Le monde de l'édition > Interviews

Louis Delas (SNE) : En BD, le numérique coûte, ça ne rapporte rien

Par Nicolas Ramirez,Le mercredi 26 mai 2010 à 14:02:46 - 7 commentaires

12

  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Imprimer
  • Envoyer à un(e) ami(e)

illustration

Croisé lors de la présentation des Bulles pour l’UNICEF, Louis Delas, Président du groupe BD au S.N.E. (Syndicat National de l’Édition), était fier de présenter le soutien des éditeurs pour une opération destinée à soutenir l’éducation des enfants dans le monde. Voilà un homme intéressant pour une discussion autour du numérique en bande dessinée.

Le tout prenant place dans le cadre de notre cycle d’interviews – vous l’avez remarqué, j’espère – entamé avec Nicolas Georges du ministère et Hervé Gaymard.

Un tronc commun de concertation

Louis Delas est également Directeur général de Casterman BD et jeunesse (Casterman, Flammarion jeunesse, Père Castor, Fluide Glacial), ce qui, vous l’admettrez, n’est pas rien. Rendez-vous est donc pris au 87/89, Quai Panhard et Levassor dans le 13e arrondissement de Paris, dans les locaux spacieux du groupe Flammarion.


Louis Delas, NG / ActuaLitté ®
 
Il est midi pile, ou presque, le bureau est couvert des dossiers à traiter, les étagères débordent de BD en tout genre : Jean-Claude Tergal, Enki Bilal, Tardi, Nicolas de Crécy, Le Chat de Geluck… C’est dans cet univers de papier que nous évoquons avec lui les questions qui préoccupent les éditeurs en ce moment, le numérique en général, la T.VA. à 5,5 %, le prix unique du livre, les droits d’auteur en particulier.

Sur ces sujets « un peu touchy », comme il nous l’annonce d’emblée, sa mission complexe est avant tout de fédérer les éditeurs membres du S.N.E. en tenant compte de leurs différences, « chaque éditeur a sa personnalité, ses objectifs, ses axes éditoriaux et sa stratégie ». C’est un « tronc commun de concertation » pour avancer dans « ce domaine d’expérimentations ».

Avancer, oui, mais avec qui ?

Alors que le S.N.A.C. (Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs) appelle auteurs et instances publiques, depuis quelque temps déjà, à se mobiliser autour de la défense des droits sur les œuvres numériques, Louis Delas avoue n’avoir été interpellé réellement que deux fois au SNE. Il s’est tenu au courant des réunions qui ont régulièrement lieu entre auteurs, et des pétitions qui circulent, surtout depuis la mise en place d’IZNEO, le plus grand choix de BD en ligne, qui a été « le révélateur d’un sentiment d’inquiétude ».

Alors, ils se retrouveront en juin, pour discuter entre gens de syndicat, peut-être « éviter les maladresses du passé », et mettre en avant ce qu’il nous a maintes fois répété : « L’éditeur est montré comme un adversaire, un ennemi, alors qu’il faut absolument faire front commun » face aux géants comme Google ou Amazon, trouver rapidement des solutions efficaces pour créer les conditions d’un vrai marché, plutôt que de se le faire imposer.

Le ministère, interlocuteur légitime

Dans tous les cas, les deux syndicats, les auteurs et les éditeurs qu’ils représentent, devront commencer par fixer le cadre juridique de ce terrain de discussion, même si ces échanges sont pilotés par une institution publique, car, rappelle-t-il, « ce n’est pas au ministre de la Culture ni au S.N.A.C. de fixer les conditions financières et la rémunération entre un auteur et son éditeur en matière d’exploitation numérique de chaque œuvre, en revanche ces interlocuteurs sont légitimes pour nous aider à fixer le cadre de celles-ci ».


Louis Delas, NG / ActuaLitté ®

Selon lui, les priorités sont ailleurs, dans la défense d’une T.V.A basse, sur le prix unique du livre numérique, et surtout sur la lutte contre le piratage, sur laquelle il regrette les silences du S.N.A.C. Et pour conduire correctement des discussions, encore faut-il savoir quels bénéfices sont à tirer de ces avancées technologiques…

« Aujourd’hui, il n’y a pas de marché »

C’est bien en fonction des conditions économiques qu’il faut, pour lui, envisager le numérique. Pour l’instant, les éditeurs se bornent à « appliquer les contrats existant », sans avoir de réelle solution. C’est une démarche de tâtonnement, un modèle à défaut, qu’il décrit en précisant tout de même que chez Casterman, les droits numériques ont été intégrés très tôt dans les contrats. Jusqu’à maintenant, le numérique en bande dessinée est resté dans le domaine des investissements, sur « un marché qui ne représente rien ».

« Le numérique, pour l’instant, coûte de l’argent, ça n’en rapporte pas. » Alors, la rémunération des auteurs ? Elle dépendra intimement des recettes engrangées sur ce marché fantôme, à la hausse s’il se révèle juteux, à la baisse si le bateau coule. En attendant, Louis Delas, comme tous ses confrères, surveille le marché japonais, seul endroit de la planète dans lequel le numérique représente une vraie part de marché des ventes de livres (NdR : 441 millions € en 2009, 726 millions € prévus en 2014, pour le livre numérique).

Pour lui qui croit à une réelle cohabitation du papier et du numérique dans le futur, l’essentiel est de « trouver une position commune, une synergie, avec l’ensemble de la chaîne du livre, du libraire à l’éditeur, en passant par les auteurs et les diffuseurs ». Car il y a de réels dangers à un éclatement du milieu de l’édition, et d’éventuelles positions insoutenables présentant un livre papier à 12 € et deux mois avant une version numérique à moitié prix ne peuvent conduire qu’à « la mort de la librairie ».

C’est ce que nous aimerions tous éviter…

Mots clés :
numerique - bande - dessinee - france



Réactions

Publié par NicolasR

 

C?est sûr, c?est pour sauver les librairies que les éditeurs veulent continuer à vendre des ePubs à 20 ?, c?est sûr, où avais-je la tête? Monsieur est trop bon.

Écrit le 26/05/2010 à 15:21

Répondre | Alerter

Publié par Nicolas

 

"on vous écoute, mais on décide tout seul." "les droits à 8% sur 70 ans après ta mort, c'est du tâtonnement.""La BDNumérique ne rapporte rien et se fait voler par le piratage, on ne s'y intéresse que par pure philanthropie."
Bel étalage de merde de taureau en somme...

Écrit le 26/05/2010 à 15:26

Répondre | Alerter

Publié par do

 

en fait, les livres, les Bd, ça s'offre plutôt... il reste ce marché là. Mais il y a tellement de propositions de distractions par internet avec les jeux en ligne que les jeunes ont tout simplement autre chose à faire que de lire des BD! c'est comme les sabots: depuis qu'il y a les baskets, on en achète plus. C'est une sorte de progrès, en somme. C'est pas forcément Le Mal!

Écrit le 26/05/2010 à 20:16

Répondre | Alerter

Publié par philippe Mouchel

 

"Croisé lors de la présentation des Bulles pour l?UNICEF, Louis Delas, Président du groupe BD au S.N.E. (Syndicat National de l?Édition), était fier de présenter le soutien des éditeurs pour une opération destinée à soutenir l?éducation des enfants dans le monde. Voilà un homme intéressant pour une discussion autour du numérique en bande dessinée."

Ha Ha!!! Ces journaliste!...
Toujours à la limite de l'impertinence !

Écrit le 27/05/2010 à 00:10

Répondre | Alerter

Publié par Kilitout

 

Si je comprends bien M. Do, la liseuse à 500 ? serait au livre à 10 ? ce que la paire de baskets fabriquée industriellement est à la paire de sabots artisanalement sculptée. Il a décidément tout compris à l'économie de la création, M'sieur DO. Pas étonnant, à force de lire sur écran, qu'il soit aveuglé par les miroirs aux alouettes !

Écrit le 28/05/2010 à 17:05

Répondre | Alerter

Publié par frédéric Kamil

 

en précisant tout de même que chez Casterman, les droits numériques ont été intégrés très tôt dans les contrats.

Si les auteurs Casterman ont signé pour 8% de droits d'auteur sur livre numérique et pour 70 ans, ils seront les premiers à finir à la rue quand l'édition papier ne sera plus que peanuts.

Écrit le 16/06/2010 à 00:11

Répondre | Alerter

Publié par FIFI

 

Casterman a fait signer à ses auteurs des contrats comportant la session sur des médias ( futur) qui n'existaient pas à l'époque de la signature, sans contre partie, sans durée etc...
INTERDIT par la loi
Messieurs les Auteurs vous êtes libre, encore faut-il que vous ayez envie de les récupérer vos droits numériques .
De plus la mise en vente sur site d'un PDF qui est celui de validation me semble très douteux ...et peu onéreux contrairement à ce qui est dit

Écrit le 07/07/2010 à 15:02

Répondre | Alerter

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

Suivez-nous

Désinscription

Communiqué

Rencontre exclusive avec Ken Follett

Rencontres / Débats - Jeudi 16 octobre 2014 à 19h30 - A la librairie C’est un évènement de taille chez [...]

maestro diffusez vos communiqué sur actualitté

Profitez d'un vaste réseau de diffusion pour communiquer sur votre actualité, vos événements et vos parutions !
En savoir +

Sondage

Un abonnement pour les livres numériques, en illimité, ça vous inspire quoi ?

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com