Le monde de l'édition > Interviews

La BD numérique chez Glénat : s'ouvrir à un mouvement très large

Le mardi 12 février 2013 à 11:44:04 - 1 commentaire

12

  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Imprimer
  • Envoyer à un(e) ami(e)

illustration

Le magazine BDZ Mag vient de publier un entretien avec Sébastien Célimon, directeur du développement numérique chez Glénat. Une intéressante rencontre, et une vision sur le monde de la BD, et ses rapports avec l'environnement numérique. Le voici ici reproduit dans son intégralité.

 

 

 

BDZmag :    Glénat, qui a toujours été relativement frileux par rapport au numérique, a quitté Izneo l'an dernier. En novembre 2012, ils vous ont nommés directeur du développement numérique de leur entreprise. Quelle est votre vision de la BD numérique ? Avez-vous à l'esprit un plan ou une stratégie pour développer le secteur de la BD numérique chez Glénat ? Concrètement, quels sont vos projets dans ce domaine ? Comptez-vous en rester à la situation actuelle (diffusion du scan basique d'un album papier) ou avez-vous l'intention de mettre sur pied des projets de BDs purement numériques ?

 

Sébastien CÉLIMON :Bonjour. Beaucoup de questions ! Tout d'abord, Glénat n'a pas été « frileux » comme vous dites. Bien au contraire, les éditions Glénat observent l'évolution du numérique avec une grande attention et une grande précaution depuis longtemps. La création de mon poste répond précisément au besoin d'avoir à demeure un collaborateur dédié, coordonnant les différentes actions vers le numérique, mais je ne suis pas arrivé sur un terrain vierge. Face au numérique une maison d'édition mène une réflexion à 360°, cela demande de former les collaborateurs, d'embrasser des problématiques inédites, de mettre en place des processus spécifiques tant au niveau des droits, du traitement des fichiers, du dialogue avec de nouveaux partenaires, de la compréhension des usages…

 

En terme de stratégie, elle est à plusieurs niveaux : porter le catalogue dans l'espace numérique, réaliser une grande pédagogie en direction de tous les acteurs, rendre visible une offre, travailler les prescripteurs, développer des projets hybrides papier/numérique, voire transmédia… Il n'est pas simple de concilier les rythmes propres au monde high-tech avec ceux de l'édition. Cela s'observe à plusieurs niveaux : capacités techniques sans cesse renouvelées, production, négociations sur les droits… Le numérique ne se limite certainement pas à « simplement » vendre de l'epub fixe-layout, il s'insère dans un mouvement d'ouverture beaucoup plus large, comme la vente des droits à l'étranger, les passerelles qui se créent vers les propriétaires de licence, les questions de piratage, la mise en place de service qualité pour s'assurer du respect des services et offres proposées etc.

 

 

BDZmag : Quelle est- votre opinion au sujet des DRM, compte tenu du fait qu'on peut si aisément les contourner ?  

 

Sébastien CÉLIMON : Les DRM ne sont pas des verrous ni des obstacles, mais des ralentisseurs, c'est entendu. Leur utilisation répond au besoin des exploitants de protéger légitimement leurs contenus, les revenus qui en découlent et qui leur permettent de vivre, eux et les auteurs. La culture numérique « gratuite » est un leurre, il y a toujours quelqu'un qui paie dans la boucle, que ce soit l'internaute qui paie son abonnement aux FAI, que ce soit la publicité le cas échéant comme voudrait un acteur comme Youboox, ou encore des taxes et des aides gouvernementales. Les artistes veulent vivre de leur création, et il y aura toujours des intermédiaires dont l'action entraînera un coût, un paiement, des frais.

 

On fait des procès aux éditeurs et aux producteurs, mais curieusement on ne fait jamais de procès aux fabricants de tablettes, d'ordinateurs, d'écrans, comme si les uns étaient moins légitimes que les autres. Justifier ou non les DRM par la facilité à les contourner n'est pas ma tournure d'esprit. Les DRM encouragent à des modes de consommation propres, et c'est sur ces modes que doit se porter la réflexion, non sur leur pertinence et la solidité du service qu'ils rendent.

 

 

BDZmag : Comment voyez-vous l'arrivée de ComiXology sur le marché francophone ? 

 

Sébastien CÉLIMON : L'arrivée de Comixology est une très bonne chose. Leur venue s'accompagne d'une vision nouvelle, ils pensent leur métier différemment que, par exemple, Izneo. Dans le même temps, sans dévoiler le contenu des échanges que nous avons avec eux à date, ils poussent les maisons d'édition à se poser des questions intéressantes sur la qualité des services, sur le marketing, sur la territorialité, sur la facilité d'accès aux contenus et sur tout un tas d'autres points.

 

 

Titeuf à Grenble

Titeuf, l'un des emblêmes de Glénat

Matthieu Riegler, (CC BY 2.0)

 

 

BDZmag : Que pensez-vous de l'initiative de l'association Phylactères, qui propose, pour la première fois en France, une combinaison papier/numérique avec l'application WEBellipses ?  Est-ce l'avenir du marché de la BD ? »

 

Sébastien CÉLIMON : je crois beaucoup à l'association papier-numérique, et pas seulement pour des questions de rentabilité. Cela ouvre des perspectives enthousiasmantes à plein de niveaux. Créatif d'abord, avec des auteurs qui investissent les deux champs dans le développement de leurs projets ; patrimonial ensuite, pour, comme les éditions Ego Comme X, proposer des albums épuisés en impression à la demande. Les outils sont là, accessibles et souples, utilisons-les !

 

 

BDZmag : Quel est pour vous l'écran idéal (et par conséquent la résolution optimale), dans l'état actuel de la technologie, pour la lecture des BDz ? Celui d'une tablette, d'un ordinateur, d'un téléviseur ?

 

Sébastien CÉLIMON : Il faudrait que je comprenne bien ce que vous désignez sous le terme BDz. Quoiqu'il en soit, plusieurs paramètres me semblent essentiels : la continuité du service, est-on obligé d'être continuellement connecté par exemple ? La possibilité de zoomer sur l'image, nécessitant des définitions hautes pour éviter le blur ou la pixelisation ; les usages domestiques, le rapport à la télévision par exemple, sont très ancrés autour de la télécommande, et l'écran central d'une maison ne me semble guère être l'espace le plus pertinent pour lire une BD. Il existe des écrans fédérateurs avec une expérience plurielle et des écrans pour une expérience solo, intime, ne demandant pas d'interactions avec son entourage. Je ne recommande pas de technologie aujourd'hui en particulier, en revanche j'étudie les pratiques pour comprendre comment et quelle forme de BD numérique peut trouver sa place sur tel ou tel écran.

 

 

BDZmag : Avez-vous l'intention de créer une application purement estampillée Glénat, ou comptez-vous simplement présenter vos BDz à l'aide d'une application "généraliste" fournie par un prestataire extérieur ?

 

Sébastien CÉLIMON : Aujourd'hui nous nous appuyons sur des plateformes d'e-libraires qui agrègent nos contenus. Il faut avoir une réflexion sur la marque de l'éditeur : veut-on lire les BD Glénat ou lire tel ou tel album en fonction de sa couverture, de ses extraits, des recommandations ou de sa propre connaissance préalable ? Dès lors, nous voulons que nos albums soient visibles sur un maximum de plateformes, que les lecteurs puissent y accéder en numérique dans les meilleures conditions possibles, qu'ils ne rencontrent pas de problèmes de compatibilité des formats, des freins sur les modes de paiement, qu'ils aient accès à leurs contenus même sans être connecté… Nous expérimenterons peut-être un kiosque Glénat, mais ce n'est pas la priorité.

photo Gary Nicolas

   

Directeur de la publication de ActuaLitté. Homme de la situation.

 

Mots clés :
Glénat - offre numérique - bande dessinée - Sébastien Célimon



Réactions

Publié par Ludovic

 

Un éditeur qui donne un entretien à un magazine fondé par les plus gros pirates de BD de la francophonie, c'est pas mal du tout. ON attend avec impatience Gallimard intérrogé sur le forum TAZ

Écrit le 15/02/2013 à 11:33

Répondre | Alerter

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

Suivez-nous

Désinscription

pub

Communiqué

Rentrèe Littéraire : La vie du Buffalo Bill avec Eric Vuillard

Rencontres / Débats - Jeudi 25 septembre 2014 à 20h00 - A la librairie Rencontre - débat avec Eric Vuillar autour [...]

maestro diffusez vos communiqué sur actualitté

Profitez d'un vaste réseau de diffusion pour communiquer sur votre actualité, vos événements et vos parutions !
En savoir +

Sondage

Un abonnement pour les livres numériques, en illimité, ça vous inspire quoi ?

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com