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Avignon : la Maison Jean Vilar offre le gîte à la culture théâtrale

Par Antoine Oury,Le mardi 20 novembre 2012 à 15:23:56 - 0 commentaire

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Au nord d'Avignon, le Palais des Papes. Mais choisir une des rues perpendiculaires à la grande place ouvre sur la Maison Jean Vilar, destinée à recueillir les archives de son œuvre. Toute son œuvre : cela ouvre sur des années d'activisme culturel, bien sûr, mais aussi sur le Festival, toujours au premier rang pour valoriser l'art théâtral. Bienvenue dans le palais du pape.

 

 

Le calme qui règne entre les murs de la Maison tranche avec l'activité qui y régnait encore fin octobre, à l'occasion d'un colloque étendu sur plusieurs jours, préoccupé par l'œuvre de Jean Vilar. Et cette dernière se joue des années : l'inédit Dans le plus beau pays du monde, une des trentaines de pièces rédigées par l'acteur, vient d'être mis en circulation par l'Association qui tient la Maison.

 

Jacques Téphany, benjamin du conseil d'administration constitué par Paul Puaux, officie désormais comme directeur de l'Association Jean-Vilar : « À l'époque, le conseil d'administration m'a demandé de réaliser un audit pour le ministère de la Culture, et Catherine Tasca nous a accordé la subvention. Depuis plus de 10 ans, la maison est honorée par tous les gouvernements » explique-t-il avec des accents de Machiavel.

 

La ville, le conseil général et la région ont eux aussi porté leur intérêt sur l'institution : « Des mécènes relativement désintéressés », se félicite Téphany, détendu sans se priver d'être résolu. Il nous explique que « tous les directeurs du festival sont "contraints" de se positionner par rapport à la quête du public » et ils seraient bien téméraires de lui désobéir.

 

 

 

 

La distribution pour la culture

 

L'extrémisme s'accorde bien à l'art, et la bande à Jean Vilar le pratiquait avec assiduité : Frédérique Debril s'excuse presque de ne pas pouvoir montrer le costume de Gérard Philipe pour Le Cid : « Il a été enterré dedans. » Les pièces se succèdent : la maison révèle une nouvelle scène pour des décors, des accessoires ou la correspondance de l'homme de théâtre, qui réclamait (en vain…) des pièces à Sartre et Camus, parqués à Saint-Germain.

 

Dans la section temporaire du musée, les visages de ceux qui ont joint la cause de Vilar scrutent le curieux qui visionne le film muet de l'enfance à Sète dans le magasin paternel. « De là, il en a tiré une discipline de commerçant, si bien qu'il demandait aux actrices de remonter les pans de leurs costumes pour en limiter l'usure » : tant mieux pour les visiteurs.

 

 

 

 

Et l'homme n'ignore pas ses semblables en officiant au sein du Théâtre National Populaire, créé par Firmin Gémier en 1920 pour étendre le champ de la culture : pour chaque pièce, le TNP éditait un livret présentant le texte complet, accompagné d'une série de photographies. « Et quand les photographies n'étaient pas encore disponibles, une carte pouvait être envoyée au TNP pour obtenir les tirages. » Une discipline de commerçant, on vous dit.

 

Le Festival d'Avignon, créé par Jean Vilar en 1947 et sous sa direction pendant 24 ans, poursuit son oeuvre idéaliste : chaque année, en juillet, programmation événementielle (le in...) et plus spontanée (... le off) déplacent des milliers d'amateurs. « Et le premier a toujours soigneusement observé le second  » souligne Lenka Bokova, conservatrice depuis janvier 2011 de la bibliothèque ouverte en 1979.

 

« On conserve, on converse » (credo de la Maison)

 

Spécialisé en Arts du spectacle, l'établissement accueille des étudiants, des scolaires, des chercheurs : un public ciblé en hausse pour un centre de référence sur le patrimoine régional et la documentation théâtrale. Les archives disputent la place au fonds : « La mémoire du festival est ici, et nous avons entrepris un vaste référencement pour le catalogue de la BnF » explique Lenka Bokova en déplaçant les imposants rayonnages sur rails.

 

Danse, cinéma, c'est aussi leur maison : « Tous deux ont toujours eu leur place ici » souligne la bibliothécaire en rappelant l'avant-première de La Chinoise de Godard en 1967. Dans les rayonnages des archives se mène une course contre les effets du temps, la détérioration des affiches, revues de presse et programmes, mais aussi des Betacam inconsultables et des quelque 600 VHS qui le deviendront bientôt. « Nous commençons par le plus récent, sinon nous serions vite débordés. »

 

Les restrictions budgétaires n'aident pas, et des bribes d'archives nationales (qui vont jusqu'à Nancy) en feront les frais, promises au pilon. Le reste couvrira l'histoire du Festival, mais aussi des Hivernales (danse) et d'un large spectre de lieux et événements culturels des alentours : « Nous sommes plus soucieux de l'accès aux amateurs » : cela tombe bien, le nombre de lecteurs par jours est en augmentation. L'installation de nouvelles fenêtres remonte pourtant à peu, un impératif dans une région victime de violents orages (le linoléum porte encore les stigmates des inondations).

 

 

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Le catalogage s'effectue surtout sur... Excel, faute de formations à des outils plus performants, tandis que le classement dans le catalogue général de la BnF demande beaucoup de ressources à une équipe réduite. Comme il s'était exporté la veille à l'Université d'Avignon, le Forum Culture trouverait ici une fameuse problématique à la distribution de la culture telle qu'il est possible de l'envisager avec de nouveaux moyens technologiques.

 

En effet, la Maison fonctionne sans gardien du temple. Les ayants droit de Vilar font leurs vies, tandis que l'audace règne dans les couloirs : « Pour diffuser le théâtre à une plus grande échelle, qu'il s'agisse de la télévision ou du numérique, il faudrait pouvoir capter le théâtre comme on capte le foot ou le rugby, car ici aussi il est question de corps et d'espace » - populaire jusqu'au bout. 

 



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