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Exclusif : La contrefaçon d'Hemingway n'est pas banale
Réaction à chaud, et direction les réseaux
Par Nicolas Gary,Le vendredi 17 février 2012 à 16:50:22 - 10 commentaires
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C'est l'histoire de la littérature qui est en train de s'écrire : depuis quelques heures, la nouvelle fait le tour du net : alors que la coopérative d'auteurs Publie.net vient de proposer une traduction originale de Le veil homme et la mer, les éditions Gallimard qui en commercialisent leur propre traduction enjoignent François Bon « de faire disparaître ma traduction du Vieil homme et la mer ». Scandale ? Et pas qu'un peu...
Tout est résumé sur le fil Twitter de Tiers Livre, qu'anime François Bon. On y passe de la colère à la déprime.
- Gallimard déclare la guerre à http://publie.net
- Gallimard me demande des "dédommagements" pour les 22 (vingt-deux) exemplaires téléchargés de mon Hemingway
- j'ai pas de temps à perdre avec ce mépris cette arrogance cette hostilité cette ineptie
- Gallimard diffuse depuis 50 ans traduction lourdingue et approximative de Jean Dutourd du Vieil Homme et la Mer
Le reste, c'est sur le blog directement du Tiers Livre que l'on peut le découvrir, avec un titre des plus effrayants : Gallimard versus Publie.net. Tout a commencé avec ce courrier signé, pour donner le ton de la déclaration de guerre...
Chers libraires,
L'éditeur Publie.net a mis en vente, peut-être via votre plateforme, une édition au format numérique de Le Vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway.
Les Editions Gallimard sont propriétaires des droits d'édition (y compris des droits d'édition au format numérique) pour cet ouvrage.
Elles demandent à l'éditeur Publie.net de retirer cet ouvrage de la vente, dont la publication et la commercialisation constituent un acte de contrefaçon.
Si vous proposez cet ouvrage à la vente, nous vous demandons de procéder à son retrait immédiat de votre plateforme.
Cordialement,
Eric Marbeau
Partenariats et Diffusion numérique – www.gallimard.fr
Dur... Très dur... Les arguments que présente dès lors François Bon ressemblent à ceux qu'un David sans fronde opposerait à Goliath.
J'ai mis en ligne la semaine dernière ma propre traduction de Le vieil homme et la mer. Vingt-deux exemplaires exactement en ont été téléchargés.
Ce matin, M. Antoine Gallimard, adresse rue Gallimard, Paris VIIe arrondissement, officier de la Légion d'honneur, président du Syndicat national de l'édition, membre du Conseil d'administration de la Bibliothèque nationale de France, demande le retrait immédiat de cette traduction, et réclame des dédommagements.
Je suis usé, poussé à bout, irrité. C'est à la création que ceux-là en veulent. Ils sont prêts à tous les gâchis pour maintenir leur pouvoir.
Conséquence immédiate : les publications prévues sur la plateforme sont interrompues sine die, mais surtout, François se donne « trois jours pour décision d'en arrêter totalement l'activité - du moins faire autre chose, ailleurs, et selon d'autres modes de diffusion. Je ne peux pas continuer dans un contexte de telle hostilité dont toutes les manoeuvres bureaucratiques récentes ont bien montré la collusion avec le pouvoir politique ».

L'argument de l'éditeur est que le copyright d'Hemingay « pour les publications américaines appartient à ses héritiers, mais le texte lui-même relève du domaine public ». Et la maison située rue Gaston Gallimard de réclamer donc une compensation pour les 22 ouvrages qui ont été vendus. On croit marcher sur la tête.
Ce qui est terrifiant, pour François Bon, c'est que « l'entrée d'Ernest Hemingway dans le domaine public autorise la réalisation de ces rêves d'enfance », expliquait-il dans la présentation de cette publication. (voir notre actualitté) Mais en toute légalité ?
Une contrefaçon "pas banale", estime Antoine Gallimard
Toute la question est donc là : les livres d'Ernest Hemingway sont-ils tombés dans le domaine public ? Manifestement au Canada, oui, mais peut-être pas aux États-Unis. La situation est confuse. Elle ne l'est pas du tout, justement pour l'autre intéressé, Antoine Gallimard, que ActuaLitté a pu contacter par téléphone.
« Cette contrefaçon n'est effectivement pas banale », nous assure-t-il. « Notre travail d'éditeur est de protéger les oeuvres, les textes, les auteurs, et nous sommes amenés à le faire dans toutes les circonstances. Nous avons demandé gentiment à François Bon de bien vouloir retirer son texte, et nous sommes de toute manière surpris qu'il ait proposé cette traduction. »
Et le PDG des éditions Gallimard de conclure : « Hemingway n'est pas dans le domaine public en France, il ne peut pas être exploité. Nous sommes ici dans un domaine qu'il faut protéger. Certains de ses textes sont peut-être dans le domaine public, mais pas celui-ci. On ne peut pas l'exploiter, car ce sont les éditions Gallimard qui en ont les droits. »
Public, ou pas publie(.net)
Numerama avance toutefois une théorie : « Contrairement à ce qu'affirmait François Bon, il semble que l'oeuvre d'Ernest Hemingway soit bien passée dans le domaine public au Canada, mais pas aux États-Unis. Ce qui ferait, dans ce cas, que l'oeuvre originale est toujours couverte par le droit d'auteur en France, légitimant ainsi l'action de Gallimard sur le terrain juridique.
Selon toutes vraisemblances, le roman d'Hemingway publié en 1951 est couvert jusqu'au 1er janvier 2047 aux États-Unis, et donc en France. Ce qui pose, en revanche, la question de la légitimité de durées de protection aussi longues. »
Le numérique enfin pris au sérieux ?
Différents éditeurs 100 % numériques ont tenu également à réagir à cette situation pour le moins inédite. Jean-François Gayard de NumerikLivres nous explique ainsi : « Une chose est sûre, cette intervention de Gallimard prouve bien une chose : le numérique commence à être pris au sérieux. Seulement moi, je vois autre chose derrière tout ça ; les éditeurs historiques sont devenus des gardiens de droits d'auteur, ni plus ni moins, au détriment de la création littéraire.
Un texte fort comme celui d'Hemingway, c'est fait pour vivre, pour circuler et non pour être gardé au fond d'un tiroir. C'est ce que fait depuis des années François ; faire en sorte que des oeuvres majeures circulent. François a passé des heures et des heures à faire une nouvelle traduction qu'il propose à 2,99 €. Qu'est-ce qu'ils s'imaginent, les argentiers de Gallimard, que Publie.net est en train de s'enrichir sur le dos de qui d'ailleurs ?
Ces histoires de droits d'auteurs sont de toute façon une aberration. En voilà une nouvelle preuve. »
Dans tous les cas, une pétition vient d'être mise en ligne pour défendre le projet Publie.net, dans sa globalité.
Sur Twitter, la résistance
Notons également que le vent de protestation contre la décision des Editions Gallimard fait rage sur Twitter. Le hashtag, #Gallimerde permet de suivre la contestation, et apporte un vent de soutien puissant à Publie.net et son projet.
Pour approfondir
Mots clés :
contrefaçon -
Ernest Hemingway -
Publie.net -
Editions Gallimard
Publié par Mickey Mouse
"Nous sommes ici dans un domaine qu'il faut protéger"...
Mais QUI est donc ce "IL" qui "faut" ???
La loi Mickey ?
Publié par Caillou
Je suis surpris par le soutien que François Bon semble recueillir : à vue de nez, il a fait quelque chose qui est illégal. Et pas en connaissance de cause, genre "faucheur d'OGM" : par erreur.
Bien sûr, on peut contester la durée des droits d'auteur.
Mais pourquoi ces arguments sans pertinence, qui nous amènent sur un terrain sentimental et pas du tout juridique et politique ?
- le Canada ??? Que ce soit un modèle d'une législation "soft" sur les droits d'auteur, très bien ; que ce soit utilisé pour dire que le texte était "dans le domaine public", c'est absurde (Hemingway n'est pas canadien, François Bon non plus, Gallimard non plus) !
- la qualité de la traduction précédente ???
- la légion d'honneur de Gallimard ???
Ici, François Bon semble découvrir l'existence des droits d'auteur, ce qui est assez inquiétant pour un éditeur.
Bref, je préférerais un éclairage juridique précis ("droit d'édition", "droit d'auteur", est-ce la même chose ? comment fait-on avec les traductions ? etc.) et pas des sentiments.
Publié par gillesvh
Le droit d'auteur est devenu le fromage des éditeurs qui font manœuvrer les naïfs ou ceux qui ont peur, de même que la FNSEA manœuvre les petits paysans au profits des domaines agricoles industriels qui en retirent l'essentiel des subventions.
Au delà de la traduction d'Hemingway qui n'est qu'un prétexte, les éditions Gallimard veulent punir l'insolent qui fait vivre une petite maison d'édition numérique et qui ose braver les consignes de freinage à tout prix du numérique. Pensez donc proposer des livres édités entre 2 et 4 euros ! Et rémunérer les auteurs à 50% des ventes ! Que deviendrait l'empire Gallimard si de telles pratiques se généralisaient ? Et si les auteurs commençaient à se dire que toucher 10% sur 20 euros c'est la même somme que 50% sur 4 euros ( avec en plus la forte probabilité d'être plus souvent lu et donc de vendre plus) ?
Publié par Monsieur HR
Le qualificatif de contrefaçon, si il est probablement fondé juridiquement, me semble déplacé. M Bon a accompli un véritable travail en quoi celui-ci s'apparente-t-il à de la contrefaçon?
Contrefaçon de quoi ? De l'œuvre d'Hemingway ou de sa traduction ? De toute manière, une traduction n'est elle pas toujours une contrefaçon ? Simplement n'est ce pas une contrefaçon légale ?
Les droits de l'auteur ne devraient ils pas, de toute façon, prendre fin à sa mort ?
Publié par Sans pseudo
« Le requin n'était pas un accident. Il avait depuis surgi depuis très profond dans les eaux […]»
Dites-moi, François Bon a retiré son epub sous la menace de Gallimard ou bien Google Translate lui a reproché d'utiliser ses services sans le citer ?
Publié par Caillou
J'ajoute un lien vers un article de Slate dont l'auteur a fait la petite enquête juridique qui s'impose : http://www.slate.fr/story/50303/CULTURE-hemingway-domaine-public
@Monsieur HR : on y voit notamment la réponse à la question de la durée des droits d'auteur.
François Bon note sur le Tiers Livre : "Je commence quand même à comprendre pourquoi je me suis trompé sur cette question de domaine public". Il était temps : comment se fait-il qu'il ait besoin d'un journaliste pour se renseigner sur ce point fondamental ? Si je commercialise un bien, ne devrais-je pas connaître son statut juridique ? A plus forte raison quand j'ai écrit un ouvrage sur la question ("Après le livre") ?
Publié par HOBO
Beaucoup de bruit pour rien... le texte en question est pas terrible... Faulkner ok mais Ernest...
Publié par Dr Tutut
Mr Caillou est bien de son époque... Finalement il analyse fort bien le problème, rien à dire sur ce point, mais sans aucune humanité, ou en refusant de la prendre en compte, en reprochant à Mr Bon une certaine naïveté, donc ... humanité. Mr Caillou est un salopard efficace...
J'en ai personnellement assez ... des salopards efficaces... même s'ils peuvent servir une cause de façon fort pertinente, ils sont profondément toxiques.
Répondez ce que vous voulez à cette petit humeur, je m'en moque, je ne pense pas lire la réponse, je ne suis pas un suiveur d'info, un touitteur, ou un truc du genre.
Je passais par là, et la forme m'a choqué, parce qu'elle pose l'analyse avant la fraternité. Oui je sais, c'est très con aujourd'hui ce genre de propos, ne perdez sutout pas de temps à me le rappeler.
Publié par louve
en réponse à Sans pseudo
en effet, si la traduction est à ce point mauvaise, c'est "beaucoup de bruit pour rien" finalement...
Publié par louve
en réponse à Caillou
Totalement d'accord avec votre commentaire. Les arguments de François Bon ne valent absolument rien. Et si on peut s'insurger contre une durée trop longue des droits d'auteur, une législation trop étriquée et autre, on ne peut pas passer outre la loi juste parce c'est dans l'air du temps de faire la guerre aux "gros"
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