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L'ebook a 40 ans > 1997 > La convergence multimédia

Par Marie Lebert,Le samedi 04 juin 2011 à 12:01:00 - 0 commentaire

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La convergence multimédia est la convergence de tous les secteurs liés à l'information (imprimerie, édition, presse, conception graphique, enregistrements sonores, films, radiodiffusion, etc.) suite à l’utilisation des techniques de numérisation, ce qui accélère le processus de production.

On assiste donc à la convergence de l’informatique, du téléphone, de la radio et de la télévision dans une industrie de la communication utilisant les mêmes canaux de distribution, dénommés autoroutes de l'information (ou inforoutes) par nos édiles politiques, notamment au sein de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), ce qui était peut-être un peu excessif étant donné le débit de la bande passante en 1997.

Passons à une approche plus concrète

La numérisation permet de créer, enregistrer, combiner, stocker, rechercher et transmettre des textes, des sons et des images par des moyens simples et rapides. Des procédés similaires permettent le traitement de l’écriture, de la musique et du cinéma alors que, par le passé, ce traitement était assuré par des procédés différents sur des supports différents (papier pour l’écriture, bande magnétique pour la musique, celluloïd pour le cinéma). De plus, des secteurs distincts comme l’édition (qui produit des livres) et l’industrie musicale (qui produit des disques) travaillent désormais de concert pour produire des CD-Rom.


Pour mémoire, ceci n'est pas le premier bouleversement affectant la chaîne de l’édition, loin de là. Dans les années 1970, l’imprimerie traditionnelle est d’abord ébranlée par les machines de photocomposition. Dans les années 1980 et 1990, le coût de l’impression continue ensuite de baisser avec les photocopieurs, les photocopieurs couleur, les ateliers de PAO (publication assistée par ordinateur) et le matériel d’impression numérique.

Tout contenu est désormais systématiquement numérisé pour permettre son transfert par voie électronique et pour accélérer la production. Dans la presse, alors qu’auparavant le personnel de production devait dactylographier les textes du personnel de rédaction, les journalistes envoient désormais directement leurs textes pour mise en page. Dans l’édition, le rédacteur, le concepteur artistique et l'infographiste travaillent souvent simultanément au même ouvrage.

Un colloque international

Si la convergence multimédia entraîne de nouveaux emplois dans certains secteurs - par exemple ceux liés à la production de films ou de produits audiovisuels - d'autres secteurs sont soumis à d'inquiétantes restructurations, sans parler des licenciements en masse. Ces problèmes sont suffisamment préoccupants pour être débattus lors du Colloque sur la convergence multimédia organisé en janvier 1997 par l'Organisation internationale du travail (OIT) à Genève.

Professeur associé en sciences sociales à l’Université d’Utrecht (Pays-Bas), Peter Leisink explique que la rédaction des textes et la correction des épreuves se font désormais à domicile, le plus souvent par des travailleurs ayant pris le statut d’indépendants à la suite de licenciements et de délocalisations ou fusions d’entreprises. « Or cette forme d’emploi tient plus du travail précaire que du travail indépendant, car ces personnes n’ont que peu d’autonomie et sont généralement tributaires d’une seule maison d’édition. »

Selon Michel Muller, secrétaire général de la FILPAC (Fédération des industries du livre, du papier et de la communication), les industries graphiques françaises ont perdu 20.000 emplois en dix ans, entre 1987 et 1996, avec des effectifs qui sont passés de 110.000 à 90.000 salariés. Les entreprises doivent mettre sur pied des plans sociaux très coûteux pour favoriser le reclassement des personnes licenciées, en créant des emplois souvent artificiels, alors qu’il aurait mieux fallu financer des études fiables sur la manière d’équilibrer créations et suppressions d’emplois lorsqu’il était encore temps.


Walter Durling, directeur du grand opérateur téléphonique AT&T (États-Unis), insiste sur le fait que les nouvelles technologies n’apporteront pas de changements fondamentaux à la situation des salariés au sein de leur entreprise. L’invention du film n’a pas tué le théâtre et celle de la télévision n’a pas fait disparaître le cinéma. Les entreprises devraient créer des emplois liés aux nouvelles technologies et les proposer à ceux qui sont obligés de quitter d’autres postes devenus obsolètes. Des arguments bien théoriques alors qu’il s’agit plutôt d’un problème de pourcentage. Combien de créations de postes pour combien de licenciements ?

Des suppressions massives d’emplois

À part quelques cas particuliers mis en avant par les organisations d’employeurs, la convergence multimédia entraîne des suppressions massives d’emplois. Partout dans le monde, des postes à faible qualification technique sont remplacés par des postes demandant des qualifications techniques élevées. Les travailleurs peu qualifiés sont licenciés. D’autres suivent une formation professionnelle complémentaire, parfois autofinancée et prise sur leur temps libre, et cette formation professionnelle ne garantit pas pour autant le réemploi.

Les syndicats préconisent pour leur part la création d’emplois par l’investissement, l’innovation, la formation aux nouvelles technologies, la reconversion des travailleurs dont les emplois sont supprimés, des conventions collectives équitables, la défense du droit d’auteur, une meilleure protection des travailleurs dans le secteur artistique, et enfin la défense des télétravailleurs en tant que travailleurs à part entière.

Malgré tous les efforts des syndicats, la situation deviendra-t-elle aussi dramatique que celle décrite dans une note des actes du colloque, indiquant que « certains craignent un futur dans lequel les individus seront forcés de lutter pour survivre dans une jungle électronique. Les mécanismes de survie établis au cours des dernières décennies - tels que relations de travail relativement stables, conventions collectives, représentation des salariés, formation professionnelle procurée par les employeurs et régimes de sécurité sociale cofinancés par employeurs et employés - risquent d’être mis à rude épreuve dans un monde du travail qui franchit les frontières à la vitesse de la lumière. »


Notre prochain épisode : 1997 > Gabriel, portail des bibliothèques nationales européennes


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