Le monde de l'édition > Librairies > Actualité

Librairie : Quelques solutions contre la paupérisation du secteur

Et quelques urgences aussi...

Le samedi 16 mars 2013 à 07:48:43 - 1 commentaire

Zoom moins Zoom plus Signaler erreur Imprimer Envoyer à un(e) ami(e)

12

Dans un communiqué signé du président de l'Association du groupement de librairies Initiales, Stéphane Emond, il était fait état d'une situation critique : les remises qu'accordent éditeurs et diffuseurs aux librairies. Un message rédigé « pour mettre les pieds dans le plat, face à la paupérisation de la profession », explique le président de l'Association, dans un entretien accordé à ActuaLitté. 

 

 

 Retrouver Initiales sur Facebook

 

 

« Si le libraire disparaît, la mort de l'éditeur suivra », avait  prophétisé Stéphane Emond, reprenant au vol une déclaration du président du SNE, Vincent Montagne. Ce dernier, regrettant l'absence d'Amazon du Salon du livre de Paris, assurait que l'acteur « n'est pas simplement un opérateur dans le monde numérique, mais c'est surtout un libraire ». 

 

L'Association Initiales avait frémi : « Nous espérons que cette remarque n'engage que lui, mais nous n'y croyons guère. Cette délicate sortie en dit long sur la fracture désormais consommée entre l'édition et la librairie indépendante. Mais ce monsieur se berce d'illusions s'il pense qu'il va pouvoir garder sa place, celle d'éditeur, et celle de sa filière. » 

 

Des difficultés anciennes

 

Mais au-delà du communiqué, et avant de prendre connaissance du plan librairie que doit présenter la ministre de la Culture à l'occasion du Salon du livre, l'Association, fondée en 1997 et qui compte aujourd'hui 37 librairies en France et en Belgique, souhaite surtout attirer l'attention sur les réalités de la librairie.

 

« Les difficultés existent aujourd'hui dans de nombreux corps d'activité, mais pour la librairie, cela a commencé bien avant la crise. Évoquer la question des remises, c'est interroger ceux qui les pratiquent sur leur soutien à la filière : allons-nous passer par pertes et profits. Bien entendu, il faut saluer les éditeurs qui ont fait des efforts, mais leur exemple est encore loin de faire école. »

 

Certains distributeurs, comme Volumen, ont trouvé des moyens détounés : en cas de progression du chiffre d'affaires, le libraire se voit proposer un chèque, indexé sur les résultats. Mais pour Stéphane Emond, c'est un jeu de dupe, qui n'aboutira qu'à fixer « à tout jamais les remises pratiquées ». Et s'il faut faire confiance à ceux qui assurent qu'Amazon ne dispose pas de 50 % de remise, qu'en est-il finalement : on s'interroge en apprenant que la firme américaine dispose d'un 40 % assuré, « mais est-ce que la Fnac a les mêmes avantages ? Profitent-ils simplement d'un 41 % ? Et qu'en est-il pour les librairies indépendantes, finalement » ? 

 

Les délais de livraison, ou le Moyen-Âge

 

L'autre enjeu de son intervention, plus discrètement évoqué, tourne autour des délais de livraison. « Amazon a inventé la livraison en 24 heures pour Noël, et s'y tient désormais. Mais pour nous, libraires, la situation est encore loin d'être la même : comment pouvons-nous exercer la moindre concurrence si nous obtenons les livres en 72 heures ? Quand le TGV fera le trajet Bordeaux-Paris en moins de 2 heures, plus personne ne prendra les trains qui le feront en plus de 3 heures. C'est le sens de l'histoire, et pour l'heure, les délais de livraison sont une véritable régression dans notre secteur. » 

 

Évidemment, là encore, tout n'est pas noir. L'outil Prisme fonctionne bien, assure Stéphane Emond, avec très peu d'erreurs ; construit par l'interprofession, il compte parmi les solutions fiables, de même que l'on n'a manifestement pas trop à se plaindre de Hachette ni de UD. « Le problème de la distribution, chez d'autres, c'est une saisie qui n'est pas assez rapide, ou des questions de mises en place sur les plateformes... Chez Sodis ou Interforum, les plantages sont connus. Et à l'heure du 24H chez Amazon, il n'est pas normal qu'en province ou que sur Paris, des libraires soient encore à 72 heures... » 

 

Bien entendu, ces points sont des éléments de concurrence immédiate, et de mise à niveau de l'offre, pour avoir de quoi répondre aux conditions commerciales offertes aux clients. Reste que dans la librairie, comme ailleurs, il existe plusieurs postes de dépenses sur lesquels il n'est pas possible de revenir : les salaires, les loyers - « Si les centres villes sont impraticables, la périphérie n'est pas moins complexe ! » - ou encore les transports. Et sur ce point, pas certain que le baril de pétrole voit son prix baisser dans les années à venir. 

 

Diminuer les coûts, avec moins de retours

 

Alors, les remises sont évidemment essentielles, et constituent un point majeur. Pourtant, il ne saurait être question de renégocier en permanence, pour tenter d'obtenir quelques centimes, si précieux soient-ils. « Pour les libraires, la question des retours est l'une des plus importantes. Sur mon établissement de Niort, nous sommes actuellement à des taux de 15 ou 16 % de retours, et j'aimerais arriver à 12 %. »

 

Sachant que la moyenne nationale est autour de 24 %, il faut prendre en considération qu'un taux de retour à 30 % implique quasiment d'avoir un salarié presque entièrement dévolu à l'ouverture des cartons et le renvoi des ouvrages. 

 

« Il faut arriver à diminuer les flux, pour faire diminuer les coûts. Cela veut dire, pour un libraire, parvenir à acheter plus intelligemment, pour acheter moins aussi, et renvoyer moins d'ouvrages. Mais une fois encore, tout cela est conditionné par les délais de livraison : si les délais sont courts, et plus les délais sont courts, moins nous sommes contraints d'avoir du stock. S'il nous faut attendre plusieurs jours, cela nous oblige à avoir les livres dans l'établissement, pour ne pas risquer de perdre une vente. Et donc, acheter plus de livres et retomber dans le même panneau des retours. »

 

Le soutien à un plan de soutien

 

Il est intéressant de noter qu'au lendemain du communiqué de l'Association Initiales, le SNE a répondu en affirmant sa volonté de voir « un plan de soutien en faveur de la librairie indépendante ». Et d'assurer : « Depuis plusieurs mois, les éditeurs participent assidûment aux réflexions menées par le ministère de la Culture avec les représentants des libraires, dans la perspective de la préparation d'un futur Plan de Soutien à la Librairie. Le SNE se réjouirait que le Salon du Livre puisse être l'occasion d'une annonce d'un tel plan en faveur de la librairie indépendante. »

 

Secret de polichinelle, le ministère doit bel et bien présenter son plan Librairie à l'occasion du Salon. 

Deux missions avaient été impulsées par la ministre de la Culture dont les conclusions devaient apporter de l'eau au moulin d'un plan librairie :

  • l'une concerne l'avenir de la librairie indépendante sur les réseaux de vente en ligne et de commercialisation des livres numériques ; 
  • l'autre porte sur les dispositifs de soutien existants en faveur des librairies, que la ministre souhaite voir rationalisés et renforcés afin de mieux répondre aux besoins et aux attentes des libraires;

 

Rendez-vous au Salon... 

 

Communiqué SNEmars 2013 librairie indépendante by ActuaLitté

Pour approfondir

photo Gary Nicolas

   

Directeur de la publication de ActuaLitté. Homme de la situation.

 

Mots clés :
librairie indépendante - remises commerciales - distribution - vente de livres



Réactions

Publié par le libraire Masqué

 

Édifiant! Ils encore à publier des communiqués embarrassés pour se défendre, ainsi que l'image de leur président, au lieu d'agir vraiment en ne "regrettant" pas l'absence du grand méchant loup qui prouve par là qu'il n'est pas un "libraire"!

Écrit le 17/03/2013 à 17:47

Répondre | Alerter

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

Suivez-nous

Désinscription

Les blogs de la rédaction

Dessins littéraires

Croquis de mémoire définit bien les textes de Jean Cau de ce volume : ce sont des souvenirs esquissés, sans souci de date, de...

La logique du grain de sable: Galtier-Boissière (1891-1966) ou de l'utilité des ensablés dans les commémorations, de Carl Aderhold

Les commémorations ont ceci de paradoxal que bien loin de nous ramener à l'événement commémoré, elle nous renforce...

Voyage au bout du livre #1 : L'éditeur, passeur professionnel

Voyage au bout d'une livre, c'est le titre de l'une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les...

Sondage

Les éditeurs et la promotion des livres : paroles d'auteur

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com