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Réseau social du livre : respecter sa communauté ou gagner de l'argent ?

Goodreads se prend les pieds dans le tapis, mais ne tombe pas

Le vendredi 25 octobre 2013 à 12:54:53 - 0 commentaire

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Vendu pour un montant estimé de 190 millions $, le réseau social du livre GoodReads appartient désormais à Amazon. Il compte aujourd'hui 20 millions de membres qui échangent des informations autour des livres, qui sont désormais intégrées dans les derniers appareils de lecture numérique. Histoire d'une belle rencontre ? Pas certain.

 

 

 

 

Félins pour l'autre, Amazon et GoodReads, c'est certain, mais les membres les plus actifs et les plus anciens grognent quelque peu des modifications de la politique d'utilisation, accusant l'intervention d'Amazon. Parmi les critiques formulées, on accuse Amazon de vouloir « tuer la communauté créative et dynamique », pour la remplacer par « une communauté de pompom-girls robotisées du livre ». Sévère attaque. 

 

Les racines de cette tension remontent à quelques années, à l'occasion d'un différend entre chroniqueurs, autour de livres Young Adult, de romance et de fantasy, impliquant des auteurs, parfois autoédités. La situation s'est envenimée au point que l'une des auteures, Lauren Pippa, a annoncé qu'elle annulait la sortie de son livre du fait des commentaires reçus sur Goodreads.

 

La modération de contenus devenait une nécessité pour le réseau social, avec la suppression quasi automatique de tout texte évoquant l'attitude de l'auteur, ou visant autre chose que son texte. Certains chroniqueurs s'étaient plaints de ce qu'ils subissaient de la part des auteurs de fortes pressions : leurs messages ciblant le comportement des auteurs ne visaient qu'à mettre en garde les autres lecteurs, pour punir les écrivains qui abusaient de Goodreads. 

 

Le conflit s'était doucement apaisé, restant à l'état larvé. En septembre dernier, Kara Erickson, directrice des relations clients avait publié un message sur le site, expliquant qu'après le rachat par Amazon, les conditions d'utilisation n'avaient pas changé. Et le site ferait son possible pour que l'on respecte les auteurs et leur travail, tout en faisant en sorte que les conflits comme celui survenu ne reviennent pas. Pas d'attaques ad hominem, ni hors sujet, autrement dit : des critiques de livres, et uniquement des critiques. Tout autre commentaire serait clairement supprimé. 

 

Et sans préavis, des commentaires ont donc été supprimés, attisant les inquiétudes. Plus de 5000 réactions ont été postées pour réagir au message d'Erickson, et Goodreads est longtemps resté silencieux. Et voilà que dans les critiques, des messages de colère contre la censure exercée ont fleuri. Ils furent alertés que leur message serait supprimé, intervention autoritaire et ferme de la société, qui a rallumé le feu : « Nous ne sommes pas des universitaires ni des professionnels, mais des lecteurs-citoyens sur un site de réseau social », a-t-on pu lire. Et bien évidemment, le mécontentement s'est propagé.

 

 

« Nous ne sommes pas des universitaires ni des professionnels, mais des lecteurs-citoyens sur un site de réseau social »

 

 

Un Tumblr a été créé pour poster et discuter des messages supprimés, tenter de comprendre ce que Goodreads devenait, ou encore cerner les commentaires ‘hors sujet' ou touchant ‘au comportement de l'auteur'. Et le manque d'intervention pacifique des responsables du site a provoqué un mal-être : quand ce sont les utilisateurs qui génèrent le contenu du site, rester à leur écoute, et proche d'eux, est un comportement essentiel. Et voilà que certains des utilisateurs les plus anciens décident d'arrêter leur contribution, et d'autres menacent de fermer leur compte. 

 

Avec un léger problème : parmi eux, on retrouve des bibliothécaires et des professionnels, mais également des personnes dont les billets étaient particulièrement suivis et intéressants. Comme des joyaux, qu'on aurait traités comme de la verroterie. 

 

Otis Chandler, fondateur et PDG de Goodreads l'a toujours expliqué : son site est un accélérateur, un catalyseur pour les publications nouvelles, et c'est de cette activité que le site tire ses revenus. Des forfaits proposés aux éditeurs permettent d'améliorer la visibilité d'un ouvrage à sa sortie, créant un épiphénomène nécessaire à l'accompagnement des livres.

 

Si la vente de livres n'est pas une source de revenus faramineuse, d'autant plus que les clients achètent facilement des livres d'occasion, pour Amazon, le marché sert avant tout à recruter de nouveaux clients. Mais disposer d'une plateforme marketing pour les auteurs, en mesure de proposer des commentaires de livres, voilà qui a tout l'air d'une manne. Susceptible de faire tout le travail de prescription de la presse, Goodreads est un instrument puissant : ses fondateurs ne peuvent plus s'offrir le luxe d'une solution gratuite, qui ne leur rapporte rien. Et les mécontents devront le comprendre : il faut monétiser, et pour ce faire, contrôler plus étroitement les publications. 

 

C'est ainsi que l'on perd son âme, évidemment, et ses contributeurs les plus fidèles. Être racheté par une société cotée en bourse n'apporte pas de profonde modification dans tout cela, simplement, le mouvement s'amplifie...

 

via Salon

Pour approfondir

photo Solym Clément

   

Journaliste ActuaLitté média et high-tech. tête pensante et roseau flexible

 

Mots clés :
réseau social du livre - Goodreads - Amazon - contributeurs



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