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Exclusif : Filippetti : "C'est l'éditeur qui fait la littérature"
Tous les textes ne sont pas de la littérature...
Par Nicolas Gary,Le jeudi 28 juin 2012 à 16:26:27 - 21 commentaires
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Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, a accordé à ActuaLitté un entretien, en marge de l'Assemblée générale du Syndicat nationale de l'édition, pour évoquer quelques-uns des grands dossiers actuels de l'édition. En effet, alors même qu'Arnaud Montebourg était présent pour valoriser l'arrivée d'Amazon en Bourgogne, le Syndicat de la librairie française a entendu dénoncer un mensonge sur les emplois de libraires générés par l'ouverture de ce centre de distribution.
Mais ActuaLitté était bien plus intéressé par le devenir de la taxe Amazon, dont l'actuelle ministre avait brossé le tableau, lorsque François Hollande n'était encore que candidat à la présidentielle. « J'aurais dû parler de l'installation d'Amazon en Bourgogne », reconnaît la ministre, tout à coup contrariée. Mince, ça ne va pas nous aider, ça… Mais, elle répond tout de même, et avec le sourire : « Cela fait partie de la mission que j'ai confiée à Pierre Lescure, pour l'établissement de l'acte 2 de l'exception culturelle. »
Et la ministre de poursuivre : « Il y a trois piliers dans cette mission, d'abord, le développement de l'offre légale, ensuite la lutte contre la contrefaçon commerciale, et puis, la recherche de nouvelles sources de financements. Et donc, la taxe Amazon entre dans le cadre de cette mission Lescure. Cela va prendre un petit peu de temps, quelques mois, et les préconisations seront présentées au début de l'année prochaine. »
© ActuaLitté
À ce sujet, donc, il faut comprendre que l'on parle de la mission, qui intègre le dossier Hadopi, et qui a été confiée à Pierre Lescure. On parle autant d'une concertation autour de la loi, conformément aux souhaits du président de la République. « Le président de la République l'a dit à plusieurs reprises au cours de la campagne, la loi Hadopi sera révisée dans le cadre d'un réexamen de l'acte 2 de l'exception culturelle », expliquait Fleur Pellerin, sur France 3, en mai dernier. Et charge donc Pierre Lescure de faire le point sur les différents sujets cités, au terme desquels, le devenir de l'Hadopi sera donc tranché.
L'éditeur a un rôle éminent dans le processus de création.
Un autre point sur lequel ActuaLitté souhaitait revenir, était la déclaration de la ministre, qui avait assuré, durant sa prise de parole à la fin de l'AG du SNE, qu'il n'y avait pas de littérature sans éditeur. La question de l'auto-édition se posait alors très clairement, et le statut des auteurs, par la même occasion. Alors que s'est ouvert le site Indisponibles.fr, qui réunit des auteurs autour d'un projet de numérisation des oeuvres, pour lutter intelligemment contre la loi portant sur la numérisation des oeuvres indisponibles, la ministre réaffirme la mission première de l'éditeur.
« L'éditeur a un rôle éminent dans le processus de création. C'est une question passionnante. Et sans entrer dans un débat philosophique sur le processus de création, quand on écrit, chez soi, on a besoin d'avoir le regard d'un éditeur, pour venir sanctionner, dans le bon sens du terme. C'est-à-dire, donner le jugement d'un professionnel, sur le texte que l'on est en train de rédiger. Et sans cela, même si on se publie soi-même, et que l'on peut toucher un public au travers des réseaux, on n'a pas cette reconnaissance de se sentir écrivain. L'écrivain ne naît qu'au travers du regard de l'éditeur. Et moi je l'ai ressenti en tant qu'auteur : j'aurais pu écrire le même livre que celui que j'ai rédigé… si je n'avais pas eu Jean-Marc Roberts [NdR : patron de la maison Stock, filiale du groupe Hachette], le résultat n'aurait pas été le même. »
Une histoire de regard, d'accompagnement, de financement, de conseils. « Mais surtout, on a besoin de cette médiation, pour se reconnaître, soi-même, comme auteur, et pour savoir que son texte est vraiment un livre. »
En effet, ainsi qu'elle aura pu l'expliquer durant son intervention devant les éditeurs, l'activisme de certaines entreprises, qui recherchent un contact direct avec les auteurs, « ne vise finalement que leur propre intérêt ». Et selon la ministre, « tous les textes ne sont pas des livres. C'est l'éditeur qui fait la littérature ».
La littérature, en toute indépendance
Alors là, on tente de la jouer en finesse. Durant son intervention, à la fin de l'AG, la ministre avait en effet rappelé que l'on célébrerait le centenaire de la publication de La recherche du temps perdu de Proust l'an prochain. Mais le romancier n'était-il pas le plus célèbre des auteurs indépendants, publié à compte d'auteur ? « C'est un bon exemple de la relation nécessaire entre un éditeur et un auteur. Et Marcel Proust était désespéré que son livre ait été refusé par un éditeur, en l'occurrence… »
Là, petit moment de silence, parce qu'Antoine Gallimard est aux côtés de la ministre, et sourit. Et que c'est précisément le grand-père d'Antoine Gallimard qui avait refusé le manuscrit de Marcel. « C'est ensuite, quand il a pu construire cette vraie relation avec l'éditeur, qu'il a pu réaliser la Recherche du temps perdu. Évidemment, il avait besoin d'avoir ce regard de l'éditeur. »
Et Antoine Gallimard d'ajouter : « Marcel Proust a publié à compte d'auteur chez Grasset, et très vite, les gens de ma maison, et mon grand-père le premier, ont reconnu leur erreur, ainsi que je le disais à Aurélie Filippetti. Mais ensuite, il y a vraiment eu une relation qui aura duré jusqu'à la mort de Proust. »
Pourtant, l'un des enjeux du numérique, reste cette facilité à commercialiser une oeuvre, indépendamment d'une structure éditoriale classique ? Antoine Gallimard conteste : « C'est un peu un mirage ! » La ministre, pour sa part, est claire : « D'abord, il manque ce regard, qui doit venir de quelqu'un d'autre. Si vous êtes en auto-édition, dans un contexte de relation uniquement avec des lecteurs, c'est autre chose. Deuxièmement, comment faire pour diffuser cette oeuvre ? »
Eh bien… Twitter, Facebook, un blog, les réseaux sociaux du livre existant, le web marketing… David Forrest, auteur indépendant, au même titre que d'autres, pourrait en témoigner. Avec une politique tarifaire très serrée, et un marketing réseau fort, l'écrivain s'est très bien débrouillé. « Mais vous avez bien besoin d'un espace de médiation. Et je reste convaincue que l'on a besoin de cette relation avec l'éditeur. L'autoédition peut convenir, au début, quand on est en recherche d'un éditeur, pour se faire remarquer, pour commencer. Mais très vite, la logique et le souhait des auteurs, c'est d'arriver à une relation intéressante et constructive, avec un éditeur. C'est ce que veulent la plupart des auteurs. »
De fait, c'est le regard des éditeurs, qui fascine et importe le plus.
Quant à savoir si les jurés du Goncourt finiront, un jour ou l'autre, par lire des livres en numériques, la ministre et Antoine Gallimard sont unanimes. Si les membres du jury refusent aujourd'hui, « cela va changer ». D'ailleurs, il faut noter les expérimentations d'Univers poche, avec 12/21, qui publie des titres, uniquement en numérique, ou encore de Bragelonne, qui a créé sa collection, Brage ? « Je pense que ça évoluera. Il y aura peut-être, demain, un prix du livre numérique. »
Et Antoine Gallimard de sourire, de nouveau… Oui, c'est vrai, ActuaLitté avait expérimenté cette idée...
A lire la Tribune de Yal Ayerdhal, en réaction
Je Récuse... Lettre ouverte à Aurélie Filippetti
Pour approfondir
Mots clés :
Aurélie Filippetti -
Antoine Gallimard -
édition numérique -
taxe Amazon
Publié par TheSFreader
Faudra t'il attendre un ministre de la culture auto-édité pour que les éditeurs soient enfin remis à leur place, celle de Business-Angel et de prestataire de service ?
Je m'inscris en faux sur cette notion que la littérature soit déterminée exclusivement au travers du filtre d'un éditeur.
Publié par Chris
D'accord avec The SFreader. je ne comprends pas qu'un ministre de la culture défende d'abord les éditeurs quand se sont les auteurs qui écrivent les livres. Sans auteur, il n'y pas d'éditeur ! C'est d'abord dans ce sens, ensuite oui, un éditeur peut permetrre un certain travail, mais la plupart des editeurs papiers aujourd'hui sont des marchands comme les autres, ils publient ce qui marche et se vend facilement !
L'auto-edition n'est pas une maladie : http://lebaiserdelamouche.wordpress.com/2012/05/20/lautoedite-numerique-paria-ou-modele-economique/
Publié par Hoppipolla
Allons, on ne peut pas réduire les éditeurs à de simples "prestataires de services"… Les auteurs ne sont pas les clients d'un éditeur, cette vision est plutôt cynique.
Publié par FennNaten
L'éditeur qui fait la littérature... Et moi qui pensais que c'était l'auteur qui produisait l'oeuvre... et le lecteur qui faisait son succès. Naïf que j'étais ! En tant que lecteur, je me dois bien sûr de n'acheter que ce que l'éditeur trouve bon pour moi, tant sa supériorité de faiseur de littérature lui permet de savoir mieux que moi-même ce que je dois aimer !
Et mes commentaires de correcteur/beta-lecteur bénévole n'ont bien sûr pas la moindre valeur pour ceux à qui je les prodigue, car seuls les relecteurs professionnels employés par un éditeur sont accrédités pour faire de la critique constructive !
Quand je trouve qu'une traduction maladroite fait du tort à un texte, quand je tombe sur des quatrièmes de couverture qui n'ont rien à voir avec le contenu de la couverture, quand des textes sont publiés avec pléthore de coquilles, ou avec des fautes de syntaxe à faire saigner les yeux, l'éditeur n'est pas à blâmer, c'est moi, lecteur, qui devrait cesser de m'attacher à de tels détails.
Le succès d'un livre n'est dû qu'à l'éditeur ! Son échec par contre, est à imputer à l'auteur, ou au lectorat qui "n'était pas prêt" à recevoir l'oeuvre ! Et si un livre devait rencontrer le succès sans éditeur... Et bien en réalité ce ne serait pas un vrai succès, voilà ! Merci, merci Aurélie Filippetti de m'avoir ouvert à la lumière !
Publié par TheSFReader
Hoppipolla, oui c'est cynique, voir même un tantinet provocateur. Pour autant, c'est effectivement les rôles que les éditeurs ont remplis historiquement, avant de resserrer les rennes et de prendre tout le contrôle de la chaîne du livre.
Avec un peu de chance, les auteurs vont profiter d'une nouvelle donne pour rééquilibrer les choses en leur faveur, peut-être pas en tant que supérieur comme je le disais, mais en tant que partenaire, au lieu du rôle d'esclave que lui accordent les éditeurs aujourd'hui.
Publié par tibibou
Merci FennNaten pour cet excellent commentaire.
Nos hommes politiques nous parlent aussi d'innovation et cet article offre une excellente fenêtre sur le conservatisme. A quand un grand succès sans éditeur pour enfin ouvrir les yeux de tout ce petit monde ?
Publié par @TheSFReader
Et bien je ne suis pas du même avis ;) Il y a beaucoup de petits éditeurs indépendants qui font ce travail par passion (si on se lançait dans l'édition pour devenir riche, ça se saurait), et qui ne considère pas les auteurs comme des esclaves mais comme des partenaires. C'est dommage de partir de quelques mauvais exemples pour faire des généralités.
Publié par SanchoPanza
"C'est l'éditeur qui fait la littérature" ? Mais qui nous a mis ça comme ministre de la culture . Les auteurs et les lecteurs font la littérature, oui, les éditeurs font de l'argent !
Publié par Un partageux
Je publie moi-même mes modestes écrits sur un blogue. Des petites tranches de vie de la France d'en bas et de tout en bas. Il ne me viendrait pas à l'idée de rechercher un éditeur. D'une part je suis réticent à gaspiller le papier. D'autre part je préfère consacrer mon énergie à une myriade d'autres choses que la recherche d'un éditeur. Enfin, comme je connais les chiffres de diffusion du livre, je suis bien sûr qu'un éventuel éditeur ne m'aurait pas apporté les 25 000 pages vues sur mon modeste blogue depuis sa création à l'automne dernier. Les zonards et les smicards ne sont pas des sujets qui font frétiller les zéditeurs. ;o)
http://partageux.blogspot.com
Publié par coxigru
servir la soupe n est pourtant pas lna mission d un Ministre. Dommage. La littérarure n est pas "faite par". la littérature "est" tout simplement. Elke cherche le meilleur chemin pour s imprimer au fil des siecles, Qu il se nomme Editeur, stylo, auteur, machine a ecrire, liseuse, lecteur, ce chemin n est qu un ensemble d elements qui contribuent a sa decouverte. Servir la soupe a un morceau du chemin n aide pas la Litterature.
Publié par TheSFreader
A l'intervenant de 8h24 : Oui, je suis d'accord.
Les éditeurs qui se posent effectivement en partenaire, j'en connais également, et c'est avec grand plaisir que je leur apporte mon soutien et mon argent.
Etant donné que le site Actualitte ne propose pas la saisie d'une URL de Homepage, je vous invite directement à consulter mon blog, notamment ce billet http://readingandraytracing.blogspot.com/2011/11/jaime-les-editeurs.html et plusieurs de mes chroniques de lecture...
Le problème c'est que ces éditeurs indépendants ont à peu près autant de poids que les auteurs face aux mastodontes aux manettes du SNE, avec pour conséquences des aberrations comme la loi sur les oeuvres orphelines ou les accords cadre SNE/Google.
Publié par yphirendi
Décidément, on aura tout entendu... La publication d'un livre, c'est un partenariat, une rencontre, entre un auteur et un éditeur. Le premier offre la matière première, qui peut être de l'or en barre dès le début ou qui peut demander à être remanié pour corriger des imperfections. Mais sans cette matière première originelle, je vois mal comment procéder.
Décidément, les ministres de la culture qui racontent n'importe quoi sur le monde de l'édition, on les collectionne.
Publié par Mathieu P
Tiens, je remarque qu'on pousse à nouveau sous le tapis le fait qu'une grande part de la production de livres n'est pas de la littérature.
Sans doute parce que les auteurs académiques sans encore plus méprisés par les éditeurs que les auteurs de littérature.
Et ne parlons surtout pas des lecteurs.
Publié par Alain L
"De fait, c'est le regard des éditeurs, qui fascine et importe le plus."
Cette conclusion d'Actualitte est une prise de position claire...On s'en doutait un peu, et la ministre n'a sans doute pas répondu à ce média par simple respect des journalistes, mais bien pour rencontrer une oreille bienveillante. C'est fait.
Publié par Nicolas Gary
Cher Alain L.
Votre commentaire a été validé, simplement pour que vous puissiez en mesurer l'inconséquence, une fois publié.
Vous devez confondre notre rédaction avec... je n'ose imaginer qui.
Mais je vous souhaite une bonne continuation sur le chemin des certitudes que vous entretenez.
Nicolas Gary
Publié par Marc Galan, non-écrivain officiel
Lorie et Loana ont été éditées par des éditeurs ayant pignon sur rue. Ce sont donc des écrivains, des vrais. Et pi cé tout.
Publié par Moggio
en réponse à Mathieu P
@Mathieu P : +1.
Publié par Felys
Je suis d'accord avec A. Filipetti (que je ne connais pas vraiment d'autre part). Je ne suis pas éditrice, et ne souhaite pas le devenir.
Sa petite phrase n'est certes pas très romantique, mais justement ce serait tellement bien de sortir du mythe romantique de l'auteur solitaire et de la littérature qui sort des tripes.
Les oeuvres littéraires sont le fait des auteurs, mais la Littérature - corpus d'oeuvres connues, reconnues, appréciées pour leur originalité, pour leurs relations avec des oeuvres précédentes - résulte du travail des éditeurs, qui lisent, relisent, découpent, ajoutent, réécrivent, voire parfois transforment des oeuvres, puis les diffusent, les promeuvent, les apportent aux libraires, bibliothécaires, lecteurs...
Je trouve qu'on oublie vite qu'un ouvrage non édité, littéraire ou non, est souvent pénible à lire.
L'explosion du net et du Web 2.0 laisse penser que nous sommes tous capables de publier sans être édités. De la même manière que les réseaux sociaux laissent penser que chaque aspect de notre vie mérite d'être diffusés et partagés, à tort ou à raison.
Publié par Fishdrake
@ Felys :
"Je ne suis pas éditrice, et ne souhaite pas le devenir."
Soit c'est votre droit. Mais avez vous jamais ecrit plus de vingt pages d'affilée dans votre existence pour ensuite affirmer que la littérature qui sort des tripes c'est un mythe ?
J'en doute, donc merci de garder votre opinion.
"Je trouve qu'on oublie vite qu'un ouvrage non édité, littéraire ou non, est souvent pénible à lire."
"Harry Potter" a été refusé 5 fois avant qu'un éditeur ne renifle la pépite, croyez vous qu'il ait été moins lisible avant ?
Quand on ne sait pas...
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