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Web-documentaire : l'apport du web dans la création numérique

Le mardi 24 décembre 2013 à 11:04:43 - 1 commentaire

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Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association. Cette semaine, nous vous présentons l'univers du web-documentaire à travers l'intervention d'Alexandre Brachet, producteur.

 

Alexandre Brachet est le producteur remarqué de nombreux web-documentaires, parmi lesquels les célèbres Prison Valley ou Gaza-Sderot. Ce que l'on connaît moins, c'est la démarche qui anime cet aventurier du net. Le 2 décembre dernier, à la Sorbonne, il intervenait dans le cadre d'une masterclass. Compte-rendu.

 

C'est en 1998 qu'Alexandre Brachet a créé Upian, à la fois société de production et studio de création hybride. Dès l'origine, elle est destinée à « faire de l'internet du 100 % Web », nous dit-il. Et pour lui, Internet n'est pas un média parmi d'autres : c'est un lieu de création unique, un lieu de narrations possibles et impossibles – une utopie, peut-être ? Upian, concrètement, rassemble une vingtaine d'employés : producteurs, chefs de projets, webdesigners, développeurs… Autant de créateurs qui sont à l'origine du design de sites médiatiques et surtout de web-documentaires. 

 

Upian, éditeur de contenus

 

Petite leçon de genre pour commencer. Alexandre Brachet rappelle que faire un documentaire c'est « documenter le réel avec un regard d'auteur ». Même s'il place l'auteur au centre du projet, il tient cependant à définir son propre rôle dans la chaîne : « Le producteur, c'est celui qui recherche des auteurs, puis rassemble des compétences et de l'argent autour d'un projet. » Ainsi, le producteur de web-documentaire est un catalyseur qui permet à l'œuvre d'advenir. 

 

 

Alexandre Brachet

 

 

Un peu comme un producteur de cinéma ou… un éditeur. Durant la masterclass, terme « éditorial » est plusieurs fois revenu. Ainsi, le web-documentaire serait à la frontière entre la vidéo et le livre : son contenu est certes multimédia, mais il se présente malgré tout sur une « page » – fût-elle de site internet – et nécessite donc de traiter toute une série de questions proprement éditoriales telles que l'ergonomie, la fluidité d'accès au contenu, ou encore la hiérarchisation de l'information.

 

C'est ainsi qu'on comprend le lien entre les différentes activités d'Upian : la production de web-documentaires et le web-design de sites. Les deux sont intimement liées, au point peut-être d'avoir au fond le même but, celui « d'éditer » du contenu – non pas passivement comme nombre de plateformes, mais activement, avec une véritable politique.

 

Narrations nouvelles : Internet, champ des possibles de la création

 

Dans l'histoire d'Upian se dessinent des évolutions à plusieurs branches, à l'image des narrations déconstruites qu'elle publie.

 

Le premier web-documentaire d'Alexandre Brachet, La Cité des mortes (2005), était une enquête non-narrative : l'internaute était mis face à une multitude d'éléments disponibles et devait seul reconstruire la cohérence du tout – on appelle cela une structure en étoile. Le second projet s'appelait Thanatorama (2007), un web-documentaire « dont vous êtes le héros mort » (qui découvre l'univers du crématorium) et où la narration se divise en arborescence en fonction de vos choix à chaque étape de l'histoire (vous ferez-vous enterrer ou incinérer ?). Plus récemment, en 2012, Upian a développé Alma, l'histoire d'une adolescente qui a passé cinq ans dans un gang au Guatemala : ici, le web-documentaire est pensé de telle manière que le témoignage face caméra de la jeune femme s'écoule, ininterrompu, tout en permettant à l'internaute de basculer simultanément vers un deuxième film qui s'y superpose via des jeux de fade-in/fade-out [NdR : procédés cinématographiques d'apparition/de disparition de l'image sur un écran noir].

 

Entre-temps, il y a eu Prison Valley en 2010, un web-documentaire globalement linéaire, avec des excursions narratives et des emprunts à l'univers du jeu vidéo. Puis Gaza-Sderot en 2008, une expérimentation permettant à l'internaute d'explorer une multitude de vidéos, qui s'organisent différemment selon le critère qu'il choisit : chronologique, géographique, thématique ou par personnage.

 

Qu'ils soient structurés en étoile ou en arborescence, qu'ils soient interactifs, pseudo-linéaires ou éclatés en réseaux, dotés de transitions douces ou d'immersions brutales, aucun de ces web-documentaires ne ressemble à un autre, et ce n'est pas un hasard. Pour Alexandre Brachet, Internet est un média unique, et ses possibilités infinies doivent permettre d'innover à chaque fois, non seulement sur le fond, mais également sur les formes, extrêmement libres, qui doivent s'adapter et se réinventer à chaque projet.

 

Ainsi, on comprend que lorsqu'Alexandre Brachet demande : « Qu'est-ce que le Web ajoute par rapport à un autre média ? », il ne pose pas une vraie question, mais énonce plutôt l'enjeu de la création numérique. Au-delà de relayer des œuvres créées sous d'autres formes (livres, films, musiques), Internet doit trouver ses propres moyens d'expression, creuser sa différence, exploiter au maximum ses possibilités spécifiques.

 

 

 

 

Et le fondateur d'Upiande de déclarer : « L'hypertexte est la plus grande invention récente en termes d'écriture. » Formule grandiloquente, peut-être, mais qui interroge profondément le devenir de la littérature et de sa rencontre avec les autres médias, notamment sur le Web.

 

Financer et diffuser le web-documentaire

 

Le web-documentaire ne rapporte rien lors de son exploitation ; au contraire, son hébergement coûte. Ainsi, comme les contenus gratuits d'Internet, il conduit à s'interroger sur ses modes de financements. Alexandre Brachet, producteur, est aux premières loges. « On a fait un énorme pas en avant en 2007, explique-t-il, avec la création d'un fonds de soutien au CNC [l'aide aux projets nouveaux médias, NDLR.], et en 2008 Arte s'est lancé dans des coproductions natives du Web. » Pour lui, la solution du financement se trouve dans les coproducteurs français et étrangers : pour faire Gaza-Sderot, ils étaient cinq ! Un véritable projet international.

 

Après le financement en amont, encore faut-il trouver un public en aval ! Sur le Net, il y a une grande facilité pour publier du contenu, mais il est bien plus difficile d'atteindre effectivement le public. « Contrairement à ce qu'on pense souvent, Internet est un média de niche. » Il s'agit donc de rendre le programme visible pour chaque individu. « Il faut réussir à écrire une histoire pour tous, mais aussi une histoire pour chacun. Avec l'interactivité, ce sont les choix profondément personnels de l'internaute qui vont orienter l'action : on touche à l'intime. »

 

Pour cela, la clé est de nouer des partenariats promotionnels avec d'autres sites, afin de multiplier les points de contact potentiels avec l'audience : site du diffuseur, réseaux sociaux, portails, presse… Il faut aller chercher le spectateur là où il est, en diminuant la « distance-clic » pour lui offrir une entrée vers l'œuvre.

 

 


 

 

Résultat des progrès de la promotion mais aussi de l'intérêt croissant du public, entre 2007 et 2012 le public des web-documentaires d'Upian n'a cessé de croître, jusqu'à se compter en dizaines de milliers d'internautes. « On reste dans le domaine de la recherche, de l'expérimentation, mais on a une véritable audience. » Une audience qui, face à des projets de natures différentes, se mesure chaque fois  différemment : en nombre de vidéos vues, en durée de consultation du programme, en nombre d'inscriptions au dispositif… Ainsi, le web-documentaire expérimental a déjà trouvé un certain public.

 

Mais l'intention d'Alexandre Brachet est bien de « continuer dans la recherche ». Car ce qui l'intéresse dans l'internet, c'est précisément l'absence de standardisation, le foisonnement toujours réinventé des formes et l'infinité bigarrée des individus qui constituent le public.

 

 

Si vous voulez (re)lire nos chroniques déjà publiées sur ActuaLitté, c'est ici ! Si vous voulez être informés chaque semaine de la parution de notre nouvelle chronique, c'est ici ! En attendant, vous pouvez nous suivre sur nos pages Facebook et Twitter.

 

À mardi prochain !

photo Association Effervescence

   

Effervescence est l'association des élèves et anciens élèves du Master Édition-Audiovisuel de l'université Paris-Sorbonne.

 

Mots clés :
prochaine création - webdocumentaire - espace de création - financements



Réactions

Publié par chomel catherine

 

Je cherche à contacter Alexandre Brachet car nous organisons en février 2014 une Biennale cinema avec pour thematique: "Ré-inventer au cinéma". Nous aimerions faire quelque chose autour du web documentaire
Merci de me donner ses coordonnées

Écrit le 09/01/2014 à 18:14

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