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Librairie : Taxer les ventes internet... et à quand une remise équitable ?

La librairie a besoin aujourd'hui de soutien...

Par Nicolas Gary,Le mercredi 21 mars 2012 à 19:05:04 - 5 commentaires

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Information ActuaLitté : Taxer. L'idée ne date pas d'hier, mais une fois encore, l'idée d'apporter son soutien à la librairie indépendante fait son chemin. Le ministre de la Culture, à l'occasion du Salon du livre, a dévoilé les projets que sa mission avait eus pour assurer une lutte équitable entre marchands en ligne et librairies indépendantes. 

 

Parmi les pistes, celle donc d'une taxe de toute commande de livres, passée ou non sur internet, afin de constituer une cagnotte destinée aux indépendants. Une sorte de fonds de solidarité, qui faisait écho à la demande du Syndicat de la librairie française que de « créer un fonds interprofessionnel destiné à accroître significativement les aides aux librairies indépendantes, au niveau de leur trésorerie et de leur exploitation ». (voir notre actualitté) Défenseur des librairies, Frédéric Mitterrand avait d'ailleurs mis un point d'honneur à ne pas se rendre sur le stand d'Amazon, présent au Salon du livre, avec un délicieux sarcasme à la bouche. 

 

 

 

On se souviendra également que parmi les mesures à mettre en place, Aurélie Filippetti, la dame culture de François Hollande souhaitait instaurer une taxation des vendeurs en ligne. « Nous réfléchissons à la possibilité de mettre à contribution les sociétés comme Amazon qui ne vendent qu'en ligne. Elles ne peuvent avoir le même traitement que des libraires ou des disquaires qui ont un fonds de commerce et supportent des charges beaucoup plus lourdes. » Un projet que le président du Centre National du Livre, Jean-François Colosimo avait poussé plus en avant, en estimant qu'une autre taxe, sur les fournisseurs d'accès à internet, cette fois, pourrait tout à fait jouer dans le sens d'une aide à l'industrie du livre. (voir notre actualitté) 


Des remises équitables, selon les uns et les autres

 

Cependant, avant de taxer - et pourquoi pas - certains s'interrogent. Ainsi, Renny Aupetit, du réseau Librest s'adresserait plus volontiers aux distributeurs. « Il faudrait leur demander, à ceux qui souhaitent instaurer une taxe sur les vendeurs en ligne, pourquoi il ne pratiquent pas une politique commerciale différenciée, entre les vendeurs en ligne et les librairies indépendantes. En opérant un traitement différent sur les remises accordées aux uns et aux autres, on aurait déjà une initiative intéressante. »

 

Guillaume Husson, secrétaire général du SLF, sollicité par ActuaLitté, considère cette hypothèse comme l'une des solutions possibles. « Bien sûr, il existe un travail qualitatif réalisé par les libraires indépendants qui est très distinct de ce que proposent les vendeurs en ligne. Ce n'est pas le même travail, ce ne sont pas non plus les mêmes charges, évidemment. » Mais on ne peut s'arrêter à ce simple, quoiqu'évident, constat.

 

« La librairie a aujourd'hui besoin de moyens supplémentaires. Le travail de la mission sur l'avenir de la librairie a été de réfléchir à la façon de doter un fonds de soutien. Plusieurs manières d'aborder ce projet ont été avancées, mais l'objectif est bien de dire qu'il faut de nouveaux moyens au service de la librairie. Pour l'instant, les modalités ne sont pas fixées, mais je pense que le principe avance bien que de doter un fonds pour aider les librairies indépendantes. »

 

Hachette, Mitterrand, les frais de port, etc.

 

Notons que dans cette histoire, le groupe Hachette avait pour sa part mis en place une politique tarifaire réellement différenciée. Les conditions et remises accordées aux vendeurs en ligne, par rapport à celles offertes aux libraires indépendants, n'étaient pas au désavantage de ces derniers, contrairement à ce que l'on pouvait voir chez d'autres maisons, et distributeurs.

 

Pour sa part, le ministre avait également pointé une autre possibilité : « La mission s'interroge également sur l'effectivité de la loi de 1981 sur le prix du livre. Elle propose à cet égard d'interdire aux acteurs de la vente en ligne d'intégrer le montant des frais de port dans le prix public de vente des livres. Cela constitue actuellement une source de distorsion de concurrence importante pour les réseaux de vente physique des livres, et ne me semble pas totalement conforme aux principes inscrits dans la loi du 10 août 1981. » Les libraires ayant été contraints de s'aligner sur l'offre commerciale des vendeurs du net (Fnac y comprise, pour la petite histoire), le prix unique du livre est évidemment mis en péril. (voir notre actualitté

Pour approfondir



Réactions

Publié par LeReilly

 

Heu... Au hasard on va dire "Lol" hein.

Le déni de la loi du marché et de l'offre et la demande. Je trouve ça très choquant, et c'est, comme d'hab', poser un pansement sur une jambe de bois.

Et que le ministre se félicite de ne pas aller voir l'entreprise qui se bat le plus pour installer le numérique en france et rend les livres accessibles à chacun, qu'ils soient dans une zone pourvue de librairie ou pas, ça me file doucement la nausée.

Je veux bien qu'on soit fier de sa filière et proche des petits commerçants, mais a un moment ça devient indécent.

Écrit le 21/03/2012 à 19:17

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Publié par Moggio

 

En vrac :

N'oublions pas que le contribuable soutient déjà la "librairie indépendante"... : http://www.culture.gouv.fr/culture/guides/dll/libraire.htm#aides .

Parler d'un "fonds de solidarité" alimenté par une taxe obligatoire, cela donne un certain goût à cette solidarité légalement forcée... La solidarité n'est-elle pas surtout voire seulement celle qui est volontaire (plutôt qu'imposée par la loi) ?

Oh, z'avez vu, il a "mis un point d'honneur" à ne pas aller voir les gens d'Amazon ! Eh ben...

J'ai compté trois-quatre nouveaux projets de taxe dans l'article. Déjà que la France est vice-championne du monde en matière de prélèvements obligatoires...

C'est marrant mais bien souvent ce genre d'article sur les difficultés voire les déboires récents des "librairies indépendantes" pointent "les autres" comme responsables principaux (par exemple, la "révolution numérique", les méchants consommateurs qui ne veulent pas aller dans ces librairies pour y dépenser de l'argent, Amazon (bien sûr, qui était toute petite à sa naissance en 1995 et a été déficitaire pendant ses cinq premières années avant de décoller...) et consorts, etc.), rarement les libraires en question eux-mêmes. Pourquoi donc, s'il vous plaît ?

Comme je l'ai déjà dit ici, nos économies de marché (vraisemblablement préférables, avec le recul historique, à toute autre forme d'organisation collective ou sociale), même mixtes, "récompensent" les personnes en fonction de leur capacité à produire des choses que d'autres personnes sont disposées à payer. À lire cet article, en 2012, le ou les services proposés par la "librairie indépendante" semblent trop peu valorisés par les consommateurs pris dans leur ensemble, sinon un tel article n'aurait jamais vu le jour. Autrement dit, la "librairie indépendante" n'est apparemment pas capable aujourd'hui de produire un service que suffisamment de personnes valorisent pour que celle-ci attire suffisamment de clients qui acceptent -- librement, volontairement, sans contraintes -- de payer pour ce service, permettant ainsi à la "librairie indépendante" de perdurer. Alors que fait-on ?

On en vient à invoquer (relisez la tribune dans Libération en septembre dernier du président du MOTif qui aurait été tué par Amazon...) un soi-disant "choix de société", même un "choix de civilisation" (rien que ça !) et on en appelle, comme d'habitude et sans assumer, au pouvoir coercitif des pouvoirs publics pour obliger le contribuable à payer pour une ou plusieurs nouvelles mesures ayant, bien sûr..., pour seul objectif principal l'intérêt général, pas du tout la somme d'intérêts particuliers de commerçants désappointés...

Pour finir, en perspective de nouvelles taxes, comme le rappelle bien l'économiste de gauche Thomas Piketty, n'oublions pas que par "définition, quels que soient l'intitulé et le mode de perception utilisés, tout prélèvement [fiscal] finit toujours par être payé intégralement par les ménages. En particulier, il n'existe pas de prélèvement [fiscal ou impôt] payé par les entreprises, ces dernières se contentant de répercuter leurs charges sur les ménages salariés qui travaillent pour elles, les ménages actionnaires qui les possèdent ou les ménages consommateurs qui achètent leurs produits"...

Écrit le 21/03/2012 à 21:29

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Publié par editeur

 

Quand vont-ils comprendre que sans les ventes en ligne, les petits et jeunes éditeurs ne survivraient pas ? Les libraires, engorgés sous 17 nouveaux titres PAR JOUR, ne commandent plus les ouvrages des petits/jeunes éditeurs.

Heureusement, il y a AMAZON et FNAC.com De plus, ces libraires prennent maintenant 35 à 40 % !!! (et peuvent retourner les invendus).

Au final, ce sont les éditeurs et auteurs qui trinquent. Ajoutez à ça la TVA à 7 % et vous voyez le massacre. Les éditeurs ferment les uns après les autres et les gros éditeurs et gros diffuseurs se regroupent pour une plus grande main mise sur le marché. Et le CNL qui n'aide que ses copains ...

Écrit le 21/03/2012 à 21:38

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Publié par Moggio

 

@LeReilly : Merci.
@editeur : Ah bon, le CNL n'aide que ses copains... Comme c'est curieux...

Écrit le 22/03/2012 à 06:57

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Publié par annabelle hautecontre

 

En tant qu'actionnaire fondateur des éditions du Littéraire, je signe des deux mains le dernier commentaire d'un éditeur, sans amazon.fr jamais nous n'aurions pu exister, donc l'idée même de créer notre maison s'est construite sur la valeur ajoutée de la VPC et la force de distribution d'amazon.fr sans qui le projet serait resté lettre morte ; cette idée de taxe en sus n'est là que pour faire plaisir aux copains ; le problème est lié, d'une part aux diffuseurs/distributeurs qui se prennent 30% pour ne rien faire quand aux libraires ils ne s'investissent plus pour la grande majorité, se contentant de faire passe-plats tout en demandant 35% du prix de vente et en retournant les invendus, sans parler de ne faire aucun effort pour commander les éditeurs indépendants voire ne pas payer les petites factures se disant que l'on n'a pas les moyens de faire du recouvrement. Un éditeur indépendant du Sud a +15 000 euros dehors car les libraires ne payent pas !! que fait le gouvernement dans ce sens ? rien !

Écrit le 22/03/2012 à 10:34

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