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Propriété intellectuelle : de la terre des pirates à l'amer des industries

Et au milieu, coulent des auteurs...

Le vendredi 10 mai 2013 à 15:42:28 - 0 commentaire

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Les États-Unis viennent de remettre les copies. Et le pire des élèves en matière de contrefaçon, dans le domaine de la propriété intellectuelle est... l'Ukraine. Évidemment, une nation europennée ! Certes, une Europe un peu plus éloignée que la nôtre, car orientale, mais tout de même. Le pays vient de se retrouver numéro 1 des partenaires commerciaux qui ne parviennent pas à protéger les ayants droit d'oeuvres... De quoi améliorer les relations, voilà qui est sûr. 

 

 

Piracy

ToobyDoo, (CC BY 2.0)

 

 

Le commerce international vient d'en prendre un coup, alors que l'Office of the United States Trade Representative a pointé le pire des pays. L'Ukraine vient d'écoper d'un Priority Foreign Country, étiquette spécialement attribuée aux pires des contrevenants à la propriété intellectuelle. Entre 2001 et 2005, le pays avait d'ailleurs perdu l'étiquette qui lui collait à la peau, en réalisant les efforts nécessaires, réclamés par les USA, mais depuis sept années consécutives, la certification honnie leur retombe sur le râble. 

 

Si cela peut apaiser un instant la communauté internationale, d'autres pays sont également bien classés : l'Algérie, l'Argentine, la Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Pakistan, la Russie, la Thaïlande et le Venezuela. Autant de territoires où les sociétés auront quelques difficultés à faire du commerce avec les acteurs américains. Notons d'ailleurs que dans le cas du Pakistan, la contrefaçon de livres et de disques « continue de présenter de graves problèmes pour l'industrie américaine ». 

 

Il en est de même au Brésil, avec une « généralisation du piratage et de la contrefaçon de livres », au point que le gouvernement américain réclame des mesures adaptées et dans les meilleurs délais. Pour le Vietnam, la question du piratage de livres côtoie celle des logiciels - et notamment dans le domaine gouvernemental, où l'on travaillerait donc avec des licences contrefaites.

 

Mauvais garçons...

 

Le piratage en ligne n'est pas épargné par le rapport, et pour le coup, c'est la Chine qui écope des pires réprimandes. « Malgré les campagnes nationales et les directives du Leading Group, la généralisation du piratage affecte les industries impliquées dans la musique, les films, les livres et les revues, ainsi que les jeux vidéo et les logiciels. Par exemple, les rapports de l'industrie montrent qu'en 2010, le montant des ventes de musique en Chine était de 48,9 milliards $ comparativement à 178,4 millions en Corée du Sud, et 68,9 millions $ en Thaïlande, qui est un pays avec un peu moins de 5 % de la population chinoise et un PIB par habitant sensiblement identique. »

 

Chose amusante : la question du piratage de livres numériques en Russie a récemment été soulevée alors qu'Amazon s'apprête à ouvrir sous peu son service Kindle. Or, le rapport de l'Office USTR montre que le pays fait face à une recrudescence de la contrefaçon en ligne, qui serait d'ailleurs l'un des plus importants motifs de préoccupation des autorités américaines. En outre, et toujours pour rester chez Amazon, l'arrivée du cybermarchand en Chine n'est pas forcément vue par les analystes comme l'une des meilleures idées possible : avec le manque de contenu dont souffre l'industrie du livre, le Kindle pourrait tout à fait prendre une claque.

 

Les autorités ukrainiennes, de leur côté, considèrent que le rapport ne va pas leur faciliter le travail, alors qu'entre janvier et mai, plusieurs opérations ont été montées pour faire tomber des réseaux de contrefacteurs - et deux semaines auparavant, un important service de streaming a été démantelé. La coopération avec les États-Unis s'accordera mal de réflexions de ce type, et d'un pareil coup de règle sur les doigts. « Néanmoins, le gouvernement ukrainien continuera de prendre des mesures actives pour renforcer le respect du droit de la propriété intellectuelle dans notre pays », a assuré Kostyantyn Hryschenko, vice premier ministre.

 

Tout cela donnerait facilement matière à rebond, d'abord en considérant que l'on peut mesurer quantitativement le piratage simplement en mesurant les achats des consommateurs. Puisque ce serait une fois encore rentrer dans la logique qui prétend que toute oeuvre piratée représente une vente perdue. 

 

La mesure de protection ou d'incitation ?

 

David Pogue reprend d'ailleurs dans une chronique la question soulevée par Tor, l'éditeur de SF et Fantasy, qui, voilà deux semaines, expliquait que la suppression des DRM sur ses ebooks n'avait pas causé une hausse manifeste du piratage. Certes, aucune méthodologie démontrant ce fait n'a été avancée, ne permettant pas de se faire une réelle idée objective des propos affirmés. Mais Pogue parvient facilement à dépasser tous ces débats.

 

« Je suis dans une position inconfortable dans le débat sur la protection contre la copie : en tant que consommateur, je méprise les mesures techniques de protection. Mais en tant qu'auteur, je méprise le piratage. » Ainsi, l'expérience de Tor ne lui semble pas concluante, d'autant que les DRM implémentés dans les fichiers numériques n'ont pas pour vocation d'arrêter tous les pirates. « Tout pirate déterminé peut craquer n'importe quel système anti-copie jamais conçu », souligne Pogue. 

 

À ce titre, décourager les pirates potentiels, ou occasionnels est une option qui n'est pas négligeable, et que les DRM peuvent offrir, poursuit-il. Et avant de prétendre que l'absence de mesures techniques de protection n'a aucune incidence, il faudra attendre de décourager tous les pirates. Pourtant, l'inverse est tout aussi vrai : « Même si nous ne pouvons pas le tenir pour sûr, il y a des preuves croissances que les livres numériques suivent la même voie que les fichiers musicaux et les DVD : supprimer les protections anti-copie ne fait pas de mal et pourrait aider le commerce. Et il existe très peu de preuves que la protection anticopie arrête le piratage... »

Sources : Rapport de l'OUSTR , Authors Guild , News d'Ukraine , Chronique de David Pogue

Pour approfondir

photo Gary Nicolas

   

Directeur de la publication de ActuaLitté. Homme de la situation.

 

Mots clés :
verrous numériques - contrefaçon - propriété intellectuelle - rapport



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