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Livre à Venir : Caviste à vieux crus littéraires

Le mercredi 22 mai 2013 à 17:40:41 - 1 commentaire

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« Nous sommes les émigrés du livre », les « naufragés du bouquin ». Venu rencontrer le libraire spécialisé dans l'ancien et le livre rare, on tombe sur Alain, bouquiniste, dans ce que la profession a créé de situations les plus violentes.

 

Vingt ans dans le métier, survivant parmi les 250 derniers et des conditions toujours plus critiques : La mise en place de nouvelles boîtes à bouquins « dans des matériaux qui ne permettent pas la conservation de livres » , designées par « des ingénieurs qui n'ont pas mis un pied dehors pour comprendre », aux réglementations qui favorisent les vendeurs de camelote « aux capitaux plus conséquents », la situation n'est pas la même pour tous. Mais la difficulté est bien là, y compris pour ceux dont le fonds possède des collections plusieurs fois centenaires.

 

  

Un fond, généraliste, « moyen de gamme » en termes de prix, le Livre à Venir, rue Oberkampf propose anciennes collections et éditions originales, beau papier aussi. Derrière les statuettes africaines, et quelques vinyles de sa boutique, Jean-Jacques Pankéshon, évoque un créneau complexe. « Nous sommes les plus touchés par la crise ». La concurrence haut de gamme de Saint-Germain n'en est pas une.

 

Bouquiniste en voie de paupérisation

 

Les fonds qu'on y trouve sont issus bien plus de patrimoines de marchands et d'héritage. Le talent entrepreneurial et l'expertise ne suffisent pas à cet échelon. Le libraire qui a commencé il y a une dizaine d'années ne joue pas dans la même cour. Il y a le quartier et l'investissement. Ceux du dessus ont « une clientèle très fidèle », « personnelle », les plus petits sont déjà morts. Encore plus vite quand ils ont fait le choix de se consacrer au livre poche.

 

Ici, aussi, on parle de passion comme dans les librairies de neuf, mais dans la discussion, le mot revient bien moins fréquemment que l'argent. Bibliophile, la clientèle spécialiste sait surtout y associer le mot d'investissement. Le libraire confie que sur des pièces d'exceptions, il n'a pas d'autres choix que de confier les ouvrages précieux à des collègues revendeurs plus importants, presque des « courtiers du livre » pour les écouler. Alors, l'expression ‘produit culturel' ne semble pas bien loin. La question de la lecture pour elle-même ne reviendra pas.

 

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Bien sûr, il y a des analogies avec le marché du neuf. Dans l'occasion aussi la gestion du stock et son renouvellement sont prépondérants. « Il faut que ça circule sinon la clientèle se lasse ». Alors, le libraire joue sur la sortie de Goncourt, les brocantes et le rachat de bibliothèques privées. Tous les livres en rayonnages ont ceci en commun d'être le fruit d'auteurs qui ont bien traversé les décennies, les siècles aussi parfois. Pour les autres moteurs économiques, l'équation mêle sur l'intérêt, la rareté comme le vin – l'homme compare son fond à celui d'un « caviste de grands crus » - mais aussi la mode.

 

Papier...monnaie

 

Mais à la différence du vin, le livre ne se bonifie pas toujours : le papier vieillit mal, les modes changent et certains pans entiers de la littérature tendent à disparaître. Ainsi, le nombre d'ouvrages du XVIIe et XVIIIe se réduit drastiquement. Pour survivre, M. Pankéshon « doit gigoter » comme il dit, un cigarillo à la main. Tenir le pari fou de proposer « des prix  moins chers que le net » malgré les capacités de stocks et les frais de la boutique. Il n'en dira pas forcément plus. Mais laisse deviner qu'il faut se démener avec la manière : des volumes achetés « jusqu'à 1/5 de la valeur nominale d'un livre ». On flairerait une très bonne culbute qu'on ne pourrait pas mieux se tromper. Avec les ouvrages qui subissent les affres du temps, les travaux de réparation des reliures chiffrent de 400 à 1000 €.

 

Au point que le prix du livre n'est pas à considérer seul. « C'est vraiment un investissement », rappelle le libraire. Alors, la bibliophilie donne tous les signes de laisser la place aux businessmen du patrimoine et une forme de rationnel loin du seul plaisir de la lecture sur un bel objet. Il cite les catalogues de Warhol comme une façon pour certains de « dépense leur argent pour justifier leur névrose », comme ce qui se fait ailleurs, dans l'art contemporain.

photo Bastien Morel

   

Chroniqueur-interviewer culture, web & phénomènes de société.

 

Mots clés :
bouquiniste - livre ancien - librairie oberkampf - business



Réactions

Publié par Amorel

 

Comment on va faire chez AL pour critiquer, réellement critiquer les livres à venir, si on fait de la pub pour Actes Sud, par exemple ?
Quant à faire de la pub, choisissez les couches-culottes ou le journal du Turf...

Écrit le 23/05/2013 à 10:27

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