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Québec : pas plus de prix unique du livre que des fruits et légumes

Une image intéressante, en effet...

Par Cécile Mazin,Le lundi 07 janvier 2013 à 13:07:39 - 0 commentaire

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Un projet de loi devait voir le jour au Québec pour assurer l'instauration d'un prix unique du livre. Calqué sur le modèle français, ce texte n'avait pas vocation à être une parfaite copie, mais plutôt une adaptation destinée au marché québécois. Il était  question d'un rabais de 10 % accepté, pour les neuf premiers mois de commercialisation des livres. Par la suite, le revendeur sera en mesure d'effectuer les remises qu'il souhaite. Juste le temps que les libraires indépendantes puissent profiter des livres.

 

 

 

 

Or, de même qu'en France, le sujet avait soulevé de nombreux débats en 1980, lorsque la loi Lang avait vu le jour, de même, au Québec, les opposants n'hésitent pas à se manifester. Dans une tribune publiée sur Le Devoir, Vincent Geloso, économiste et Michel Kelly-Gagnon, président-directeur général de l'Institut économique de Montréal, montent au créneau.

 

L'échec français retentissant

 

Selon eux, il faut considérer l'exemple français comme « un échec retentissant », alors que le pays n'aurait assisté qu'à une « augmentation artificielle des prix », qui aurait eu « pour principale conséquence de réduire les achats de livres sans pour autant sauver les petites librairies ». 

 

Les deux tribunistes assurent que cette législation n'aurait eu pour vocation que de protéger les petites librairies, devant l'avènement des grandes surfaces. Avec cependant pour effet de ne pas avoir mené à bien cette mission. « Aujourd'hui, la structure du marché des librairies en France est très similaire à celui des États-Unis, où une telle mesure n'a jamais été mise en oeuvre. Le prix unique a été inefficace sur ce plan. »

 

Pourtant, les deux tribunistes se trompent : la loi sur le prix unique émane des éditeurs, et n'avait pour vocation originelle que de défendre les éditeurs et le prix de vente, justement, chez les revendeurs. Les libraires s'en sont emparés, et le Syndicat de la librairie française en premier lieu, parce que la loi avait, pour conséquence, et non pour origine, de leur assurer une certaine protection. En l'absence de concurrence, puisqu'alignées sur un prix unique, les librairies pouvaient se positionner face aux acteurs de la grande distribution.

 

Mais pour efficace que fût cette législation, elle ne pouvait pas avoir la possibilité de protéger éternellement : l'inflation, l'augmentation des loyers, les marges plus importantes accordées aux grandes surfaces sont autant de coups portés à la loi, qu'elle ne pouvait probablement pas envisager. Or, dans le même temps, les éditeurs sont, eux, toujours protégés : les livres sont bien vendus à un prix unitaire qu'ils fixent...

 

Rayon fruits et légumes, ça pousse

 

Les tribunistes assurent également que les achats de livres étaient plus nombreux entre 1959 et 1981, et qu'ils auraient finalement diminué à compter de 1981. C'est oublier que d'autres facteurs sociaux sont intervenus, qu'une société du divertissement s'est installée, proposant plus d'occasions de dépenser de l'argent, ailleurs que dans le livre. 

 

Et de poursuivre : « Qui a profité de la loi en France ? Ni les lecteurs ni les librairies indépendantes. Personne ne prétend que les fruits et légumes deviendront plus populaires si on en augmente le prix. Alors pourquoi devons-nous expliquer qu'une hausse du prix du livre ne va pas en augmenter la diffusion ? »

 

Difficile de savoir si les fruits et légumes nécessitent que l'on instaure un prix unique au kilo, mais assurément, les revendeurs pourraient ne pas avoir à s'en plaindre, et moins encore, peut-être, les producteurs. S'il existe bien une dimension protectionniste dans la loi sur le prix unique du livre, elle assure bien une protection d'une partie de la chaîne du livre. La bonne question serait de savoir qui, réellement.

 

« On pense à tort qu'on va payer plus cher nos livres s'il y a une loi, mais s'il n'y en a pas, c'est ce vers quoi on se dirige et ça va être encore pire parce qu'on n'aura plus aucun contrôle sur le prix des livres dicté par les grandes multinationales », assurait Katherine Fafard, directrice générale de l'Association des libraires du Québec en novembre 2012. 

 

Du reste, le projet de loi a reçu de nombreux soutiens de la part des acteurs français du livre, et la campagne Nos livres à juste prix a été largement relayée. Ainsi, Angoine Gallimard, PDG des éditions éponymes, ou encore Arnaud Nourry, PDG du groupe Hachette, et plusieurs auteurs, comme Dany Laferrière ou Marc Levy avaient également apporté leur soutien.

 

 

Pour approfondir

Le débat se prolonge sur le prix unique du livre

Bonne direction ou mauvaise idée pour l'édition ? 

 

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