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Lecteurs-correcteurs : comme la Nature, Harlequin a horreur du vide

Et cache un secret de polichinelle

Par Antoine Oury,Le jeudi 11 octobre 2012 à 12:38:08 - 3 commentaires

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Information ActuaLitté : Si les éditions Harlequin reçoivent rarement les honneurs de la critique, leur production est connue de par le monde, pourvoyant des histoires à l'eau de rose dans toutes les langues. Filiale du groupe Hachette, dotée de nombreuses collections (Azur, Audace, Passion, Prélude...), la maison n'est pas vraiment au bord du dépôt de bilan... Et pourtant, les correcteurs qu'elle emploie ont vu leur rétribution diminuée et leur travail dévalué.

 

 

Harlequin

Harlequin à New York, AudreyH, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

Sept correcteurs ont assigné les éditions Harlequin pour avoir gentiment biaisé leur contrat : jusqu'en 2007, les employés étaient rémunérés à la page corrigée, jusqu'à ce que l'article IV de la Convention collective soit appliqué : 

Le correcteur à domicile, tel qu'il est défini à l'article 1er, est rémunéré sur la base de 12.000 signes à l'heure pour la lecture avec copie et de 15 000 signes à l'heure pour la lecture sans copie pour les travaux courants, et au nombre d'heures déclarées en conscience pour les autres travaux.

 

En complément à ces nouvelles conditions, Harlequin communique à ces lecteurs-correcteurs de nouvelles dispositions... assez spéciales : 

 

- les collections rémunérées sur une base forfaitaire (calculée à partir du nombre moyen de signes par collection) : Audace, Azur, Black Rose, Blanche, Historiques, Horizon, Passions.
- Les collections rémunérées en fonction du nombre de signes à corriger. Le coût retenu est de 0,68 € pour 1000 signes.

 

Mais l'éditeur ajoute encore une autre subtilité à ces considérations d'experts-comptables : les espaces ne sont pas décomptés dans le bulletin de salaire mensuel : pourtant, ces derniers représentent près de 20 % d'un texte, partie sur laquelle des corrections s'appliquent pourtant, et non des moindres (espaces insécables, suppression, ajout...).

 

Les correcteurs à domicile, extérieurs à l'entreprise, ont été les premiers à revendiquer la prise en compte des espaces dans leur rémunération : le 10 février 2010, un accord est conclu entre la direction et la CFDT, la première acceptant de prendre en compte les espaces en échange toutefois d'une baisse du taux horaire des correcteurs concernés. En cas de refus, les espaces ne sont pas pris en compte.

 

La méthode Harlequin est facilitée par le télétravail : depuis leur domicile, la relation avec l'employeur est faussée, par des problèmes techniques (les messages de l'employé étaient considérés comme des « spams » par le fournisseur d'accès de la direction) ou communicationnels (une conversation téléphonique aurait été déformée, ou du moins comprise selon ses propres termes par chaque partie). Sans oublier l'absence d'entretiens d'évaluations annuels avec l'employeur, nécessaire à l'exposition, et si possible à la résolution, des griefs de chacun.

 

Le cas récent de Berger-Levrault, accusé de non-respect des droits du lecteur-correcteur, se développe bien sûr dans des conditions différentes, (voir notre actualitté) mais la conclusion est pratiquement la même : la dématérialisation du rapport employé-employeur, les textes équivoques et les petits arrangements avec les réglementations du métier, pourtant fournies par les conventions collectives.

 

Finalement, sept correcteurs seront dédommagés par Harlequin, avec des variations à la hauteur des dommages subis par chacun. Nous publions une copie d'un des jugements, le nom de l'employé ayant été caviardé pour ne pas porter préjudice à la suite de sa carrière.

 

Jugement Harlequin

Pour approfondir

Réactions

Publié par jel

 

"les espaces ne sont pas décomptés dans le bulletin de salaire mensuel : pourtant, ces derniers représentent près de 20 % d'un texte, partie sur laquelle des corrections s'appliquent pourtant, et non des moindres (espaces insécables, suppression, ajout...)."

En supposant que la rémunération : à la page, au mot, au signe, soit correcte…
Sur le principe, je ne trouve pas l'interprétation de l'éditeur si abusive que cela.
Quand il s'agit d'espaces insécables, n'importe quel correcteur de style 'Antidote', sait gérer cela, automatiquement.
Quand il s'agit d'espaces doubles, même remarque, en ajoutant qu'une simple macro élimine tout cela en moins de 30s sur un livre entier.
(Il n'y a pas d'intervention humaine.)

Sans doute plus subtil s'il s'agit de rajouter une espace, car là, il s'agit de corriger une erreur (collage de deux mots).
Les espaces devraient sans doute être pondérées dans la quantité prise en compte, mais reste à trouver le bon ratio.

Indépendamment de cela, le vrai problème est de savoir sur quelles bases un correcteur (humain ;) est rémunéré.
Si le ratio de 20% est à peu près constant, il n'y a aucune importance de savoir si une espace est incorporée ou non au décompte, mais on ne peut pas passer d'un mode de décompte à l'autre en gardant la même rémunération au signe.
Sauf à considérer que les outils disponibles actuellement diminuent le travail et le temps passé (par rapport aux méthodes disponibles antérieurement), mais là, on renégocie le contrat.
Personnellement, je trouverai une rémunération 'au mot' plus justifiée.

Cela dit, s'agissant d'Harlequin, "Quand on aime, on ne compte pas !"

Écrit le 11/10/2012 à 16:32

Répondre | Alerter

Publié par Alain

 

AL appelle "petits arrangements", ce qui est de l'exploitation caractérisée, une volonté mise en oeuvre d'étrangler les salariés. On reconnaît là, la frilosité d'Actualitté qui a peur avant tout de perdre sa pub, ou sa place, ou de ne plus être cité par les confrères de la mangeoire.

Tout cela pour produire des rectangles d'une centaine de pages couverts de signes noirs, que certains appellent livre.

Écrit le 14/10/2012 à 09:44

Répondre | Alerter

Publié par Nicolas Gary

en réponse à Alain  

Bien entendu. D'ailleurs, c'est justement à cause de cette frilosité que nous sommes les seuls dans la presse à avoir parlé de cette affaire.

Vous devez bien connaître notre journal, pour reconnaître dans cet article quelque chose qui n'existe pas chez nous...

A bientôt

Écrit le 14/10/2012 à 12:39

Répondre | Alerter

 

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