activités économiques ?

Écrit le 28/05/2014 à 20:32

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Publié par pepereland

 

Mais quand arrenterons nous de privilégie ces société offshore au regard de la société civile qui travaille en leur sein.

Ils gagnent de l'argent en France ils y payent les impôts : CQFD

Les français sont prêt a travailler : on demande que ça

Écrit le 28/05/2014 à 22:46

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Publié par TheSFReader

en réponse à pepereland  

pepereland : Evidemment, il faut combattre les sociétés qui optimisent fiscalement. Pour cela, la seule solution ? Harmoniser la fiscalité (Luxembourg, Pays Bas,etc. Nous voilà ! )

Mais même si Amazon (Google, Apple, Facebok et les autres) sont de bons exemples, bien d'autres entreprises de premier plan en font de même.

Tant qu'ils n'enfreignent pas la loi, on va avoir du mal à leur reprocher.
Si ils enfreignent, faut taper, fort.

Et sur le long terme, harmoniser et supprimer les avantages particuliers des paradis fiscaux.

Écrit le 29/05/2014 à 08:39

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Publié par Nicolas Gary

en réponse à Moggio  

bonjour M. tout mou (moggio, en italien, c'est bien cela, non, l'enfant qui est malade, et un peu flasque)

Pas de liens actifs vers un site ou un autre - exemple pas de amazon[.]fr alors que juste en face, vous n'avez pas l'idée de mettre FNAC[.]com

la loi Amazon ou anti-Amazon, c'est bonnet blanc, blanc bonnet.
dans tous les cas, c'est une mauvaise législation


Cdt

Écrit le 29/05/2014 à 09:48

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Publié par GG

 

Le "problème" fiscal et l'histoire de frais de port...est une chose, qui n'est pas à débattre dans cet article, mais là j'avoue ne pas comprendre l'intervention de notre Ministre ... ???
- D'un côté, elle veut supprimer le cumul des frais de port gratuits et des 5% de réduction en visant expressément Amazon (alors que bien d'autres cybervendeurs sont dans le même cas, comme la Fnac, déjà citée) dans le seul but de limiter leur domination sur le marché français.
- De l'autre côté, elle s'insurge des supposées pratiques d'Amazon et d'une négociation inconnue empêchant Hachette de distribuer ces ouvrages sur la plateforme... Hors, si hachette ne vends pas sur Amazon, les ventes se feront ailleurs...donc bénéfiques pour les "autres" librairies!!

Comment peut-on d'un côté vouloir brider un vendeur et de l'autre lui reprocher de ne pas avoir tous les ouvrages...???

Écrit le 30/05/2014 à 09:50

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Publié par Patbad

en réponse à GG  

Parce que cher monsieur c'est de l'abus de position dominante, Amazon domine le marché aux USA et surtout vend beaucoup de Kindle, car aux US la lecture en téléchargement est beaucoup plus importante que chez nous, et leurs Kindle est en format propriétaire, donc le client reste définitivement sous leur coupe!
D'autre part FNAC et Amazon c'est bonnet blanc et blanc bonnet, à mettre dans le même sac......à malices de purs commerçants surtout attachés à leurs ventes et au bénéfice qui en résulte, pour leurs actionnaires, ce qui n'est pas en soi une tare, sauf si on en abuse et porte atteinte à l'exception culturelle, et aux réseaux de librairies, ainsi qu'aux éditeurs, surtout petits, qui font la variété de la production et partant, de l'indépendance des auteurs,et éditeurs. Tout cela bien sûr à grand renfort d'optimisation fiscale, et de délocalisation des bénéfices, ce qui nous fait du tort à tous!

Écrit le 31/05/2014 à 11:37

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Publié par Kafarnaum

en réponse à Moggio  

Voici donc l'explication, Moggio est tout mou! Mais il semble surtout bien dur avec les librairies indépendantes, mou il l'est avec Amazon, son patron, et ce n'est pas étonnant, au vu des positions qu'il défend, mais Amazon et FNAC sont dans le même sac, à la petite exception que la FNAC paye ses impôts et sa TVA en France, mais pour le reste, ils sont tout aussi détestables dans leur principe de vente au plus bas prix, avec pour seul objectif de tuer la concurrence par le dumping que ne peuvent se permettre les libraires. La ministre est donc dans son rôle et le fait bien, même si tout n'est pas parfait, la nouvelle loi dite anti-Amazon, est surtout pro librairie de proximité, puisque le livre y sera moins cher que sur internet, où la remise de 5% ne sera plus autorisée, alors que le consommateur pourra l'avoir chez son libraire, donc acheter moins cher que sur le net!

Écrit le 31/05/2014 à 11:48

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