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Les ebooks, un danger pour les éditeurs ?

Par Clément S.,Le jeudi 07 août 2008 à 11:00:00 - 1 commentaire

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Va-t-on constater une sorte d'effet YouTube dans le milieu de l'édition ? La popularité naissante des livres électroniques pourrait en effet mener à une auto-production de contenu et mener à une fin - mais tout est relatif - du rôle de l'éditeur. Ainsi pense Toby Young, auteur du best-seller 'How to Lose Friends and Alienate People' [Comment perdre ses amis et alièner les gens].

Partager ses créations, sans intermédiaire

L'effet YouTube est celui d'un système offrant à quiconque de mettre en ligne ses vidéos et créations et de les faire partager avec qui veut bien les voir. Cela n'a pas (encore ?) conduit à la fin des maisons de production, mais pour Toby, un système similaire dans le secteur de l'édition serait fatal : si les gens peuvent publier sur leur site web leurs livres et les faire télécharger, contre rémunération, eux-mêmes, alors à quoi bon tenter le parcours de l'édition ?

Passer d'une rémunération comprise entre 10 et 15 % à 100 %
pourrait assurément séduire plus d'un auteur.

« Et au lieu de prendre 10 à 15 % sur le prix d'un livre, ce qui est à l'heure actuelle la situation des auteurs, ils seront en mesure d'empocher 100 % du prix au détail, et d'éliminer complètement agents et éditeurs de l'équation », conclut Toby. Une problématique que nous avions déjà soulevée dans un dossier sur le développement d'Amazon, qui entamait une sorte de grignotage des différents secteurs, ayant pignon sur rue dans la librairie, et pouvant s'attaquer aux éditeurs.

Une solution financièrement admirable

Cet aspect, purement financier n'est pas non plus à prendre trop à la légère : nombre d'auteur passant par des systèmes comme celui de Lulu.com, publication à la demande, considèrent que le prestige d'une maison d'édition ne vaut pas le maigre pourcentage qu'ils touchent, comparativement à un système qui leur donne la possibilité de fixer eux-mêmes le prix, et de verser une part bien plus réduite à l'éditeur. Si 100 % du gâteau revient à l'auteur, les règles changent plus encore.

Pour Toby, la seule charge financière réelle dans cette hypothèse serait les frais de transcription d'un exemplaire manuel en version numérique. Quand on songe ensuite que le format ePub pourra s'adapter naturellement à tous les supports sur lesquels on le téléchargera, on peut froncer des sourcils. « Le métier d’éditeur ne se résume pas à prendre un livre, le mettre en ligne et le rendre disponible, à travers un service d’impression à la demande », nous expliquait pourtant Ronald Blunden, directeur de la communication chez Hachette Livres.

La masse communautaire contre l'éditeur

Mais l'effet YouTube ne se bornerait pas à cet élément. Le principe communautaire du site invite à une mise en avant des vidéos les plus populaires, qui serait tout à fait applicable au secteur du livre. Comment en effet ne pas imaginer qu'un lecteur laissant son avis sur le site personnel de l'auteur, n'engendre pas un effet boule de neige qui entraînerait d'autres téléchargements. Etc, etc, ect.

Les journalistes ont été touchés par l'effet blog,
l'édition pourrait-elle échapper à un effet similaire ?

Autre parallèle intéressant dans cette histoire, le rapport qui existe entre le travail réalisé par des journalistes de formation, oeuvrant dans un magazine ou un journal, et celui opéré par les blogueurs. On saisit mieux l'image et les conséquences. En supprimant dès lors les filtrages opérés par un éditeur, l'auteur devient son propre éditeur et ajoute sa voix à celle des autres e-éditeurs. Une liberté totale, mais un champ de foire assuré.

Ce pourrait être la première fois cependant que les auteurs sont en mesure de livrer au public, et avec la plus grande facilité, leurs ouvrages. Aucune relation de distribution, de vente par le biais de libraires... il suffirait d'un lecteur, comme le Kindle, doté d'un système de téléchargement pour se procurer de la lecture.

Peu d'inquiétudes chez les professionnels

Les différents éditeurs à qui nous avons fait part de cette hypothèse ne voient pas de réel risque pour leur profession. Et si oui, cela n'arriverait pas avant plusieurs années, voire pas du tout. On comprend assez mal une telle attitude, étant donné tout le ramdam que les missions Livre numérique entraînent, au niveau ministériel pour ne citer que celui-là.

D'autre part, on continue de mettre en avant le fait d'une masse Internet, au sein de laquelle il est ardu de se débrouiller et de trouver des choses intéressantes. L'éditeur tel qu'il agit aujourd'hui, sélectionne, choisit et publie pour ne présenter au lecteur qu'une sorte de quintessence. « Et si certains se plaignent d'un surplus de parution, comment envisageront-ils le fait que n'importe quel internaute puisse faire paraître son livre sur un site ou un blog, et le diffuser ainsi. C'est la noyade assurée au milieu des autoroutes du net », explique un grand éditeur.

Pour le lecteur, le risque est de crouler sous les propositions,
quand l'éditeur continue d'agir comme un filtre.

Une récente étude avait pourtant montré qu'outre-Atlantique, une certaine tension régnait dans le monde de l'industrie et une grande sensibilité liée aux évolutions technologiques faisait apparaître une inquiétude nouvelle chez les professionnels. Si 73 % du personnel de l'édition se sent encore dans une position assez sûre par rapport à son travail, 35 % la considèrent comme incertaine voire sont très inquiets.

Plusieurs contre-solutions déjà à l'oeuvre... surtout outre-Atlantique

Par ailleurs, plusieurs dizaines de sites ont tenté d'anticiper cette situation, en regroupant des auteurs et leurs livres numériques. Là encore, on s'approcherait au plus près d'un système YouTube, avec une structure encadrant la diffusion de livres, mais l'auteur ne serait pas rémunéré alors à 100 %, puisqu'une nécessaire commission est reversée à l'hébergeur. Mettre à disposition ses ebooks, sans autre procédé que ses propres moyens, le rêve n'est pas si inatteignable, que cela. Ce serait alors la fin non seulement des éditeurs, mais également des libraires, devenus inutiles dans un tel schéma.

Ne faut-il pas envisager également des sources d'approvisionnement en livres gratuits, par le biais de la numérisation, telle que Google peut la pratiquer massivement ? Le dernier exemple en date est celui de la bibliothèque de Lyon qui aura recours aux services du géant pour assurer la conservation de ses fonds. Restera toujours à trouver l'outil promotionnel le plus pertinent, mais le plus déterminant sera le parc de lecteurs de livres électroniques disponible : si les Readers font un flop, toute la rêverie tombera à l'eau.

Mais sera-ce vraiment le cas, quand récemment, on a supputé qu'Amazon avait déjà vendu plus de 240,000 exemplaires de son Kindle ?

Mots clés :
ebooks - editeur - danger - livres



Réactions

Publié par mclerc

 

On ne peut pas mieux dire. Et, de plus, je précise qu'un texte tapé en word, par exemple, sur un ordi, est directement utilisable pour réaliser un ebook. Il suffit (et cela viendra nécessairement) qu'une (ou deux, ou trois) maison d'édition sérieuse sur Internet voit le jour pour que cela se réalise. Enfin! Je verrai peut-être "Mr Hachette" à la soupe populaire... un rêve.

Écrit le 17/12/2009 à 22:13

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