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"Un fichier sans faute, condition indispensable à la numérisation"

Par Antoine Oury,Le vendredi 30 novembre 2012 à 15:45:41 - 0 commentaire

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Le secteur numérique, qu'il soit professionnel ou patrimonial, se dessine depuis plusieurs années comme un centre d'opportunités pour les industriels. Le groupe Numen, particulièrement actif dans le domaine des cartes électroniques et le BPO, l'a bien compris : entretien avec le directeur général de Numen Digital, Cédric Sylvestre, sur les grandes étapes à venir, et en premier lieu le marché des indisponibles...

 

 

« D'ici l'année 2015, le groupe Numen souhaite doubler son chiffre d'affaires, pour devenir le leader européen de DPO » explique un article publié sur Archimag. La DPO, cela signifie Document Process Outsourcing, soit l'externalisation de la gestion et du transfert de documents, par des entreprises, à des sociétés externes, Numen, en l'occurrence.

 

« L'idée, c'est de se positionner comme spécialiste des données sensibles et du traitement documentaire, quels que soient les formats ou les contenus de ces documents. Cela va des chèques et cartes de fidélité aux documents plus précieux, comme les livres anciens ou les journaux », explique le directeur général.

 

Pour faire gagner du temps, et de la mémoire, un savoir-faire

 

« L'externalisation permet aux clients de se recentrer sur le coeur de leurs activités » assure Cédric Sylvestre, qui promet une gestion des données « sensibles » dans tous les sens du terme : non seulement confidentielles, mais aussi menacée par la destruction. Alors que le groupe gère près de 70 % des chèques externalisés, son utilisation se restreint : la préservation du patrimoine devient alors un enjeu important, à côté de l'éditique (impression de tous types de documents) et des cartes de fidélité ou de paiement.

 

La GED, ou Gestion Électronique de Documents, mise en place par Numen s'est ainsi renforcée, d'abord pour le transfert de documents. En juin dernier, le rachat de Lettranet, spécialiste en données sécurisées, a permis au groupe de « remporter un gros appel d'offres de numérisation lancé par Total ». Nul doute que le géant du pétrole veuille assurer la confidentialité de ses documents... « Ce qui intéresse, c'est l'extraction de données, et pas seulement la production d'une image fidèle au document », complète le directeur. 

 

 

 

Pour ce faire, il aura fallu s'équiper d'une technologie OCR solide, capable de reconnaître finement les caractères. Cette dernière s'est avérée indispensable pour les 56.000 documents à indexer du Pompidou virtuel... Mais aussi pour Hachette Livres, qui compte sur Numen depuis 6 mois pour la numérisation : « Nous disons aux éditeurs que nous pouvons récupérer n'importe quel document en entrée : texte image, PDF, XML, papier... et on en fait du EPUB, avec un haut niveau de qualité éditoriale. » Le groupe travaille aussi pour le Livre de Poche, Armand Colin ou Grasset, au rythme d'une cinquantaine d'ouvrages par semaine.

 

Haute qualité éditoriale : un objectif que se fixe Numen, qui s'appuie sur 5 phases d'OCR, suivies d'une vérification, « pour lever les doutes et corriger les fautes qui resteraient dans le document numérisé. C'est une condition indispensable à la numérisation. » On se souvient des premiers résultats d'une numérisation de masse entre les murs de la BnF, catastrophique. (voir notre actualitté) Pour le coup, l'externalisation vers Jouve n'avait pas fait des merveilles...

 

 

Pour la conservation, on s'investit ?

 

 

Avec le rachat de Diadeis Numérisation, ancienne filiale de l'imprimeur et éditeur historique Berger-Levrault, en mai dernier, Numen récupère d'entrée de jeu un gros contrat patrimonial, celui des Archives nationales, pour le centre des archives de Pierrefittes-sur-Seine. L'ensemble des documents numérisés sera disponible en XML, « langage dit neutre, pour qu'ils puissent en faire du papier, du CD-Rom, ou les publier sur un site Internet », précise Cédric Sylvestre. François Chahuneau, ancien de chez Diadeis, s'impose comme un spécialiste de la technologie, lui qui en a créé l'ancêtre, le SGML.

 

Les opérations de Numen concerneront pour 3 années au moins les instruments de recherche papier, tandis qu'un nouveau marché sur la conservation des données électroniques s'ouvre déjà. La BnF use aussi de certains services, avec un « backup assuré ». Et une large force de frappe : « Avec Diadeis et son ancien président Jean-Charles Morisseau, nous avons dématérialisé 12 millions de pages en un an et demi [celles des Archives foncières de l'île Maurice, NDR]. »

 

Pour son équipement technologique, Numen compte sur une rentabilisation sur la durée de machines coûtant souvent une bonne centaine de milliers €, dans un secteur « où les sauts technologiques d'une année à l'autre sont rares ». Du côté des emplois, la numérisation est créatrice, explique le directeur : « Non seulement, nous avons nos propres documentalistes, mais la sélection et l'envoi des documents à l'opérateur elle-même créé une nouvelle activité. »

 

Des bonds à 250 pages par minute, tout de même 

 

 

Toutefois, lorsqu'il s'agit de travail auprès des institutions, les ressources sont à la traîne : « On en revient au débat sur la mission de service public, et les partenariats public-privé : il faudrait réserver la commercialisation à une petite partie des fonds, qui pourrait ainsi financer la numérisation du reste du patrimoine. » Le directeur tout juste quadragénaire évoque ses craintes pour les photographies et les journaux, dont la durée de vie est encore moindre que celle du papier habituel.

 

La filiale luxembourgeoise de Numen a d'ailleurs eu affaire à un contrat de numérisation atypique, mais qui pourrait bien se multiplier : le géant de la chimie Solvay, qui souhaitait dématérialiser 1,5 million de documents de son département Recherche et Développement. « La consultation aisée des documents d'archives est indispensable pour la R&D. On peut numériser l'ensemble du stock de documents, puis gérer le flux nous-mêmes ou redonner l'autonomie du traitement documentaire au client, après formation formelle ou informelle. »

 

 

Édition et réédition

 

 

Aux éditeurs, Numen propose « de tout » (sauf la pose de DRM), mais fait principalement deux choses : la mise en page des documents, avec la création d'un moteur de composition pour proposer un canevas de base, et la mise à jour de ces mêmes documents : « Si l'auteur souhaite mettre à jour son livre, il nous envoie ses modifications et nous mettons à jour les fichiers de la base de données. » Avec un passage par la case éditeur quand même, on imagine.

 

 

 

Chez Hachette, par exemple, la numérisation pourra permettre « la valorisation des livres épuisés, encore sous droits, qui pourront être de nouveau exploités sur le marché » : avec, dans ce sens, un passage chez l'auteur auparavant... (voir notre actualitté) En tout cas, la version numérique ne reproduira pas les coquilles des éditions papier, grâces à des dictionnaires d'expression, financés par le Grand Emprunt, qui permettront de « corriger systématiquement les fautes grâce à des méthodes statistiques et linguistiques. »

 

Quant aux oeuvres indisponibles, elles constituent évidemment une opportunité pour Numen, qui n'est toutefois pas seul à préparer son offre : « Nous attendons le déroulé, selon la loi, et l'établissement de la liste pour mars 2013. Vraisemblablement, un appel d'offres devrait avoir lieu après la publication. »

 

Au rythme de 50.000 oeuvres par an, (voir notre actualitté) si aucun refus n'est posé par les auteurs, la loi fait frémir d'envie le secteur. Mais le directeur général de Numen apporte cette précision, de taille : « Tout cela doit se faire dans le respect du droit d'auteur. »

 

 



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