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La vitrine du libraire, une fenêtre ouverte sur la clientèle

Toujours "en cours"

Le jeudi 14 mars 2013 à 12:19:56 - 1 commentaire

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Si l'on évoque largement la disparition des librairies, sans penser à la façon dont la lecture numérique pourrait y être vendue, une pratique aussi vieille que ces commerces physiques est peut-être plus directement menacée par les nouveaux défis qui se présentent au métier : la réalisation des vitrines. Pourtant, cette « interface client » ultime devrait jouer un rôle bien plus important qu'auparavant, face aux chartes graphiques des sites de e-commerce.

 


Fifty Shades of Grey produits dérivés

Sex shop en face de la librairie Wallonie-Bruxelles, Paris. Il ya de la concurrence...

 

 

Ici aussi, « c'était mieux avant », pour beaucoup d'habitués des librairies bricks & mortar britanniques. Jon Howells, manager des communications de marque chez Waterstones, sait toutefois de quoi il parle dans un entretien avec Publishing Perspectives : il fut salarié de la légendaire chaîne Ottakar's (oui, comme dans Tintin), rachetée en 2006 par son nouvel employeur. Et cette dernière est restée dans les mémoires pour les créations en papier mâché de sa vitrine, et aussi pour les fresques murales qui s'affichaient entre les rayonnages (le site de l'artiste Chris Burke en présente quelques unes).

 

« J'ai fait un géant de 2,50 mètres, armé d'une énorme flèche rose qui m'a fait vider toutes les papeteries de Salisbury. Il visait une petite planète, et je suis convaincu qu'il était plutôt impressionnant. Quant à savoir si cela a permis de vendre plus de livres qu'une pile de bouquins devant un poster, on ne le saura jamais » se souvient Howells.

 

Une autre ex-libraire, Kate Gunning, désormais chez Random House, se souvient d'un haut fait d'armes, pour le livre Eva Luna, d'Isabel Allende : « Nous avions une femme nue dans la vitrine, allongée sur une chaise longue, avec un exemplaire du livre stratégiquement placé. Ça a littéralement bloqué toute la rue, et fini dans la presse nationale. » Un autre jour, House of Leaves de Mark Danielewski a vu ses pages dispersées dans la vitrine, doublé d'un éclairage chelou : effet assuré, et clients captivés.

 

Une vitrine qui réfléchit

 

En France, il faut se tourner vers Poitiers pour trouver une librairie qui a marqué les clients à l'aide de sa façade de verre : le Feu Rouge, ouvert en 2002 par les éditions indépendantes bande dessinée Flblb, dans une maison louée à la mairie (et fermée en 2011, lire l'historique). « D'abord centrée sur le texte et l'image, la librairie a toujours été dédiée aux éditeurs indépendants, en s'ouvrant ensuite à la littérature générale et à la poésie » explique Marianne Maffeis, chargée de la librairie pendant plusieurs années.

 

« Mon goût pour l'agencement des vitrines venait peut-être de cette orientation bande dessinée, mais je crois qu'il s'agit surtout de goût personnel », souligne la libraire qui n'a jamais suivi de formation spécifique dans le domaine. Pour le reste, elle s'inspire du travail typographique, de mise en page, de choix des coloris pour composer le décor de la production littéraire. L'alternance fonctionne : vitrines plus « manuelles » pour des périodes comme Noël, et thématiques pour des sujets d'actualité.

 

 

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« Dans ce cas, l'organisation repose surtout sur les parallèles entre différents titres: bande dessinée et romans graphiques sont mêlés à la littérature engagée. Et quelques objets en rapport, comme des objets de la consommation de masse pour les élections américaines, du sable pour l'été, des Barbies et des Kens pour la Saint-Valentin... » Et parfois, un versant plus expérimental : « Les vitrines bicolores, rouge et blanche, rouge et jaune, fonctionnaient particulièrement bien » se souvient Marianne Maffeis, qui avait elle aussi pensé aux happenings en vitrine.

 

Avec peu (« Je n'avais pas de budget, et ne voulais pas en avoir »), la petite vitrine du Feu Rouge prend une nouvelle dimension, apparaît sur les photographies des touristes, et conduit « sans doute » à une hausse des ventes, ou au moins à une fréquentation améliorée. La récompense des braves : « La vitrine, je la faisais tard le soir, ou bien tôt le matin... Parfois même le dimanche, mais il faut avouer que certaines journées avaient leurs creux qui me permettaient de fignoler la décoration. »

  

Le texte et le reste

 

Quand il s'agit de vitrine, le commentaire critique du libraire (voir les vitrines de La Griffe Noire, couverte de petits papiers qui commentent les sorties) se double d'un impératif de choix et d'organisation, qui pèse énormément sur l'attrait de la boutique sur les clients.

 

« Si nous affichons un seul titre en vitrine, nous observons toujours une hausse des ventes sur le secteur. Avec une vitrine comme celle du Summer Reading, l'effet est plus diffus car il y a plus de titres. Bien que nous cherchons évidemment à vendre le livre en vitrine, il s'agit aussi d'attirer les gens dans la boutique, piquer leur curiosité afin qu'ils découvrent l'ensemble de l'offre en magasin », analyse Jeff Clark, designer de vitrine pour la chaîne de librairies Foyles.

 

Alors, à quand une vitrine dotée d'un dispositif à encre électronique, pour écrire et réecrire de nouveaux textes chaque jour, voire afficher des illustrations ou des décors inédits...?

Pour approfondir

photo Oury Antoine

   

Rédacteur en chef adjoint. Créateur du Juke-Books littéraire. Sensible aux questions sociales. A l'écoute sur http://www.coupdoreille.fr

 

Mots clés :
librairie - vitrine - interface client - encre électronique



Réactions

Publié par nomades

 

La vitrine doit être le reflet de ce que le librairie peut offrir aux gens qui passent devant cette vitrine et leur donner envie de franchir la porte. Un subtil mélange de ses propres goûts et d'un très large choix à découvrir dans un univers où il fait bon flâner voire s'y perdre avec allégresse. Franchir la porte d'une librairie, c'est aller à la rencontre du monde pour qui sait s'attarder ...

Écrit le 15/03/2013 à 09:36

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