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HarperCollins et Daniel Handler : c'est la guerre !

Ou un simple coup de promo pour le prochain bouquin.

Par Nathalie Gentaz,Le jeudi 09 février 2012 à 12:29:00 - 1 commentaire

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Ça chauffe entre HarperCollins Canada et l'écrivain Américain Daniel Handler, a.k.a Lemony Snicket, auteur de la série Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire.

 

À l'occasion de la publication d'une série de quatre ouvrages autobiographiques de Daniel Handler, prévue pour octobre 2012, les échanges par mail entre ce dernier et la maison d'édition sont corsés ! La maison d'édition a envoyé à Daniel Handler une ébauche du communiqué de presse sur la série All the wrong question, à compléter par l'auteur. 

 

Il lui demande une citation sur la série, et précise plus bas une citation à venir de l'illustrateur canadien Seth, qui a travaillé sur le projet, « traumatisé » par sa rencontre avec Handler : « Citation de Seth à prévoir, s'il se remet du traumatisme de votre dernière rencontre. On m'a demandé de gentiment  vous rappeler que les artistes sont sensibles et peuvent facilement ne pas respecter leurs délais », précise la petite note en rouge, tapée par Vikki VanSickle, le coordinateur en marketing et publicité de HarperCollins Canada.

 

Sympa pour Handler, et sympa pour les artistes...

 

 

L'écrivain n'a pas tardé à répondre dans un mail que s'est procuré le Quill and Quire, dans un ton tout aussi agressif. Il dénonce une « conspiration d'éditeurs » :

 

« Comme je vous l'ai déjà longuement répété dans le cadre de cette conspiration d'éditeurs : non.  Reprenez ce communiqué de presse, s'il vous plaît. J'ai de la sympathie pour tous ceux qui souhaitent promouvoir mon travail, mais aucune de ces informations ne peut être publiée », affirme-t-il en précisant qu'une liste de personnes en particulier ne peut lire le communiqué : « puissent-ils rester aveugle pour toujours de toutes informations sur moi ou mon travail ».

 

Déclarations plutôt étranges pour quelqu'un qui a écrit l'autobiographie de son double Lemony Snicket, sur le point d'être publié, à moins qu'il n'en soit pas tout à fait satisfait. Il précise :

 

« Ces livres sont discutables et comportent des questions. Moi, par exemple, je me demande pourquoi on s'intéresserait à les lire. »



 

À propos de Seth, il demande à ce que Vikki VanSickle le laisse en dehors de tout ça, avec une pointe d'ironie xénophobe : « Il a déjà assez d'ennuis à être un artiste célébré et emprisonné dans le studio en sous-sol d'une misérable université. Sans oublier le fait qu'il est Canadien. » (sic).

 

Un coup monté pour le magazine Quill and Quire, qui dénonce un moyen assez bas de faire de la publicité à scandale.  

Pour approfondir



Réactions

Publié par Dilustro

 

Oui, ce soit-disant courriel est un coup monté, mais de là à dire qu'il s'agit d'une opération commerciale destinée à véritablement créer un scandale de toutes pièces, c'est aller beaucoup trop loin.

D'abord, la "dénonciation" effectuée par le magazine Quill and Quire semble n'exister nulle part. L'article publié sur Quill and Quire est neutre et se contente de faire partager le faux courriel aux lecteurs.

Ensuite, il faut en revenir à Lemony Snicket, ce personnage méta-fictif crée par Daniel Handler qui, dans l'intrigue des romans, est censé être à la fois narrateur et protagoniste (pensez au Docteur Watson qui est censé être le "vrai" auteur des romans de Conan Doyle). Le courriel en question est clairement signé Snicket, pas Handler - donc évidemment à prendre au second, voire au troisième degré. Dans ses communications réelles avec les éditeurs, Handler ne se fait jamais passer pour Lemony Snicket - donc le communiqué de presse envoyé par Harpercollins Canada A SNICKET est également facétieux dès le premier regard, du moins si on connait Handler.

Vous éludez également dans votre article les éléments improbables et rigolos du courriel, qui montrent bien qu'il n'y a aucun effort déployé pour donner crédibilité au mensonge, entre autres exemples : "I would appreciate it if you didn't contact me again. I'll be in my office until 4."

Donc, en gros, n'importe quelle personne lisant attentivement les documents voit bien qu'il n'y a AUCUNE intention de créer un faux scandale pour faire mousser la parution de l'ouvrage. Il ne s'agit que d'un petit clin d'œil fait à la presse littéraire avant le communiqué officiel, dont les initiés identifieront le caractère facétieux au premier coup d'œil.

Quill and Quire précise d'ailleurs que le communiqué de presse officiel est arrivé pas moins de quinze minutes après l'obtention du courriel ! Quand on veut faire bouillir un scandale de manière aussi artificielle, on lui laisse le temps de faire le buzz, ce qui n'est pas le cas ici.

Bref, cette petite blague assume à 100% son caractère factice - pour des raisons qui m'échappent, vous semblez le seul à (ou feignez de ?) ne pas le voir. Qu'importe... Il n'empêche que n'importe quel lecteur suffisamment versé dans la prose de Snicket devine en trois secondes qu'il n'y a absolument rien de sérieux dans ces documents et qu'ils n'étaient absolument pas destinés à créer l'évènement médiatique - ça, c'est le boulot du communiqué officiel.

Quand Snicket (et pas Handler) parle de la "conspiration éditoriale," c'est encore un gag - Lemony est censé considérer ses travaux comme la pire des atrocités et se lamente à longueur de pages que des gens les publient, à l'intérieur même de la narration des "Désastreuses Aventures."

Même chose concernant l'illustrateur Seth ; auparavant, Handler a collaboré avec Brett Helquist pour faire illustrer les Désastreuses Aventures, et jusque dans les livres, Helquist disait aussi que travailler avec Snicket était soit-disant la pire expérience de sa vie...

Pour aller plus loin, il est aussi possible que Handler fasse ici un pied de nez subtil à la presse à scandale. Vous omettez de mentionner, en effet, que Snicket/Handler n'est plus chez Harpercollins ; il a migré vers Little Brown en protestation envers le licenciement abusif de son agent. La maison principale dont il dépend, où il publie cette nouvelle série et qui la diffusera aux États-Unis est donc Little Brown. Le fait qu'Harpercollins ait au moins été gardé pour la diffusion au Canada (et seulement au Canada) est au contraire un signe clair que les relations entre Handler et Harpercollins s'améliorent et qu'il n'y est pas fâché avec tout le monde !

Hardi ! Vous faîtes donc preuve de la même manipulation de l'information dont vous accusez Handler de faire preuve... Enfin non, dont vous accusez Handler de faire preuve via une dénonciation de Quill and Quire qui n'existe pas. "Sympa pour les auteurs," comme vous dîtes...

Écrit le 09/02/2012 à 19:36

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