Patrimoine et éducation > Ressources pédagogiques > Actualité

2014, année du BOOM des MOOC, plateformes d'apprentissage ?

Cette année, on s'y met ?

Le lundi 06 janvier 2014 à 10:20:03 - 1 commentaire

Zoom moins Zoom plus Signaler erreur Imprimer Envoyer à un(e) ami(e)

12

Outre-Atlantique, ces plateformes se sont multipliées dans le couloir créé et ouvert par TED, organisme bien connu pour ses énormes conférences et ses vidéos bien tournées, avant de créer la suspicion vis-à-vis du droit d'auteur et de la qualité des cours proposés. Il n'empêche, ce sont désormais les universités qui prennent le parti des MOOC. En France, les offres se multiplient, non sans résistance.

 


MOOCS for Librarians

(Sally Wilson, CC BY-SA 2.0)

 

 

D'abord orientés vers les matières scientifiques ou l'informatique, les MOOC (Massive Open Online Course, Cours en ligne ouverts) se sont peu à peu ouverts à une variété de disciplines, avec de la littérature ou de la philosophie, entre autres. Toujours sur un même modèle : une part collaborative plus ou moins affirmée, et surtout, un modèle gratuit pour garantir l'accès d'un plus grand nombre.

 

Diverses fonctionnalités ont été mises en avant par les différentes plateformes : apprentissage hors ligne, ajout d'annotations ou encore mise en place de rendez-vous réguliers avec un professeur via une webcam, les sites ont tenté d'innover et de se démarquer de la concurrence, déjà rude.

 

L'ouverture massive de ses plateformes, massives elles aussi, a évidemment généré des interrogations, et surtout des inquiétudes, sur la place de l'enseignant et la personnalisation des cours. Aux États-Unis, la popularité des MOOC tient également de la tombée en désuétude des universités et des manuels scolaires traditionnels, respectivement privées de budget et un peu trop lourds sur celui des étudiants.

 

Levée de fonds, et de boucliers

 

Le système scolaire traditionnel n'a pas manqué de réagir, par un biais attendu : le copyright. Les éditeurs de manuels scolaires traditionnels ont rapidement barré l'accès aux MOOC, en traduisant en justice les premiers sites « responsables » de la gratuité des contenus pédagogiques. Ainsi, Boundless Learning, un des sites pionniers en matière de manuels scolaires gratuits, est attaqué en mars 2012 par Pearson Education, Cengage Learning et Bedford, Freeman & Worth Publishing Group, trois poids lourds de l'édition scolaire.

 

Si les réactions prématurées n'ont pas manqué de faire couler de l'encre, la donne pourrait être en train de changer : le 19 décembre dernier, Boundless parvenait à un accord avec les éditeurs scolaires, qui abandonnaient leurs poursuites. Par ailleurs, quelques autres éditeurs ont choisi de collaborer avec ces plateformes, qui permettent de mettre en avant leur propre contenu.

 

Du côté de l'enseignement, les universités américaines se sont lancées dans la course, histoire de ne pas se laisser distancer : sur les 180 MOOC américains qui devraient ouvrir cette année, la grande majorité est propulsée par des universités américaines. Le développement d'une telle plateforme n'est pas anodin niveau liquidités, avec un budget estimé entre 15.000 et 50.000 $. Les utilisateurs réagissent également, désormais, en notant les cours : la plateforme CourseTalk envisage ainsi de devenir l'IMDb des cours en ligne, sur le modèle de ce gigantesque site de notation des films.

 

En France, les premières plateformes gratuites sont venues, là aussi, du milieu de l'informatique. Car, après tout, le MOOC est une forme plus poussée du tutoriel, largement utilisé par les internautes, débutants, amateurs ou chevronnés. Le Site du Zéro propose ainsi depuis plusieurs années des cours suivis, avec ou sans l'aide de l'auteur de ce même cours, pour apprendre à coder, jusqu'à la création de A à Z d'un site Internet. Depuis l'année dernière, la plateforme a elle aussi évolué, jusqu'à se rebaptiser Open Classrooms, titre suffisamment explicite quant à l'ouverture des sujets disponibles.

 

Les éditions Aux forges de Vulcain, de leur côté, ont mis en place un projet de crowdfunding pour financer l'ouvrage Oser écrire son premier roman, un manuel basé sur deux mois de forum qui ont rassemblé près de 1500 auditeurs, au cours de différentes réunions, organisées avec la plateforme de MOOC française Neodemia.com.

 

Le Collectif Anti-Mooc

 

Comme Internet a pu crisper les acteurs de la presse papier traditionnelle, parfois réellement désarmés face à la multiplication des points d'information, les MOOC provoquent des réactions quasi allergiques, au sein des universités et du corps enseignant. Le 30 octobre dernier, Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement Supérieur, se félicitait du lancement de FUN (France Université Numérique, passons sur l'abréviation qui ne sert pas vraiment la cause), et s'engageait, d'ici 2017, à proposer des cours en ligne à 100 % des étudiants français.

 

 

Say

« MOOC »...? (A Watters, CC BY-SA 2.0)

 

 

La réaction n'a pas tardé, à l'annonce d'une mise en ligne par l'ENS (Ecole Normale Supérieure, institution de l'élite scolaire à la française) de trois cours sur la plateforme américaine Coursera. Un collectif anti-MOOC, constitué par Solidaires Etudiants, la CGT FERC-SUP et l'UNEF de l'ENS, a pris position dans une tribune de Libération

Le modèle économique des Mooc tente de répondre à ces problèmes grâce aux gains permis par l'enseignement virtuel. L'accès aux cours est pour l'instant gratuit, mais la certification est payante. Les Mooc bénéficient aussi de recettes publicitaires ou encore de la vente aux entreprises d'informations sur les étudiants. On comprend que cette réponse puisse séduire en France, dans un contexte de pénurie budgétaire causée par un désengagement de l'Etat dans l'université. Au passage, des entreprises privées en profitent. Pour être hébergée sur une plateforme, une université doit payer des droits très élevés (50 000 dollars par cours sur la plateforme Coursera en 2012) et ne reçoit que 20% des revenus.

La mise en ligne des cours, d'après l'expérience américaine, revient pour eux à une volonté de réduction des coûts, mais également à une mise en concurrence des différents établissements de l'enseignement supérieur, délétère quant à la qualité des enseignements. Si la mise en ligne des cours de l'ENS sur une plateforme américaine n'est effectivement pas le meilleur choix possible, surtout lorsqu'une solution nationale se met en place, les avantages des MOOC méritent un débat plus poussé, que demande d'ailleurs le collectif. 

 

Leur argumentation est soutenue par les résultats clairement en demie-teinte des cours en ligne : le taux d'abandon atteindrait les 90 %, et ceux qui en tireraient un bénéfice seraient principalement des hommes, déjà largement éduqués, et issus de milieux favorisés. 

 

Il est certain que la généralisation des MOOC ne doit pas intervenir avant une autre démocratisation : celle de l'accès et de l'utilisation réfléchie d'Internet, aussi bien du côté des élèves que des étudiants. L'ouverture de FUN pourrait au moins produire cet effet de levier, qui libérerait les étudiants des milliers de photocopies et des ENT jamais mis à jour par des professeurs dépassés.

Pour approfondir

photo Oury Antoine

   

Rédacteur en chef adjoint. Créateur du Juke-Books littéraire. Sensible aux questions sociales. A l'écoute sur http://www.coupdoreille.fr

 

Mots clés :
MOOC - plateformes - apprentissage - en ligne



Réactions

Publié par Céline

 

Les MOOCs francophones sont encore bien rares, mais l'offre est exponentielle. Elle s'adresse à un public de plus en plus large, des adultes en quête de savoir, des enfants plus jeunes (citons notamment le MOOC équations pour élèves de collège de Openclassrooms), pas uniquement des étudiants.
J'ai l'impression qu'on assiste à une réelle révolution des apprentissages grâce à internet, démocratisant l'accès au savoir au lieu de le verrouiller par le présentiel, les frais de scolarité, l'obligation d'obtenir des diplômes, etc.

Le seul "annuaire" exhaustif trouvé des MOOCs ouverts est sur http://apprendrealairlibre.com/2014/01/02/moocs_en_francais/

Écrit le 09/01/2014 à 07:46

Répondre | Alerter

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

Suivez-nous

Désinscription

Les blogs de la rédaction

Pourquoi écrivez-vous, Olivia Elkaim ?

  . Olivia Elkaim est l'auteur de trois romans : Les Graffitis de Chambord (Grasset, 2008), Les Oiseaux noirs de...

Une Biblioboite ? Avec quoi dedans ?

Grace à ma Biblioboite, je suis e-Bibliothécaire ambulant maintenant ! Avoir une Biblioboite c'est bien… mais s'il...

Facebook, une vraie fausse bonne idée pour les auteurs indépendants

Les auteurs — et en particulier les auteurs indépendants — ont du pain sur la planche. S'ils souhaitent être lus, ils...

Livre numérique gratuit

Sondage

Les éditeurs et la promotion des livres : paroles d'auteur

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com