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Boundless Learning : l'accès libre menacé par la privatisation du savoir

Pearson ne touche à mon business !

Par Antoine Oury,Le jeudi 16 août 2012 à 10:40:20 - 0 commentaire

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La plateforme Boundless Learning entend proposer aux étudiants des manuels numériques gratuits, et vient de clore une année de version bêta pour son service. Année chargée, puisque, outre 9 millions $ investis dans l'initiative, les développeurs de la plateforme ont écopé d'un procès carabiné, intenté par de grands éditeurs scolaires pour violation de la propriété intellectuelle. Parallèlement, les éditeurs traditionnels exploitent le lucratif filon du savoir...

 

 

 

 

C'est une véritable coalition d'éditeurs scolaires qui s'est formée contre la plateforme : dans la salle d'audience, les éditeurs Pearson Education, Cengage Learning, et Bedford, Freeman & Worth Publishing Group font face à Boundless Learning, plateforme quasiment d'intérêt général puisqu'elle met gracieusement à disposition des étudiants des manuels réalisés à partir des meilleurs contenus libres de droits, compilés et mis en forme par les spécialistes du site.

 

Les éditeurs traditionnels prennent la parole : « Malgré son ambition d'être innovant, Boundless obtient un « F » pour l'originalité, en copiant les expressions originales, scolaires et esthétiques des plaignants et de leurs auteurs », voilà pour la substance de la plainte déposée à l'encontre de la plateforme. Car cette dernière représente une concurrence fort malvenue : Boundless Learning se base en effet sur le marché pour déterminer son offre, observant quelles matières sont peu pourvues en ressources pédagogiques, et comblant la carence avec le manuel gratuit réalisé par leur soin.

 

Avec l'insolence du meilleur élève de la classe, Boundless Learning fait front sans s'inquiéter de cette réaction musclée des éditeurs : « Pédagogiquement, ils sont nuls, d'un point de vue d'utilisateur, ils sont nuls. Nous sommes convaincus que cette action judiciaire est infondée » assurait ainsi Ariel Diaz, le fondateur du site, en début d'année. (voir notre actualitté) Mais, dans un marché évalué à 4,6 milliards $, rester entre amis justifie assez rapidement une action en justice « infondée »...

 

Des pédagogues pas philanthropes

 

À l'heure où un étudiant américain sur deux ne s'équipe pas avec l'intégralité des manuels scolaires requis pour son cursus, à cause de leur coût prohibitif (certains ouvrages s'échangent 200 $) et de la dette estudiantine, qui a tant enflé (1000 milliards $) qu'elle menace d'imploser sous peu, la faute aux emprunts, Boundless Learning pourrait bien être d'intérêt général. (voir notre actualitté) Ses contenus sont toutefois sujets à caution : réalisés à partir de Wikipédia et quelques sites d'universitaires, ils en relaient parfois les carences. 

 

Il faut dire que ses congénères ne s'avèrent pas très accueillants : le procès des éditeurs scolaires n'a rien à voir avec la qualité du contenu, mais tout avec la propriété intellectuelle : si l'idée n'est pas protégée par le droit, sa forme l'est. Et c'est sur ce point que les éditeurs listés ci-dessus fondent leur argumentaire contre le site : « Boundless a choisi de contourner le processus de création nécessaire pour produire son propre manuel, en copiant simplement la sélection d'origine, sa mise en forme et toutes les expressions protégées qui sont l'essence des manuels des plaignants. » En somme, titres des chapitres et agencement des pages constituent l'essentiel de la plainte, et tant pis si ces reproches vont à l'encontre d'une plus large diffusion du savoir.

 

De ce côté, l'éditeur Pearson assure ses arrières : il vient d'annoncer l'ouverture prochaine de son Pearson College, qui proposera aux étudiants une formation pour obtenir un diplôme en commerce et gestion d'entreprise, reconnu par les universités londoniennes. Roxanne Stockwell, sa directrice, a le mérite, ou le culot, de ne pas y aller par 4 chemins : « Nous y avons beaucoup pensé... nous pouvons apporter le plus de valeur ajoutée en formant et suivant nos propres étudiants. » Et oui : à la suite d'une décision du gouvernement britannique, les entreprises privées ont désormais droit de cité dans l'éducation supérieure, avec l'aval de l'éducation publique.

 

Coût de la chose : 6 500 £, soit 8 300 € pour une année au sein du Pearson College, privilège réservé à une quarantaine d'élus. Sûr que parmi eux, peu seront des accros à Boundless Learning...

 

 

Sources : Inside Higher Ed , The Bookseller , BBC News

Pour approfondir



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