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Bertrand Tavernier : des littératures américaines, option polar

Entretien avec un réalisateur qui aimait les livres, avant tout

Par Nicolas Gary,Le dimanche 01 avril 2012 à 15:20:15 - 0 commentaire

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Information ActuaLitté : Quand l'une des figures du cinéma français rencontre un poids lourd du polar, options grands espaces du Wyoming, forcément, cela ne passe pas inaperçu. Craig Johnson et Bertrand Tavernier étaient tous deux auteurs, durant ce festival de Quais du polar. L'un dédicaçant les ouvrages publiés aux éditions Gallmeister, l'autre venu pour différents titres, mais surtout pour la présentation du film l'Appât, hier, avec Morgan Sportes. 

 

« Il a une connaissance de l'ouest américain, des auteurs, de leurs livres, de toute la littérature, même les plus obscurs, qui est tout simplement encyclopédique », s'étonne Craig Johnson, encore sous le charme de sa rencontre. C'est que Bertrand Tavernier, originaire de Lyon, cumule les postes dans le cinéma : réalisateur, scénariste, producteur... Pour Quais du polar, c'est aussi l'écrivain qui était présent. Mais quand un cinéaste croise un romancier de la trempe de Craig, on parle aussi de films, et d'adaptations. Si les livres de Craig Johnson sont adaptés pour la télévision, un film, avec Tavernier aux commandes, cela vous aurait une gueule. « Oui, j'en serais particulièrement fier. Cet homme est impressionnant », poursuit Craig. 

 

Craig Johnson, prêtant son chapeau à Bertrand Tavernier, pour la photo 

 

 

Bertrand Tavenier revendique avant tout « un lien très fort avec la littérature américaine. Le roman noir, le polar en fait partie, mais je ne crois pas avoir commencé avec eux. Ce sont des auteurs comme Mark Twain, pour qui je continue d'avoir une passion - et je viens d'acheter les nouvelles traductions Huckleberry Finn et Tow Sawyer. Ce sont des livres qui ont marqué ma jeunesse, mon enfance. Mais aussi des livres de pirates, comme ceux de Rafael Sabatini, le Capitaine Blood. Après, évidemment, Hemingway, Steinbeck, puis soudain, on tombe sur Dashiell Hammett, Raymond Chandler, un certain nombre d'auteurs de la série noire, qui ont été un véritable choc. »

 

Et puis, c'est du côté caméra que la découvert s'est poursuivie, avec Jim Thompson, adapté en 1981, Coup de torchon, et des auteurs moins connus qui suivent. « Au début, c'était surtout la série noire qui m'a attiré vers cette littérature. Coup de torchon, fut le numéro 1000 et reste un de mes films favoris. »

 

Quais du polar, 'La meilleure manifestation

sur le roman noir et policier en France'

(Bertrand Tavernier)

 

Avec Quais du polar, Bertrand Tavernier retrouve cette littérature et ses liens avec ce genre. Parmi les ouvrages, on peut citer Dans la brume électrique, d'après le roman de James Lee Burke, « l'un de mes premiers films est une adaptation d'un roman criminel de Simenon, L'horloger de Saint-Paul, avec Philippe Noiret ». Inspiré de L'horloger d'Everton, dans le roman de Simenon, l'action s'y déroule aux États-Unis, mais Tavernier l'avait alors transposé à Lyon, pour des raisons de budgets. « C'est donc un lien pour la littérature, pour cette manifestation, je trouve qu'elle est formidable, c'est la meilleure sur le roman noir et policier qui existe en France, et là j'avais la possibilité de rencontrer des auteurs que j'admire. Craig Johnson, Michael Connelly, Larry Fondation dont j'ai fait la connaissance. Je ne pouvais pas rater cette opportunité, même si je devrais être en préparation de film. Et puis il y avait Morgan Sportès, pour L'Appât... »

 

L'appât... c'est en 1995 que Tavernier adapte le livre de Sportès, présent hier pour la projection. « Les trois quarts de la salle pleine n'avaient pas vu le film. On s'aperçoit qu'il faudrait presque repartir à zéro, pour les montrer à tout un public qui ne les connaît pas. Je ne parle pas simplement des miens, mais de plusieurs films des années 70, 80 ou 90. Soit les gens ne veulent plus les voir à la télé, soit ne les ont vus qu'à la télé. Ici, c'était l'occasion de le redécouvrir sur grand écran, et j'avais envie de reparler avec Morgan Sportès, de vanter son dernier livre, 'Tout, tout de suite'. »

 

Tous les livres

de Bertrand Tavernier

La question finit par brûler les lèvres : est-ce que le prochain film sera une adaptation de Craig Jonhson ? « On ne sait jamais. Moi, je suis attiré par les livres policiers qui sortent du cadre habituel. C'est pour ça que je suis allé dans les bayous de Louisiane. Déjà Jim Thompson, c'était quelque chose qui se passait chez les bouseux du Sud-ouest américain.


Maintenant, on est confronté, dans le polar urbain, à tellement de scènes imposées, que je ne saurais pas tourner, par exemple, la découverte d'un corps. Il y des dizaines de séries qui ont des séquences de ce genre, avec des policiers qui s'affairent, des experts en balistique, des bandeaux jaunes à ne pas franchir... ça doit être hyper chiant de refilmer une scène comme ça, et de la rendre originale. Évidemment, si vous découvrez un cadavre au milieu du bayou, c'est complètement différent. Les espaces du Wyoming ou ceux que Texas, impliquent des comportements différents, des méthodes tout autres. On a des personnages qui traînent les pieds d'un rythme complètement différent de ceux de New York. »

 

Bon, pas de réponse pour Craig... 


Ah, oui, les séries télé et policières, effectivement. Evoquant The Wire, dont la diffusion a commencé en juin 2002, Sur écoute, en France (diffusion Jimmy en 2004 puis France Ô en 2010 et 2011) ou  Justify, où Tavernier retrouve la patte d'Elmore Leonard, il redoute le danger d'une surproduction et des imitations. « Il faut déjà penser à l'avance, pour éviter de faire de ces séries des clichés. En France, on fait des efforts, et l'on m'a dit que Mafiosa était de mieux en mieux. Je n'ai pas la télé, alors je ne regarde que les choses qui m'intéressent en DVD. »


Et Justify, justement, est dans cette veine décalée, très éloignée des classiques diffusés sur M6. « Le raid chez les trafiquants blacks de cocaïne, il y a déjà 600 personnes qui l'ont traité. Tandis que les fondamentalistes religieux, dans Justify, ce sont des personnages différents et étranges. On est déjà dans un endroit qui flirte avec le western, le film de province... on respire un truc différent. »



Plus d'informations, sur Quais du polar... il reste encore quelques heures

Pour approfondir



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