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'Avec la BD numérique, l'âge d'or est fini. Le monde change', Ptiluc

Par Nicolas Gary,Le mercredi 24 novembre 2010 à 10:50:22 - 0 commentaire

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Ah, la vie, la destinée et le reste… Il était une fois, en 2003 ou 2004, mais plutôt 2004, un salon de la BD d'Angoulême. À cette occasion, la maison Albin Michel avait besoin d'un chauffeur pour déplacer ses dessinateurs, mais pas trop de budget pour ce faire... En même temps, belle expérience, non ? Allez, départ de Bordeaux, pour gagner la ville des bulles.

Sur place, des rencontres improbables : un Villemin inexprimable, un Margerin avec des cheveux blancs, et d'autres. Parmi eux, Ptiluc. Qui dessine aussi aux Humanoides associés. « Comment ça pas payé ? », s'indigna-t-il en apprenant la situation de son chauffeur, lui qui paraissait devant son public avec une attelle au pouce, signe d'un accident récent. Le voilà qui arpente le stand des Humano, farfouille et revient, les bras chargés de BD. « Tiens, au moins tu auras de quoi lire. »


Ce fut ma première et unique rencontre avec Ptiluc, le grand monsieur de Rats, des Cochons et de plein d'autres choses. Et voilà que six ans plus tard, ActuaLitté est sur pied, et que son attachée de presse (Carole, je te dois un déjeuner… au moins), contacte la rédaction : « Ptiluc sort une nouvelle BD, avec Malka, l'avocat de Philippe Val, ça vous dit une rencontre ? » Ptiluc… L'oeil ému et humide, évidemment que l'on accepte. Sait-on jamais de ce qui sortira d'une rencontre des années plus tard ?

Retour dans le futur pas bien lointain

« Oui, l'étudiant prof de latin, je me souviens bien », commence-t-il, alors que l'on manque rendez-vous sur rendez-vous. Entre 10 h et 16 h, le sort s'acharne : qui une paire de lunettes oubliées, qui un déjeuner impossible à annuler… Ce n'est finalement qu'à 17 h, vers la croix de Chavaux que tout s'organise. « Un panaché », commande-t-il. Bon, ben… deux. Et nous voilà partis pour des voyages, qu'il raconte toujours avec un sourire en coin.

Passer deux heures avec lui, c'est la garantie de voir du pays, et de l'Afrique en particulier. Ce motard impénitent ne raterait pas une occasion, quand on la lui donne, de raconter comment il avait sous-estimé la taille et la profondeur d'une flaque au milieu de la piste, et dans laquelle il a fini par noyer le moteur de son véhicule. « J'ai été accueilli dans un village, le chef a insisté pour m'accompagner à la ville la plus proche… On a même dormi sous la même tente, lui et moi. » Ca y est : niveau immersion, on ne fera pas mieux. En fermant les yeux, on entendrait presque le bruit de l'unique cylindre de la moto qui a accepté de fonctionner…

« En même temps, c'est dans ces voyages que je travaille le mieux. Les cochons, c'est comme ça que j'en ai eu l'idée. J'avais vu un reportage sur Arte -c'est pas que je la regarde tous les jours, cette chaîne ! - racontant les ressemblances entre cochons et humains. Et puis, au détour d'un trajet en moto, t'as l'esprit qui vagabonde… et hop, tout d'un coup, faire des chefs d'État des cochons, c'est presque venu comme ça. »

Et lui qui ne travaille ses dessins et projets qu'au crayon - « j'aime bien l'idée de créer comme le dernier des romanciers, sur du papier. L'écran, ça m'épuise » - le voici qui est capable de crayonner en pleine brousse, d'imaginer ses dialogues sous l'ombre d'un arbre à palabres. « Je suis capable de bosser depuis n'importe où, avec trois bouts de crayon et un morceau de papier. » Alors, bilan des courses, j'angoisse de lui poser ma question sur le numérique. Ce qu'il en pense, ce qu'il en sait…


« J'ai failli bosser sur un truc avec Aquafadas. Ce sont des voisins (Ndr : Ptiluc habite près de Montpellier, où bosses Aquafadas) et on devait faire un truc autour de mon blog. » Mais pour le moment, rien n'est arrivé. « La BD numérique, aujourd'hui, c'est sympa, mais ça oblige à repenser toute la mise en page, pour s'adapter à l'écran tactile. Y'a tout un truc à repenser. Et pareil pour la mise en vente. Avant, les magazines comme Spirou ou Pilote servaient de choix : on retrouvait chaque semaine des extraits et on achetait un BD entière quand elle était publiée pour ne pas se refaire tous les extraits des magazines. J'espère, enfin, j'aimerais que ce soit pareil pour internet et les iPhones. »

Alors évidemment, les auteurs vont gagner moins avec une telle diffusion, « mais on va pas faire un autre métier ! Et puis, je sais que pour moi, c'est un peu facile de dire ça, parce que j'ai connu un âge d'or de la BD, et que j'ai pu gagner de quoi m'acheter une maison, et une nouvelle moto tous les dix ans. Mais ce qui compte, le principal, pour moi, c'est de continuer à prendre plaisir à ce que je fais. Évidemment, ce sera moins facile pour ceux qui commencent, et ils n'auront pas les mêmes revenus avec internet et la prépublication que ce que nous avions, mais c'est comme ça. Le monde change. Et il faut le prendre comme il change ».

Reste que le Ptiluc de mon souvenir, il n'a pas vraiment changé. Un peu plus de cheveux blancs, peut-être, mais un grand coeur, c'est certain. Et un peu de coquetterie que je ne lui connaissais pas, quand je prends mes photos et qu'il me demande une seconde prise. Ou alors, c'est moi qui interprète ? Peut-être. Faudra voir. Dans tous les cas, j'ai comme une furieuse envie de me replonger dans ce qu'il a écrit. Lui, il ne publiera jamais de roman, « y'en a déjà assez qui sortent, et pas que des bons ». Il fait ses romans à lui. « Sauf que moi, je suis dessinateur, alors j'ajoute forcément quelques trucs. »

En fait, le Ptiluc de mon souvenir, il n'a pas pris une ride. Il est encore fringant et généreux. Et puis, il part pour l'Afrique, avec un rendez-vous encore pour un grand tour du continent. Il en reviendra chargé de cadeaux et de nouvelles idées, peut-être. Ou pas. Mais l'important, maintenant, c'est qu'il revienne. Parce que j'attendrai pas cinq ans de le revoir.

Vous pouvez aussi retrouver son blog
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Mots clés :
rats - cochons - ptiluc - voyages



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