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Québec : la trahison de romancières à coups de livres numériques

Un accord auteurs-éditeurs à envisager rapidement ?

Le mercredi 30 octobre 2013 à 11:22:15 - 1 commentaire

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Deux auteures québécoises majeures ont fait trembler les plaines d'Abraham : Marie Laberge et Arlette Cousture avaient décidé de commercialiser leurs livres directement sur internet, en format numérique. Un choix que l'Association des libraires du Québec avait qualifié de « trahison », tandis que les bibliothèques déploraient que leurs usagers n'aient pas accès à ces ouvrages. 

 

 

Francis Farley-Chevrier (UNEQ) et Vincent Montagne (SNE)

Francis Farley-Chevrier (UNEQ) et Vincent Montagne (SNE) (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Jean-François Cusson, responsable du projet de prêt d'ebooks en bibliothèque, PrêtNumérique.ca déplore l'attitude des deux romancières : « On comprend la démarche : supprimer les intermédiaires, ça se défend. Mais en sortant de la chaîne du livre telle qu'elle est organisée, c'est impossible pour bibliothèques d'acheter leurs oeuvres et de les prêter en format numérique. » 

 

Le Devoir cite également Katherine Fafard, directrice générale de l'ALQ. « Les libraires éprouvent une grande déception, voire de la colère envers l'auteure dont on soutient la carrière depuis plusieurs années. Pour plusieurs, c'est perçu comme une trahison. Mis à part elle-même et Apple, personne de la chaîne du livre ne va bénéficier de ça. »

 

À ce jour, le marché du livre numérique québécois représenterait 4 % du chiffre d'affaires. Or, le problème, pour les bibliothèques, est que les établissements ont accepté d'acheter les versions numériques auprès de libraires, comme pour les versions papier. 

 

Marie Laberge avait expliqué ce choix dans LaPresse.ca : « Je les vends moi-même sans passer par d'autres agrégateurs. C'est une entente entre moi [les éditions Martha, qui avaient publié son roman épistolaire du même nom] et iBook. Et Mauvaise foi ne sera pas vendu tout de suite sur le site, parce que je veux donner une chance aux libraires. »

 

Cependant, elle insistait sur le fait que les auteurs devaient prendre le train numérique, avec leurs propres moyens, afin d'être rémunérés au plus juste. « Il n'y a pas de tradition dans le numérique, et cette nouvelle plateforme, les écrivains ont intérêt à se réveiller et à l'exploiter. »

 

Limitation de la diffusion, opposée à la juste rétribution des auteurs, la situation est complexe. Il aurait certainement été plus profitable pour les libraires que le livre soit disponible sur les plateformes. Mais cela aurait impliqué d'avoir à gérer avec un éditeur, sans pouvoir optimiser ses revenus. Le site de Marie Laberge ne propose pas encore la vente des versions ebooks, mais assure que prochainement, on trouvera également ses dix premiers romans. 

 

Or, L'union des écrivaines et écrivains du Québec vient d'intervenir dans le débat. C'est que le choix des deux auteurs intervient également en plein questionnement sur l'introduction d'une législation sur le prix du livre au Québec. Et Marie Laberge, qui avait soutenu dans un premier temps l'idée d'un prix unique, a dernièrement changé d'avis. 

 

 

"C'est la jungle à l'heure actuelle, il n'y a aucune réglementation sinon les contrats individuels que les écrivains peuvent négocier avec les éditeurs."

 

 

Suzanne Aubry, porte-parole de l'UNEQ, souligne que la loi 51 concernant le livre fait preuve d'un vide juridique, dans le domaine du livre numérique. « C'est la jungle à l'heure actuelle, il n'y a aucune réglementation sinon les contrats individuels que les écrivains peuvent négocier avec les éditeurs. Alors, on serait mal placé à l'UNEQ pour blâmer nos membres de prendre leurs affaires en main, c'est leur décision », explique-t-elle au Devoir

 

Richard Prieur, président de l'Association nationale des éditeurs de livres, précise que pour qu'un auteur vende directement ses livres, il faut qu'il détienne les droits numériques. « C'est la loi de l'offre et de la demande. Quand ils négocient, le papier est une chose, le numérique en est une autre. » Mais pas de commentaires directs sur le choix des deux romancières. 

 

De son côté, Arlette Cousture assure que la commercialisation de Pourquoi les enfants courent-ils toujours après les pigeons ? sur Internet ne cherchait à pénaliser personne. Au contraire, c'était une solution pour se rapprocher de ses lecteurs, au travers d'une « nouvelle approche ». Dans le même temps, elle rappelle qu'un auteur perçoit 10 % de droits sur les ventes, et sûrement pas les 25 ou 40 % que les éditeurs et libraires perçoivent. Ainsi, la vente directe est un moyen pour « avoir un meilleur contrôle de mes revenus. [...] Connaissez-vous beaucoup de gens qui vont travailler pendant sept ans, sans être payés ? On vit toujours sur des cordes comme ça ».

 

Le monde numérique bouleverse bel et bien. En France, la question de l'accord a fait l'objet de longues discussions, pour parvenir, après plusieurs années d'échanges infructueux, par une entente signée le 21 mars dernier, dans le cadre de la mission Sirinelli, sur le contrat d'édition. Au Québec, l'UNEQ estime qu'il serait temps de poser ces questions, et de faire avancer la situation.

 

Au Forum de la SGDL, récemment, Francis Farley-Chevrier, directeur de l'UNEQ, a pu évoquer la question, en exprimant sa déception devant les difficultés à commnuquer avec les éditeurs  représentés par l'ANEL, Association Nationale des Éditeurs de Littérature. D'après lui, le comportement des éditeurs vis-à-vis des négociations autour d'un contrat spécifique aux publications numérique a été assez négatif, et il appelle de ses voeux une solution législative similaire à celle prochainement mise en place en France.

Pour approfondir

photo Gary Nicolas

   

Directeur de la publication de ActuaLitté. Homme de la situation.

 

Mots clés :
Québec - livres numériques - commercialisation - romancières



Réactions

Publié par GUDULE

 

Mignonnes, les deux romancières de la photo! UN peu masculines, mais bon, personne n'est parfait... En fait, ce qui m'amuse surtout, c'est le dernier paragraphe, où la SGDL fait la leçon au Québec en prônant le modèle français. ReLIRE, je suppose ? Nos amis Canadiens doivent bien rigoler !

Écrit le 31/10/2013 à 13:30

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