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Rouge Tagada : amitiés adolescentes et amours informulées

Le mardi 22 janvier 2013 à 11:50:40 - 0 commentaire

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Rouge Tadaga, parce que l'amitié, c'est aussi sucré qu'un bonbon, quand on a 15 ans, et aussi douloureux qu'une crise de foie, quand on a abusé de petites douceurs... On peut toujours se venger, le lendemain, en ouvrant un nouveau paquet, quitte à ne plus rien partager avec qui que ce soit : parfois, c'est à soi, et soi seul que l'on veut faire plaisir. Et puis, ces fichues fraises Tagada, pour sucrées qu'elles sont, elles rappellent aussi que souffrir, c'est avant tout aimer.

 

Layla est une ado qui fascine Alex. Elles se rencontrent au collège, et deviennent rapidement inséparables. Une amitié forte, de tous les instants, doublée d'une complicité qui chaque jour grandit. Jusqu'au jour où Layla tombe amoureuse... d'un garçon. Et voilà Alex plongé dans une perplexité infinie, entre tristesse et desespoir, abandonnée tout à coup par son amie. Une autre confusion de sentiments, qui évoque avec douceur et intelligence des questions délicates quand on est adolescent, et que l'on retrouve dans Rouge Tagada, écrit par Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini.

 

 

L'approche est rare, et le livre traite tout à la fois de la question de l'homosexualité chez les adolescents et de l'amitié fusionnelle. Les deux jeunes filles sont particulièrement touchantes... « Ce n'est pas forcément la question de l'homosexualité qui me touche le plus personnellement dans cette histoire. Car je n'ai jamais eu d'amitiés aussi fortes et aussi fusionnelles que dans Rouge Tagada. Par contre j'ai déjà fait du mal à mes amies (comme Layla l'a fait) en les délaissant pour sortir avec un garçon. Aujourd'hui ce comportement me paraîtrait intolérable et égoïste, mais à l'époque, les sentiments sont tellement forts qu'ils nous poussent à faire des choses stupides », se souvient Stéphanie.

 

Pour elle, « la question de l'identité sexuelle s'est tout de même posée, mais d'une autre manière : j'étais très peu intéressée par les discussions et les hobbies féminins. Je préférais les sciences, l'informatique et les jeux de rôles. Je me suis parfois demandé si j'étais une "vraie" fille ».

 

Des souvenirs qui se retrouvent aussi pour Charlotte. « Enfant, puis adolescente, j'ai vécu plusieurs amitiés fusionnelles avec d'autres filles, et très mal vécu l'irruption d'une tierce personne dans le "cocon" que nous formions - qu'il s'agisse d'une autre camarade ou d'un garçon. Les ruptures, dans ces cas-là et les chagrins sont dévastateurs. Pour en avoir parlé avec plusieurs personnes, je sais que ces relations très fortes sont assez courantes.  Était-ce de l'amour ? Bien sûr, mais rien de formulé. Parce qu''il était difficile de parler de cela, à l'époque, et que cela reste, aujourd'hui encore, compliqué. Surtout à l'adolescence. »

 

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Surtout que la question de l'homosexualité a actuellement une étrange actualité, alors que le Mariage pour Tous est actuellement en cours de discussions dans les assemblées, et qu'une gigantesque manifestation a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans la rue, en signe de protestation. Le livre interroge tout à la fois l'adulte qui le lit, et répond peut-être à l'adolescent qui s'en empare...

 

« Rouge tagada s'adresse aux adolescent(e)s en priorité, mais également aux adultes. Parce qu'il fait appel, justement à ces amitiés floues, à ces douleurs sur lesquelles il est parfois difficile, encore, de mettre un nom. Dans le contexte actuel, bien sûr que c'est important de parler des amitiés amoureuses adolescentes, voire des amours informulées », explique Charlotte.

 

Et d'évoquer un article de Rue 89 : Douze ans de mariage gay en Hollande... où un enseignant témoignait de la réaction de ses élèves, quand il a tenté d'expliciter les débats en France. Son cours se passe au lendemain de la manif anti mariage gay. 

Ma classe de cinquième (première classe de collège ici) est un peu nerveuse et je leur demande ce qui ne va pas.« Monsieur, pourquoi les gens étaient dans la rue en France pour refuser le mariage des gays ? » Je leur explique donc que le gouvernement de gauche [...] a lancé un débat sur l'ouverture du mariage aux couples du même sexe. [...] : « Mais monsieur, on ne comprend pas pourquoi ils sont contre. » J'essaye de leur expliquer le poids de l'Eglise, les problèmes de l'opposition à se rassembler, tout ça. Ça n'arrange rien, ça bavarde, je sens que ça va finir par des punitions. Finalement une fille un peu plus verbale que les autres se décide...« Non mais monsieur, on ne comprend pas pourquoi ça les dérange que d'autres personnes se marient. Cela ne les concerne pas. On ne va pas les obliger à se marier avec un autre homme s'ils sont des hommes, ou avec une autre femme s'ils sont des femmes. »

  

« Si l'homosexualité était vraiment acceptée en France, je pense qu'Alex aurait eu moins de mal à révéler ses sentiments à Layla, c'est sûr (quitte à se prendre un râteau). Mais Rouge Tagada ne raconte pas que l'histoire de l'homosexualité d'Alex. Pour moi la confusion des sentiments, les amours à sens uniques, la trahison, la déception sont des thèmes tout aussi importants. C'est pour cela que tous les ados, (filles et garçon) peuvent s'y retrouver. Les adultes aussi : cette histoire leur rappellera forcément des souvenirs », nuance alors Stéphanie.

 

Charlotte ajoute : « Je me pose une question : que serait Rouge tagada dans un pays où le mariage homosexuel est banal, comme l'adoption ? Je veux dire, Alex aurait-elle abordé différemment cette histoire ? Quelle aurait été la réaction de Layla ? Au-delà de cela, admettons que les parents d'Alex aient été un peu plus présents, et que leur fille se soit confiée à eux... Est-ce qu'un : "ma puce, tu vis ton premier chagrin d'amour" n'aurait pas débloqué pas mal de choses ? »

 

Et pourquoi alors ne pas avoir offert un paquet de ces Fraises Tagada avec le livre ? « Parce que nous réservons les fraises tagada aux dédicaces en salon ou en librairie », répondent les auteures de concert.

 

Admirables, on vous dit !

 

Rouge Tagada, publié chez Gulf Stream, 15 €.

photo Solym Clément

   

Journaliste ActuaLitté média et high-tech. tête pensante et roseau flexible

 

Mots clés :
adolescentes - homosexualité - amitié - relations



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